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La Table d’Emeraude par Hortulain

Cet article est une explication de la célèbre Table d’émeraude d’Hermes Trismegiste par Hortulain, XIVème siècle, traduction extraite de la Bibliothèque des philosophes chymiques, tome 1 Paris, Charles Angot, 1672

Prière de l’Hortulain

Louange, honneur et gloire vous soit à jamais rendue, ô Seigneur Dieu tout-puissant ! avec votre très cher fils, notre sauveur Jésus Christ, vrai Dieu et seul, homme parfait, et le Saint Esprit consolateur, Trinité sainte, qui êtes le seul Dieu, je vous rends grâces de ce qu’ayant eu la connaissance des choses passagères de ce monde notre ennemi, vous m’en avez retiré par votre grande miséricorde, afin que je ne fusse pas perverti par ses voluptés trompeuses. Et parce que j’en voyais plusieurs de ceux qui travaillent à cet art, qui ne suivent pas le droit chemin ; je vous supplie, O mon Seigneur, et mon Dieu ! qu’il vous plaise que je puisse détourner de cette erreur par la science que vous m’avez donnée, mes très chers et bien-aimés ; afin qu’ayant connu la vérité, ils puissent louer votre saint Nom qui est béni éternellement.
Moi donc Hortulain, c’est-à-dire jardinier, ainsi appelé à cause des jardins maritimes, indigne d’être appelé disciple de philosophie, étant ému par l’amitié que je porte à mes très chers, j’ai voulu mettre en écrit la déclaration et explication certaine des paroles d’Hermès, père des philosophes, quoiqu’elles soient obscures; et déclarer sincèrement toute la pratique de la véritable œuvre. Et certes il ne sert de rien aux philosophes de vouloir cacher la science dans leurs écrits, lorsque la doctrine du Saint Esprit opère.

CHAPITRE PREMIER

L’art d’alchimie est vrai et certain

Le philosophe dit : Il est vrai, à savoir que l’art d’alchimie nous a été donné. Sans mensonge, il dit cela pour convaincre ceux qui disent que la science est mensongère, c’est-à-dire, fausse. Certain, c’est-à-dire expérimenté, car tout ce qui est expérimenté est très certain. Et très véritable, car le très véritable soleil est procréé par l’art. Il dit très véritable au superlatif, parce que le soleil engendré par cet art, surpasse tout soleil naturel en toutes propriétés, tant médicinales qu’autres.

CHAPITRE II.

La pierre doit être divisée en deux parties.

Ensuite il touche l’opération de la pierre disant Que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Il dit cela parce que la pierre est divisée en deux parties principales, par le magistère; savoir en la partie supérieure qui monte en haut, et en la partie inférieure qui demeure en bas fixe et claire. Et toutefois ces deux parties s’accordent en vertu. C’est pourquoi il dit, Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Certainement cette division est nécessaire. Pour faire les miracles d’une chose C’est-à-dire de la pierre; car la partie inférieure c’est la terre, qui est la nourrice et le ferment; et la partie supérieure c’est l’âme, laquelle vivifie toute la pierre, et la ressuscite. C’est pourquoi la séparation, et la conjonction étant faites, beaucoup de miracles viennent à se faire en l’œuvre secrète de nature.

CHAPITRE III.

La pierre a en soi les quatre éléments.

Et comme toutes choses ont été et sont venues d’un par la méditation d’un. Il donne ici un exemple disant; comme toutes choses ont été et sont sorties d’un, c’est à savoir, d’un globe confus, ou d’une masse confuse, par la méditation, c’est-à-dire, par la pensée et création d’un, c’est-à-dire, de Dieu tout-puissant. Ainsi toutes choses sont nées. C’est-à-dire, sont sorties, de cette chose unique, c’est-à-dire d’une masse confuse, par adaptation ; c’est-à-dire, par le seul commandement et miracle de Dieu. Ainsi notre pierre est née et sortie d’une masse confuse, contenant en soi tous les éléments, laquelle a été créée de Dieu, et par son miracle, notre pierre en est sortie et née.

CHAPITRE IV

La pierre a père et mère, qui sont le soleil et la lune.

Comme nous voyons qu’un animal engendre naturellement plusieurs autres animaux semblables à lui : ainsi le soleil artificiellement engendre le soleil par la vertu de la multiplication de la pierre. C’est pourquoi il s’ensuit, Le soleil en est le père, c’est-à-dire l’or des philosophes. Et pour ce qu’en toutes générations naturelles, il doit y avoir un lieu propre à recevoir les semences, avec quelque conformité de ressemblance en partie; ainsi faut-il qu’en cette génération artificielle de la pierre, le soleil ait une matière qui soit comme une matrice propre à recevoir son sperme et sa teinture. Et cela c’est l’argent des philosophes. Voilà pourquoi il s’ensuit, et la lune en est la mère.

 

CHAPITRE V

La conjonction des parties est la conception et la génération de la pierre.

Quand ces deux se recevront l’un l’autre en la conjonction de la pierre, la pierre s’engendre au ventre du vent, et c’est ce qu’il dit puis après, Le vent l’a porté en son ventre. On sait assez que le vent est air, et l’air est vie, et la vie est l’âme, de laquelle j’ai déjà dit ci-dessus, qu’elle vivifie toute la pierre. Ainsi il faut que le vent porte toute la pierre, et la rapporte, et qu’il engendre le magistère. C’est pourquoi il s’ensuit qu’il doit recevoir aliment de sa nourrice, c’est à savoir de la terre. Aussi le philosophe dit : La terre est sa nourrice. Car de même que l’enfant sans l’aliment qu’il reçoit de sa nourrice ne parviendrait jamais en âge: aussi notre pierre ne parviendrait jamais en effet sans la fermentation de la terre; et le ferment est appelé aliment. Ainsi s’engendre d’un père avec la conjonction de sa mère, la chose, c’est-à-dire, les enfants semblables aux pères; lesquels, s’ils n’ont la longue décoction, seront faits semblables à la mère, et retiendront le poids du père.

CHAPITRE VI

La pierre est parfaite si l’âme est fixée dans le corps.

Après il s’ensuit, le père de tout le telesme du monde est ici, c’est-à-dire, en l’œuvre de la pierre il y a une voie finale. Et notez que le philosophe appelle l’opération le père de tout le telesme, c’est-à-dire, de tout le secret ou trésor, de tout le monde ; c’est à savoir de toute pierre qu’on a pu trouver en ce monde. Est ici. Comme s’il disait, Voici je te le montre. Puis le philosophe dit, Veux-tu que je t’enseigne quand la force de la pierre est achevée et parfaite ? C’est quand elle sera convertie et changée en sa terre. Et pour ce dit-il, sa force et puissance est entière, c’est-à-dire, parfaite et complète, si elle est convertie et changée en terre. C’est-à-dire, si l’âme de la pierre (de laquelle a été fait ci-dessus mention, que l’âme est appelée vent, et air, en laquelle est toute la vie et la force de la pierre) est convertie en terre, c’est à savoir de la pierre, et qu’elle se fixe en telle sorte que toute la substance de la pierre soit si bien unie avec sa nourrice (qui est la terre) que toute la pierre soit trouvée et convertie en ferment. Et comme lorsque l’on fait du pain, un petit de levain nourrit et fermente une grande quantité de pâte: et en cette sorte change toute la substance de la pâte en ferment: aussi veut le philosophe que notre pierre soit tellement fermentée qu’elle serve de ferment à sa propre multiplication.

CHAPITRE VII

La mondification de la pierre.

Ensuite il enseigne comme la pierre se doit multiplier; mais auparavant il met la mondification d’icelle et la séparation des parties, disant: Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement avec grande industrie. Doucement c’est-à-dire peu à peu, non pas par violence, mais avec esprit et industrie, c’est à savoir au fient ou fumier philosophal. Tu sépareras, c’est-à-dire, dissoudras ; car la dissolution est la séparation des parties. La terre du feu, le subtil de l’épais, c’est-à-dire la lie et l’immondicité du feu, et de l’air, et de l’eau, et de toute la substance de la pierre, en sorte qu’elle demeure entièrement sans ordure.

CHAPITRE VIII

La partie non fixe de la pierre doit séparer la partie fixe et l’élever.

La pierre étant ainsi préparée, elle se peut lors multiplier. Il met donc maintenant la multiplication, et il parle de la facile liquéfaction ou fusion d’icelle par la vertu qu’elle a d’être entrante et pénétrante dans les corps durs et mols, disant: il monte de la terre au ciel, et derechef descend en terre. Il faut bien remarquer ici, que quoique notre pierre en sa première opération se divise en quatre parties, qui sont les quatre éléments: néanmoins (ainsi qu’il a été dit ci-dessus) il y a deux parties principales en elle ; une qui monte en haut, qui est appelée la non fixe, ou la volatile ; et l’autre qui demeure en bas fixe, qui est appelée la terre ou ferment, comme il a été dit. Mais il faut avoir grande quantité de la partie non fixe, et la donner à la pierre, quand elle est très nette et sans ordure, et il lui en faut donner tant de fois par le magistère, que toute la pierre, par la vertu de l’esprit, soit portée en haut, la sublimant et la faisant subtile. Et c’est ce que dit le philosophe: il monte de la terre au ciel.

CHAPITRE IX

La pierre volatile doit derechef être fixée.

Après tout cela, il faut incérer cette même pierre (ainsi exaltée et élevée, ou sublimée) avec l’huile, qui a été tirée d’elle en la première opération, laquelle est appelée l’eau de la pierre. Et il la faut tourner si souvent en sublimant, jusqu’à ce que par la vertu de la fermentation de la terre (avec la pierre élevée ou sublimée) toute la pierre par réitération descende du ciel en terre, demeurant fixe et fluente. Et c’est ce que dit le philosophe, Et derechef descend en terre. Et ainsi, Elle reçoit la force des choses supérieures, en sublimant; et des inférieures, en descendant ; c’est-à-dire, que ce qui est corporel, sera fait spirituel dans la sublimation, et le spirituel sera fait corporel dans la descension, ou lorsque la matière descend.

CHAPITRE X

Utilité de l’art et efficace de la pierre.

Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde. C’est-à-dire, par cette pierre ainsi composée, tu posséderas la gloire de tout le monde. Et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi ; c’est-à-dire, toute pauvreté et maladie. Ceci est la force forte de toute force. Car il n’y a aucune comparaison des autres forces de ce monde à la force de cette pierre: Car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Vaincra, c’est-à-dire, en vainquant et surmontant elle changera et convertira le mercure vif en le congelant, lui qui est subtil et mol, et pénétrera les autres métaux, qui sont des corps durs, solides et fermes.

CHAPITRE XI

Le magistère imite la création de l’univers.

Le philosophe donne ensuite un exemple de la composition de sa pierre, disant, ainsi le monde a été créé ; c’est-à-dire que notre pierre est faite de la même manière que le monde a été créé. Car les premières choses de tout le monde, et tout ce qui a été au monde, a été premièrement une masse confuse, et un chaos sans ordre, comme il a été dit ci-dessus. Et après, par l’artifice du souverain Créateur, cette masse confuse, ayant été admirablement séparée et rectifiée, a été divisée en quatre éléments: et à cause de cette séparation, il se fait diverses et différentes choses. Ainsi aussi se peuvent faire diverses choses par la production et disposition de notre œuvre, et ce par la séparation de divers éléments de divers corps. De ceci seront et sortiront d’admirables adaptations. C’est-à-dire, si tu sépares les éléments, il se fera d’admirables compositions propres à notre œuvre, en la composition de notre pierre, par la conjonction des éléments rectifiés. Desquelles, c’est-à-dire desquelles choses admirables propres à ceci; le moyen, c’est à savoir d’y procéder, en est ici.

CHAPITRE XII

Déclaration énigmatique de la matière de la pierre.

C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, c’est-à-dire, Mercure trois fois très grand. Après que le philosophe a enseigné la composition de la pierre, il montre ici couvertement de quoi se fait notre pierre, se nommant soi-même: premièrement afin que ses disciples qui parviendront à cette science, se souviennent toujours de son nom. Mais néanmoins il touche de quoi c’est que se fait la pierre, disant ensuite: Ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde, pour ce que tout ce qui est au monde, ayant matière et forme, est composé des quatre éléments. Or quoique dans le monde il y ait une infinité de choses qui le composent et qui en sont les parties, le philosophe les divise et les réduit pourtant toutes à trois parties; c’est à savoir en la partie minérale, végétale, et animale, de toutes lesquelles ensemble ou séparément il a eu la vraie science, en l’opération du soleil, ou composition de la pierre. Et c’est pour cela qu’il dit, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde, lesquelles toutes trois sont contenues dans la seule pierre; c’est à savoir au mercure des philosophes.

CHAPITRE XIII

Pourquoi la pierre est appelée parfaite.

Cette pierre est appelée parfaite, parce qu’elle a en soi la nature des choses minérales, végétales et animales. C’est pourquoi elle est appelée triple, autrement trine-une ; c’est-à-dire triple et unique, ayant quatre natures, c’est à savoir les quatre éléments, et trois couleurs, la noire, la blanche et la rouge. Elle est aussi appelée le grain de froment, lequel s’il ne meurt demeurera seul ; et s’il meurt (comme il a été dit ci-dessus, quand elle se conjoint en la conjonction) il rapporte beaucoup de fruit, c est a savoir, quand les opérations dont nous avons parlé, sont parachevées. O ami lecteur ! si tu sais l’opération de la pierre, je t’ai dit la vérité ; et si tu ne la sais pas, je ne t’ai rien dit. Ce que j’ai dit de l’opération du soleil est accompli et parachevé. C’est-à-dire, ce qui a été dit de l’opération de la pierre de trois couleurs et de quatre natures, qui sont en une chose unique, c’est à savoir au seul mercure philosophal, est achevé et fini.
FIN


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La pierre philosophale par Phaneg

Cet article est le premier d’une série d’articles consacrés à l’alchimie. Il s’agit ici d’une présentation simple et claire de ce que recouvre l’alchimie.

Le texte ci-dessous un extrait d’un ouvrage de Phaneg publié en 1912, intitulé : “Cinquante merveilleux secrets d’alchimie” et dont nous publierons quelques extraits dans cette rubrique. Il traite de la Pierre Philosophale, de son existence et de sa nature.

 

LA PIERRE PHILOSOPHALE

QU’ENTEND-ON PAR PIERRE PHILOSOPHALE ?

Cette question, si simple au premier aspect, est cependant assez difficile à résoudre. Ouvrons les dictionnaires sérieux, parcourons les graves compilations des rares savants qui ont daigné traiter ce sujet. La conclusion est assez facile à poser : « Pierre philosophale transmutation, des métaux, égale : ignorance, fourberie, folie. »

Si pourtant nous réfléchissons qu’en somme, pour parler draps, mieux vaut aller au drapier qu’au docteur ès lettres, l’idée nous viendra peut-être de voir ce que pensent les alchimistes de la question.

Or, au milieu des obscurités voulues, et des symboles nombreux qui rem plissent leurs traités, il est un point sur lequel ils sont tous d’accord, c’est la définition et les qualités de la pierre philosophale.

La pierre philosophale parfaite est une poudre rouge qui a la propriété de transformer toutes les impuretés de la nature.

On croit généralement qu’elle ne peut. servir, d’après les alchimistes, qu’à changer du plomb ou du mercure en or. C’est une erreur. La théorie alchimique dérive de sources bien trop spéculatives pour localiser ainsi ses effets. L’évolution étant une des grandes lois de la nature, ainsi que l’enseignait il y a plusieurs siècles l’hermétisme, la pierre philosophale fait évoluer rapidement ce que les formes naturelles mettent de longues années à produire ; voilà, pourquoi elle agit, disent les adeptes, sur les règnes végétal et animal, aussi bien que sur le règne minéral et peut s’appeler médecine des trois règnes.

La pierre philosophale est une poudre qui peut affecter plusieurs couleurs différentes suivant son degré de perfection, mais qui, pratiquement, n’en possède que deux, blanche ou rouge.

La véritable pierre philosophale est rouge. Cette poudre rouge possède trois vertus :

1° Elle transforme en or le mercure ou le plomb en fusion sur lesquels on en dépose une pincée ; je dis en or, et non en un métal qui s’en approche plus ou moins, comme l’a cru un savant contemporain.

2° Elle constitue un dépuratif énergique pour le sang et guérit rapidement, prise à l’intérieur, quelque maladie que ce soit.

3° Elle agit de même sur les plantes en les faisant croître, mûrir et fructifier en quelques heures.

Voilà trois points qui paraîtront bien fabuleux à beaucoup de gens, mais les alchimistes sont tous d’accord à ce sujet.

Il suffit, du reste, de réfléchir, pour voir que ces trois propriétés n’en constituent qu’une seule :

Renforcement de l’activité vitale.

La pierre philosophale est donc tout simplement une condensation énergique de la Vie dans une petite quantité de matière, et elle agit comme un ferment sur les corps en présence desquels on la met. Il suffit d’un peu de ferment pour faire lever, une grande masse de pain, de même, il suffit d’un peu de pierre philosophale pour développer la vie contenue dans une matière quelconque, minérale, végétale ou animale. Voilà pourquoi les alchimistes appellent leur, pierre : « Médecine des trois règnes. »

Nous savons maintenant ce qu’est cette pierre philosophale, assez pour en reconnaître la description dans une histoire symbolique, et là doivent se borner nos ambitions.

 

FABRICATION DE LA PIERRE PHILOSOPHALE

Voyons maintenant sa fabrication.

Voici quelles sont les opérations essentielles :

Tirer du mercure vulgaire un ferment spécial appelé par les alchimistes mercure des philosophes.

Faire agir ce ferment sur l’argent pour en tirer également un ferment.

Faire agir le ferment du mercure sur l’or pour en tirer aussi du ferment.

Combiner le ferment tiré de l’or avec le ferment tiré de l’argent et le ferment mercuriel dans un matras de verre très solide et en forme d’œuf, boucher hermétiquement ce matras et le mettre à cuire dans un fourneau particulier appelé par les alchimistes athanor.

L’athanor ne diffère des autres fourneaux que par une combinaison qui permet de chauffer pendant très longtemps et d’une façon spéciale l’œuf susdit.

 

LES COULEURS.

C’est alors (pendant cette cuisson), et alors seulement, que se produisent certaines couleurs sur lesquelles sont basées toutes les histoires alchimiques. La matière contenue dans l’œuf devient d’abord noire, tout semble putréfié ; cet état est désigné par le nom, de tête de corbeau. Tout à coup, à cette couleur noire succède une blancheur éclatante. Ce passage du noir au blanc, de l’obscurité a la lumière, est une excellente pierre de touche pour reconnaître une histoire symbolique qui traite de l’alchimie. La matière ainsi fixée au blanc sert à transmuter les métaux impurs (plomb, mercure) en argent.

Si on continue le feu, on voit cette couleur blanche disparaître peu à peu, la matière prend des teintes diverses, depuis les couleurs inférieures du spectre (bleu, vert) jusqu’aux couleurs, supérieures (jaune orangé), et enfin arrive au rouge rubis. La pierre philosophale est alors presque terminée.

Je dis presque terminée, car à cet état 10 grammes de pierre philosophale ne transmuent pas plus de 20 grammes de métal. Pour parfaire la pierre, il faut la remettre dans un œuf avec un peu de mercure des philosophes et recommencer à chauffer. L’opération, qui avait demandé un an, ne demande plus que trois mois, et les couleurs reparaissent dans le même ordre que la première fois.

A cet état la pierre transmue en or dix fois son poids.

On recommence encore l’opération. Elle ne dure qu’un mois, la pierre transmue mille fois son poids de métal.

Enfin on la fait une dernière fois, et on obtient la véritable pierre philosophale parfaite, qui transmue dix mille fois son poids de métal en or pur.

Ces opérations sont désignées sous le nom de multiplication de la pierre.

 

EXPLICATION DES TEXTES ALCHIMIQUES

Quand on lit un alchimiste, il faut donc voir de quelle opération il parle :

1° S’il parle de la fabrication du mercure des philosophes, auquel cas il sera sûrement inintelligible pour le profane.

2° S’il parle de la fabrication de la pierre proprement dite, auquel cas il parlera clairement.

3° S’il parle de la multiplication, et alors il sera tout à fait clair.

Muni de ces données, le lecteur peut ouvrir le livre de M. Figuier et, s’il n’est pas ennemi d’une douce gaieté, lire de la page 8 à la page 52. Il déchiffrera, aisément le sens des histoires symboliques qui sont si obscures pour M. Figuier et lui font hasarder de si joyeuses explications. Témoin l’histoire suivante qu’il traite de grimoire (p. 41) :

« Il faut commencer au Soleil couchant ; lorsque le mari Rouge et l’épouse Blanche s’unissent dans l’esprit de vie pour vivre dans l’amour et dans la tranquillité, dans la proportion exacte d’eau et de la terre.

De l’Occident avance toi à travers les ténèbres vers le Septentrion.

Altère et dissous le mari entre l’hiver et le printemps change l’eau en une terre noire et élève-toi vers l’Orient où se montre la pleine Lune. Après le purgatoire apparaît le soleil blanc et radieux. »

(Riplée)

Mis dans le matras en forme d’œuf des deux ferments actif ou Rouge et Blanc.

 

 

 

Divers degrés du feu.

 

Tête de corbeau, couleurs de l’œuvre.

Blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En considérant une histoire symbolique, il faut toujours chercher le sens hermétique qui était le plus caché et qui s’y trouve presque sûrement. Comme la nature est partout identique, la même histoire qui exprime les mystères du grand œuvre pourra signifier également le cours du soleil (mythes solaires) ou la vie d’un héros fabuleux. L’initié seul sera donc en état de saisir le troisième sens (hermétique) des mythes anciens, tandis que le savant n’y verra que les premiers et deuxième sens (physique et naturel, cours du Soleil, Zodiaque, etc.), et le paysan n’en comprendra que le premier sens (histoire du héros).

Les aventures de Vénus, de Vulcain et de Mars sont célèbres à ce point de vue parmi les alchimistes.

D’après tout cela, on voit que, pour faire la pierre philosophale, il faut avoir le temps et la patience. Celui qui n’a pas tué en lui le désir de l’or ne sera jamais riche, alchimiquement parlant. Il suffit pour s’en convaincre, de lire les biographies de deux alchimistes du XIXe siècle, Cyliani et Cambriel.

Physiquement, la pierre philosophale serait donc une poudre rouge assez semblable comme consistance au chlorure d’or et de l’odeur du sel marin calciné.

Chimiquement, c’est une simple augmentation de densité, si l’on admet l’unité de la matière, idée fort en honneur parmi les philosophes chimistes contemporains. En effet, le problème à résoudre consiste à transformer un corps de la densité de 13,6 comme le mercure, en un corps de la densité de 19,5 comme l’or. Cette hypothèse de la transmutation est-elle en désaccord avec les plus récentes données de là chimie ? C’est ce que nous allons voir.

 

LA CHIMIE ACTUELLE PERMET-ELLE DE NIER L’EXISTENCE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE ?

Deux chimistes contemporains ont poussé leurs investigations dans l’obscur domaine de l’alchimie ; ce sont MM. Figuier, vers 1853, qui publiait l’Alchimie et les Alchimistes, livre dont nous aurons tout à l’heure l’occasion de parler, et M. le professeur M. Berthelot, membre de l’Institut, qui fît paraître, en 1885, les Origines de l’Alchimie.

Ces deux savants officiels, le dernier surtout, font autorité en la matière, et leur opinion mérite d’être écoutée par toutes les personnes sérieuses.

Tous deux considèrent l’alchimie et son but comme de beaux rêves dignes des temps passés ; tous deux, ils nient formellement l’existence de la pierre philosophale quoique Figuier prouve à son insu cette existence). Et cependant ils déclarent que, scientifiquement, la chose ne peut pas être niée à priori. Ainsi Figuier dit :

« Dans l’état présent de nos connaissances, on ne peut prouver, d’une manière absolument rigoureuse que la transmutation des métaux soit impossible, quelques circonstances s’opposent à ce que (’opinion alchimique soit rejetée comme une absurdité en contradiction avec les faits.».

M. Berthelot, dans plusieurs passages de son livre, montre, que, loin d’être opposée à la chimie contemporaine, la théorie alchimique tend, au contraire, à remplacer aujourd’hui les données primitives de la philosophie chimique. Voici quelques extraits à l’appui.

A travées les explications mystiques et les symboles dont s’enveloppent les alchimistes, nous pouvons entrevoir les théories essentielles de leur philosophie : lesquelles se réduisent, en somme, à un petit nombre d’idées claires, plausibles, et dont certaines offrent une analogie étrange avec les conceptions de notre temps. »

« Pourquoi ne pourrions-nous pas former le soufre avec l’oxygène, former le sélénium et le tellure avec le soufre, par des procédés de condensations convenables ? Pourquoi le tellure, le sélénium ne pourraient-ils pas être changés inversement en soufre, et celui-ci, à son tour, métamorphosé en oxygène ?

« Rien en effet ne s’y oppose a priori. ». « Assurément, je le répète, nul ne peut affirmer que la fabrication des corps réputés simples soit impossible a priori. »

Tout cela montre assez que la pierre philosophale n’était pas fatalement impossible, même de l’avis des savants contemporains. C’est maintenant qu’il nous faut chercher si nous avons des preuves positives de son existence.

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