Dans la série symbolique des nombres, voici un texte sur le nombre Trois

Sur le plan mathématique, les nombres servent à dénombrer. Ce sont des unités singulières entretenant entre elles des rapports arithmétiques et algébriques, sur une échelle située entre plus l’infini et moins l’infini. Le chiffre, est la graphie qui désigne la réalité mathématique que figure la notion de nombre. Le nombre est un concept, le chiffre un symbole graphique de la réalité mathématique à laquelle il renvoie.

Sur le plan occulte on rencontre un peu la même opposition : les nombres sont des êtres et les chiffres leurs habits. Pour Gérard Encausse, les nombres sont les intermédiaires entre le plan visible et le plan invisible. Ils structurent le monde sur le plan occulte, sur une échelle allant de l’esprit à la matière, le nombre Un représentant l’esprit, l’essence de la lumière spirituelle. Tous les nombres émanent de lui.

L’univers à ses débuts, peut être vu comme un grand nuage, une intense concentration de lumière spirituelle emplie d’Amour et de Connaissance, les raisons d’être de l’Existence. Mais pas un souffle, pas une action dans ce monde sans mouvement, rien d’autre que l’Etre au sens plein du terme, c’est-à-dire une plénitude d’existence auto-suffisante.

Ce nuage est un contenant, un contenant plein, possédant en son sein toute la puissance de la vie, de la vitalité, à la source de la notion des contraires, de l’opposition entre Bien et Mal, Blanc et Noir, contenant également les germes du gris, mais sans dualité aucune, car il Est, au sens plein du terme et contient toutes les propriétés de la Vie, de l’esprit et de la matière fondues dans un seul moule.

Il faut imaginer la notion d’un tout, qui sur le plan symbolique pourrait être confrontée au concept figuré par le nombre Zéro. Zéro n’est rien, mais sa représentation formelle est 0+-. La force et le pouvoir de cette entité qui contient l’univers potentiel, est assimilable au concept véhiculé par le nombre zéro : Zéro figure le Néant. Il n’a besoin d’aucun mouvement, aucune énergie créatrice, car il Est le Tout. Sa non existence est évidente dans la mesure ou il Est existence auto justifiée. Tout comme Zéro, l’univers à ses débuts a intégré toute l’échelle des valeurs positives, négatives et intermédiaires. Zéro est semblable aux trous noirs dans l’univers : ils existent réellement, bien qu’ils semblent être la négation de l’existence et figurent également son mystère, car ce qu’ils aspirent semble perdu à jamais pour le monde de formes dans lequel nous évoluons.

Ce qui est venu donner l’impulsion de la Création, nul ne le saura jamais, car entre la Création et le Néant il y a l’impulsion de la Vie, le temps étant une conséquence directe de cette impulsion. Et entre la Création et l’impulsion de cette dernière, figure la notion de Volonté, à la source du Verbe, sans laquelle rien ne se crée. L’Existence primordiale fut un jour soumise à l’impulsion de la Volonté. Elle vint lui donner un sens, un but. Assumant auprès d’elle le rôle de l’ange gardien, elle changea le potentiel en devenir. L’Existence primordiale devint alors Création, une lumière rayonnante, environnée d’Amour et de Connaissance. Et pour revenir à la notion de nombre, on peut alors dire que la volonté primordiale a changé Zéro en Un, point de départ de la Création des univers visibles et invisibles. Cette trinité lumineuse, faite d’Amour, de Connaissance et de Volonté se situe à la source de l’Un.

Comparable à Mephistopheles, le Deux figure l’opposition des contraires qui établit des distinctions incessantes. Cependant, l’unité radicale ne se dédouble que pour se reconstituer trinitairement. Autrement dit, le Deux révèle le Trois, le ternaire n’étant qu’un aspect plus intelligible de l’Unité. Ainsi dans la dialectique, du choc de l’affirmation et de la négation, naît la synthèse, expression conceptuelle de la liberté.

« Le nombre 3 », nous dit Lacuria, cité par Gérard Encausse, « est le retour à l’unité, qui semblait brisée par le nombre 2. C’est en unissant le Fils au Père que l’Esprit Saint se réalise ; c’est pourquoi il peut être considéré comme l’efflorescence de l’unité. Il émane d’elle directement, participe à sa vertu, et exprime la paix et la béatitude. Sous un aspect, le nombre 3 renferme l’être tout entier, et peut être considéré comme le premier développement de l’idée de l’être, qui était une dans son principe ». Il ajoute que sur le plan de la création, « ce nombre a de nombreux reflets, dans les fluides, dans les couleurs et dans les formes ».

Le mystère de la Trinité, s’applique universellement et permet d’opérer, de façon non exhaustive, loin s’en faut, les rapprochements suivants :  dans le Christianisme, la divine Trinité est constituée du Père, du Fils et du Saint Esprit, les trois principes des alchimistes sont le Soufre, le Mercure et le Sel, et la Triade divine en Egype est constituée par Osiris, Isis et Horus.

Tournons maintenant notre regard vers l’Egypte, ou nous évoquerons l’exemple de la Triade divine, constituée par Isis, Osiris et Horus. La légende dit que Isis, recueillit les morceaux du corps de son époux défunt Osiris, après que Seth l’eût privé de vie. De leur union dans la mort naquit un fils : Horus.

Isis aidée par Nephtys et Toth insuffle à Osiris, le souffle vital qui de la mort, fait surgir la vie, des ténèbres, la lumière, provoquant ainsi la résurrection spirituelle du Dieu défunt qui renaît alors à l’esprit. Osiris triomphe des ténèbres de l’esprit, grâce à l’action conjuguée de la force, de la sagesse et de la beauté.

Denis Labouré nous explique comment Franz Cumont, résume le rituel de la résurrection d’Osiris. « Dès l’époque de la XIIe dynastie, on célébrait à Abydos et ailleurs une représentation sacrée, analogue aux mystères du moyen âge, qui reproduisait les péripéties de la passion et de la résurrection d’Osiris. Nous en avons conservé le rituel : le dieu, sortant du temple tombait sous les coups de Seth. On simulait autour de son corps les lamentations funèbres, on l’ensevelissait selon les rites ; puis Seth était vaincu par Horus, et Osiris, à qui la vie était rendue, rentrait dans son temple après avoir triomphé de la mort ».

Selon le rituel célébré à Abydos, Osiris triomphe de la mort matérielle pour connaître la résurrection et revenir dans le temple, grâce à l’action conjuguée d’Isis et de son fils Horus. Ainsi pour la seconde fois dans le mythe égyptien, l’action de deux forces vives sur un troisième être fait surgir la lumière. Ainsi l’action au sein d’une trinité renvoit-elle inlassablement vers le principe unique qui les contient tous. La naissance du quaternaire au sein de la trinité renvoie vers l’unité.

Selon le rituel d’Abydos, la résurrection d’Osiris par sa veuve, Isis, grâce à la force d’Horus, issu de l’union du principe féminin et du principe masculin unis dans la mort, signe le triomphe de la lumière sur les ténèbres.

De l’union des contraires dans le principe binaire, naît le ternaire. De l’action du ternaire naît un quatrième élément par lequel se produit le retour au principe unique qui fait surgir la lumière. C’est en s’appuyant sur la force que lui confère la trinité biblique, fondement de sa foi, que le gnostique accède à la sainteté par la Gnose et en s’appuyant sur les trois véhicules, que le lama accède à la bouddhéité par la méditation.

Mais en tant que symbole la Trinité divine, les trois lumières ou les trois véhicules sont objet transitionnel, nécessaire incarnation d’une réalité supérieure à ces symboles et que l’acte de méditation ou de prière lui-même, motivé par la Foi, permet de transcender, au travers de l’union des trois essences primordiales que constituent ces Trinités. En ceci, la Foi est donc étincelle nécessaire qui permet la Transcendance, c’est à dire l’évolution verticale vers la perception de la Nature Divine.

Pour Jean-Pierre Bayard, « la construction du temple reste un concept d’harmonie ». Il ajoute un peu plus loin : « Il doit y avoir accord entre l’univers, le temple et le corps humain. Ces proportions sont visibles dans les monuments égyptiens et plus particulièrement dans celles de la Grande Pyramide ». Ainsi, le rapport, de la hauteur de la pyramide de Kheops, par sa demi-base, serait le nombre d’or. La pyramide est constituée de quatre côtés, soit quatre triangles formant un édifice en trois dimensions et un sommet qui renvoie vers le ciel. De par sa structure tout à la fois ternaire, quaternaire et unaire, elle est un modèle d’harmonie qui transcende à la fois le temps et l’espace.

 

 

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