Interview de l’alchimiste Patrick Burensteinas par Florence Quentin pour Baglis TV sur le thème : De la lumière à la matière.

Patrick Burensteinas

Moi, j’ai commencé le chemin pour de mauvaises raisons. C’est à dire des raisons d’ego : « je veux trouver des secrets que les autres n’ont pas trouvés, je veux être riche… je veux être en bonne santé, je veux vivre vieux… je veux qu’on m’aime… je veux qu’on parle de moi… » !

Mais tout ça c’est pour briller. Ce n’est pas pour éclairer. Et on peut dire que plus on va se détacher d’un certain nombre de choses, plus on va devenir transparent. Ce n’est pas de la vanité de dire ça, au contraire. Si c’est de la vanité on devient épais.

Parce qu’il se passe un phénomène particulier… vous avez dit tout à l’heure « s’il y a des trous est-ce que la lumière passe » ? Hé bien oui. Et plus il y a de trous, plus elle passe. Et à un moment, il a tellement de trous qu’on ne voit plus que la lumière.

C’est comme une lampe : plus la lumière est forte, moins on voit la lampe. Et la lampe peut se dire à un moment « Non mais c’est injuste, c’est moi qui l’ai faite » ! A ce moment là c’est l’ego qui revient. On redevient épais. La lumière ne passe plus. Et à ce moment là, on n’éclaire plus. On est obligé de briller !… mais pour briller il faut être bien poli. Et puis il va falloir avoir besoin du regard des autres. Puisque c’est les autres qui vont faire qu’on brille. Alors que quand on éclaire, ce n’est pas notre problème. On éclaire tout le monde pareil.

Florence Quentin

Votre but ultime…. Ce serait… d’être transparent ?

Patrick Burensteinas

Le but ultime, c’est même au-delà de ça. Parce que quand on est transparent, on est encore matière. D’ailleurs la pierre philosophale est presque complètement transparente. Mais pas complètement parce que c’est une matière. Il y a quelque chose. Il y a un voile qui entoure la lumière. Et on peut dire que si on retirait le dernier voile, ce ne serait que de la lumière mais on ne pourrait pas y accéder non plus, puisque nous sommes matière.

Il y a toujours cette espèce de paradoxe qui est « je cherche cette lumière, mais le jour où je l’ai trouvée, l’individualité disparaît forcément ». Je ne peux pas trouver l’unité en gardant l’individualité.

L’ego bien sûr va se rebeller contre cela. Pendant tout notre chemin il va nous dire « non c’est dangereux ce truc là ! Non, il faut que trouves des règles aux choses. Il faut qu’il y ait une chronologie »… Puisque la logique du temps est très importante. Alors que nous on cherche justement le Non Temps. Il y a l’ambigüité entre cette quête mentale qui consiste à utiliser des outils pour faire quelque chose, et la quête philosophique dans laquelle il faut que j’abandonne tous les outils pour trouver l’unité. Et il va falloir louvoyer entre les deux. Le loup est un animal important pour l’alchimiste. Louvoyer c’est voir comme un loup : c’est à dire que je fais un pas, je regarde d’un côté. Je fais un pas, je regarde de l’autre côté.

Et c’est la quête du chevalier aussi. Le chevalier errant. Le chevalier errant ne sait pas où il va par définition puisqu’il est errant. Et être errant, c’est être dans l’erreur. Donc ça veut dire qu’il erre dans l’erreur, dans un sens, dans l’autre… et un jour peut-être, la lumière lui tombera dessus. Mais on n’en est pas sûrs. On n’en sait rien. C’est la différence entre le savoir et la connaissance. Le savoir, c’est voir ça et rien d’autre. Alors que connaître c’est naître avec. Ca veut dire que j’ai été capable de transgresser les règles de la matière, de traverser la bulle entre la matière et la lumière, et transcender ce que je suis, c’est à dire dissoudre. C’est pour cela qu’on cherche une solution à nos problèmes… pour trouver justement cette lumière.

 

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