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Franc-Maçonnerie et Alchimie : un lien symbolique indéfectible

Par Paul Quader

Comment s’effectue la rencontre avec l’alchimie ou « Art royal » ? Cela peut se produire de la façon suivante.
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alchimie/" target="_blank">Le N° complet de “La planche à tracer” sur l’Alchimie est téléchargeable ici
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Un soir, alors que vous êtes tranquillement chez vous, attablé avec votre famille et quelques amis, un alchimiste ou adepte, qui physiquement, vous ressemble et me ressemble, sonne à votre porte. Le rendez-vous était programmé. Vous conduisez l’alchimiste dans votre cuisine. Là, à l’aide d’ustensiles simples de la vie quotidienne, il vous demande de faire fondre sur le réchaud familial, quelques grammes de plomb. Il tire de sa poche un gousset qui renferme une poudre rouge, en prend une pincée, et l’insère dans une boule de cire. Lorsque le plomb est devenu liquide, il jette dedans cette préparation et aussitôt, celle-ci prend une couleur jaune. Une fois refroidie, l’adepte vous fait constater qu’il s’agit d’or. Puis, sans trop parler, il prend congé de la compagnie et retourne dans la nuit noire discrètement comme il est venu.

 

Voilà un premier contact avec l’alchimie, qui n’a rien d’original, car cela s’est produit de nombreuses fois.

C’est une aventure qui est arrivée au philosophe Baruch Spinoza, en février 1667. Il en rend compte dans une lettre du 25 mars 1667, lettre adressée à son ami d’Amsterdam, Jarig Jelles, L’expérience de transmutation de métaux s’est déroulée en présence d’Helvétius, médecin à Amsterdam et grand père du philosophe français Helvétius.

C’est loin d’être la seule expérience de ce type relatée par des philosophes du passé.

Ainsi Pascal a soit réalisé lui-même la transmutation, soit l’a vue s’accomplir sous ses yeux, dans le laboratoire d’un adepte. L’opération dura deux heures. C’est ce qui ressort d’un document rédigé sur papier que l’on trouva cousu dans son habit, lors de son enterrement. Le mot Chrysogone, dont se sert l’auteur pour désigner la transmutation est formé de deux mots grecs, chysos, or, et goné, génération.

Présentation générale de l’Alchimie :

La Pierre Philosophale

Le point clé pour réussir la transmutation des métaux, c’est cette fameuse poudre rouge, que nous appellerons la pierre philosophale, ou pierre des sages. Là, c’est une autre paire de manche, car tous les adeptes ont gardé un silence complet. C’est le règne du secret. Que pouvons-nous dire à propos de la fabrication de la pierre philosophale ?

La pierre qui est en réalité une poudre est en effet projetée au moment opportun sur le métal que l’on veut transformer en or.

L’objectif de l’alchimie est le Grand Œuvre, ou magistère, c’est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux « vils », comme le plomb, en métaux nobles comme l’argent et l’or. Un autre objectif est la recherche de la panacée ou médecine universelle, ou élixir de longue vie, et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie qui guérie le corps et prolonge la vie.

Le Grand Œuvre a pour but d’obtenir la pierre philosophale. L’alchimie opère sur une Materia prima, matière première, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c’est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Les outils :

Transportons-nous, par l’imagination, dans le laboratoire d’un alchimiste.

Le lieu : le laboratoire et l’oratoire : « Prie, Lis, Etudie ».

Derrière la pratique tout à fait réelle en laboratoire (laborare et oratore, œuvrer et prier) et le symbolisme des textes au sens vraiment caché au profane, les alchimistes se vouent à la transmutation de l’âme, à ce qu’on appelle l’éveil spirituel. C’est ce que nous venons faire en loge, qui s’identifie à une alchimie spirituelle.

L’ontologie de l’alchimiste repose sur la notion d’énergie, une énergie contradictoire, dynamique, une, unique, en métamorphoses. Il tire une morale de ses travaux, l’éloge du travail et de la prière : « Prie et travaille ». (« Ora et labora »).

Laboratoire et oratoire : en alchimie il est nécessaire d’allier toujours au laboratoire, un local consacré à la prière et aux exercices spirituels, autrement dit un oratoire.

Se purifier, au sens de se rendre un

Les alchimistes, du fait même d’ « œuvrer » sur la matière, cherchaient à travailler sur eux-mêmes aussi. Ils tentaient de projeter, d’enfermer dans l’athanor, ou le creuset leur propre esprit vital. En descendant au cœur de lui-même, l’alchimiste a pour quête une découverte introspective : celle du noyau intérieur divin, la conscience. D’où un travail pas seulement en laboratoire, mais aussi dans l’oratoire.

« Lege, lege, relege, ora, labora et invenies » : “Lis, lis, relis, prie (dans ton oratoire), travaille (au laboratoire) et tu trouveras (la pierre philosophale).

L’athanor :

Signifie « L’immortel ».  (a privatif et thanatos, la mort). Fourneau, qui sert à la préparation de la matière et à la coction. Le charbon, grâce à un dispositif spécial, brûle lentement.

L’œuf philosophique ou matras :

  • Récipient dans lequel, on chauffait, sur l’athanor, selon des règles très précises, la matière de la pierre philosophale. Il peut être de verre, de terre cuite, de cuivre ou de fer. Ses noms les plus fréquents sont : sphère, prison, sépulcre, fiole, cucurbite, maison du poulet, chambre nuptiale, matrice, ventre de la mère, mortier ou crible,…

La matière première

Cette matière est des plus communes, ignorée de chacun, mais connue de tous. Elle est de vil prix, n’est pas estimée, elle est méprisée, regardée avec dédain. Chacun peut la trouver, chacun peut la porter à la perfection, mais rares sont ceux pourtant qui y parviennent.

Le feu

L’invention du thermomètre date du XVIII° siècle. C’est dire que les références thermologiques sont vagues : chaleur d’un corps porté au rouge ou porté au blanc, chaleur d’un tas de fumier (chaleur douce) ou d’incubation des œufs.

En 1622, l’alchimiste allemand Mylius cite quatre degrés de température : celle du corps humain, du soleil de juin, du feu de calcination et du feu de fusion.

Les alchimistes connaissaient trois sortes de chaleurs de feux : le feu humide, ou bain marie, le feu surnaturel ou artificiel (augmentation de la température par l’addition d’un acide), et le feu naturel ou feu ordinaire.

Alors que l’Eglise rejette la matière déchue, honnie des chrétiens comme indigne de leur attention, l’alchimiste étudie la matière et lutte contre la mort. A l’abri d’un langage compliqué, fermé aux profanes, était poursuivi un travail concret, manuel et opératoire sur la matière.

Comment cette doctrine païenne, magique et hérétique a-t-elle pu échapper à la surveillance jalouse et implacable de l’Eglise officielle ? Ce ne fut possible que grâce au savant camouflage qui réussit à donner le change quant aux véritables buts de l’alchimie. De même que les secrets initiatiques du Tarot furent cachés sous l’apparence anodine et frivole d’un jeu de cartes, la forteresse de l’alchimie fut édifiée sur l’imprenable rocher de l’avarice humaine : les alchimistes prétendaient fabriquer de l’or.

Selon la légende, des prêtres égyptiens cherchèrent à cacher leur doctrine, de telle sorte que celle-ci puisse se perpétuer dans l’avenir. Après de nombreuses réflexions, ils pensèrent que le meilleur moyen, est de les cacher dans le vice humain : un jeu de cartes. Il en est de même de l’alchimie. Il s’agit non pas de l’or courant, mais de l’or spirituel, l’alchimie ayant pour but de guérir un monde déchu et malade.

Les alchimistes ne sont pas intéressés à faire de l’or. Le chimiste qui examine les ouvrages alchimiques éprouve la même impression qu’un maçon (constructeur de murs) qui voudrait tirer des informations pratiques d’un ouvrage de Franc-Maçonnerie.

Les véritables « artistes » ont un profond dédain à l’égard des hommes mus par des buts intéressés :

« Les faux alchimistes, écrit Beccher dans sa Physica subterranea , ne cherchent qu’à faire de l’or, les vrais alchimistes ne désirent que la science ; les premiers ne font que teintures, sophistications, inepties, las autres s’inquiètent des principes des choses. »

« Je méprise et je déteste avec raison, nous dit le mystérieux Philalethe, cette idolâtrie de l’or et de l’argent avec lesquels tout est jaugé et qui ne servent qu’à la pompe et aux vanités mondaines… »

Alchimie et chimie

Jusqu’au XVII° siècle, les termes de chimie et d’alchimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n’est qu’au XVIII° siècle que les deux se distinguent et que la chimie moderne s’impose avec les travaux de Lavoisier. (30 éléments, dont l’oxygène).

Différence essentielle entre l’alchimie et la chimie : l’alchimiste se transforme en même temps qu’il transforme la Nature. Il est aussi l’objet de son travail.

A l’inverse de la chimie moderne, l’alchimie constitue un savoir traditionnel, où l’idée de découvrir du « nouveau » n’a guère de sens. C’est aussi un savoir sacré, qui repose sur la transmission de secrets.

Alchimie et principe ou relation d’incertitude de Heisenberg

 Principe alchimique : l’esprit de l’adepte agit sur la transformation de la matière tout autant que la transformation de la matière agit sur l’esprit de l’adepte.

Principe du physicien Werner Karl Heisenberg défini en 1927 : le fait d’observer un objet dans le monde de l’infiniment petit peut modifier cet objet. En effet pour observer une particule atomique, par exemple un électron, il faut l’illuminer, c’est-à-dire la bombarder de photons (particules constitutives de la lumière, dont le flux constitue le rayonnement électromagnétique). Ces particules de lumière, en atteignant ces autres particules que sont les électrons, les dévient de leur trajectoire et en modifient la vitesse. Il en résulte que toute tentative de déterminer avec précision la position ou la vitesse d’une particule, en, l’occurrence un électron, contient une part d’incertitude.

L’alchimie est une méthode de transmutation de la matière alliée parallèlement à la transmutation de l’individu qui l’opère. Toute observation modifie l’objet observé. L’observateur n’est pas dissociable de ce qu’il observe tant sur le plan intellectuel, psychique, que sur le plan physique. C’est la loi du « tout est un et interdépendant ».

Sir Isaac Newton (1642-1727) :

Après sa mort en 1727, on découvrit dans sa bibliothèque bon nombre de documents écrits de sa main, témoignant de son grand intérêt pour la philosophie hermétique et l’expérimentation alchimique. Il a écrit : « J’ai vu le sel des philosophes » et « Il y a dans l’alchimie d’autres secrets à côté de la transmutation des métaux, et les grands maîtres sont seuls à les comprendre… »[1]

Tout au long de sa vie riche en événements et en découvertes, Newton se sentit concerné par le problème de la transmutation des formes de la matière universelle. Il tenta d’utiliser les techniques de l’alchimie pour mettre à l’épreuve du laboratoire la structure interne des particules, pour trouver ces « forces par lesquelles les particules des corps […] sont soit mutuellement poussées l’une vers l’autre, soit repoussées et qu’elles s’écartent l’une de l’autre », car, dit-il, telle était la « tâche de la philosophie ».

Alchimie et psychologie : Karl Gustav Jung.

Tel l’alchimiste, le psychanalyste observe du dehors, guidé par la confession du patient, les processus se déroulant dans son « œuf philosophique » (c’est-à-dire dans le patient se trouvant devant lui). Comme l’alchimiste, le psychanalyste prétend diriger les étapes d’une « purification » (catharsis).

Le Soi n’est-il pas l’union entre le ça, le sur-moi et le moi ? Fournir à l’adepte une véritable échelle psychique d’accession aux « eaux supérieures » (celles ou se meuvent les images – universelles pour toute l’espèce – de l’inconscient collectif de l’humanité), tel était le but de l’illumination intérieure, de révélation psychique poursuivie tout au long des étapes du grand œuvre.

Nous possédons en nous-mêmes toutes les capacités de transformer le plomb en or, comme sur un plan thérapeutique nous pouvons transformer un pôle particulier de notre personnalité en son opposé : la dépression en sérénité, la colère en patience, l’égoïsme en compassion. Les couples de contraires qui cohabitent en nous sont dynamiques et non statiques comme tout dans l’univers et portent en eux un réel potentiel de conversion.

Dans l’athanor, soumis au feu, les principes actifs et les forces souterraines de l’âme s’exaltent. L’ego, le « je » et ses fabrications qui se prennent pour les maîtres absolus de ce que nous sommes, commencent à se dissoudre, la fin du « je » est proche, et parce que sa fin est annoncée, une nouvelle naissance approche.

En faisant mourir l’ancien moi et toutes les structures anciennes et inhibitrices, un nouvel être dévoilé (aux voiles enlevés…) ; une union stable des contraires, apparaît.

L’alchimie et la franc-maçonnerie

Alchimie et Franc-Maçonnerie sont toutes deux désignées par le terme d’Art Royal.

Depuis l’initiation maçonnique jusqu’aux hauts grades, il y a des approches de l’alchimie.

  • Les couleurs : bleu, noir, blanc, rouge
  • Les quatre éléments : terre, eau, air, feu.
  • Des référence à Hermès trismégiste, le trois fois grand, à la fois roi, prêtre et soldat chevalier
  • La symbolique des animaux : l’aigle, le phénix, le pélican,….
  • Oswald Wirth nous dit que transformer le plomb en or, c’est transformer les métaux du profane, les défauts, en autant de qualités d’initié.

Alchimie, comme franc-maçonnerie, sont des démarches initiatiques, où l’homme ancien, le profane, meurt, pour donner naissance à l’homme nouveau, l’initié, ou l’adepte. Il y a une équivalence entre la pierre brute, qui par le travail, devient pierre cubique, et la matière première, qui, passant par le travail au sein de l’athanor, devient pierre philosophale.

VITRIOL

Visita Interiora Tera Rectificando Invenies Occultum Lapidem.

Visite l’intérieur de la terre, en redressant tu découvriras la pierre cachée

Il existe une variante : VITRIOLUM qui signifie visite l’intérieur de la terre et tu trouveras la pierre cachée et la médecine universelle.

Rectificando signifie distiller. Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée, c’est-à-dire la Pierre philosophale, prise dans le sens d’unité, de cohésion, de congruence. Visiter l’intérieur de la terre, à l’instar du travail alchimique, c’est examiner avec attention, aimer, respecter les pleines dimensions de notre âme, de notre esprit, de notre corps, puis par l’œuvre de soi, les révéler, les dévoiler, les affiner, les exalter.

La clé VITRIOL englobe tous les processus de transformation concernant le retour de l’être à son noyau le plus intime.

Cette clé signifie : Mon frère, descend en toi-même et retrouve la partie vivante, unique de ton existence, retrouve la source de ton être car c’est sur elle, en l’affinant, en la menant au plus subtil, à l’essentiel que tu pourras bâtir ta nouvelle personnalité, bâtir un être nouveau, un être réconcilié, en paix, en harmonie, en unité.

VITRIOLUM : Visita interorem terrae rectificando invenietis occultum lapidem veram medicinam, « Sois et descends à l’intérieur de la terre, et en distillant (c’est-à-dire en allant par degré successif au plus subtil) tu trouveras la pierre cachée, la vraie médecine »…

C’est la formulation du but alchimique. En effet, après avoir obtenu la pierre et avoir été capable de transformer le métal vil en or, l’alchimiste sait que son pouvoir est efficient, effectif. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’il peut obtenir l’Elixir de « longue vie », un élixir capable de guérir toutes les maladies, toutes les souffrances, une vraie médecine, l’éveil suprême. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste quitte le monde, mais il n’est plus du monde. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste n’est pas atteint par la souffrance, la maladie, la vieillesse, la mort, mais il est « en dehors » de ces états. C’est un changement, non de ces états, mais du regard porté sur ces états.

La Loge maçonnique peut être considérée comme un athanor :

  • Une matière : les egos des maçons en tant qu’égrégore
  • Un feu : l’Amour (L’Art d’Amour). Qu’est-ce qui brûle ? La conscience.

Avant de commencer, après avoir mis la matière première dans le creuset, l’alchimiste doit luter (« fermer hermétiquement, de façon étanche ») celui-ci, c’est-à-dire le fermer hermétiquement. De même, avant de commencer la tenue, le Vénérable Maître doit faire contrôler par le couvreur si la Loge est « couverte », c’est-à-dire, hermétiquement close.

Ainsi les parallèles ne manquent pas entre l’alchimie et la franc-maçonnerie

Que ce soit pour l’alchimiste ou pour le maçon, il s’agit à la fois de bien vivre (si possible longtemps en bonne santé) et aussi de « vaincre »  la mort, de la domestiquer si possible, autrement dit de bien mourir.

En hébreu, le terme de lumière se traduit par « or ». Le symbole du soleil, de la lumière et de l’or est le même : un cercle avec un point en son centre. Si pour la science moderne, la matière est de l’énergie, pour les alchimistes, la matière est de la lumière qui s’est concrétisée.

La lumière et l’or sont considérés comme le feu à l’état concret : il ne s’agira plus que d’en condenser les atomes épars pour « matérialiser » cet or répandu à profusion à travers le monde. L’or n’est pas à proprement un métal, l’or EST la Lumière. « L’or, c’est le soleil : faire de l’or, c’est être Dieu ! » s’écrit le diacre Claude Frollo dans Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo.

Parallèle entre les phases du grand œuvre et la démarche maçonnique :

La préparation :

La préparation comprend deux opérations : la mortification et la séparation. La mortification, c’est le broyage de la materia prima. La séparation, c’est la mort de cette materia prima : l’esprit et l’âme de « l’être minéral » quittent le corps, c’est-à-dire, en terme alchimique, qu’un Sel et qu’un Mercure sont enfin séparés d’un Soufre. Sur la table du cabinet de réflexion, nous trouvons du mercure, du sel et du soufre séparés… un mercure, un sel, un soufre constitutif de qui nous sommes. La materia prima est donc préparée, le profane frappe à la porte du Temple. Le profane va être initié. Le Grand Œuvre est désormais en phase active…

Solve : dissolution… « mort »… L’apprenti 

Le profane est initié et passe par la purification des éléments eau, air et feu. Pour l’alchimie, c’est solve. Les matières vont se dissoudre. L’entité minérale perd son unité, et c’est de cette mort, que va naître et croître le germe d’une vie nouvelle. En franc-maçonnerie, le profane devient un néophyte, une nouvelle graine, qui après être mort à lui-même, renaît en tant qu’apprenti. Les deux outils qui symbolisent son grade, le maillet et le ciseau, lui servent à tailler sa pierre brute, c’est-à-dire à déconstruire sa personnalité profane, ses habitudes, ses constructions normées : il est bien dans une phase de dissolution (solve).  L’apprenti, en fin de parcours, aperçoit sa nature tripartite : corps, âme et esprit. Une fois le travail de l’apprenti accompli, il peut passer au grade de compagnon.

Coagula concentration, fixation : Le Compagnon

Cette phase est la construction et le perfectionnement de la phase précédente. La phase précédente est désormais nourrie au Sel philosophique. La pierre a commencé à être taillée, il s’agit donc maintenant de la parfaire. Cette perfection sera atteinte grâce à la Quintessence, au cinquième élément qui donnera la pierre au blanc, avant dernière étape du grand œuvre. C’est l’œuvre de compagnon. Solve et coagula, mourir et renaître, dissoudre la matière vile, le plomb, retrouver dans ce plomb le potentiel de transmutation et l’emmener vers un destin aurifère.

La pierre philosophale : Le maître

L’ultime transmutation, la dernière naissance ne pourra se faire, comme pour toutes les transformations, que par une nouvelle mort. Le but de la pratique alchimique est le fait de décomposer la matière puis d’isoler les deux principes premiers (un Soufre et un Mercure) afin de les associer à l’aide d’un Sel… pour obtenir la Pierre philosophale. En le transposant sur un plan humain, ce serait dissoudre notre structure de personnalité rigide pour y découvrir et l’esprit et l’âme qui, associés au corps, deviendraient enfin une véritable unité, UN avec l’univers, UN avec son Grand Architecte. Un devient deux, deux devient trois, et au moyen du troisième, le quatrième réalise l’unité, ainsi les deux ne forment plus qu’un. Ainsi le tétrachtys de Pythagore est-il un triangle formé de 10 points, un, puis deux, puis trois, puis quatre, le tout formant 10, soit 1+0, soit 1.

L’athanor de l’alchimiste est comparable à la loge. L’œuvre s’effectue dès lors que l’on ferme la préparation à l’extérieur comme le travail s’effectue en loge quand elle est couverte, c’est-à-dire fermée et uniquement composée d’initiés. Les composés peuvent être comparés à l’initié dans ses différents états et ses ressources intérieures comme autant de ferments.

Le maître a trouvé son point fixe. La pierre cubique à pointe est le support visible d’une pyramide inversée invisible, créée dès lors que nous poursuivons ses arêtes vers l’infini, une pyramide cachée, mais bien réelle… A ce degré, nous passons à une autre dimension de la connaissance. Nous avions des parts cachées en nous, le silence, la méditation nous les ont dévoilées. Le soleil n’y va pas par quatre chemins : il éclaire le monde de manière uniforme et le révèle. Nous sommes prêts à entrer dans le monde invisible, celui des symboles et de l’imaginaire. La hache qui surplombe la pierre cubique à pointe pourrait bien nous être fatale et nous plonger dans l’ultime dimension, que nous avons frôlée à chaque fois à l’Orient en étant reçu franc-maçon et compagnon.

CONCLUSION

Quel peut être l’objet de l’alchimie aujourd’hui ?

Elle fait partie de notre histoire, et c’est une forme de poésie.

L’alchimie n’est pas un désir de richesse. Mais c’est un désir d’immortalité et un désir de bonne santé, et d’absence de souffrance, de bien-être physique, mental et social.

Mais l’alchimie fait aussi partie du présent. Elle pose deux questions cruciales auxquelles sont confrontés chacun d’entre nous, à savoir, la maladie et la souffrance d’une part, et la mort d’autre part. Pour répondre à ces deux interrogations, l’alchimie pose la possibilité de la panacée universelle et de l’élixir de longue vie. C’est à la fois un désir de bonne santé et de jeunesse, ainsi qu’un désir d’immortalité.

[1] Betty J. Teeter Dobbs Les fondements de l’alchimie de Newton ou la chasse au lion vert Guy Trédaniel, 1981.

 

Françoise Bonardel : l’alchimie

Les Racines du Ciel : L’alchimie avec Françoise Bonardel 

image alchimiqueÉmission “Les racines du ciel” du 07.10.2012 sur France Culture présentée par Frédéric Lenoir et Leili Anvar

Françoise Bonardel : Philosophe, écrivain, Professeur à la Sorbonne, elle a écrit de nombreux ouvrages et articles sur les “orients” de la philosophie que sont gnose, mystique, poésie et surtout alchimie à laquelle elle consacre plusieurs études : “Philosophie de l’alchimie” ( PUF,1993), “Philosopher par le Feu” (réédition Almora, 2008) et “La Voie hermétique” ( Dervy, réédition 2011).

Qu’est-ce que l’alchimie ?

Le mot alchimie vient de l’arabe alchimia. La vraie difficulté vient lorsqu’on cherche à comprendre ce que signifie « chimia ». On a pris l’habitude de considérer que l’alchimie était la transmutation des métaux vils et tout particulièrement du plomb en or. Ceci a permis au XIXème siècle, de détruire en quelque sorte la tradition alchimique en considérant que l’alchimie était l’ancêtre de la chimie et qu’à partir du moment où la chimie scientifique avait fait des progrès suffisants, il n’y avait plus de raison de s’intéresser à cette science occulte, cet ésotérisme d’un autre âge, qu’on nomme alchimie.

Dans le corpus alchimique il apparaît très clairement que l’alchimie est une pratique dont la matière est la donnée première sur laquelle opèrent les alchimistes. Mais ce qu’ils visent est une voie de rédemption et de salut qui comporte des aspects religieux et initiatiques. Il y a donc d’un côté l’aspect profane et de l’autre l’aspect initiatique de l’alchimie.

Les grands alchimistes classiques, du 12ème au milieu du 17ème siècle, travaillent conjointement l’aspect matériel et l’aspect spirituel de l’alchimie. Car la spécificité de l’alchimie, par rapport à des voies spirituelles ou religieuses, consiste à prendre en compte la matière et à considérer que c’est à partir de la matière et de sa transmutation, qu’on accède à une voie de délivrance, de salut et de rédemption. La matière est donc partie prenante de ce processus. C’est ce qui fait la spécificité de l’alchimie et c’est la raison pour laquelle on parle d’elle comme d’une cosmologie. C’est une manière d’entraîner la création entière dans un processus de régénération et de rédemption.

Il y a à ce sujet deux interprétations différentes : soit on rattache l’alchimie à un courant chrétien… on considère alors que la matière est l’expression du pêché originel, et on opère une rédemption par la pratique alchimique ; dans d’autres textes, par contre on considère simplement que la matière est immature et que la Création est inachevée. Il appartient donc de ce fait à l’alchimiste de la parachever.

C’est donc dans ce cas le thème du parachèvement et de l’accomplissement qui prédomine sur celui d’une rédemption  par rapport à une chute. Ces deux scenarios sont plus ou moins exprimés selon les textes.

Qu’est-ce que le courant hermétique et qui est Hermès ?

Il y a une transmission qui s’est faite par le monde arabe, mais les alchimistes arabes s’étaient inspirés des alchimistes grecs et Egyptiens, puisque c’est dans ce fonds culturel du Moyen Orient Egyptien et Grec, que l’alchimie trouve son origine.

La personnalité d’Hermès est extrêmement complexe et il est important de ne pas confondre d’emblée hermétisme et alchimie. Il y a une tradition hermétique qui est née  entre le deuxième siècle avant JC et le deuxième ou troisième siècle après JC. Cette tradition constitue les Hermetica, c’est à dire l’ensemble des textes qui sont attribués à Hermès Trismegiste (trois fois très grand). C’est un personnage mythique qu’on a souvent assimilé à un sage oriental. C’est ainsi qu’il apparaît dans l’iconographie de la Renaissance et sur le fameux pavement de la cathédrale de Sienne en particulier. C’est à Hermès Trismegiste qu’on a donc attribué ces textes et en particulier le Corpus Hermeticum.

L’Alchimie, une Gnose ?

Il y a dans ces textes une philosophie de la nature, qui aussi une Gnose, mais une Gnose non dualiste. C’est donc une connaissance initiatique qui ne considère pas la matière comme mauvaise.

C’est une Gnose au sens d’une connaissance révélée et libératrice, mais ce n’est pas une Gnose dualiste, qui est incompatible avec l’esprit de l’alchimie.

De cette matrice philosophique et religieuse est issue (mais d’une manière assez mystérieuse) cette tradition spécifiquement alchimique. C’est comme les deux branches d’un même courant. Les alchimistes en effet se réfèrent presque constamment à un Hermès, mais dont on n’est pas tout à fait sûr qu’il soit exactement le même que cet Hermès Trismegiste.

Cela n’a pas tellement d’importance, cela dit, car Hermès est un personnage polymorphe, ayant connu des avatars successifs au cours des âges. Et ce qui importe en réalité, c’est l’esprit. Jung a parlé à ce sujet de l’esprit Mercure. Et ceci est très important. Car en fait peu importe l’identité exacte d’Hermès qui de toutes façons est un personnage mythique : ce qui importe, c’est l’esprit Mercure. C’est un messager, un médiateur et un transmetteur.

C’est surtout celui qui, sous quelque forme qu’il se présente – Hermès Trismegiste, le Mercure des alchimistes, ou bien l’Hermès Thot des Egyptiens, ou encore l’Hermès Mercure latin – est un personnage ayant l’accès au monde invisible. C’est le conducteur des morts, qui conduit les âmes dans l’au-delà chez les Grecs et chez les Egyptiens. C’est aussi l’inventeur des Sciences Occultes. Et en même temps, il est celui qui fait le lien entre le ciel et la Terre. De très nombreux textes le décrivent comme le médiateur, celui qui maintient l’unité entre le Haut et le Bas.

Hermès, une figure Christique ?

Oui, en effet. Et cela explique aussi pourquoi Saint Augustin, quand il récapitule les philosophies païennes, a pris la précaution de dire que certes, Hermès est un médiateur, mais qu’il n’est pas le vrai médiateur. C’est d’ailleurs la position dogmatique de nombre d’auteurs chrétiens.

Hermès serait aussi un Grand Réparateur ?

Ca ne se présente pas exactement de cette façon chez Hermès, dans la mesure où pour qu’il y ait réparation, il faut qu’il y ait eu endommagement. Le parallèle avec le Christ est d’autant plus légitime que nombre d’alchimistes ont associé la quête de la pierre philosophale avec la mort et la résurrection du Christ. Le thème du Lapis Christus, particulièrement mis en lumière par Karl Gustav Jung, est tout à fait pertinent.

La Pierre philosophale est l’une des formulations pour exprimer la finalité ultime de l’œuvre alchimique. On parle tantôt d’androgyne (rebis ou créature double), ou encore de pierre philosophale, ou d’or philosophal. Les formulations varient. Ce qui importe en réalité c’est de comprendre que dans tous les cas, ce produit ultime de la quête alchimique, est toujours le fruit d’une coïncidence des opposés, donc d’une union du Ciel et de la Terre.

Les textes antiques et la Tradition Hermétique

L’ensemble des textes alchimiques antiques ou Hermetica, sont des textes attribués à Hermès, parmi lesquels figure le Corpus Hermeticum. La première compilation ayant été faite de ces textes se situe aux alentours des sixième et septième siècles après JC.

Le texte qui incarne l’esprit même de l’hermétisme, La Table d’Emeraude, a été connu dans une première version arabe aux alentours du neuvième siècle. Il existe aussi un énorme corpus des alchimistes grecs qui a été traduit au dix-neuvième siècle par Marcellin Berthelot.

La Table d’Emeraude

« Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable que
Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose.
Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice.
Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre.
Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi.
C’est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde.
Ce que j’ai dit de l’opération du Soleil est accompli, et parachevé. »

L’Homme est un abrégé de l’Univers. Il existe des correspondances entre le Haut et le Bas, le Ciel et la Terre, dont le déchiffrement s’impose à l’alchimiste. Ces correspondances permettent un déchiffrement de l’unité qui existe entre ces deux dimensions, mais aussi de s’engager dans ce processus de purification. C’est une vision de l’homme qui sera remise en cause radicalement par la vision scientiste et matérialiste de l’univers. Or la philosophie alchimiste est une vision non matérialiste de la matière. Il ne s’agit pas de s’échapper du monde, mais de le transformer et de l’illuminer. La matière fait partie du processus global d’accomplissement et de régénération de la Création.

L’homéopathie réhabilite-t-elle la pensée alchimique ?

Ce point est important car on oublie un peu vite qu’il y a eu des alchimistes médecins, et des médecins alchimistes – dont Paracelse. Par exemple Pierre Jean Fabre, médecin célèbre qui exerçait à Montpellier. Il y a toute une tradition de la médecine alchimique en Occident et qui a des points communs avec l’homéopathie. Et cette tradition n’est donc pas sans rapports avec l’homéopathie certes, mais également avec certaines médecines asiatiques.

On retrouve cette tradition là un peu dans toutes les cultures du monde. C’est d’ailleurs un argument qui semble invalider les propos de ceux qui considèrent l’alchimie comme une folie qui a fait son temps et qui estiment que sa résurgence risquerait d’être la preuve d’un obscurantisme récurrent. Il semble au contraire que l’existence d’une alchimie Babylonienne, Grecque, Arabe, Occidentale, Asiatique (Indienne, Chinoise, Tibétaine etc.), tend à prouver qu’elle est sous-tendue par une sorte de modèle, d’archétype, de pratique, dont on ne peut pas faire l’économie sans supprimer une dimension de l’expérience humaine.

Alchimie interne et alchimie externe

Il existe ce qu’on appelle l’alchimie interne et l’alchimie externe. L’alchimie externe est la préparation d’un certain nombre de remèdes, selon des procédés qui s’inspirent des opérations alchimiques, avec des règles pouvant varier selon les cultures. Mais la médecine tibétaine, fabrique des remèdes alchimiques.

L’alchimie interne, quant à elle, est beaucoup plus développée en Asie qu’en Occident. La Loi d’analogie a connu des traitements différents en Occident et en Asie. L’alchimie interne est le fait de prendre au pied de la lettre, le rapport entre microcosme et macrocosme, à savoir que l’Homme est à l’image du macrocosme, cela signifie qu’on peut parvenir à pratiquer une alchimie sur le corps humain lui-même. Or, sur ce point, l’alchimie occidentale n’a pas la même richesse de pratique que l’alchimie asiatique, la pratique tantrique en particulier.

Ceci inclut dont les exercices psychocorporels qui font partie intégrante du yoga, de la méditation, notamment, ainsi que le Vajrayana Tibétain. La tradition asiatique a ainsi développé certains modes de transmutation des émotions négatives en émotions positives à partir d’un travail sur la psyché et sur les corps subtils. L’alchimie asiatique est allée de ce point de vue là plus loin que l’alchimie occidentale, parce qu’elle a élaboré un certain nombre de pratiques qui s’apparentent au yoga et à la méditation dans le cadre du Vajrayana Tantrique en particulier, et qui permettent la fabrication d’un corps de diamant. On peut donc parler d’une alchimie interne, en rapport avec ces pratiques.

L’ Œuvre au Noir

Cela fait référence à des couleurs (Noir, Blanc et Rouge) qui ponctuent le processus de transmutation de la matière. On a retenu ces trois couleurs. Les alchimistes, avec l’attention scrupuleuse qui est la leur, en détectent cependant de plus nombreuses.

Ces couleurs sont des stades décisifs de la transformation de la matière. L’œuvre au Noir fascine particulièrement les esprits, parce qu’on y voit soit une sorte de descente aux enfers, soit une sorte de pacte plus ou moins trouble avec des puissances des ténèbres, soit une confrontation à la mort, ce qui est le cas.

Donc effectivement l’œuvre au Noir est une phase décisive du processus de transmutation, parce que c’est une mise à mort symbolique et opératoire, de la matière. Les alchimistes la décrivent soit comme une décapitation, soit comme un démembrement, soit comme une décomposition. C’est la nuit, mais une nuit qui sera transfigurée par une aurore naissante, une re-naissance à partir de la nuit. C’est quelque chose comme l’expérience de la nuit obscure chez les mystiques.

Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une épreuve sacrificielle difficile, dangereuse et douloureuse. Mais il faut être conscient que cela n’a rien à voir avec une espèce de compromission malsaine avec les puissances des ténèbres. Donc il ne s’agit en aucun cas d’un pacte avec la puissance des ténèbres.

Bien au contraire, la plupart des traités alchimiques se terminent par l’expression Deo Concedente, c’est à dire : Si Dieu  Veut… à la Grâce de Dieu… avec l’aide de Dieu.

Déchiffrer les Lois de la Nature

Les vrais alchimistes placent leur œuvre sous le signe d’une soumission à Dieu. Ils mettent en œuvre la matière, mais considèrent que sans l’aide de Dieu ils ne peuvent parvenir à sa finalité. Il y a là une sorte de leçon d’humilité qui n’a absolument rien à voir avec ce fameux pacte de Faust, qui est une version moderne et prométhéenne, une vision décadente de la pensée alchimique, qui exprime la volonté de l’homme de devenir maître et possesseur de la nature. Or l’alchimiste est au contraire celui qui non seulement sollicite l’aide de Dieu, et qui met en œuvre un processus dans un total respect de la nature. Tous les traités insistent sur ce point. C’est la nature qui est le guide et l’inspiratrice. On parle d’ailleurs du Grand Livre de la Nature. C’est en apprenant à lire le Grand Livre de la Nature qu’on parviendra, si Dieu le veut, à cette réalisation.

L’alchimiste cherche à reproduire en vase clos l’acte créateur. Mais ce n’est pas dans une perspective démiurgique, mais dans une perspective de louange à la perfection de la Création. C’est la possibilité pour l’homme, d’imiter à sa manière cette perfection, pour poursuivre l’œuvre du Créateur et la porter à un point d’accomplissement et de rayonnement.

L’œuvre au Blanc et l’œuvre au Rouge

C’est une phase intermédiaire entre le Noir et le Rouge. C’est la partie de l’œuvre qui est dominée par la Lune et non par le Soleil. Si on considère qu’il n’y pas d’alchimie sans un mariage du Soleil et de la Lune, du Soufre et du Mercure, du Roi et de la Reine, hé bien dans l’œuvre au Blanc, c’est la première phase lunaire. C’est une première phase de purification et qui est associée à l’œuvre de la femme. Elle est dominée par la Lune, couleur argent, alors que l’œuvre au Rouge sera solaire et Royale.

L’alchimie fascinait les esprits curieux de la Renaissance

Un certain nombre de hauts dignitaires, religieux, princes, empereurs, rois, ont installé des laboratoires dans leurs palais. Leur motivation était sans doute un peu complexe, car il n’est pas exclus qu’ils aient souhaité s’attribuer les services d’un alchimiste, aussi pour fabriquer de l’or et renflouer les caisses de l’Etat.

Mais l’or alchimique existe-t-il ?

Ce n’est pas la possibilité de la transmutation qui est en cause, car il existe de l’or alchimique, notamment des médailles : c’est le coût. Aujourd’hui on considère que ce serait démentiel d’essayer de transmuter la matière de cette manière.

Bien sûr de hauts dignitaires s’y sont intéressés. Mais ce qu’il faut retenir c’est que l’alchimie a informé, au sens propre du mot, structuré toute une vision du monde, entre le Moyen-âge et la Renaissance. De ce point de vue là, l’alchimie a été d’une extraordinaire fécondité créatrice. Elle a en effet inspiré l’iconographie, la littérature. Elle a produit une œuvre considérable. On ne réalise pas en effet l’importance de la littérature alchimique. C’est énorme. Il existe des quantités de textes qui ne sont pas encore traduits et ne le seront probablement jamais d’ailleurs. Il y a donc une grande vitalité de l’esprit alchimique, et l’esprit alchimique a perduré au-delà de l’acte de décès officiel de cet art. Cet esprit a perduré notamment chez les artistes.

Un art des métamorphoses

Il faut prendre en compte le fait que l’alchimie a toujours été un art des métamorphoses et que les métamorphoses continuent. L’esprit de l’alchimie perdure. Il consiste comme l’a dit Olivier Clément, à sauver l’homme par les moyens qui causent ordinairement sa perte. L’alchimie est donc une méthode de retournement des actes. C’est cela en réalité le sens profond de l’œuvre au Noir. C’est qu’au moment même où l’homme est confronté à la désespérance et à la mort, il peut y avoir, si on a une disposition d’esprit qui le favorise, un retournement de ce qui devait causer la perte.

C’est cet état d’esprit qui est à la base de l’universalité de l’esprit alchimique et de son lien avec les grandes religions.

Dans le dogme chrétien on retrouve d’ailleurs cette idée que la croix, qui est une abomination est la cause du salut. C’est un retournement. Elle devient l’espérance de la résurrection et le salut est opéré par la croix. C’est quand même incroyable comme idée. Or, c’est une idée fondamentalement alchimique, à savoir que c’est par l’expérience de cette noirceur, qui une ascèse et un dépouillement, qu’on peut espérer un retournement, mais à condition de ne pas le faire dans la perspective d’obtenir quelque chose.

L’alchimie pousse jusque dans ses derniers retranchements cette expérience de la perte.

 

Le processus de dissolution de l’ego

Interview de l’alchimiste Patrick Burensteinas par Florence Quentin pour Baglis TV sur le thème : De la lumière à la matière.

Patrick Burensteinas

Moi, j’ai commencé le chemin pour de mauvaises raisons. C’est à dire des raisons d’ego : « je veux trouver des secrets que les autres n’ont pas trouvés, je veux être riche… je veux être en bonne santé, je veux vivre vieux… je veux qu’on m’aime… je veux qu’on parle de moi… » !

Mais tout ça c’est pour briller. Ce n’est pas pour éclairer. Et on peut dire que plus on va se détacher d’un certain nombre de choses, plus on va devenir transparent. Ce n’est pas de la vanité de dire ça, au contraire. Si c’est de la vanité on devient épais.

Parce qu’il se passe un phénomène particulier… vous avez dit tout à l’heure « s’il y a des trous est-ce que la lumière passe » ? Hé bien oui. Et plus il y a de trous, plus elle passe. Et à un moment, il a tellement de trous qu’on ne voit plus que la lumière.

C’est comme une lampe : plus la lumière est forte, moins on voit la lampe. Et la lampe peut se dire à un moment « Non mais c’est injuste, c’est moi qui l’ai faite » ! A ce moment là c’est l’ego qui revient. On redevient épais. La lumière ne passe plus. Et à ce moment là, on n’éclaire plus. On est obligé de briller !… mais pour briller il faut être bien poli. Et puis il va falloir avoir besoin du regard des autres. Puisque c’est les autres qui vont faire qu’on brille. Alors que quand on éclaire, ce n’est pas notre problème. On éclaire tout le monde pareil.

Florence Quentin

Votre but ultime…. Ce serait… d’être transparent ?

Patrick Burensteinas

Le but ultime, c’est même au-delà de ça. Parce que quand on est transparent, on est encore matière. D’ailleurs la pierre philosophale est presque complètement transparente. Mais pas complètement parce que c’est une matière. Il y a quelque chose. Il y a un voile qui entoure la lumière. Et on peut dire que si on retirait le dernier voile, ce ne serait que de la lumière mais on ne pourrait pas y accéder non plus, puisque nous sommes matière.

Il y a toujours cette espèce de paradoxe qui est « je cherche cette lumière, mais le jour où je l’ai trouvée, l’individualité disparaît forcément ». Je ne peux pas trouver l’unité en gardant l’individualité.

L’ego bien sûr va se rebeller contre cela. Pendant tout notre chemin il va nous dire « non c’est dangereux ce truc là ! Non, il faut que trouves des règles aux choses. Il faut qu’il y ait une chronologie »… Puisque la logique du temps est très importante. Alors que nous on cherche justement le Non Temps. Il y a l’ambigüité entre cette quête mentale qui consiste à utiliser des outils pour faire quelque chose, et la quête philosophique dans laquelle il faut que j’abandonne tous les outils pour trouver l’unité. Et il va falloir louvoyer entre les deux. Le loup est un animal important pour l’alchimiste. Louvoyer c’est voir comme un loup : c’est à dire que je fais un pas, je regarde d’un côté. Je fais un pas, je regarde de l’autre côté.

Et c’est la quête du chevalier aussi. Le chevalier errant. Le chevalier errant ne sait pas où il va par définition puisqu’il est errant. Et être errant, c’est être dans l’erreur. Donc ça veut dire qu’il erre dans l’erreur, dans un sens, dans l’autre… et un jour peut-être, la lumière lui tombera dessus. Mais on n’en est pas sûrs. On n’en sait rien. C’est la différence entre le savoir et la connaissance. Le savoir, c’est voir ça et rien d’autre. Alors que connaître c’est naître avec. Ca veut dire que j’ai été capable de transgresser les règles de la matière, de traverser la bulle entre la matière et la lumière, et transcender ce que je suis, c’est à dire dissoudre. C’est pour cela qu’on cherche une solution à nos problèmes… pour trouver justement cette lumière.

 

La nuée sur le sanctuaire

Vous trouverez sur cette page un article que nous a fait parvenir Denis Labouré . Il s’agit d’un extrait de son livre Le Christianisme Secret, qu’il nous a autorisés à publier, ce dont nous le remercions.

Inédit en ligne – Extrait du livre Le Christianisme secret, Denis Labouré, Le Mercure Dauphinois, Grenoble, 2009


Le conseiller Karl von Eckhartshausen (1752-1803) s’est exprimé de la façon la plus explicite sur les rapports entre « l’état de maladie de l’humanité » et le sang, et sur le rôle essentiel du sang dans la régé nération de l’homme. Sauf indication contraire, les citations sont extraite s de Karl von Eckhartshausen, La Nuée sur le sanctuaire, Paris, 1948. Pour rédiger cette brève synthèse, j’ai emprunté plusieurs commentaires à l’ouvrage d’Antoine Faivre, Eckartshausen et la théosophie chrétienne, Paris, 1969.

 

L’homme est un malade héréditaire

L’homme aujourd’hui considéré comme normal est un malade héréditaire. Si nous le comparons à l’équilibre adamique, son état est pathologique. Cet équilibre fut rompu à la suite de l’empoisonnement illustré par la manducation du fruit défendu :

« L’état de maladie des hommes est un véritable empoisonnement ; l’homme a mangé du fruit de l’arbre dans lequel le principe corruptible et matériel prédominait, et s’est empoisonné par cette jouissance. Le premier effet de ce poison fut que le principe incorruptible, qu’on pourrait appeler le corps de vie, comme la matière du péché est le corps de mort, dont l’expansion formait la perfection d’Adam, se concentra dans l’intérieur et abandonna l’extérieur au gouvernement des éléments. C’est ainsi qu’une matière mortelle couvrit bientôt l’essence immortelle, et les suites naturelles de la perte de la lumière furent l’ignorance, les passions, la douleur, la misère, et la mort. »

La cause de cette maladie est à rechercher dans la matière destructible dont l’homme est composé depuis son empoisonnement. Celui-ci fit apparaître dans son sang un ferment de corruption endogène de l’âme et du corps, héréditairement transmissible. Ce ferment est:

« une matière gluante (appelée « gluten ») cachée, qui a une parenté plus proche avec l’animalité qu’avec l’esprit ».

D’une part, elle obnubile nos fonctions mentales et spirituelles en intoxiquant chroniquement notre cerveau. D’autre part, elle est la cause principale de la corruptibilité de la chair, les agents exogènes de destruction ne venant qu’après elle.

Que faire ?

« L’homme est malheureux, parce qu’il est malade de corps et d’âme, et qu’il ne possède aucune vraie médecine, ni pour son corps, ni pour son âme. »

Pourtant, la possibilité de recouvrer notre corps lumineux réside toujours en nous comme une graine prête à germer. Ce germe, bien réel, annonce l’ange futur. Comment le faire croître ?

« La Régénération n’est autre chose qu’une dissolution et qu’un dégagement de cette matière impure et corruptible, qui tient lié notre être immortel et tient plongée en un sommeil de mort la vie des forces actives opprimées. »

Par la volonté et l’ascèse, l’homme peut parvenir à dominer ce ferment de corruption qui est en lui, mais il n’est pas en son pouvoir de l’anéantir. La cause de la corruption physique et morale se trouvant dans notre nature substantielle, le remède ne peut pas être uniquement moral :

« On moralise depuis des siècles, et le monde est toujours le même. Le malade ne deviendra pas convalescent si le médecin ne fait que moraliser à son chevet. »

Comment nous débarrasser de ce ferment de corruption ?

« Ainsi il doit y avoir nécessairement un moyen réel pour chasser ce ferment vénéneux qui occasionne en nous le malheur, et pour délivrer les forces emprisonnées. »

Dans quelle direction chercher le remède ?

« La guérison de l’humanité n’est possible que par la destruction en nous de ce ferment du péché ; de là, nous avons besoin d’un médecin et d’un remède. »

Quel remède rétablira notre état de gloire ? Certainement pas un médicament emprunté aux règnes minéral, animal ou végétal qui sont aussi périssables que nous. Une fois rappelée cette évidence, force est de constater que

« … seul l’Indestructible peut rendre le destructible indestructible ; seul ce qui est vivant peut animer ce qui est mort. De là, on ne doit pas chercher le médecin et le moyen de la guérison dans la nature destructible, où tout est mort et corruption. On doit chercher le Médecin et le remède dans une nature supérieure, où tout est perfection et vie ».

Seul un intermédiaire à la fois divin et humain, une énergie lumineuse exprimée et provenant du Père peut nous secourir. Chaque mot que je prononce est le réceptacle de mes pensées. Chaque pensée me contient. De même le Christ est le réceptacle de toutes les facultés divines exprimées à travers Lui. Dieu exprime un soleil spirituel qui relie le fini à l’infini. Ceux qui le reçoivent en eux peuvent devenir enfants de lumière.

L’antidote

Soyons plus concret. Voici comment Karl von Eckhartshausen assimile le médicament universel à un contrepoison :

« Lorsque l’homme, par la jouissance d’un fruit corruptible et qui portait en lui le ferment de la mort, fut empoisonné de telle sorte que tout ce qui était autour de lui devint mortel et destructible, la miséricorde divine devait nécessairement établir un contrepoison qui pût, de même, être absorbé, et qui contînt en lui la substance qui renferme et vivifie tout, afin que, par la jouissance de cette nourriture immortelle, l’homme empoisonné et assujetti à la mort pût être guéri et délivré de sa misère. »

De même que l’homme est devenu mortel en goûtant à un fruit mortel, de même il recouvrera son immortalité en goûtant à un fruit immortel. Aussi, le remède ne doit point être cherché dans la nature, mais dans la corporéité divine qui irrigue tout. Il fallait qu’un homme ayant échappé à l’empoisonnement général héréditaire, tout en étant revêtu de matière corruptible comme les autres, se donne à connaître comme étant

« la substance pure de laquelle tout a été fait ».

Puis qu’il consente à répandre hors de son enveloppe charnelle son sang qui contenait la substance incorruptible perdue par les autres et seule capable de les régénérer en opérant lentement une dissolution du poison corrupteur :

« …il était nécessaire aussi que cette forme divine-humaine fût tuée, afin que la substance divine et incorruptible contenue dans son sang puisse pénétrer dans le plus intérieur de la terre et opérer une dissolution progressive de la matière corruptible… »

Cet antidote, Eckhartshausen le localise dans le sang de Jésus-Christ, indemne de tout empoisonnement, et même dans ce qu’il nomme la « force tinctoriale » de ce sang.

D’où l’antidote tire-t-il sa puissance ? La Parole de Dieu n’est pas un concept abstrait. C’est une substance vivante, réelle, à laquelle l’Écriture attribue le nom grec Sophia. D’une certaine façon, les sept Esprits qui entourent le trône de Dieu sont sept bâtisseurs qui font de cette substance le fondement de la création. Le corps glorieux de Jésus-Christ, et a fortiori son sang, est composé de cette substance. Il est possible à l’homme de boire ce sang, ce sel, cette essence de Lumière.

La participation nécessaire de l’homme

Cette régénération peut être entendue comme l’intégration des hommes dans le corps mystique du Christ. Mais aussi, du point de vue de la biologie, comme une synthèse, dans chaque homme vivant, des substances chimiques liées aux vertus du corps et du sang de Jésus-Christ. Cette synthèse est obtenue par la prière, par l’eucharistie et par une imitation assidue et intelligente pour demander, permettre et favoriser l’action de la grâce jusque sur le plan somatique. Cette participation volontaire des hommes à la vie de leur modèle, ainsi que la communication que ce modèle leur donne de sa substance et de sa puissance permettent à tout homme qui s’y efforce de réaliser en lui-même, en son propre sang, l’antidote régénérateur. Dans quelques cas, cette régénération peut s’étendre dès ici-bas au plan corporel :

« Beaucoup d’hommes pieux, et qui cherchaient Dieu, ont été régénérés dans l’intelligence et la volonté ; mais peu ont connu la renaissance corporelle. Cette dernière fut aussi donnée à peu d’hommes, et ceux auxquels elle fut donnée ne le fut qu’afin qu’ils pussent opérer comme agents de Dieu, d’après de hauts desseins, et rapprocher l’humanité de sa félicité. »

L’alchimie interne

L’homme est semblable à un feu concentré et enfermé dans une enveloppe grossière. Il est séparé du feu primordial auquel il aspire à s’unir. Le secret de la régénération repose sur la disparition de l’écorce qui maintient prisonnier le cœur divin, l’étincelle au plus profond de l’homme, l’image de Dieu, le royaume des cieux perdu depuis la chute. Pour cela, il faut brûler l’enveloppe qui nous recouvre, faire en sorte que ce feu interne ne se réduise pas à une toute petite étincelle. Il consumera ce qui est impur, modifiera le corps, le rendra réceptif à Dieu. Ce travail d’alchimiste incombe au prêtre :

« Un prêtre est un séparateur de la nature pure d’avec la nature impure ; un séparateur de la substance qui contient tout, d’avec la matière destructible qui occasionne la douleur et la misère. Le sacrifice, ou ce qui a été séparé, consiste dans le pain et le vin. Pain veut dire littéralement la substance qui contient tout, et vin la substance qui vivifie tout. Ainsi, un prêtre selon l’ordre de Melchisédeq est celui qui sait séparer la substance qui contient tout et vivifie tout, de la matière impure ; et qui la sait employer comme un vrai moyen de réconciliation et de réunion pour l’humanité tombée, afin de lui communiquer la vraie dignité royale ou la puissance sur la nature, et la dignité sacerdotale ou le pouvoir de s’unir par la Grâce aux mondes supérieurs. Dans ce peu de mots est contenu tout le mystère du sacerdoce de Dieu, la suprême vocation du prêtre. »

Quand toutes choses auront été consumées et transformées par l’agent divin qui trie le minerai, l’homme retrouvera ce corps clarifié. L’objectif à atteindre est la divinisation des fils d’Adam, conférant au corps la perfection astrale, à l’âme la perfection céleste, à l’esprit la perfection angélique. C’est cela que l’on nomme la construction du Temple dans lequel Dieu, la nature et l’homme seront unis à jamais.

La transfiguration du monde

La nature actuelle, tout comme l’homme, est une préparation à un nouveau ciel et une nouvelle terre. Par sa mort, le Christ a teint la terre. La force tinctoriale de son sang pénétra cette terre, ressuscita les morts, brisa les rochers, fut la cause d’une éclipse totale du soleil au moment où elle repoussa les parties ténébreuses du centre de la terre vers la circonférence. La lumière pénétra dans ce centre, fondant la glorification future du monde :

« La force tinctoriale, qui découla de Son Sang répandu, pénétra le plus intérieur de la terre, ressuscita les morts, brisa les rochers et occasionna l’éclipse totale du soleil, lorsqu’elle repoussa, du centre de la terre dans lequel la lumière pénétra, toutes les parties des ténèbres vers la circonférence, et posa la base de la glorification future du monde. »

Depuis cet instant, la force divine descendue dans le centre de la terre travaille à s’extérioriser. L’essence lumineuse œuvre inlassablement dans la nature à ramener toute chose à sa plus haute perfection. Lorsque l’harmonie sera rétablie entre les mondes sensible et invisible, la nature aura été portée à un tel degré d’inaltérabilité que toute corruption deviendra impossible :

« Depuis l’époque de la mort de Jésus, la force divine, instillée dans le centre de la terre par son sang répandu, travaille toujours pour s’extérioriser et rendre toutes les substances graduellement capables du grand bouleversement qui est réservé au monde. »

En conclusion

Pour notre étude sur la déification de l’homme, Karl von Eckhartshausen propose deux clefs sur lesquelles il insiste à la fin de sa cinquième lettre. La première clef nous rappelle que

« dans la claire compréhension de la Chair et du Sang de Jésus-Christ réside la vraie et pure connaissance de la régénération effective de l’homme ».

La seconde clef affirme :

« Le mystère de l’union avec Jésus-Christ, non seulement spirituellement, mais aussi corporellement, est le mystère suprême de l’Église Intérieure. »

Cette dernière phrase contient trois mots cernant le fond du problème : « mais aussi corporellement ». La communauté de chrétiens qui saisira cette question à bras le corps assumera vraiment les conséquences de l’Incarnation.

 

Pour poursuivre votre étude…

Le livre Le C hristianisme secret peut être commandé sur www.boutique-astrologique.com/catalogueesoteri/index.html , ou sur des sites tels qu’amazon.fr, ou par votre libraire habituel. Le texte intégral de La nuée sur le sanctuaire est disponible aux éditions Arqa (http://www.editions-arqa.com/editions-arqa/spip.php?article17).

Ames jumelles, mythe ou réalité ?

Qu’est-ce que les âmes jumelles ? Une théorie fumeuse teinté de new-age de fin de vingtième siècle, ou bien un concept ancré dans une tradition séculaire ? Réalité spirituelle authentique ou simple vue de l’esprit ? Tristan et Yseult, Roméo et Juliette… et bien au-delà de l’expression romanesque, Christian Rosenkreutz a merveilleusement illustré ce concept dans ses Noces Chymiques, considéré comme l’un des textes fondateurs de la tradition rosicrucienne. On retrouve aussi une référence au mariage cosmique des jumeaux spirituels dans l’âme humaine de Papus et bien d’autres encore.

Nous citerons à simple titre d’exemple, le traité intitulé « Les mystères de l’Etre » du Dr Ely Star, publié en 1902 : « Deux chars, lumineux comme des soleils, viennent d’apparaître sous la coupole céleste; l’un, à l’Orient, celui de l’âme masculine, l’autre, celui de sa pure Fiancée, à l’Occident. Rapides comme l’éclair, ils s’avancent, se rapprochent et, en une durée inappréciable, se sont confondus en une immense Auréole lumineuse, au milieu d’une explosion formidable d’accords séraphiques et de voix mélodieuses, rendant grâces à l’Eternel de l’Etre nouveau qui vient de se reconstituer en son intégralité spirituelle, et que, tout vibrant encore d’une émotion indescriptible, les “Chérubs” célébrants conduisent en grande pompe vers son trône, dont l’éclat éblouissant est maintenant terne devant le majestueux rayonnement qui entoure l’Etre radieux, le nouvel ANGE ravi dans sa divine extase ! ».

Mais d’où cela vient-il ? Si on y regarde bien, tout cela procède de la plus pure logique. On nous a vendu l’idée d’un Big Bang à la source de la création de l’univers. La plupart de nous avons acheté, les yeux fermés ! Posons cette hypothèse. Un univers concentré, donc en intention. Puis une explosion… donc une expansion… soudaine, brutale. Ce qui était Un se divise, se redivise et se démultipliant à l’infini. Les âmes, issues de l’esprit Un initial, n’échappent pas à la règle. Des âmes sont donc créées, pensant être une seule et unique entité ou individualité spirituelle, pouvant suivre sa course à travers l’univers. Puis, sous l’effet de la dynamique universelle, elles se divisent en deux, créant deux entités autonomes. C’est alors comme un oeuf cosmique qui se serait scindé en deux, donnant deux âmes certes distinctes mais strictement complémentaires, puisque issues d’une même source spirituelle. Ainsi, à un stade donné d’évolution, chaque âme n’a qu’une jumelle, qui s’exprime par deux entités un pôle féminin et un pôle masculin (animus et anima) vibrant très exactement sur une seule et même fréquence, mais selon deux pôles distincts.

En s’incarnant ces flammes universelles se sont matérialisées, se sont alourdies de matière, y compris dans leurs corps subtils et ont alors été soumises à la loi de l’individuation. Puis au fil des incarnations, leur karma s’est allégé, jusqu’à ce que, leur champ vibratoire étant pour l’une comme pour l’autre, suffisamment épuré, les retrouvailles puissent enfin avoir lieu. La loi de l’évolution, qui se traduit par la nécessité du retour à la Lumière originelle, ou plérôme initial, ne leur impose-t-elle pas en effet un destin de regroupement, de retour à l’unité en transcendant le temps et l’espace pour annuler les effets de la dualité et apporter leur étincelle commune à l’édifice d’Amour universel ?

Comment n’en serait-il pas ainsi ? Ces âmes jumelles n’ont-elles pas pour origine une seule et même essence ? Quel effort au fil du temps pour dépasser leur individualité et  rejoindre leur essence commune !  C’est pour cela sans doute que les retrouvailles sont si rares, si espacées dans le temps ! Il faut déjà être incarnées ensemble, dans une même temporalité, ou mieux, être désincarnées ensemble et avoir parcouru un chemin qui permet de parvenir ensemble au moment où les retrouvailles peuvent enfin avoir lieu. Fruit d’un simple hasard ou d’une évolution sciemment calculée, patiemment attendue… Nul ne le sait, mais quand le jour est venu et qu’elles ont l’âge, la réunion a lieu. Elle a lieu de façon fulgurante, souvent parfaitement inattendue, sous forme de fusion en mode désincarné ; cette fusion pouvant intervenir à n’importe quel moment de la vie, lorsque deux âmes jumelles sont incarnées dans la même temporalité et prêtes au même moment, ce qui est relativement rare.  Ainsi, pour Ely Star, « la fusion suprême, qui ne s’opère qu’à partir du quatrième Ciel, en la rayonnante sphère du soleil, est l’intime réunion en un nouvel être supérieur, de deux entités complétées déjà par la fusion du premier degré. Si, nous servant de termes connus, nous nommons “Ange” un être reconstitue au premier titre, la fusion de deux Anges produira un Archange ».

Lorsqu’une relation terrestre s’établit entre deux âmes jumelles, elles développent spontanément une capacité à transcender l’espace temps dans lequel elles se trouvent. Cette capacité est destinée à favoriser non pas l’établissement d’une simple relation humaine, mais à servir de relais pour leur permettre de vibrer sur les plus hautes fréquences, qui favoriseront leur réunion en une seule et unique entité au-delà de la vie. C’est ainsi que chacun de ces êtres doit demeurer parfaitement conscient du fait que chacun d’eux peut à n’importe quel moment se retrouver en situation de transcender spontanément les frontières de l’espace et du temps, car leur rôle fondamental au regard de l’Eternel est d’établir un mode de communication basé sur des fréquences qui ne sont pas celles de la communication humaine courante. Et c’est uniquement sur ces fréquences là qu’elles peuvent réellement communiquer et agir pour le bien commun. Ainsi le Dr Ely Star explique par une métaphore, la force du phénomène de réunion de deux jumeaux spirituels : « Quand vous unissez ensemble la flamme deux gaz différents, la nouvelle lumière obtenue par cette combinaison est plus que doublée : il en est de même pour les facultés de l’Esprit reintégré ».

La relation entre deux âmes jumelles, ou compléments spirituels divins est une relation androgyne. Quand chacun a atteint un point d’évolution et de plénitude suffisants, il n’est plus question d’identité masculine ni féminine, ils ne forment plus en réalité qu’une seule et unique conscience, une seule essence qui tend vers l’ultime fusion. Les noyaux mêmes de chaque cellule ou atome constituant l’essence de deux âmes jumelles finissent par fusionner entre eux. Cette fusion échappe à la volonté humaine courante et n’est régie que par l’esprit divin et son prolongement en chacune d’elles, en accord avec la volonté de l’Eternel.

Ensemble elles constituent un seul et unique champ vibratoire. Leur champ vibratoire est UN. Cette capacité qu’ont les âmes jumelles à transcender spontanément l’espace et le temps leur permet de créer sur la terre des arcs de lumière, puissants canaux d’Amour universel qui concourent de façon forte et spontanée à l’allègement des souffrances de ce monde. Tel est sans doute leur rôle ici bas et leur destin.

 

L’Art Royal

 

L’alchimie est la pratique de l’Art Royal. Pourquoi le dit-on Royal ? Parce que les alchimistes du moyen âge cherchaient dans l’opération alchimique, l’obtention ou la naissance du Regulus, ou petit roi, enfant du mariage symbolique du Soleil et de la Lune, germe de la pierre philosophale.
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Soufre, Sel et Mercure, découverte des trois principes

Vous trouverez ci-dessous un cours d’alchimie (de Denis Labouré et Marc Neu) consacré aux trois principes que sont le Soufre, le Sel et le Mercure, que Denis Labouré a eu la gentillesse de nous transmettre gracieusement pour publication.

Pour en savoir plus, voici un lien que vous pouvez suivre vers leur site : http://www.devenir-astrologue.com/alchimie/mapage/index.html

Découvrez les trois principes (Soufre, Mercure et Sel)

Á chaque science son modèle du monde

Chaque civilisation a perçu le monde à sa façon. Chaque science aussi. Le psychologue que vous consultez ne vous voit pas comme le photographe qui tire votre portrait. Le regard du radiologue qui vous passe aux rayons X n’est pas celui de votre enfant !

Tous ont raison, dans leur perspective particulière. Et si le psychologue ne vous regarde plus en psychologue, s’il vous regarde avec la candeur de votre enfant, n’espérez pas grand chose de votre consultation. Si votre enfant vous regarde comme le ferait le radiologue, il y a lieu de vous inquiéter. Si vous abordez la plante avec laquelle vous allez travailler avec le regard du chimiste, elle ne vous offrira que ses propriétés chimiques.

Pour comprendre l’enseignement des alchimistes, il vous faut regarder le monde comme eux. Ils ne l’observent pas du point de vue des sciences profanes. Un point de vue qui reste artificiel, au vrai sens du mot «artifice »… puisqu’elles n’abordent aucune question sans le truchement des sens et de leur extension que sont les instruments de mesure. Comme tous les chercheurs spirituels authentiques, les alchimistes observent la nature avec candeur.

L’irruption de la forme dans la matière

Imaginez un petit poisson dans un bocal d’eau pure. Pour lui, l’eau n’a pas de réalité propre,puisque le milieu dans lequel il évolue est homogène. Rien qu’il puisse voir, toucher, goûter.

Mais le petit poisson se heurte à un glaçon. Dans ce qui lui apparaît comme du vide, voilà qu’est suspendu un gros caillou compact auquel il se cogne. Le petit poisson devra faire un effort d’abstraction pour comprendre que le glaçon n’est pas un matériau différent. Il est de l’eau devenue quelque chose.

 

L’image vaut pour l’être humain. La matière n’est pas ce caillou dans lequel je peux donner un coup de pied. Car ce caillou est déjà la matière devenue quelle chose. Il est de la matière structurée par une information. De la même façon qu’un glaçon est de l’eau « informée ».

Sur la vitre de votre salle de bains, regardez ce qui est de l’air devenir de l’eau. Quelque chose qui est tantôt sous la forme de l’air est à un autre moment sous la forme de l’eau. Qu’est-ce que c’est, ce « quelque chose » qui – au fond – n’est ni la forme de l’air ni la forme de l’eau puisqu’il peut devenir l’un et l’autre ? Ce « quelque chose » joue le même rôle que l’eau du bocal par rapport au glaçon.

Cette matière vierge dans laquelle nous nous mouvons, ce fluide moteur de toutes les transformations, nommons-le « matière ». Ce qui ensemence cette matière, ce qui la structure, nommons-le « forme ».

La « matière » est une potentialité qui peut tout devenir. La « forme » est ce qui la structure, ce qui la fait devenir quelque chose. La forme est un moule actif, une matrice structurante. Sans la forme, la matière n’a pas de qualité propre ; sans la forme, pas de glaçon. Dans ce monde, il n’y a pas de matière sans forme, ni de forme sans matière.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Chaque enfant de tradition chrétienne a appris au catéchisme qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais qu’il consiste en trois personnes nommées Père, Fils et Saint Saint-Esprit. Ce qui était bien abstrait pour nos petites têtes. Il se trouve que, dans ses opérations, l’alchimiste rencontre la force créatrice du feu (le Père), la lumière issue du feu, force toute puissante dans la nature (le Fils) et le souffle subtil qui circule de l’une à l’autre et assure l’unité de l’ensemble (le Saint-Esprit). Cette Trinité bien lointaine se fait plus proche !

Ce n’est pas tout. Dès leur premier chapitre, les Écritures nous disent (Genèse 1, 26 et 27) que Dieu a fait sa créature à son image. Il l’a donc faite une tout en laissant une signature triple. Aussi, quand nous pénétrons le vivant, nous constatons la présence simultanée de trois principes. On trouve ces trois principes dans les trois règnes : minéral, végétal et animal.

Les trois principes, signature de la Trinité
  • Le premier principe est ce qui informe la matière, ce qui la structure, ce qui l’ensemence. 
  • Le second principe est la matière vierge qui doit être ensemencée pour donner existence aux choses. 
  • Le troisième principe est ce qui résulte de l’action de la forme sur la matière.

Mais ne vous précipitez pas chez le curé de la paroisse pour lui révéler ça ! C’est un petit secret entre vous et moi.

Les trois principes

Il me faut donner un nom à ces trois principes tels qu’ils nous apparaissent dans notre monde très concret. Que choisir ? Une expression philosophique (matière, forme, etc) ou une analogie empruntée à la nature ? Les philosophes ont choisi la première option, les alchimistes ont choisi la seconde.

Je constate que le mercure est liquide. La surface de chacun de ses globules est un miroir reflétant ce qui l’entoure. Son mouvement, rapide comme celui d’une créature vivante, explique le nom de « vif-argent par lequel on le désigne parfois. « Vif » signifie à la foi « vivant » et « rapide ». La qualité du mercure est vitale et réfléchissante. Il est une bonne image de la matière vierge.

Je constate que le soufre brut brûle facilement, en émettant des vapeurs étouffantes. Pendant des siècles, il fut associé aux flammes de l’enfer et aux passions bouillonnantes qui nous habitent. La qualité du soufre est donc ardente et passionnée. Il est une bonne image de ce rayon créateur qui ensemence la matière.

Je constate que le sel cristallise. Il a la propriété d’arrêter la dissolution, cette transformation chimique désintégrante. La qualité du sel durcit et fait office de barrière à l’écoulement. Le sel ordinaire retarde le processus chimique qui cause la décomposition. C’est pourquoi il est utilisé pour conserver la viande. Le sel solidifie, congèle et densifie. Il est une bonne image du glaçon final auquel se heurte le petit poisson.

Les trois principes ne sont pas des substances chimiques

Ne confondons pas le soufre, le mercure et le sel habituels avec les trois principes des alchimistes. En alchimie, les mots «mercure », « soufre » et « sel » ne désignent pas le mercure, le soufre et le sel habituels. Ils désignent les trois principes fondateurs de toutes choses. Pour éviter cette confusion, lorsqu’ils désignent les trois principes, j’écrirai ces trois mots (Soufre, Mercure, Sel) avec une majuscule.

Le Soufre, le Mercure et le Sel des alchimistes ne sont pas des substances chimiques.

L’huile essentielle (liquoreuse et colorée) de la plante peut nous donner une idée de ce que l’alchimiste nomme Soufre.

L’alcool de la plante (l’éthanol, la teinture liquoreuse transparente et évanescente) peut nous donner une idée de ce que l’alchimiste nomme Mercure. Mettez des prunes dans de l’eau de vie, celle-ci prend le goût des prunes. Le message est bien passé à l’intérieur. Quand vous faites du thé, vous mettez la plante dans l’eau bouillante et le message passe dedans. De même, l’eau prend une couleur vermeille dans le vin et le sang, une couleur noire dans l’encre…

 

 

 

Les cendres de la plante peuvent nous donner une idée de ce que l’alchimie nomme Sel.

Mais ni l’alcool, ni l’huile essentielle ni les cendres de la plante ne sont le Mercure, le Soufre et le Sel. En regardant la plante, je ne vois directement que les éléments physico-chimiques qui la composent. Mais je peux deviner le rôle du Mercure, du Soufre et du Sel. S’il n’y avait pas une matrice structurante, tout ce que je vois se résoudrait à un brouillard énergétique sans forme.

Il en va de même pour le minéral, dont le Soufre apparaît sous une forme huileuse, le Mercure sous une forme très volatile et acide, le Sel sous la forme d’une chaux résiduelle.

Rencontrez les sigles des trois principes

Les alchimistes ont souvent transmis leur enseignement par images. Ainsi, le Soufre a été fréquemment représenté sous la forme d’un homme rouge ou d’un Soleil. Le Mercure a été représenté sous la forme d’une femme blanche ou d’une Lune.

Pour éviter d’écrire en toutes lettres les mots « Mercure », « Soufre » et « Sel », les alchimistes ont choisi un sigle qui leur sert d’abréviation. Voici ces trois sigles. Ils sont accompagnés d’une description plus approfondie des trois principes. Tout au long de votre étude et de vos pratiques, vous reviendrez à ce petit tableau.

LES TROIS PRINCIPES ET LA FAÇON DONT ILS SE MANIFESTENT

Le Mercure   L’élément volatil, la substance où l’humidité fluide et subtile domine. Il se présente sous forme aqueuse ou vaporeuse. La matière vierge, ce qui est structuré. Il est passif dans la génération et par rapport au Soufre, mais il est actif par sa mobilité. Ce qui s’élève en fumée est Mercure. Le Mercure instable confère la volatilité. Il est sujet à la sublimation. Il assure la liaison Soufre-Sel. On peut le rapprocher de l’âme (psyché), ce nuage électronique que l’esprit peut informer.Tous les fluides présents dans l’univers (pluie, rosée), y compris les fluides vitaux de l’organisme humain, en sont une expression. Dans les végétaux, le Mercure constitue la partie animique de la plante et détient l’odeur.
Le Soufre  Il est le feu enclos dans les choses. Le feu qui ensemence. Il est actif dans la génération et par rapport au Mercure. Il réside dans le Sel qui le retient et l’épaissit plus ou moins. La graine spirituelle du Soufre est une information qui pénètre les formes solides. C’est un feu qui imprègne même les minéraux les plus durs. Le Soufre garde en son centre le rayon de la lumière originelle. Il est le rayon créateur, l’information en action. On peut le rapprocher de l’esprit (pneuma), la matrice structurante en cours d’opération.C’est une chaleur fixée et latente qui ne consume pas, mais échauffe doucement. C’est le composé où la chaleur prédomine, ce qui s’exprime par la chaleur naturelle. C’est l’agent dynamique de la fermentation. Ce qui brûle est le Soufre. Il apparaît comme une substance oléagineuse et grasse qui s’enflamme facilement, de nature combustible. Dans les végétaux, il apparaît sous forme d’essence, d’huile, de résine, de sève. Il réside dans les parties chaudes, essentielles et capiteuses des mixtes. C’est de lui que s’engendre la saveur.
 Le Sel Au sens strict, le Sel n’est pas un principe, mais une conséquence de l’union du Soufre et du Mercure. Ce qui explique pourquoi les auteurs antérieurs à Paracelse le passent sous silence ou le désignent sous le nom « arsenic ». Le matériau solide qui soutient, qui donne la fixité. C’est le principe dans lequel la sécheresse et l’aridité dominent. Il est invisible à l’oeil, mais nous pouvons l’extraire des cendres en séparant le subtil de l’épais. Le Sel se présente à nous en corps sec et friable qu’il est aisé de mettre en poudre, ce qui témoigne de sa sécheresse extérieure. Mais il est doué d’une humidité – d’une fluidité – intérieure, comme cela se prouve par sa fonte. Il épaissit le Mercure qui le dissout et il fixe le Soufre. On peut le rapprocher du corps (soma), ce composé physico-chimique dont les tissus organiques s’élaborent à partir des sels inorganiques.Il est fixe et incombustible, c’est-à-dire qu’il résiste au feu dans lequel il se purifie. Il ne souffre point de putréfaction et peut être conservé sans être altéré. Il est principe de conservation et s’oppose à la corruption. Le Sel des plantes mérite une attention particulière. Il est le pont entre les règnes végétal et minéral, le point d’entrée dans l’alchimie minérale.

 

Permettez-moi une petite précision réservée aux experts. Le Soufre correspond à l’esprit (grec pneuma) et le Mercure à l’âme (grec psyché). Ce qui est conforme au sens originel de ces mots (le mot grec pneuma et le mot latin spiritus signifient la même chose ; le souffle, l’air, la respiration). Mais vous devez savoir – pour comprendre leurs textes – que les alchimistes désignent souvent le Mercure comme l’esprit (latin spiritus) et le Soufre comme l’âme (latin anima). C’est un simple problème de vocabulaire. Dans le langage de ces auteurs, l’anima correspond à l’âme immortelle, comme « forme essentielle » de l’homme (notre pneuma). Tandis que le terme spiritus désigne « l’esprit vital », ce brouillard énergétique qui rattache l’âme individuelle au corps et au monde corporel dans son ensemble (notre psyché). Pour éviter toute confusion, je respecterai l’étymologie. Dans ce cours, les mots pneuma et psyché correspondront respectivement au Soufre et au Mercure. J’éviterai les mots esprit, âme ou leurs équivalents latins.

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