Pour qui n’est pas dans une logique religieuse, la prière est sans doute plus difficile à pratiquer que la méditation.

L’une et l’autre sont bien pourtant une pratique. Une pratique de l’isolement, de l’auto-construction du temple intérieur, du retrait en son for intérieur. Une pratique de la suprême libération, de la liberté absolue de sa propre conscience.

Mais alors que la méditation de type bouddhique, consiste à retrouver « la véritable nature de l’esprit » par la cessation du mouvement de la pensée, par la découverte et la pratique du vide intérieur, la prière est un mouvement, une création, fondée sur une pratique conjointe du donner et du recevoir. Donner et recevoir du plus profond de l’être, de l’être spirituel, par la voie directe de ce qui est le plus lumineux en l’homme, le plus pur, le plus vrai.

Cela tient donc d’abord de la purification :

La prière n’est pas une demande de réalisation de quelque chose, ce n’est pas un déterminant du futur : c’est dans l’instant et en nous-mêmes que nous trouvons la clé mystérieuse qui nous ouvre le chemin de la lumière.

Mais pourquoi est-ce que j’éprouve une difficulté, une gène vis-à-vis de la prière au sens classique du terme ? A un premier niveau, c’est bien sûr par le rejet que j’ai eu, adolescent, de la mascarade religieuse. D’une interprétation des contenus qui les pose absolument à l’opposé de ma propre foi : en suscitant des invocations à un dieu qui serait nommable, interlocuteur achetable par des exvotos, qui répondrait à des prières qui arrangent l’avenir, et à qui on peut adresser des demandes de miracles. Toutes les religions ouvrent, dans ce sens, un marché avec dieu.

Plus profondément, c’est cette nécessité de reproduire des paroles professées qui me gène, les formules obligées d’une spiritualité cultuelle, des paroles révélées pour être répétées. Comme si la prière était impossible à partir de ce qui nous habite, à partir du mouvement même de l’esprit, d’une prise de parole en nous de ce qui est à la fois le plus intime et le plus vaste, le plus spirituel et le plus vivant. La prière que je souhaite est celle de l’esprit agissant, celle du verbe créateur, naissant, inédit. Elle ne peut habiter pas même ma mémoire, cette prière. Elle habite à peine ma conscience d’un possible lien avec l’unité primordiale. Loin de jouer avec le temps et mon propre devenir, cette prière abolit les lois du temps, elle m’unit à tous les humains de tous les temps qui ont en eux-mêmes cherché la lumière et trouvé la source de vie. Donner et recevoir ne sont alors plus qu’un seul geste, l’impossibilité de l’idée même du péché, du péché et des dualismes : la vie et la mort, le vrai et le faux, le beau et le laid, la force et la faiblesse, l’essence et l’existence, l’avant et l’après… Tout vient s’unifier hors du temps. Le cœur et l’esprit y apprennent d’un même rythme l’abolition de tout déterminisme.  L’amour devient lumière. Le désir devient ce mouvement conjoint et irrésistible d’amour et de lumière. Le verbe devient agissant.

Share