Après avoir visité nombre de lieux sacrés, manipulé des objets sacrés, fait l’expérience intime d’espaces sacrés, aujourd’hui je m’interroge. Mais qu’est-ce donc que le sacré ? En dehors de l’expérience que  j’en ai, que nous en avons tous, presque toujours intuitive, que peut-on dire du sacré ?

J’ai commencé par faire un tour sur Wikipedia… il y a certes des choses intéressantes, mais on y trouve aussi bien le meilleur que le pire. Puis après avoir un peu surfé sur internet j’ai lu… oh pas trop ! synthétisé (quelque peu) puis finalement j’ai tout jeté à la corbeille et en rapprochant mon expérience et le souvenir de mes lectures, voici ce qui est demeuré. Il y a le fruit de longues années de lectures aussi, enfin ce qu’il en reste quand on a tout oublié, comme dit le proverbe. Oh ! Je ne vais pas m’étendre sur mon expérience personnelle ni me mettre au dessus de la mêlée, mais le sacré ça n’empêche pas que j’en ai souvent fait l’expérience, par mes visites, comme tout le monde, mais aussi… Et puis non ! Ca ne regarde personne d’autre que moi ! L’expérience du sacré n’est-elle pas intime après tout… ? C’est le cri de l’être intérieur, sa montée en puissance en direction du Ciel.  Je ne me renferme pas dans ma coquille, mais je crois que ce qui compte c’est ce que j’ai le plaisir et le désir de vous faire partager aujourd’hui. Et cela, ça nous regarde tous, car le sacré, c’est la quintessence de l’expérience humaine.

Qu’est-ce que je viens de dire ?… « La quintessence de l’expérience humaine ». Le sacré serait alors une expérience ? Non, bien sûr. Enfin pas uniquement. Il y a des lieux et des objets intrinsèquement sacrés. Mais ce qui permet de le dire, c’est l’expérience qu’on en fait quand on les approche. Donc le sacré est lié à l’expérience du sacré. Le lieu sacré met donc l’homme en relation avec le principe Eternel qu’il incarne. Avec le lieu sacré le divin s’est incarné dans le physique et en fréquentant ce lieu, l’homme peut plus facilement y faire l’expérience du divin, ressentir sa présence ici bas. C’est un point important, capital même.

Le sacré je le vois comme une manifestation de l’intemporel dans le temporel. Qu’est-ce qui peut être sacré ? Spontanément je répondrais : un lieu, un objet, un espace. Le lieu sacré manifeste la transcendance de façon intrinsèque, permanente pour ainsi dire ; l’objet sacré quant à lui, renvoie vers une réalité plus subtile. Il l’incarne pour ainsi dire. Quant à l’espace sacré il est un espace sacralisé temporairement par la pratique d’un rituel.

Dans tous les cas, le lieu, l’espace ou l’objet permettent alors à l’homme qui y  est réceptif, de faire l’expérience du sacré.  Mais à ce stade, nous n’avons rien dit, ou presque… juste posé quelques repères, à savoir que le sacré s’incarne dans un lieu ou une chose physique, pour y manifester l’invisible et le lumineux et mettre l’homme en relation avec lui. On peut dire aussi que le sacré s’oppose au profane, c’est à dire ce qui n’a qu’un sens courant et temporel dans la vie de tous les jours. Voilà ! En quelques mots… ne la tenons nous pas, notre définition du sacré ?

Les lieux sacrés

Allons plus loin… Lorsque je suis allée à Vézelay, j’y ai pris des photos étonnantes. Ce sont des choses que les yeux humains ne perçoivent pas, mais qui sautent aux yeux littéralement, en regardant la photo. Dans les murs de la basilique, il y a une végétation intense. La basilique est une forêt à elle seule. Une forêt invisible, naturellement ; semi matérielle, semi immatérielle, dirons-nous. Et nous venons là à un point essentiel. Le lieu sacré est un lieu sacré par nature, d’une part et par rituel, d’autre part. Autrement dit c’est un lieu d’un tellurisme particulier la plupart du temps, comme cette petite église templière du village de Roquebillière, construite sur les ruines d’un ancien temple Mérovingien et qui a résisté à travers les siècles à tous les tremblements de terre, alors que tout s’était effondré autour, comme ce temple japonais, à quatre vingt kilomètres de la centrale de Fukushima, qui a miraculeusement échappé au tsunami.

Donc à Vézelay la nature est reine. La nature subliminale, s’entend. Ce qui signifie, aux yeux d’un œil exercé que Vézelay a été érigée en harmonie avec les esprits de la nature, ceux qu’on appelle les élémentaux, esprits de la terre, de l’eau, de l’air et du feu. D’un autre côté, ce que manifeste dans toute sa splendeur la basilique, c’est qu’elle est un puits de lumière. Elle met l’homme en relation directe avec le Divin, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles… ce qui explique l’expérience mystique d’un Maurice Clavel dont la vie s’est transformée à Vézelay, ou d’un touriste lambda qui ne ressortira plus jamais comme il y est entré.

Des lieux comme Vézelay, Chartres et bien d’autres encore, y compris des lieux de pleine nature comme Stonehenge ou la forêt de Brocéliande, favorisent un accès direct à la transcendance, car ils incarnent le divin et sont un point de rencontre et d’harmonie entre la terre et le Ciel. Ceci signifie que les lieux sacrés sont des outils de transmutation de l’âme. A travers l’arbre vivant, à travers la pierre de taille on vient y chercher la pierre cachée, la pierre philosophale des alchimistes qui transmue l’être et élève ses vibrations jusqu’au Divin.

Les lieux sacrés sont le résultat d’une alchimie complexe : une configuration tellurique particulièrement favorable et la main de l’homme, celle des bâtisseurs, leurs secrets, l’harmonie qu’ils savaient mettre en toute chose, tout comme la paix de l’âme. Ces lieux sont sacrés également de par leur sacralisation, c’est à dire les rites religieux ou non, mais toujours de haute vibration, qui les ont ancrés dans la terre et ceux qui y ont été pratiqués de siècle en siècle. Ils sont une manifestation de l’âme du monde. Ils incarnent, de façon presque intemporelle, le Divin.

Souvent à la rencontre de courants telluriques importants qui parcourent la Terre, et puits de lumière en provenance du ciel, les lieux sacrés sont des points de convergence durables et importants de l’histoire humaine et de sa rencontre avec le Divin.

Les objets sacrés

Parlons maintenant des objets sacrés. Les objets sacrés le sont, car ils sont l’image, ou la métaphore, d’un principe qui les dépasse. Objets transitionnels vers un principe supérieur, ils deviennent objets de transcendance. Ils peuvent être sacralisés par leur histoire ou avoir été sacralisés par des rituels.

A un niveau simple, ce peut être un objet qui évoque le sacré ; sacralisé par le sentiment qu’il inspire, par la personnalité subtile des êtres qui l’ont possédé et qui s’y retrouve pendant longtemps. Il devient alors sacré par son histoire : une bague ayant appartenu à un personnage mythique, le manuscrit original d’un grand écrivain, un tableau de maître… et bien d’autres encore.

Objets directement sacrés, les statues de divinités, en tant que symbole, permettent de toucher du doigt la réalité de l’incarnation, c’est-à-dire, la réalité spirituelle à laquelle elles renvoient. Ainsi, par exemple, une statue du Christ évoque directement la réalité spirituelle que constitue le Christ, qui est elle-même symbole de la Nature Divine. Transcendée par l’acte de prière et par la Foi, la perception de la réalité de la nature spirituelle du Christ permet de se rapprocher de la Création à travers cette réalité d’Amour universel qu’incarne le Christ. Il en va de même pour les symboles relatifs à toutes les religions.

Ainsi pour toute chose et tout être, de son état d’Incarnation au retour à l’Etre immanent,  la matière et les différents niveaux de l’esprit ressemblent à des ricochets que ferait une pierre lancée du bord d’un lac pour atteindre l’autre rive. Chaque étape transcendant le niveau précédent pour se rapprocher du but ultime, c’est-à-dire pour se rapprocher du retour à la Lumière primordiale qui a précédé le Chaos.

La sacralisation

Lorsqu’une statue a été sacralisée par un rituel, elle permet une mise en relation d’autant plus puissante.

Mais qu’est-ce donc qu’une sacralisation ? C’est d’abord une intention, un désir de faire descendre le divin dans un lieu ou dans un objet. Ce désir est soutenu par un rituel, des mots et des gestes spécifiques. Ces mots et ces gestes spécifiques appellent des entités immatérielles qui, en illuminant cet objet ou ce lieu, y font pénétrer un peu de la substance divine. Il va sans dire également qu’avec un rituel suffisamment puissant et ancré dans une tradition, ces entités vont protéger durablement cet objet ou ce lieu. Sauf si le rituel est défait et que les entités sont renvoyées. Mais ceci est un autre débat.

Le principe Eternel, de trop haute vibration, ne se manifeste pour ainsi dire jamais directement sur terre. Tout simplement parce que, sauf fulgurance soudaine et inattendue, il ne le peut pas. Les vibrations de notre planète sont trop basses, trop matérielles pour le feu divin. Il lui faut des intermédiaires. Les hiérarchies angéliques, porteuses des forces convoquées par tout  rituel de haute vibration, sont les intermédiaires quasiment systématiques de toute opération de sacralisation ; que l’opérateur en soit conscient ou non.

Il arrive cependant que le feu divin se manifeste directement. Il produit alors des expériences mystiques. C’est ce que la tradition appelle la voie directe et l’alchimie la voie brève, qui est l’alchimie spirituelle. Il est dans ce cas radicalement et définitivement transformateur.

L’espace sacré

Un lieu peut être sacré, un espace peut être sacralisé, c’est à dire qu’on y convoque un égrégore dans un lieu soit favorable sur le plan tellurique, soit énergétiquement neutre. Si ce lieu a été consacré et ancré dans la terre par un rituel spécifique, s’y attache alors une certaine pérennité. Il n’est pas sacré par lui-même mais il devient favorable à la définition ponctuelle d’espaces sacrés.

Quant aux lieux choisis par exemple pour célébrer une cérémonie, ils sont sacralisés temporairement par un rituel spécifique. Cette phrase peut sembler particulièrement hermétique, mais c’est en fait très simple. Par exemple, lorsqu’une cérémonie religieuse, spirituelle est organisée en plein air, il est nécessaire pour que cette cérémonie ait lieu dans de bonnes conditions, de déterminer un espace sacré. On y convoque des entités par la prière ou le rituel, entités qui seront ensuite renvoyées à l’issue de la cérémonie, pour que le lieu retrouver son énergie originelle.

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