Mourir pour vivre et non pas vivre pour mourir. Problématique initiatique, problématique profane. L’un chemine, guidé par l’essence de sa quête. L’autre suit son chemin entrainé par les circonstances de la vie qui le mènent inéluctablement du levant au couchant sans avoir cherché à s’élever au dessus du torrent de la vie et de ses courants incontrôlables.

Vivre c’est savoir renoncer. Renoncer à des privilèges pour la justice, renoncer à une condition physique ou sociale pour maintenir la vie, renoncer à un orgueil dévorant pour laisser s’épanouir la lumière.

La grande faucheuse est l’amie de tous. Elle vient tous nous chercher lorsqu’il est l’heure et que nous avons l’âge. Symboliquement, elle représente le renoncement, vecteur de transformation, voire de transmutation. Figure emblématique de toutes les traditions populaires, elle n’épargne personne.

Le maître est précipité dans une mise en scène macabre qui le rend victime d’un crime crapuleux, dont il faudra qu’il accepte l’ignomignie pour renaître de ses cendres, tel le Phénix. L’oeuvre d’architecture n’est jamais achevée. A peine érigé le temple est voué à une destruction certaine. Le compagnon équipé de son viatique a parcouru les sentiers de son être intérieur. Il a construit. Il a surtout appris à ériger les fondations de son temple selon des principes et des méthodes. Il en a découvert aussi par lui-même et a le sentiment in fine d’être parvenu au bout d’un chemin, ou à tout le moins d’avoir fait un bon bout de chemin qui l’autorise à prendre un peu de repos.

Que nenni. La grande faucheuse est là. Elle n’oublie jamais personne. Elle veille sur l’oeuvre qui a le tort de se croire accomplie ou parvenueà un certain degré d’accomplissement. Son éternelle mission consiste à détruire ce qui se croit arrivé au bout du chemin, ceux qui ont l’outrecuidance d’envisager mettre un terme au processus d’évolution. Soit. Il leur en faudra passer par l’involution. Revenir au degré zéro de la création pour bâtir à nouveau.

Alors quel intérêt ? Je crois que tout simplement on ne batit pas à partir de rien. La matière en décomposition génère l’humus sur lequel s’épanouissent les plus belles fleurs. Et sur de la roche brute point de fleurs, un sol raviné par les intempéries où rien ne pousse, rien ne s’élève en l’absence de la moindre semence.

Alors la bonne recette ? Elle est sans doute dans une certaine equanimité qui ne laisse aucune  prise aux éléments après le passage de la truelle. Elle est dans la recherche de ce point d’équilibre jamais véritablement atteint, dans la quête de l’harmonie libératrice qui a cultivé le feu intérieur, dont, à partir de la brisure de la faux, jaillira la lumière.

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