Ci-dessous un article qui nous est transmis par Raphaëlle Martin

La technologie vise à améliorer nos conditions d’existence, à diminuer nos efforts pour survivre. Elle nous donne l’illusion que tout est plus facile : on peut avoir de l’eau courante en tournant simplement un robinet, on peut faire le readymaderoue de bicycletteduchamp1917trajet Paris-Berlin en 1h30 environ en prenant simplement l’avion, on peut communiquer avec nos amis grâce à facebook… Bref, depuis que l’humanité existe, elle a tout fait pour se rendre la vie soi-disant plus facile. Les distances sont de plus ou plus réduites ou abolies, les frontières entre nous et les autres semblent s’estomper, les efforts que nous avons à faire pour atteindre nos objectifs semblent de plus en plus réduits grâce aux nouvelles technologies. S’il reste des difficultés et des maladies, leur résolution n’est qu’une question de temps. Un jour viendra où l’homme sera immortel : on pourra changer nos organes vieillissants sur simple demande. Science-fiction ou futur proche ? Quoi qu’il en soit, même si les limites de la science sont sans cesse repoussées à des lendemains plus heureux, les espoirs que la technologie pourrait nous apporter continuent de nous faire rêver.

Pour moi, la technologie relèverait de la pensée magique : elle nous donne l’illusion de nous rapprocher de l’univers où nous vivions lorsque nous étions bébé, à savoir un monde de « non intégration » (Winnicott) où tout nous était apporté par l’objet maternel pour satisfaire nos besoins et nos désirs. C’est la divine époque où nous avions l’illusion que nous créions le monde en le percevant. Nous avions faim ? Le sein ou le biberon nous était offert en temps voulu. Nous avions besoin d’entendre notre mère ? Elle venait nous bercer et nous chanter une chanson… Nous étions tout, nous avions tout, nous étions Dieu, comme s’en souvient Amélie Nothomb dans l’autobiographie de son enfance « Métaphysique des tubes ». Ce « donné-créé », d’après Winnicott, constitue la base de notre capacité à entrer en relation avec autrui en donnant naissance à une aire intermédiaire, l’ « espace transitionnel », qui nous donne la capacité de vivre de façon créative dans l’espace de « jeu » entre êtres humains. Or, dans ce monde primitif, nous n’avons rien à faire que d’attendre que nos désirs soient satisfaits et soutenus par une présence aimante. Mais quel rapport avec la technologie ?

Je propose l’idée que la technologie serait le moyen de nous rapprocher de notre prime enfance, en nous faisant vivre dans un monde où tout est à portée de main, comme si maman-technologie était toujours là pour nous. Or, dans la vie, on apprend vite qu’il faut se « battre » pour survivre : en grandissant, les humains prennent conscience de vivre dans un monde où ils doivent chercher leur nourriture, se protéger du froid, se protéger des autres êtres humains… Cela n’est pas étonnant que nous soyons nostalgiques de l’époque où nous avions et où nous étions tout, où nous étions créatifs rien qu’en existant, sans effort, dans un état où le monde était en adéquation avec nos besoins et nos désirs. C’est pour cela qu’on essaierait de revenir vers un monde plus facile, où le monde répond à notre désir de façon plus immédiate, sans intermédiaires source de souffrance et de conflits. L’être humain serait-il paresseux par nature en cherchant à faire le moins d’efforts possible? Je pense plutôt qu’il se berce d’illusions… Il croit mieux maîtriser son quotidien et être davantage en adéquation avec le monde où il doit vivre (en appuyant sur un bouton, il allume la lumière), mais au final, il se rend compte que ce n’est pas si simple… lorsqu’une panne d’électricité viendra lui rappeler la fragilité des techniques qu’il a inventées. Finalement, la technologie ne tient pas ses promesses car l’être humain se rend compte qu’il aura toujours à faire des efforts pour atteindre ses objectifs. Certes, il y a le lave-vaisselle qui est bien pratique, mais il faudra toujours quelqu’un pour le remplir et pour le vider chaque jour ! Au final, on se rend compte que la technique engendre des objets qu’il faut entretenir, réparer, payer. La technologie nous aliène et se révèle avec le temps contraignante voire dangereuse pour l’avenir de l’humanité (exemple du nucléaire) : on est loin de la magie fantasmée du début….

Et lorsqu’une inondation rappellera à l’homme bien installé dans sa maison douillette qu’il n’est pas chez lui là où il croyait être à l’abri, il se rappellera qu’il est nu sur la Terre, où qu’il soit. Alors, enfin délivré de la technologie et du confort qui l’a endormi jusque là, il sera enfin confronté, par miracle, au chaos et au néant qui l’habitent. Dans ce puits sans fond, il pourra aller puiser des trésors de créativité, et marcher, grimper des montagnes, redoubler d’efforts, et travailler sa glaise enfin éveillée jusqu’à ce qu’il trouve la lumière, la vraie… qu’il ne pourra jamais déclencher magiquement en appuyant sur un simple interrupteur.

Raphaëlle Martin

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