Cet article est le premier d’une série d’articles consacrés à l’alchimie. Il s’agit ici d’une présentation simple et claire de ce que recouvre l’alchimie.

Le texte ci-dessous un extrait d’un ouvrage de Phaneg publié en 1912, intitulé : “Cinquante merveilleux secrets d’alchimie” et dont nous publierons quelques extraits dans cette rubrique. Il traite de la Pierre Philosophale, de son existence et de sa nature.

 

LA PIERRE PHILOSOPHALE

QU’ENTEND-ON PAR PIERRE PHILOSOPHALE ?

Cette question, si simple au premier aspect, est cependant assez difficile à résoudre. Ouvrons les dictionnaires sérieux, parcourons les graves compilations des rares savants qui ont daigné traiter ce sujet. La conclusion est assez facile à poser : « Pierre philosophale transmutation, des métaux, égale : ignorance, fourberie, folie. »

Si pourtant nous réfléchissons qu’en somme, pour parler draps, mieux vaut aller au drapier qu’au docteur ès lettres, l’idée nous viendra peut-être de voir ce que pensent les alchimistes de la question.

Or, au milieu des obscurités voulues, et des symboles nombreux qui rem plissent leurs traités, il est un point sur lequel ils sont tous d’accord, c’est la définition et les qualités de la pierre philosophale.

La pierre philosophale parfaite est une poudre rouge qui a la propriété de transformer toutes les impuretés de la nature.

On croit généralement qu’elle ne peut. servir, d’après les alchimistes, qu’à changer du plomb ou du mercure en or. C’est une erreur. La théorie alchimique dérive de sources bien trop spéculatives pour localiser ainsi ses effets. L’évolution étant une des grandes lois de la nature, ainsi que l’enseignait il y a plusieurs siècles l’hermétisme, la pierre philosophale fait évoluer rapidement ce que les formes naturelles mettent de longues années à produire ; voilà, pourquoi elle agit, disent les adeptes, sur les règnes végétal et animal, aussi bien que sur le règne minéral et peut s’appeler médecine des trois règnes.

La pierre philosophale est une poudre qui peut affecter plusieurs couleurs différentes suivant son degré de perfection, mais qui, pratiquement, n’en possède que deux, blanche ou rouge.

La véritable pierre philosophale est rouge. Cette poudre rouge possède trois vertus :

1° Elle transforme en or le mercure ou le plomb en fusion sur lesquels on en dépose une pincée ; je dis en or, et non en un métal qui s’en approche plus ou moins, comme l’a cru un savant contemporain.

2° Elle constitue un dépuratif énergique pour le sang et guérit rapidement, prise à l’intérieur, quelque maladie que ce soit.

3° Elle agit de même sur les plantes en les faisant croître, mûrir et fructifier en quelques heures.

Voilà trois points qui paraîtront bien fabuleux à beaucoup de gens, mais les alchimistes sont tous d’accord à ce sujet.

Il suffit, du reste, de réfléchir, pour voir que ces trois propriétés n’en constituent qu’une seule :

Renforcement de l’activité vitale.

La pierre philosophale est donc tout simplement une condensation énergique de la Vie dans une petite quantité de matière, et elle agit comme un ferment sur les corps en présence desquels on la met. Il suffit d’un peu de ferment pour faire lever, une grande masse de pain, de même, il suffit d’un peu de pierre philosophale pour développer la vie contenue dans une matière quelconque, minérale, végétale ou animale. Voilà pourquoi les alchimistes appellent leur, pierre : « Médecine des trois règnes. »

Nous savons maintenant ce qu’est cette pierre philosophale, assez pour en reconnaître la description dans une histoire symbolique, et là doivent se borner nos ambitions.

 

FABRICATION DE LA PIERRE PHILOSOPHALE

Voyons maintenant sa fabrication.

Voici quelles sont les opérations essentielles :

Tirer du mercure vulgaire un ferment spécial appelé par les alchimistes mercure des philosophes.

Faire agir ce ferment sur l’argent pour en tirer également un ferment.

Faire agir le ferment du mercure sur l’or pour en tirer aussi du ferment.

Combiner le ferment tiré de l’or avec le ferment tiré de l’argent et le ferment mercuriel dans un matras de verre très solide et en forme d’œuf, boucher hermétiquement ce matras et le mettre à cuire dans un fourneau particulier appelé par les alchimistes athanor.

L’athanor ne diffère des autres fourneaux que par une combinaison qui permet de chauffer pendant très longtemps et d’une façon spéciale l’œuf susdit.

 

LES COULEURS.

C’est alors (pendant cette cuisson), et alors seulement, que se produisent certaines couleurs sur lesquelles sont basées toutes les histoires alchimiques. La matière contenue dans l’œuf devient d’abord noire, tout semble putréfié ; cet état est désigné par le nom, de tête de corbeau. Tout à coup, à cette couleur noire succède une blancheur éclatante. Ce passage du noir au blanc, de l’obscurité a la lumière, est une excellente pierre de touche pour reconnaître une histoire symbolique qui traite de l’alchimie. La matière ainsi fixée au blanc sert à transmuter les métaux impurs (plomb, mercure) en argent.

Si on continue le feu, on voit cette couleur blanche disparaître peu à peu, la matière prend des teintes diverses, depuis les couleurs inférieures du spectre (bleu, vert) jusqu’aux couleurs, supérieures (jaune orangé), et enfin arrive au rouge rubis. La pierre philosophale est alors presque terminée.

Je dis presque terminée, car à cet état 10 grammes de pierre philosophale ne transmuent pas plus de 20 grammes de métal. Pour parfaire la pierre, il faut la remettre dans un œuf avec un peu de mercure des philosophes et recommencer à chauffer. L’opération, qui avait demandé un an, ne demande plus que trois mois, et les couleurs reparaissent dans le même ordre que la première fois.

A cet état la pierre transmue en or dix fois son poids.

On recommence encore l’opération. Elle ne dure qu’un mois, la pierre transmue mille fois son poids de métal.

Enfin on la fait une dernière fois, et on obtient la véritable pierre philosophale parfaite, qui transmue dix mille fois son poids de métal en or pur.

Ces opérations sont désignées sous le nom de multiplication de la pierre.

 

EXPLICATION DES TEXTES ALCHIMIQUES

Quand on lit un alchimiste, il faut donc voir de quelle opération il parle :

1° S’il parle de la fabrication du mercure des philosophes, auquel cas il sera sûrement inintelligible pour le profane.

2° S’il parle de la fabrication de la pierre proprement dite, auquel cas il parlera clairement.

3° S’il parle de la multiplication, et alors il sera tout à fait clair.

Muni de ces données, le lecteur peut ouvrir le livre de M. Figuier et, s’il n’est pas ennemi d’une douce gaieté, lire de la page 8 à la page 52. Il déchiffrera, aisément le sens des histoires symboliques qui sont si obscures pour M. Figuier et lui font hasarder de si joyeuses explications. Témoin l’histoire suivante qu’il traite de grimoire (p. 41) :

« Il faut commencer au Soleil couchant ; lorsque le mari Rouge et l’épouse Blanche s’unissent dans l’esprit de vie pour vivre dans l’amour et dans la tranquillité, dans la proportion exacte d’eau et de la terre.

De l’Occident avance toi à travers les ténèbres vers le Septentrion.

Altère et dissous le mari entre l’hiver et le printemps change l’eau en une terre noire et élève-toi vers l’Orient où se montre la pleine Lune. Après le purgatoire apparaît le soleil blanc et radieux. »

(Riplée)

Mis dans le matras en forme d’œuf des deux ferments actif ou Rouge et Blanc.

 

 

 

Divers degrés du feu.

 

Tête de corbeau, couleurs de l’œuvre.

Blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En considérant une histoire symbolique, il faut toujours chercher le sens hermétique qui était le plus caché et qui s’y trouve presque sûrement. Comme la nature est partout identique, la même histoire qui exprime les mystères du grand œuvre pourra signifier également le cours du soleil (mythes solaires) ou la vie d’un héros fabuleux. L’initié seul sera donc en état de saisir le troisième sens (hermétique) des mythes anciens, tandis que le savant n’y verra que les premiers et deuxième sens (physique et naturel, cours du Soleil, Zodiaque, etc.), et le paysan n’en comprendra que le premier sens (histoire du héros).

Les aventures de Vénus, de Vulcain et de Mars sont célèbres à ce point de vue parmi les alchimistes.

D’après tout cela, on voit que, pour faire la pierre philosophale, il faut avoir le temps et la patience. Celui qui n’a pas tué en lui le désir de l’or ne sera jamais riche, alchimiquement parlant. Il suffit pour s’en convaincre, de lire les biographies de deux alchimistes du XIXe siècle, Cyliani et Cambriel.

Physiquement, la pierre philosophale serait donc une poudre rouge assez semblable comme consistance au chlorure d’or et de l’odeur du sel marin calciné.

Chimiquement, c’est une simple augmentation de densité, si l’on admet l’unité de la matière, idée fort en honneur parmi les philosophes chimistes contemporains. En effet, le problème à résoudre consiste à transformer un corps de la densité de 13,6 comme le mercure, en un corps de la densité de 19,5 comme l’or. Cette hypothèse de la transmutation est-elle en désaccord avec les plus récentes données de là chimie ? C’est ce que nous allons voir.

 

LA CHIMIE ACTUELLE PERMET-ELLE DE NIER L’EXISTENCE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE ?

Deux chimistes contemporains ont poussé leurs investigations dans l’obscur domaine de l’alchimie ; ce sont MM. Figuier, vers 1853, qui publiait l’Alchimie et les Alchimistes, livre dont nous aurons tout à l’heure l’occasion de parler, et M. le professeur M. Berthelot, membre de l’Institut, qui fît paraître, en 1885, les Origines de l’Alchimie.

Ces deux savants officiels, le dernier surtout, font autorité en la matière, et leur opinion mérite d’être écoutée par toutes les personnes sérieuses.

Tous deux considèrent l’alchimie et son but comme de beaux rêves dignes des temps passés ; tous deux, ils nient formellement l’existence de la pierre philosophale quoique Figuier prouve à son insu cette existence). Et cependant ils déclarent que, scientifiquement, la chose ne peut pas être niée à priori. Ainsi Figuier dit :

« Dans l’état présent de nos connaissances, on ne peut prouver, d’une manière absolument rigoureuse que la transmutation des métaux soit impossible, quelques circonstances s’opposent à ce que (’opinion alchimique soit rejetée comme une absurdité en contradiction avec les faits.».

M. Berthelot, dans plusieurs passages de son livre, montre, que, loin d’être opposée à la chimie contemporaine, la théorie alchimique tend, au contraire, à remplacer aujourd’hui les données primitives de la philosophie chimique. Voici quelques extraits à l’appui.

A travées les explications mystiques et les symboles dont s’enveloppent les alchimistes, nous pouvons entrevoir les théories essentielles de leur philosophie : lesquelles se réduisent, en somme, à un petit nombre d’idées claires, plausibles, et dont certaines offrent une analogie étrange avec les conceptions de notre temps. »

« Pourquoi ne pourrions-nous pas former le soufre avec l’oxygène, former le sélénium et le tellure avec le soufre, par des procédés de condensations convenables ? Pourquoi le tellure, le sélénium ne pourraient-ils pas être changés inversement en soufre, et celui-ci, à son tour, métamorphosé en oxygène ?

« Rien en effet ne s’y oppose a priori. ». « Assurément, je le répète, nul ne peut affirmer que la fabrication des corps réputés simples soit impossible a priori. »

Tout cela montre assez que la pierre philosophale n’était pas fatalement impossible, même de l’avis des savants contemporains. C’est maintenant qu’il nous faut chercher si nous avons des preuves positives de son existence.

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