Vous trouverez ci-dessous un cours d’alchimie (de Denis Labouré et Marc Neu) consacré aux trois principes que sont le Soufre, le Sel et le Mercure, que Denis Labouré a eu la gentillesse de nous transmettre gracieusement pour publication.

Pour en savoir plus, voici un lien que vous pouvez suivre vers leur site : http://www.devenir-astrologue.com/alchimie/mapage/index.html

Découvrez les trois principes (Soufre, Mercure et Sel)

Á chaque science son modèle du monde

Chaque civilisation a perçu le monde à sa façon. Chaque science aussi. Le psychologue que vous consultez ne vous voit pas comme le photographe qui tire votre portrait. Le regard du radiologue qui vous passe aux rayons X n’est pas celui de votre enfant !

Tous ont raison, dans leur perspective particulière. Et si le psychologue ne vous regarde plus en psychologue, s’il vous regarde avec la candeur de votre enfant, n’espérez pas grand chose de votre consultation. Si votre enfant vous regarde comme le ferait le radiologue, il y a lieu de vous inquiéter. Si vous abordez la plante avec laquelle vous allez travailler avec le regard du chimiste, elle ne vous offrira que ses propriétés chimiques.

Pour comprendre l’enseignement des alchimistes, il vous faut regarder le monde comme eux. Ils ne l’observent pas du point de vue des sciences profanes. Un point de vue qui reste artificiel, au vrai sens du mot «artifice »… puisqu’elles n’abordent aucune question sans le truchement des sens et de leur extension que sont les instruments de mesure. Comme tous les chercheurs spirituels authentiques, les alchimistes observent la nature avec candeur.

L’irruption de la forme dans la matière

Imaginez un petit poisson dans un bocal d’eau pure. Pour lui, l’eau n’a pas de réalité propre,puisque le milieu dans lequel il évolue est homogène. Rien qu’il puisse voir, toucher, goûter.

Mais le petit poisson se heurte à un glaçon. Dans ce qui lui apparaît comme du vide, voilà qu’est suspendu un gros caillou compact auquel il se cogne. Le petit poisson devra faire un effort d’abstraction pour comprendre que le glaçon n’est pas un matériau différent. Il est de l’eau devenue quelque chose.

 

L’image vaut pour l’être humain. La matière n’est pas ce caillou dans lequel je peux donner un coup de pied. Car ce caillou est déjà la matière devenue quelle chose. Il est de la matière structurée par une information. De la même façon qu’un glaçon est de l’eau « informée ».

Sur la vitre de votre salle de bains, regardez ce qui est de l’air devenir de l’eau. Quelque chose qui est tantôt sous la forme de l’air est à un autre moment sous la forme de l’eau. Qu’est-ce que c’est, ce « quelque chose » qui – au fond – n’est ni la forme de l’air ni la forme de l’eau puisqu’il peut devenir l’un et l’autre ? Ce « quelque chose » joue le même rôle que l’eau du bocal par rapport au glaçon.

Cette matière vierge dans laquelle nous nous mouvons, ce fluide moteur de toutes les transformations, nommons-le « matière ». Ce qui ensemence cette matière, ce qui la structure, nommons-le « forme ».

La « matière » est une potentialité qui peut tout devenir. La « forme » est ce qui la structure, ce qui la fait devenir quelque chose. La forme est un moule actif, une matrice structurante. Sans la forme, la matière n’a pas de qualité propre ; sans la forme, pas de glaçon. Dans ce monde, il n’y a pas de matière sans forme, ni de forme sans matière.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Chaque enfant de tradition chrétienne a appris au catéchisme qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais qu’il consiste en trois personnes nommées Père, Fils et Saint Saint-Esprit. Ce qui était bien abstrait pour nos petites têtes. Il se trouve que, dans ses opérations, l’alchimiste rencontre la force créatrice du feu (le Père), la lumière issue du feu, force toute puissante dans la nature (le Fils) et le souffle subtil qui circule de l’une à l’autre et assure l’unité de l’ensemble (le Saint-Esprit). Cette Trinité bien lointaine se fait plus proche !

Ce n’est pas tout. Dès leur premier chapitre, les Écritures nous disent (Genèse 1, 26 et 27) que Dieu a fait sa créature à son image. Il l’a donc faite une tout en laissant une signature triple. Aussi, quand nous pénétrons le vivant, nous constatons la présence simultanée de trois principes. On trouve ces trois principes dans les trois règnes : minéral, végétal et animal.

Les trois principes, signature de la Trinité
  • Le premier principe est ce qui informe la matière, ce qui la structure, ce qui l’ensemence. 
  • Le second principe est la matière vierge qui doit être ensemencée pour donner existence aux choses. 
  • Le troisième principe est ce qui résulte de l’action de la forme sur la matière.

Mais ne vous précipitez pas chez le curé de la paroisse pour lui révéler ça ! C’est un petit secret entre vous et moi.

Les trois principes

Il me faut donner un nom à ces trois principes tels qu’ils nous apparaissent dans notre monde très concret. Que choisir ? Une expression philosophique (matière, forme, etc) ou une analogie empruntée à la nature ? Les philosophes ont choisi la première option, les alchimistes ont choisi la seconde.

Je constate que le mercure est liquide. La surface de chacun de ses globules est un miroir reflétant ce qui l’entoure. Son mouvement, rapide comme celui d’une créature vivante, explique le nom de « vif-argent par lequel on le désigne parfois. « Vif » signifie à la foi « vivant » et « rapide ». La qualité du mercure est vitale et réfléchissante. Il est une bonne image de la matière vierge.

Je constate que le soufre brut brûle facilement, en émettant des vapeurs étouffantes. Pendant des siècles, il fut associé aux flammes de l’enfer et aux passions bouillonnantes qui nous habitent. La qualité du soufre est donc ardente et passionnée. Il est une bonne image de ce rayon créateur qui ensemence la matière.

Je constate que le sel cristallise. Il a la propriété d’arrêter la dissolution, cette transformation chimique désintégrante. La qualité du sel durcit et fait office de barrière à l’écoulement. Le sel ordinaire retarde le processus chimique qui cause la décomposition. C’est pourquoi il est utilisé pour conserver la viande. Le sel solidifie, congèle et densifie. Il est une bonne image du glaçon final auquel se heurte le petit poisson.

Les trois principes ne sont pas des substances chimiques

Ne confondons pas le soufre, le mercure et le sel habituels avec les trois principes des alchimistes. En alchimie, les mots «mercure », « soufre » et « sel » ne désignent pas le mercure, le soufre et le sel habituels. Ils désignent les trois principes fondateurs de toutes choses. Pour éviter cette confusion, lorsqu’ils désignent les trois principes, j’écrirai ces trois mots (Soufre, Mercure, Sel) avec une majuscule.

Le Soufre, le Mercure et le Sel des alchimistes ne sont pas des substances chimiques.

L’huile essentielle (liquoreuse et colorée) de la plante peut nous donner une idée de ce que l’alchimiste nomme Soufre.

L’alcool de la plante (l’éthanol, la teinture liquoreuse transparente et évanescente) peut nous donner une idée de ce que l’alchimiste nomme Mercure. Mettez des prunes dans de l’eau de vie, celle-ci prend le goût des prunes. Le message est bien passé à l’intérieur. Quand vous faites du thé, vous mettez la plante dans l’eau bouillante et le message passe dedans. De même, l’eau prend une couleur vermeille dans le vin et le sang, une couleur noire dans l’encre…

 

 

 

Les cendres de la plante peuvent nous donner une idée de ce que l’alchimie nomme Sel.

Mais ni l’alcool, ni l’huile essentielle ni les cendres de la plante ne sont le Mercure, le Soufre et le Sel. En regardant la plante, je ne vois directement que les éléments physico-chimiques qui la composent. Mais je peux deviner le rôle du Mercure, du Soufre et du Sel. S’il n’y avait pas une matrice structurante, tout ce que je vois se résoudrait à un brouillard énergétique sans forme.

Il en va de même pour le minéral, dont le Soufre apparaît sous une forme huileuse, le Mercure sous une forme très volatile et acide, le Sel sous la forme d’une chaux résiduelle.

Rencontrez les sigles des trois principes

Les alchimistes ont souvent transmis leur enseignement par images. Ainsi, le Soufre a été fréquemment représenté sous la forme d’un homme rouge ou d’un Soleil. Le Mercure a été représenté sous la forme d’une femme blanche ou d’une Lune.

Pour éviter d’écrire en toutes lettres les mots « Mercure », « Soufre » et « Sel », les alchimistes ont choisi un sigle qui leur sert d’abréviation. Voici ces trois sigles. Ils sont accompagnés d’une description plus approfondie des trois principes. Tout au long de votre étude et de vos pratiques, vous reviendrez à ce petit tableau.

LES TROIS PRINCIPES ET LA FAÇON DONT ILS SE MANIFESTENT

Le Mercure   L’élément volatil, la substance où l’humidité fluide et subtile domine. Il se présente sous forme aqueuse ou vaporeuse. La matière vierge, ce qui est structuré. Il est passif dans la génération et par rapport au Soufre, mais il est actif par sa mobilité. Ce qui s’élève en fumée est Mercure. Le Mercure instable confère la volatilité. Il est sujet à la sublimation. Il assure la liaison Soufre-Sel. On peut le rapprocher de l’âme (psyché), ce nuage électronique que l’esprit peut informer.Tous les fluides présents dans l’univers (pluie, rosée), y compris les fluides vitaux de l’organisme humain, en sont une expression. Dans les végétaux, le Mercure constitue la partie animique de la plante et détient l’odeur.
Le Soufre  Il est le feu enclos dans les choses. Le feu qui ensemence. Il est actif dans la génération et par rapport au Mercure. Il réside dans le Sel qui le retient et l’épaissit plus ou moins. La graine spirituelle du Soufre est une information qui pénètre les formes solides. C’est un feu qui imprègne même les minéraux les plus durs. Le Soufre garde en son centre le rayon de la lumière originelle. Il est le rayon créateur, l’information en action. On peut le rapprocher de l’esprit (pneuma), la matrice structurante en cours d’opération.C’est une chaleur fixée et latente qui ne consume pas, mais échauffe doucement. C’est le composé où la chaleur prédomine, ce qui s’exprime par la chaleur naturelle. C’est l’agent dynamique de la fermentation. Ce qui brûle est le Soufre. Il apparaît comme une substance oléagineuse et grasse qui s’enflamme facilement, de nature combustible. Dans les végétaux, il apparaît sous forme d’essence, d’huile, de résine, de sève. Il réside dans les parties chaudes, essentielles et capiteuses des mixtes. C’est de lui que s’engendre la saveur.
 Le Sel Au sens strict, le Sel n’est pas un principe, mais une conséquence de l’union du Soufre et du Mercure. Ce qui explique pourquoi les auteurs antérieurs à Paracelse le passent sous silence ou le désignent sous le nom « arsenic ». Le matériau solide qui soutient, qui donne la fixité. C’est le principe dans lequel la sécheresse et l’aridité dominent. Il est invisible à l’oeil, mais nous pouvons l’extraire des cendres en séparant le subtil de l’épais. Le Sel se présente à nous en corps sec et friable qu’il est aisé de mettre en poudre, ce qui témoigne de sa sécheresse extérieure. Mais il est doué d’une humidité – d’une fluidité – intérieure, comme cela se prouve par sa fonte. Il épaissit le Mercure qui le dissout et il fixe le Soufre. On peut le rapprocher du corps (soma), ce composé physico-chimique dont les tissus organiques s’élaborent à partir des sels inorganiques.Il est fixe et incombustible, c’est-à-dire qu’il résiste au feu dans lequel il se purifie. Il ne souffre point de putréfaction et peut être conservé sans être altéré. Il est principe de conservation et s’oppose à la corruption. Le Sel des plantes mérite une attention particulière. Il est le pont entre les règnes végétal et minéral, le point d’entrée dans l’alchimie minérale.

 

Permettez-moi une petite précision réservée aux experts. Le Soufre correspond à l’esprit (grec pneuma) et le Mercure à l’âme (grec psyché). Ce qui est conforme au sens originel de ces mots (le mot grec pneuma et le mot latin spiritus signifient la même chose ; le souffle, l’air, la respiration). Mais vous devez savoir – pour comprendre leurs textes – que les alchimistes désignent souvent le Mercure comme l’esprit (latin spiritus) et le Soufre comme l’âme (latin anima). C’est un simple problème de vocabulaire. Dans le langage de ces auteurs, l’anima correspond à l’âme immortelle, comme « forme essentielle » de l’homme (notre pneuma). Tandis que le terme spiritus désigne « l’esprit vital », ce brouillard énergétique qui rattache l’âme individuelle au corps et au monde corporel dans son ensemble (notre psyché). Pour éviter toute confusion, je respecterai l’étymologie. Dans ce cours, les mots pneuma et psyché correspondront respectivement au Soufre et au Mercure. J’éviterai les mots esprit, âme ou leurs équivalents latins.

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