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Femme de lumière de Claude Darche

Livres

Ce livre passionnant est un roman initiatique de Claude Darche, ancien Grand Maître de la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm et auteure de nombreux ouvrages sur l’ésotérisme et la Franc-Maçonnerie. Les aventures initiatiques de Claire, à la croisée des mondes font de cet ouvrage un concentré de repères initiatiques et références subtiles à la Franc-Maçonnerie en général et à la Tradition maçonnique Egyptienne en particulier.

Un ouvrage plein de rebondissements qui nous renvoie à l’identité profonde de l’être.

Vous trouverez “Femme de lumière” ici

EXTRAITS

– Et la femme, dauphin, qui est-elle ?

– A l’aube des temps, la femme était reine, elle portait le beau nom de Demeter,d’Isis ou de Cybèle. Les hommes étaient initiés aux Mystères de ces déesses qui symbolisaient la Nature dans son oeuvre de génération et de destruction. C’est au travers de leur culte et de leurs rites que les hommes apprirent l’ineffable secret : la mort n’existe pas. Elle n’existe que pour celui qui envisage l’existence sous l’angle de la dualité et seulement de la dualité,celle qui oppose et dresse les hommes les uns contre les autres, celle qui engendre l’anéantissement.

– Mais la dualité existe dauphin, tu ne peux la nier !

– La dualité existe comme une roue sans fin, les hommes continuent à tourner entraînés qu’ils sont par ce mouvement perpétuel, ils oublient le centre de la roue, le moyeu. Par ce centre, la dualité est transcendée et les hommes passent au nombre trois qui est aussi le retour à l’unité. L’homme et la femme, le yang et le yin de la Nature sont indispensables au bon fonctionnement de l’univers ; de leur union naîtra le troisième, le fils, celui qui reprèsente la synthèse de leurs deux personnalités. La vie, vois-tu, n’est qu’une suite de morts et de renaissances.La source divine, l’Un, ce que j’appellerai l’Esprit perdure, il n’y a que les formes qui évoluent, changent et se métamorphosent.

– Il n’y a donc pas de mort ?

– La mort n’existe que pour ceux qui n’entendent ni ne voient.La mort n’existe que pour ceux qui ne sentent pas le flot d’Amour couler en eux.

– Ils sont nombreux ?

– Ils sont des millions à préférer la mort, à aimer le néant.

– Mais pourquoi ?


 

Je sens que ma réponse est décisive, mais c’est d’une voix ferme que je m’entends dire :

– Oui, je vous fais confiance à jamais !

– Alors, vis l’éveil de ta face par le rituel des quatre ouvertures !

Me voici transportée de l’autre côté du lac sacré, près du gigantesque scarabée de granit élevé  par Aménophis III et consacré au dieu solaire Atoum-Khéperrê : d’après notre guide, ce scarabée est un symbole particulièrement bénéfique pour les femmes qui doivent en faire sept fois le tour pour être assurées de porter de beaux enfants et d’avoir une vie abondante et prospère! Juste à droite du scarabée, se tient un escalier qui semble-t-il s’enfonce sous les ruines. Lorsque nous sommes passés à cet endroit avec notre guide, l’escalier était condamné pour risque d’éboulement.


 

Je te souhaite la joie du silence, la prière du silence, celle qui monte de ton coeur et emplit le ciel de sa ferveur. De grandes choses peuvent être faites par la prière! N’as-tu jamais remarqué, amie, que la nuit venue, il fait bon se recueillir et veiller. C’est l’heure où les pensées viennent sans effort, où les problèmes trouvent une solution, où les hommes se confient plus facilement, c’est l’heure de l’écoute, c’est l’heure de la trêve.

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La lettre du Crocodile juin 2011

Vous trouverez ci-dessous la Lettre du Crocodile, revue ésotérique et littéraire que nous transmet le CIREM, Centre International de Recherche et d’Etudes Martinistes

Cette revue de publications littéraires et initiatiques explore toutes les traditions, de la Franc-Maçonnerie au Martinisme,en passant par le Rosicrucianisme, le Bouddhisme et les différentes voies d’éveil.

 

La Lettre du Crocodile 2011

 

N°2/4 – Second Trimestre 2011
CIRER BP 8, 58130 GUERIGNY, FRANCE

Les choix du Crocodile

 

Grâce et courage. Spiritualité et guérison dans la vie et la mort de Treya Killam Wilber, par Ken Wilber, Editions Almora

Il faut saluer les Editions Almora qui mettent enfin à la disposition des lecteurs francophones ce best-seller de Ken Wilber, son ouvrage le plus personnel qui restitue, presque heure par heure, l’histoire d’amour qui l’unie à sa femme, Treya qui devait mourir d’un cancer cinq années après leur rencontre.

Une histoire d’amour qui est aussi une géographie sacrée de la conscience amoureuse, entre vie et mort, mort et vie. Ce témoignage à deux voix, puisque le livre rassemble nombre de pages du journal intime de Treya, rassemble plusieurs livres en un seul, l’histoire d’un amour inconditionnel, le drame du combat contre la maladie et la transformation spirituelle qui l’accompagne, une réflexion sur la thérapie, un essai philosophique sur la mort et son dépassement.

Au croisement de deux pensées, celle d’un grand philosophe, celle d’une femme admirable qui éveille par sa présence au-delà de la maladie, le lecteur, souvent ému, est conduit à interroger sa propre intimité, de la peur de la peur à la plénitude de ce qui est.

Tout individu confronté à la maladie ou au soin trouvera dans ces pages une matière considérable faite des résistances, des petites lâchetés, des projections multiples, des solutions à vendre, des terribles simplifications, des multiples irrespects de l’être que les acteurs de la vie mettent en œuvre insidieusement mais aussi des créations, des beautés, des plénitudes, des dépassements, des grâces et des courages que les mêmes acteurs réalisent dès lors que maladie et soin deviennent vecteurs d’une voie d’éveil. Non que la maladie soit une voie spirituelle, mais l’esprit libéré de ses préjugés, disponible dans l’immédiateté, peut faire de tout ce qui se présente une voie.

Ken Wilber est un spécialiste des voies spirituelles et des voies d’éveil. Treya est une pratiquante exigeante. Leurs pensées sont imprégnées des enseignements traditionnels et des fruits de la pratique. L’un et l’autre ont dû, chacun en leur style particulier, mais aussi ensemble, inventer de nouvelles alliances entre l’esprit et le corps.

« « Abandonne-toi à Dieu » continue à être le mantra qui m’aide à me souvenir, explique Treya. Ramana Maharshi  dit : « Abandonne-toi à Lui et accepte Sa volonté qu’Il apparaisse ou disparaisse. Attends son plaisir. Si tu attends de Lui qu’il fasse ce que tu veux, alors il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’un ordre. Tu ne peux pas Lui demander de t’obéir et prétendre t’être abandonné à Lui … Laisse tout dépendre complètement de Lui… » Je remarque que plus j’explore cette qualité d’abandon en moi, que j’ai dans le passé considérée comme une faiblesse plus je m’aperçois qu’elle me mène aux mêmes réalisations que la pratique de l’équanimité, en acceptant les choses telles qu’elles sont, sans essayer de les contrôler ni de les changer. Là encore, le bouddhisme m’a aidée à me libérer d’une partie de ma réactivité à l’égard de la terminologie chrétienne, et m’a permis d’en reconnaître l’unité dans leur vérité et leurs enseignements.

J’aime beaucoup cette qualité de « toujours déjà » dans les enseignements de Ramana Maharshi. Cette idée que nous sommes toujours déjà éveillés, toujours déjà « un » avec le Soi, toujours déjà un avec Tout l’Espace. »

Quelques jours plus tard, Treya écrit :

« J’ai récemment  effectué mon second « grand nettoyage » et « lavage du foie ». C’est très intéressant d’évacuer toutes ces vilaines choses qui se cachent dans mon côlon et dans ma vésicule biliaire ! (…) la fois suivante, j’ai augmenté ma dose d’insuline durant les cinq jours de façon à pouvoir manger beaucoup de pommes, et finalement j’ai évacué une trentaine de gros calculs biliaires (d’une taille entre le petit pois et le gros pois chiche) et bien davantage de petits. Eh oui ! Ils sont notablement verts comme on me l’a toujours dit, mais je n’en avais jamais vu ! De nombreuses personnes pensent que tout le monde devrait effectuer ces lavages une fois par an pour préserver la santé de leur côlon. A la fin de ce processus, j’ai dit à Ken en  plaisantant : « Ma vie en est réduite à examiner mes selles ! »

C’est ce jeu de miroir entre le corps sourd et l’esprit qui entend qui va engendrer chez Treya comme chez Ken une rare ouverture, une communion subtile : « Nous avions l’impression, commente Ken Wilber, qu’il n’y avait qu’un esprit et un cœur uniques dans cette maison. », pour finalement renverser le drame en félicité et en lumière :

« Je ne suis plus très sûr de ce que veut dire exactement le mot « éveil ». je préfère penser en termes de « compréhension éveillée, de « présence éveillée » ou de « conscience éveillée ». je sais ce que ces choses-là veulent dire, et je pense être capable de les reconnaître. Et tout cela était immanquable chez Treya. Je ne dis pas simplement cela parce qu’elle est partie. C’est exactement ce que je commençais à ressentir durant ces derniers mois, lorsqu’elle répondait à la souffrance et à la mort avec une présence simple et pure, une présence qui éclipsa sa souffrance, une présence qui annonçait clairement ce qu’elle était. J’ai vu une présence éveillée, on ne pouvait pas s’y tromper. »

Il n’est pas possible de saisir toutes les dimensions de l’œuvre philosophique immense de Ken Wilber en faisant l’impasse sur ce livre saisissant, sur la manière dont l’un et l’autre, comme individus et comme couple, ont su franchir les frontières pour atteindre les rives de l’esprit infini. Si ce livre est une leçon de vie où courage et grâce s’inscrivent dans la douleur quotidienne pour nourrir la beauté de l’esprit, c’est aussi un enseignement traditionnel au cœur de la modernité.

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

 

Hadewijch d’Anvers ou la voie glorieuse par Jacqueline Kelen, Editions Albin Michel

Ce nouveau livre de Jacqueline Kelen est un magnifique hommage aux béguines et à la liberté des femmes. A travers cette rencontre magnifique avec Hadewijch d’Anvers, c’est la tradition des esprits libres, la sagesse de la folie contrôlée, présentes dans tous les courants initiatiques et religieux, qui nous sont contées :

« Hadewijch, comme toujours visionnaire et par là même pionnière, distingue trois modes de sanctification. Dans un ordre croissant : les plus nombreux sont les saints de la fidélité ; au-dessus et en plus petit nombre se trouvent les saints de l’humilité ; et enfin, bien plus rares, les saints du défi – ces insoumis, ces âmes intransigeantes autant qu’ardentes qui « veulent tout », qui provoquent l’Amour et se mesurent à lui, franchissent avec joie les frontières humaines pour se perdre dans l’abîme d’En Haut. »

Hadewijch et Jacqueline Kelen révèlent la continuité de l’extase de la chair en celle de l’esprit et la plongée de l’extase de l’esprit dans le corps :

« Nourrie et inspirée par le Cantique des cantiques, la béguine ne cherche pas à l’édulcorer ni à faire de cette passion amoureuse très sensuelle une allégorie abstraite de la relation tissée entre Dieu et la créature humaine. Ce qu’elle propose en modèle aux âmes contemplatives, c’est l’image des Amants. Non des Epoux, ni des Amis. Vivre en amants, c’est être épris passionnément et respirer un amour de liberté. C’est l’étreinte jointe à l’adoration. »

Elle s’attarde sur le « baiser pénétrant », précise Jacqueline Kelen, sur le « total embrassement » et autres merveilles, et elle dénombre les effets de l’union : « tendresse, douceur, joie et jubilation ». Souvent elle parle d’un amour qui dévore et engloutit, en reprenant le thème du « cœur mangé » des récits courtois. Amour ne laisse rien après soi, hormis lui-même.

Pourquoi est-elle si désirable et si précieuse cette fruition ? Non parce qu’elle procure plaisir et volupté à la mystique, mais parce qu’elle fait entrer dans le Grand Mystère : « Dans la jouissance d’amour, nous devenons Dieu Tout Puissant et juste ». Tel est le désir ou le défi suprême de Hadewijch ; « Devenir Dieu avec Dieu. » Une audace spirituelle inouïe que reprendront avec elle Maître Eckhart et le Flamand Ruysbroeck, mais en prenant bien soin d’en écarter toute dimension érotique. »

La voie des Béguines est l’une des très rares voies non-duelles d’Occident, ce que saura reconnaître Maître Eckhart. Seul l’Un, dans la « coïncidence parfaite – entre corps et âme, amour et Amour, et entre Dieu et amour. ».

D’une rare lucidité sur les cristallisations de la rumeur dualiste qui figent la voie dans des diversions multiples, Hadewijch incarne une voie directe, immédiate, inconditionnelle, absolument libertaire.

« L’Amour est un, tel est le message essentiel que Hadewijch veut transmettre à son interlocuteur demeuré anonyme. Il est le visage rayonnant, insoutenable, de la Divinité, il est aussi dans la ferveur qui porte l’homme et la femme l’un vers l’autre et qui les fait s’élever vers lui. Minne est à la fois l’Essence (l’Amour) et sa manifestation (l’amour). Or, le privilège suprême accordé à la mystique, durant trois jours et trois nuits « perdue dans la jouissance de Dieu », consiste à « Le goûter comme homme et comme Dieu ». »

« Il est une manière d’aimer, poursuit Jacqueline Kelen, qui lève toute séparation entre le charnel et le spirituel, qui embrase l’être en une seule lumière. Telle est la fureur (orewoet) qui emporte Hadewijch jusqu’à un « ciel nouveau » où il lui est donné de vivre l’union indissoluble du divin et de l’humain dans l’Amour. »

Au cœur du collier de perles précieuses que constituent les écrits de Jacqueline Kelen, qui assure ainsi la permanence de la Tradition d’Amour, ce livre est un joyau tout particulier, par son intransigeance avec le « trop humain », sa beauté et sa puissance. Jacqueline Kelen allie la célébration de la liberté et de l’Amour à une pensée impertinente et pénétrante.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Hergé et l’énigme du Pôle de Paul-Georges Sansonetti, Editions Le Mercure Dauphinois

Un ouvrage de Paul-Georges Sansonetti est toujours un événement dans le monde de la pensée traditionnelle. On se souviendra notamment de Graal et alchimie, Chevaliers et Dragons, Chevalerie du Graal et Lumière de Gloire. Ce spécialiste du cinéma, il a entre autres écrit sur Matrix, sait tisser ou révéler les liens, éclairer ce qui fait signe, traquer et trouver les accords.

Sans doute, à un moment ou un autre de la lecture de cet essai, le lecteur se demandera s’il ne va pas un peu loin, si, vraiment, Hergé, pseudonyme de Georges Rémi, a voulu coder tant d’éléments traditionnels dans son œuvre désormais planétaire. Paul-Georges Sansonetti n’est pas le premier à mettre en évidence l’ésotérisme de Tintin mais il livre ici, en 500 pages, un ensemble très fouillé, rassemblant tellement d’indications concordantes qu’il valide l’hypothèse du « long chemin initiatique arpenté par Tintin » qui commence avec Les Cigares du Pharaon.

La modalité privilégiée de codage utilisée par Hergé semble bien être la guématrie, science traditionnelle sur laquelle il s’est appuyé pour développer un ensemble symbolique autour du thème essentiel du Pôle, entendu comme « focalisation spirituelle de la connaissance », qui évoque bien sûr le « Centre suprême » cher à René Guénon. La référence à la Tradition primordiale sur laquelle a tellement insisté et à juste titre René Guénon, sans être nécessairement toujours compris, est au cœur de l’étude de Paul-Georges Sansonetti, véritable quête du 111, un triple 1. Ce nombre, aussi important peut-être que le 515 de Dante, « résume à lui seul ce qu’il convient de nommer l’énigme du Pôle ».

Nul ne sera surpris de commencer cette aventure par l’Ordre du Temple et la Société Angélique, deux sociétés qui s’inscrivent dans une lignée, tantôt en queste, tantôt gardienne, d’une tradition de l’Axis Mundi.

Tintin, comme œuvre ésotérique, a pour l’auteur une fonction semblable aux grands écrits traditionnels, on pense aux écrits de Rabelais ou de Cervantès, véritables corpus. D’ailleurs, Tintin et Milou évoque pour lui, toujours en terme de fonctions initiatiques, Don Quichotte et Sancho Pança. On notera d’ailleurs, d’une manière générale que la question de la traversée du jeu duel, jusqu’à l’interrogation des gémellités, sens même de la queste, est mise en scène de manière récurrente au fil des albums.

Le lecteur est rapidement emporté dans un tourbillon de symboles et de signes dont il devra toujours chercher l’œil, le centre immuable. En revisitant les célèbres albums, Paul-Georges Sansonetti l’invite à acquérir une science du symbole qui tend aujourd’hui à se perdre y compris dans les ordres initiatiques qui résistent difficilement à la quantité et à la mondanité.

L’ouvrage est non seulement une aventure passionnante pour les tintinophiles mais il regorge d’indices traditionnels, d’enseignements discrets et de pistes hermétistes qui en font une instruction traditionnelle subtile, parfois déconcertante, comme il se doit.

Hergé apparaît comme un fils d’Hermès :

« Notre auteur et ses inspirateurs éventuels firent en sorte que rien de ce qui concernait les composantes essentielles de la Tradition primordiale ne soit ouvertement exposé aux lecteurs. Cependant, de par leur subtile et parfois fort savante occultation, ces composantes nécessitent, si l’on souhaite les voir apparaître, une extrême attention portée aux images. (…) Aux images, certes, mais aussi aux noms de personnages, de lieux et d’objets et c’est en cela que la guématrie se révèle incontournable ; notre étude n’a cessé de le montrer. (…)

Hergé et le cercle très fermé des personnes chargées de l’assister dans son travail s’appliquèrent à réaliser ce qu’il y a d’essentiel et disons même de vital pour un peuple : transmettre les données fondamentales permettant d’appréhender la Tradition primordiale et sa centralité polaire. On peut considérer comme véritablement extraordinaire le fait que la plus célèbre bande dessinée – d’où sa traduction dans des dizaines de langues – se fasse précisément la gardienne du secret des origines transmis en Occident, durant deux mille ans, par le Johannisme et les organisations qu’il devait générer. (…)

L’œuvre d’Hergé, redisons-le, s’inscrit indéniablement comme l’une des plus importantes de l’histoire du roman graphique et, sans doute, doit-on lui attribuer la première place d’un genre enfin reconnu par nos académiciens. Mais son rôle essentiel réside ailleurs : dans ce qu’elle contient de caché et qui, faisant directement référence aux travaux de René Guénon et d’autres exégètes de la Tradition, reconduit au Pôle en annonçant le retour d’un éclairement spirituel conférant jadis à des civilisations le sentiment souverain d’exister d’une façon tangentielle à l’éternité. »

Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.


Paysages de l’Esprit de Jean Biès, Editions Arma Artis

Ce livre relève de l’alternative nomade A Plus Haut Sens, une alternative qui réenchante. Jean Biès guide le lecteur, devenu itinérant, dans un voyage contemplatif où les paysages se font miroirs, la nature, théophanie.

L’ouvrage commence par un hommage à René Guénon, ce « dérangeur considérable » que l’auteur a rencontré dans sa jeunesse et qui en quelque sorte actualisa sa démarche spirituelle et philosophique. Guénon toujours actuel, toujours nécessaire, selon Jean Biès, mais qui a délaissé des thèmes importants, comme la nature, l’esthétique, les implications initiatiques du christianisme oriental… et écarté l’émotion. « On ne le voit pas davantage s’émerveiller, souligne l’auteur, alors que les sages même engagés dans les voies dites sèches, savent se montrer sensible à la poésie du monde. ».

D’où l’intention de l’auteur :

« Ainsi avons-nous assez tôt compris que tout en restant fidèle et reconnaissant à Guénon pour son honnêteté intellectuelle, la profondeur de sa pensée et une rigueur sans faille, il convenait de s’émanciper de son influence d’une part, en tâchant de suppléer à quelques-uns de ses manques, d’autre part, en recourant à une autre sorte de formulation. Deux attitudes permettant de déceler dans la nuit de l’ « Âge sombre » des réminiscences du paradis perdu, des enclaves rayonnantes, des ouvertures sur l’espoir. »

La démarche rappelle celle d’un Henry Corbin.

Les paysages se succèdent, cosmologiques ou cycliques, axiocratiques et centraux, de la métaphysique à la poésie. L’art s’y impose, comme rappel de soi, rappel du Soi. Le Fil d’Ariane de cette déambulation dans la beauté et la sagesse est peut-être la capacité à l’étonnement, qui caractérise la présence ici et maintenant, l’absence de comparaison, le silence et donc l’initiation. L’étonnement qui annonce l’émerveillement.

Deux extraits permettent de saisir cette double liberté :

« L’étonnement est rupture, déchirure dans le tissu de l’habituel, dévoilement de l’insoupçonné, syncope miniature de l’esprit ; à l’origine d’un élargissement soudain, aux suites parfois imprévisibles. Il procède d’une dissymétrie par rapport à l’ordre établi : celle des dalles du jardin menant au pavillon de thé. Rejetant le conventionnel, le systématique, l’organisé, le rassurant, l’étonnement s’apparente toujours un peu à l’hérésie ; d’où le prudent et léger recul devant ce qu’on vient de découvrir. L’étonnement est saisie directe, et non plus tortueuse ; il fait l’événement, il est retournement. C’est le bruit que fait la grenouille en sautent dans la mare qui laisse s’aviser de l’existence du silence ; c’est le signe tracé sur le blanc de la page qui crée le vide : celui-ci accourt de toute sparts, rassemble sa candeur autour du trait.

L’étonnement ramène au présent, y oblige… »

En quelques mots, se dessine une voie d’éveil. Et encore :

« Si s’étonner, c’est déquantifier la vision des choses, s’émerveiller sera la qualifier.

L’étonnement peut rester froid ; doublé d’amour, il devient émerveillement. Celui-ci est ouverture. Il ne crée pas seulement un instant, il déploie une durée, une intense perception ; il est suscité par l’admiration, et, dit Louis Claude de Saint-Martin, « l’homme ne vit que d’admiration ». Il y a dans l’émerveillement comme une indiscrétion, un viol involontaire de ce qui est, surprenant la nature dans sa nudité, dans l’élément irrationnel ou divin qui se cache en elle. Sous le regard émerveillé, la nature se livre dans son intériorité, car l’homme, cessant de la penser et de l’explorer, se contente de l’aimer, de la contempler. Il se donne un regard nouveau, et point seulement renouvelé comme il le fait dans l’étonnement ; un regard sans convoitise, attentif, percevant chaque être, chaque chose en son évidence native, et non pas dans son apparence, percevant l’évident en ce qu’il garde encore de secret. »

Cet ultime retour à notre nature originelle, absolument libre, révèle sa permanence, reconnaissable dans les signes et accords que nous livre le monde. Jean Biès prolonge ce libre mouvement jusqu’à sa réalisation :

« Si s’émerveiller, c’est qualifier la vision des choses, être stupéfait sera la quintessencier. (…)

La stupeur des stupeurs réside dans la découverte que ce n’est pas le moi duel et rétréci auquel nous nous étions identifiés qui est le siège de la stupeur, mais que c’est un autre que nous qui s’étonne, s’émerveille et se trouve stupéfait, s’est substitué à nous en nous faisant imaginer qu’il nous était étranger, alors qu’il est notre essence même. A la cime de la stupeur, dépossédé de ce qui était nôtre, dépossédé de nos stupeurs antérieures, réduit à l’état d’ascète qui, pour tout avoir, n’a que son souffle, celui qui s’étonne en nous n’est autre que le Nous véritable. »

Jean Biès est là en pleine Gnose, proche aussi des voies non-duelles de la Reconnaissance de soi-même comme identique au Seigneur.

Les paysages traversés par le lecteur constituent les diverses modalités d’une expérience de l’intime, de ce qui demeure. Le chemin parcouru devient alors un chemin de l’individuation. Plus qu’un livre, une expérience et un procès.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.


Les livres : Franc-maçonnerie

Le Rite opératif de Salomon, 3 volumes : Apprenti, des Ténèbres à la Lumière – Compagnon, du spéculatif à l’opératif – Maître, de la Mort à la Vie, par Monique Amiot, Xavier Tacchella, Maison de Vie Editeur

Le Rite Opératif de Salomon, R :. O :. S :., est l’un des plus jeunes rites maçonniques. Pour cette raison, il demeure mal connu et ces trois volumes qui lui sont consacrés constituent une opportunité de découvrir et mieux comprendre un rite à la fois traditionnel et original dans lequel le symbolisme tient une place prépondérante.

Le Rite Opératif de Salomon est né il y a plus de trente ans au sein d’une Loge parisienne, dans le cadre du Grand Orient de France, dont il se détacha assez rapidement, notamment en raison de sa mixité, pour essaimer et fonder l’ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, O :. I :. T :. A :. R :. Qui regroupe aujourd’hui les nombreuses Loges pratiquant ce  rite. La volonté des fondateurs était de revenir à la Tradition et à la fonction initiatique des rites, de se changer soi-même pour changer le monde et non l’inverse.

Sept principes président le R :. O :. S :. : Le respect des autres et la dignité de soi ; La liberté de conscience et l’égalité parfaite ; La compréhension réciproque et la tolérance mutuelle ; L’amour fraternelle et l’amitié fidèle ; la confiance absolue et le dévouement exemplaire ; La justice pour chacun et l’équité pour tous ; Le perfectionnement individuel et l’amélioration collective. On notera que cette présentation en deux segments oblige à une dialectique qui évite de figer un processus en sentence. Les principes s’interrogent et se mettent en œuvre au quotidien.

Les auteurs traitent les principaux termes maçonniques à travers des axes bien précis, raison, espace, décors, temps, auxquels s’ajoutent des remarques complémentaires. Cela permet de structurer aussi bien la Galerie aux manœuvres choisis, la Carrière, le Triangle, le Chantier, le cercle du Bon Savoir, le Cercle de Recherches Thématiques et la Loge, à la fois comme lieu et comme fonction d’appel ou d’initiation.

Aux trois grades d’Apprenti, Compagnon, Maître, les auteurs s’efforcent de dégager l’essence des outils, leur force symbolique et d’indiquer ou suggérer leur dimension opérative. Ils n’hésitent pas à emprunter une démarche comparative entre les rites, chacun éclairant une facette d’un même outil. D’une manière générale, le R :. O :. S :. cherche à renouer avec l’esprit vivifiant du compagnonnage, à s’enrichir de la rencontre avec d’autres rites, d’autres loges, d’autres Francs-maçons. Le grade de Compagnon, si important, est trop souvent négligé. Il est pourtant la clef d’une maîtrise réussie. De manière similaire, le R :. O :. S :. insiste sur la Géométrie et demande au Compagnon d’exécuter effectivement des tracés, dont celui de la section dorée. Cette préparation rigoureuse permettra au Compagnon, après la réalisation de son chef d’œuvre et la présentation d’un travail d’augmentation de salaire, de répondre aux questions posées lors de l’Audition du Compagnon fini, questions qui visent à vérifier la réalité de ses connaissances.

Le volume consacré au grade de Maître commence par une indispensable exploration de la Chambre du Milieu et du sens même de l’élévation :

« Conformément à la doctrine alchimique, Hiram est trouvé putréfié par les Maîtres qui le cherchent, et bien que la chair se détachât des os, il est relevé ! De même Osiris, fait des morceaux retrouvés par Isis, sera relevé. De même Jésus, après trois jours passés dans le monde des morts ressort vivant de son tombeau.

Dans cette résurrection hiramique comme christique, il faut donner le sens d’Anagogia, c’est-à-dire, élévation, signifiant par là l’élévation de l’homme au divin, le passage de la nature humaine à la nature divine : c’est ce qui confirme le passage de l’équerre au compas. Compas qui sert à tracer le cercle symbolique du serpent qui se mord la queue, l’ouroboros symbole d’éternité et d’immortalité.

C’est la réintégration de l’être cher à Martines de Pasqually, le retour à l’Adam Kadmon, l’homme originel d’avant la faute, celui à qui Yahvé dit : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras mortel. » (Genèse 2, 17). »

Les composants du grade sont analysés, souvent en référence à la tradition de la langue hébraïque : les cinq points parfaits de la Maîtrise, le mot sacré, les nombres du Maître…

Les trois volumes proposent beaucoup de documents anciens. Le troisième volume, consacré au grade de Maître rassemble plusieurs expressions de la légende d’Hiram, selon la Bible, dans la littérature, chez Gérard de Nerval, et selon divers rites, du R :. E :. A :. A :. au Rituel du Duc de Chartres de 1784, en passant par le R :.E :.R :. ou le Rite Standard d’Ecosse, entre autres. Chacune de ses lectures délivre dans la conscience des processus différents qui tous convergent cependant vers une structure absolue.

Nous voyons que ces trois volumes, très pédagogiques,  ne sont pas seulement destinés à nous faire mieux comprendre le R :. O :. S :., ses spécificités, ses richesses, ils intéresseront tout Franc-maçon désireux de se perfectionner en interrogeant une fois de plus ses propres travaux.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

La Franc-maçonnerie clarifiée pour ses initiés. L’Apprenti par Irène Mainguy, Editions Dervy

A la suite d’Oswald Wirth, Irène Mainguy poursuit son inlassable et remarquable œuvre de modernisation, rectification dirait Robert Amadou, de la propédeutique, de la symbolique, et des procès de connaissance maçonniques.

Elle ne fait pas que moderniser, elle redonne de l’axialité et de la profondeur à une Franc-maçonnerie tellement éparpillée qu’elle va chercher du sens jusque dans la psychanalyse freudienne, pourtant orientée à l’exact opposé de toute Tradition. Nous ne dirons jamais assez combien son travail est d’importance et constitue une opportunité pour l’avenir initiatique de la Franc-maçonnerie, quelque peu compromis. La tradition maçonnique, qui devrait se suffire à elle-même, peut être ainsi ressaisie et retrouver son sens opératif.

Irène Mainguy conserve la structure des livres d’Oswald Wirth en la clarifiant. Les premiers chapitres traitant des aperçus philosophiques sur l’histoire générale de la Franc-maçonnerie, des premières données historiques, de quelques personnalités marquantes, des débuts de la Franc-maçonnerie en France posent un nécessaire cadre temporel avant d’aborder la dimension initiatique.

« Parmi les éléments essentiels de l’initiation maçonnique, il faut noter son caractère indélébile. Elle ne peut être, insiste-t-elle, qu’une transmission de personne à personne, d’un initiant à un récipiendaire. »

Ce point est d’importance. Trop souvent, la responsabilité initiatique de l’initiateur est diluée dans le collectif de la loge. Le caractère traditionnel est ainsi perdu. La loge n’est pas un collectif mais une unité qui soutient l’initiateur et se manifeste à travers le Vénérable de la loge.

Irène Mainguy rappelle à l’ordre, c’est à dire à la présence à soi-même, à la pleine conscience de ce qui est là, substance, énergie, essence, à ce qui se joue par la dynamique initiatique, à la congruence initiatique :

« Tout acte, tout geste rituel produit, à un moment ou à un autre, un effet proportionnel à l’acte lui-même.

D’un point de vue traditionnel, il y a une étroite corrélation entre gestes, rites et symboles.

Tous les signes d’ordre s’effectuent en position debout. C’est une posture d’attention, de respect et de dignité.

Tout geste rituel est significatif en Franc-maçonnerie. Il donne un maintien physique solennel, il favorise l’ouverture de l’entendement. Il ouvre par là des possibilités de réalisation spirituelle. Si le geste est juste, il favorise la perception de la transcendance. Les mots qui accompagnent la gestuelle donnent un rythme au corps, lequel s’accorde à celui de la parole. »

L’initiation exige un ésotérisme, y compris en Franc-maçonnerie où il fait parfois défaut. Le mot même est parfois banni.

« L’ésotérisme, rappelle Irène Mainguy, permet d’éviter de se laisser emprisonner dans les limites étroites et restrictives de l’exotérisme. Ce dernier est davantage attaché au formel et à la lettre, par le respect de ses préceptes, plus qu’à l’esprit des choses. Le respect des dogmes religieux par exemple restreint la compréhension de l’univers et maintient sa lecture dans une grille de valeurs binaires. Ce chemin d’intériorité bien vécu, parce que bien compris, permet par la distanciation de savoir adopter une position ternaire qui réconcilie les oppositions nécessaires et fécondes. »

L’initiation est bien un procès qui conduit de la conscience duelle à la conscience non-duelle.

« La Franc-maçonnerie propose une démarche visant à éveiller ou réveiller l’intériorité de l’être, à favoriser l’ouverture de sa conscience dont la principale constante symbolique sera le cheminement dans l’obscurité vers la Lumière qui se dévoilera progressivement, degré après degré, pour transcender et unifier avec clarté toute forme de dualité. »

Voici un ouvrage de référence pour tous les francs-maçons, un manuel nécessaire qui ramène au centre, au cœur même de l’initiation maçonnique.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Les Trois Grandes Lumières ou le chemin de la création par Jean Onofrio, collection Les symboles maçonniques, Maison de Vie Editeur

Voici un livre précieux pour l’instruction maçonnique comme pour la méditation.

L’auteur remarque l’importance des « ternarités en cascade qui dirigent la pensée créatrice d’une loge de la Franc-maçonnerie initiatique ». Cette insistance trouve peut-être son paroxysme dans les trois Grandes Lumières, Règle, Compas, Equerre, la règle étant parfois remplacée par la Bible ou un autre volume sacré, ce qui pose la question essentielle de la croyance et de la connaissance. La Règle, en effet, affirme la primauté de l’ajustement sur la forme.

Par ailleurs, nous rencontrons une autre série de trois Grandes Lumières, ce sont le Soleil, la Lune et le Vénérable Maître, parfois qualifiée de série « cosmique » par distinction avec la série « opérative »  des outils :

La tradition enseigne, nous dit l’auteur, qu’une lumière venue de l’Orient, symbolisée par le delta, a pu être vénérée par, quelques êtres qui ont eu accès à la connaissance des mystères. Cette lumière vénérable a créé le Soleil et la Lune, et ces deux luminaires ont eu besoin d’outils de création pour la transmettre. ils ont donc établi la règle, le compas et l’Equerre. »

L’auteur traite ensuite une série de questions que nombre de Francs-maçons oublient de se poser alors même qu’elles fondent et marquent la démarche maçonnique : Pourquoi ces objets sont-ils qualifiés de Lumières ? – La disposition des trois Grandes Lumières aux trois grades – Les trois naissances selon les trois Grandes Lumières – Les trois grandes lumières, le banquet et l’accomplissement du mythe osirien – Quel type d’Être font naître les trois Grandes Lumières ? – Les mutations que déclenchent les trois Grandes Lumières – L’œuvre du Grand Architecte de l’Univers en fonction des trois Grandes Lumières – Comment les trois Grandes Lumières permettent à l’initié d’agir ?

Le chapitre consacré au Banquet et au mythe osirien est particulièrement intéressant. En effet la fonction opérative du Banquet est souvent négligée voire ignorée :

« Lorsque l’on assemble les trois Grandes Lumières, on se situe à l’origine des temps, au moment où elles étaient en pleine création, en pleine effervescence, en pleine puissance. Or, c’est bien ce qui est fait lors d’une tenue principielle, qui n’est pas une tenue d’Apprenti, mais une tenue au-delà même du grade de maître, incluant tous les grades. N’est-il pas extraordinaire que cet univers des dieux puisse être perçu et contemplé ? (…)

Par bonheur, la Tenue ne s’achève pas avec la dissociation des trois Grandes Lumières et l’effacement du tableau de loge, car le mystère se réalise alchimiquement à la table du banquet, la renaissance et la résurrection peuvent être vécues. Les êtres humains ont une énergie qui est variable et qui a besoin d’être reconstituée. Or, le banquet est ce moment où l’énergie, qui était éparse, est reconstituée et où toutes les nourritures sont offertes. Aller à la table du banquet conduit à remembrer, à rassembler ce qui est épars afin que les nourritures célestes et terrestres ne fassent qu’une. Pour que le mythe soit pleinement vécu, le passage par la table du banquet est donc indispensable. La lumière y est transportée et on reconstitue, on réanime les lumières de cette table, on partage le pain et le vin, corps osirien, repris par le rite chrétien de la communion. Mangeant son corps, buvant son sang, toutes les énergies se trouvent rassemblées. »

En conclusion, Jean Onofrio nous rappelle la belle formule, opérative s’il en est, « ce que tu fais te fait », convoquant le sens et la puissance de l’acte.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

 

Ernst et Falk. Causeries pour Francs-maçons de Gotthold Ephraim Lessing, traduction et présentation de Lionel Duvoy, collection Petite bibliothèque de la Franc-maçonnerie, Editions Dervy.

Ce document rédigé par Lessing (1729-1781) est un témoignage très intéressant sur un moment de l’histoire de la Franc-maçonnerie allemande et notamment de la Stricte Observance Templière et du Régime Ecossais Rectifié. Il se présente sous la forme de cinq dialogues entre un profane, Ernst, qui sera reçu Apprenti maçon entre la troisième causerie et la quatrième et Falk, Franc-maçon.

Les dialogues interrogent les buts, les fonctions et les réalités d’une Franc-maçonnerie allemande qui, à cette époque, traverse une crise importante.

L’auteur est à l’époque bibliothécaire personnel du Duc Karl Wilhelm Ferdinand von Brunswick (1735-1806), alors Grand Maître de la Stricte Observance Templière. La Franc-maçonnerie allemande est le centre d’une lutte d’influence entre les Illuminés de Bavière de Weishaupt (1748-1830), propagateur des idées révolutionnaires, et les néo-templiers de la S :.O :.T :..

Le Duc Karl Wilhelm Ferdinand von Brunswick craignant les idées révolutionnaires opte pour les propositions du Baron von Hund (1722-1776). En 1782, le Convent de Wilhelmsbad (1782), en signant l’acte de fondation du Régime Ecossais Rectifié allait mettre un terme à ce que Lionel Duvoy désigne avec raison comme une dérive de l’Ordre maçonnique en général. Lionel Duvoy pense que la critique de Lessing, développée dans les « Causeries » et dans les échanges avec le Duc, renforça l’analyse du Duc Karl Wilhelm Ferdinand von Brunswick et contribua aux résultats du Convent. C’était un an après la mort de Lessing.

Les deux dernières causeries révèlent un Ernst fraîchement initié et déjà déçu. Les critiques sont de deux ordres, l’un contextuel, particulier à la situation allemande, l’autre général, propre à la démarche maçonnique.

En effet, Lionel Duvoy signale que « la crise de conscience que tout Franc-maçon un tant soit peu impliqué dans la démarche initiatique vit à un moment ou à un autre de son cheminement, apparaît ici en formules claires dans la bouche du nouvel initié. ». Lessing déplore notamment « qu’une organisation universaliste engendre des clans idéologiques ».

Outre l’intérêt historique du document, nous partageons la proposition de Lionel Duvoy quant à ce texte :

« Considérons alors ces cinq dialogues comme un vade-mecum à l’usage des frères qui, un jour, ont à se dévoiler ou qui, dans leur for intérieur, vivent une crise de conscience maçonnique. La fierté d’être le chaînon d’une tradition immémoriale, aussi ancienne, comme l’écrit Lessing, que la société humaine, ne doit pas faire oublier que les travaux maçonniques obéissent à un impératif catégorique commun à tous les Francs-maçons : poursuivre hors du temple l’œuvre qui y a été commencée. »

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

L’initiation maçonnique. Les ressorts cachés de Pierre Audureau, collection Témoignages maçonniques, Maison de Vie Editeur.

L’idée d’une collection proposant au lecteur, profane ou initié, des témoignages personnels sur l’initiation maçonnique, sur un vécu maçonnique particulier, nécessairement unique puisque chacun construit son propre temple, est excellente. Malheureusement, le témoignage de Pierre Audureau reste décevant. On attend plus, on attend mieux de la part de ce normalien devenu Franc-maçon dont la vie profane est riche de multiples expériences. Si le lecteur ne se départira pas au fil du livre d’une vraie sympathie pour l’auteur, il retrouvera un certain nombre de confusions courantes en ce début de siècle maçonnique comme le recours au profane pour expliciter l’initiatique. On retrouve dans les pages de Pierre Audureau la tentation du psychologisme pour donner sens au traditionnel. Certes, il cherche bien à distinguer psychothérapie et initiation, ce qui est la moindre des choses, mais la distinction demeure latérale et l’initiation, qui commence quand la psychologie s’arrête, ne cesse pas, dans son propos, de se trouver en parallèle avec la démarche analytique. Il aura aussi étudié la tenue à travers le prisme de l’analyse transactionnelle…

Mais, plus inquiétante est l’invocation récurrente de la morale en initiation. Cette question resurgit de chapitre en chapitre, alors que, une nouvelle fois, l’initiation commence au-delà de la morale. Si la question de la morale se pose encore, si l’inconditionnalité éthique et l’éthique inconditionnelle ne vont pas de soi, alors oui, un travail psychologique est encore nécessaire mais le temple maçonnique n’et pas le lieu de ce travail.

Entre projections de critères, survols de thèmes traditionnels et raccourcis informatifs, malgré la bonne volonté de l’auteur et quelques passages qui montrent que nous sommes en droit d’attendre plus, il n’est pas certain que ce témoignage donne envie de Franc-maçonnerie.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

Mahhabone  ou la porte de la Grande Loge ouverte afin de révéler les secrets des « Ancients » et des « Moderns », présentation, traduction et commentaires de Joël Jacques, Maison de Vie Editeur

L’édition de Mahhabone, un document du XVIIIème siècle, injustement oublié, présentant surtout la pratique des maçons irlandais, inédit en France, constitue une opportunité pour saisir la dialectique entre « Anciens Maçons » et « Nouveaux Maçons » et s’approcher du sens interne de l’initiation maçonnique quelque peu perdu. Si le texte est très londonien, parfois déséquilibré, parfois naïf,  l’affaire particulièrement contextuée, les commentaires précieux de Joël Jacques, permettent à la fois de lui donner son sens historique et de dégager les dimensions et enjeux philosophiques que la confrontation, pas toujours fraternelle, exacerbe parfois.

Joël Jacques nous éclaire tout d’abord sur ce que sont ces Ancients et comment s’amorça le glissement spéculatif en réponse à l’évolution de la société et plus particulièrement du monde du travail :

« Nous pouvons à présent regrouper l’ensemble afin d’obtenir une image de la mouvance maçonnique la plus archaïque, c’est-à-dire celle revendiquée par les Ancients.

Il s’agit d’un regroupement de Frères artisans, praticiens d’un métier et qui disposaient d’une certaine liberté de réunion et de déplacement d’un chantier à l’autre sans avoir les contraintes d’un contrat restrictif.

Ils sont rejoints par d’autres compagnons, étrangers au métier et reçus dans la corporation pour leurs qualités et leurs savoirs afin de gérer les intérêts des chantiers, des Loges et de leurs membres dans un environnement économique et juridique de plus en plus complexe.

Il s’agit donc bien d’un groupe de maçons Anciens, Libres (Franchisés) et Acceptés (Ancients, Free and Accepted Masons). »

Les Loges de Francs-maçons symboliques ou spéculatifs « n’ont pas été nécessairement constituées autour des métiers de bâtisseur. Ces maçons ne sont pas des constructeurs, pas plus, et c’est leur grande différence avec les « acceptés », qu’ils ne sont systématiquement gestionnaires des intérêts de l’Ordre. » A l’époque, les Loges ne sont pas aussi structurées et formalisées qu’aujourd’hui. Toutefois,  nous reconnaissons dans les rituels de l’époque, les traits caractéristiques de ceux d’aujourd’hui.

La Franc-maçonnerie dite « spéculative » se trouve à la croisée de nombreuses influences, celles des Ancients, parfois par adhérence, parfois par distance, celle de la pensée philosophique des libertins et des sceptiques, des premiers regroupements de scientifiques, la pensée rosicrucienne rhénane… Elle bénéficie d’un terreau fertile et d’interrogations fondamentales, de remises en question sociétales inédites. Pour l’auteur, « la Franc-maçonnerie continentale issue des Moderns ne trouve pas directement ses origines chez les bâtisseurs. Sur ce point, à notre avis, la meilleure piste serait l’illuminisme élisabéthain et le rosicrucianisme. » Mais l’auteur reste conscient de l’hyper complexité des interactions humaines et sociétales. Il ne tombe pas dans le piège de chercher une vérité unique. Mahhabone donne à penser et son principal intérêt reste peut-être dans l’approfondissement de la pratique des rituels maçonniques.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

 

Le Maître Secret de Percy John Harvey, Tome I, collection Les Symboles Maçonniques, Maison de Vie Editeur

Nous retrouvons dans cette première monographie d’une trilogie dédiée au grade de Maître Secret, l’un des grades les plus intéressants et les plus mal connus de la Franc-maçonnerie, les qualités des travaux de Percy John Harvey, clarté, pédagogie, pertinence initiatique, et cette entrée caractéristique qu’est le traitement du symbolisme par l’image, d’où la richesse de l’iconographie.

Ce premier tome est consacré au Symbolisme du grade. Le tome II à paraître traitera pour de L’Elévation au 4e degré tandis que le tome III abordera  Le Cartouche du 4e degré et l’emblème du Maître secret. Trois parties permettent de poser le cadre du symbolisme de ce grade, particulièrement riche : la carte du Tuileur – le signe du secret – la clef ésotérique.

La partie consacrée au signe du secret, notamment au signe du silence ésotérique, ici traité en lien avec le signe pénal, intéressera au-delà de la Franc-maçonnerie, tout particulièrement les martinistes.

« Le silence, précise l’auteur, concerne le secret ésotérique. La parole est du domaine du sacré, faisant référence à la vérité divine.

Le silence et la parole sont en apparente opposition, mais se rejoignent par le secret et le sacré qui partagent une signification élémentaire voisine : la séparation.

Le secret, du latin secretum = « lieu écarté » et secretus = « séparé, à part, caché ».

Le sacré résulte de la séparation établie par la consécration, qui est une opération rituelle vouant à l’ordre du sacré ce qui appartient au monde profane.

Dans l’attente de retrouver la Parole perdue, le nouveau Maître maçon a reçu les mots M.B., substitués au véritable Mot sacré, qui appartiennent aux secrets du grade. »

Traitant de la clef ésotérique, Percy John Harvey insiste sur la richesse de la lettre Z, présente sur la clef d’ivoire, ésotérique, intérieure, lettre doublée dans le mot de passe du grade, Ziza, qui signifie «  la resplendeur », mot qui n’est pas sans évoquer, le ressouvenir, la réintégration ou encore la reconnaissance…

Cette dialectique entre silence et parole ne doit pas être entendue seulement dans le contexte des interactions entre profane et sacré, elle peut s’inscrire avec force dans la seule dimension de l’interne. Il y a un silence externe et une parole externe. il y a aussi un silence interne et une parole interne.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint Germain, 75005 Paris.

 

Livres : Martinisme & Martinézisme

 

Les sept sceaux des Elus Coëns de Serge Caillet, Editions du Mercure Dauphinois

Voici le fruit de plusieurs années d’un travail approfondi consacré à la science sacerdotale des Elus Coëns.

L’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers transmettait des initiations et des ordinations spécifiques, de forme maçonnique, quoique très différentes des grades maçonniques classiques. Ces initiations et ces ordinations habilitaient à la pratique d’opérations théurgiques, en quoi consistait le culte primitif, propre au sacerdoce adamique restauré par Martines de Pasqually (XVIIIème siècle). Cette école de théurgie fut celle de Louis-Claude de Saint-Martin, de Jean-Baptiste Willermoz et de quelques autres «émules», qui y recevront aussi de Martines, leur maître commun, la doctrine, apparentée au judéochristianisme, qu’ils transmettront à leur tour, l’un dans son oeuvre littéraire, l’autre dans le Régime écossais rectifié.

L’étude et, plus encore, la pratique de l’enseignement de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers sont d’une très grande exigence.

Serge Caillet, prolongeant et complétant avec rigueur le travail de Robert Amadou, analyse minutieusement ici, pour la première fois, grade par grade, les rites de réception et d’ordination des Elus Coëns, à partir des documents originaux qui nous sont parvenus.  Il ouvre ainsi, pas à pas, les sept «sceaux» que représentent les sept classes de l’Ordre. Il met ainsi en perspective le cheminement initiatique d’un membre opératif de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers. Les détails et les liens présentés apportent tant à la compréhension, particulière, de la doctrine, qu’à la pratique opérative.

Cette nouvelle pierre à l’édifice de l’Ordre est d’importance. Plus que jamais, il est possible, à qui possède le vouloir, la tempérance et le cœur, d’accomplir l’œuvre opérative si difficile des Elus Coëns. Mais le travail de Serge Caillet permettra aussi aux martinistes, dans toutes les acceptions du terme, et aux membres du Régime Ecossais Rectifié, de mieux saisir l’intention de leurs courants initiatiques propres. Un livre indispensable.

Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

 

La SEPP propose à son catalogue le tapis du Maître Coën. Ce tapis en lin et imprimé intéressera ceux qui développent une pratique quotidienne.

Vous y trouverez également tous les décors coëns, martinistes et maçonniques. SEPP, 108 rue Truffaut, 75017 Paris.

 

Nouveauté

L’Esprit des Choses, Nouvelle Série, en langue italienne, n°4

L’Esprit des Choses est de nouveau disponible en langue italienne dans une formule totalement nouvelle, sous la direction de Giancarlo Tumiati et Ennio Junior Pedrini.

Sommaire du n°4 : Ce numéro est tout entier consacré à L’Homme-Dieu : Traité des deux natures, suivi de “Le Mystère de la Trinité” selon Louis-Claude de Saint-Martin de Jean-Baptiste Willermoz. Vous y trouverez la traduction intégrale du texte en italien, accompagné d’une présentation par le comité de rédaction.

Ass. Esprit des Choses, via Vittorio Emanuele 69, 11020 Bard (Ao) Italia.

Espritdeschoses@gmail.com

 

Hermétisme

L’Odyssée du Bateleur de Fabienne E. Esquivillon, Edidions Dervy

Les penseurs les plus familiers du Tarot demeurent étonnés par les possibilités offertes par ce livre venu de l’Imaginal. Carl G. Jung, notamment, aura su démontrer toute la puissance de changement contenue dans ces 22 images archétypales, en vue de construire et parcourir le chemin de l’individuation.

Ce travail, d’une grande profondeur, soutenu par une subtile érudition du lien, raconte une histoire de renversement et d’axialisation. L’odyssée du bateleur conduit à un royaume central, le royaume des coïncidences parfaites inscrites dans notre nature originelle et ultime, une traversée des dualités jusqu’au non-duel, comme le suggère à la fois l’étymologie grecque du mot « symbole » et celle, arabe, du mot « arcane » qui évoque le pilier, l’axe.

La recherche de Fabienne E. Esquivillon présente une double dimension qui, en se croisant, en constitue une troisième. La première est psychologique, de cette psychologie jungienne malheureusement trop méconnue qui reste le fleuron de la psychologie occidentale. La deuxième est métaphysique (ce qui sous-entend une physique) inscrite dans le jeu des archétypes. A leur croisée apparaît une dimension initiatique à la fois en théorie et en pratique qui permet de faire une lecture initiatique de la vie, de donner sens, de relier, d’élargir les choix, de générer, c’est là l’essentiel, de la liberté.

Pour connaître la valeur d’un travail sur le Tarot, il convient de s’intéresser à ce qui est saisi du Mat en sa diagonale. C’est là que nombre de chercheurs achoppent. Ce n’est pas le cas ici. Déjà cette pertinence qui ouvre le chapitre : « le Fou précède le sage et lui ouvre la porte. Un vrai Sage est toujours précédé d’un Fou. ». Puis :

« Le Mat, dont la marche est dénuée de toute intention préalable, la tête tournée vers le côté, scrutant son ombre attend un signe de Dieu… Il sait que les seuls mauvais pas sont les pas inachevés. De ce fait, son évaluation des limites n’est plus soumise qu’à un seul critère : ne pas être un frein au processus évolutif et à l’expression du Soi. A ce degré de connaissance, Le Mat s’autorise à entrer sans frapper à ce qu’il reconnaît être son nouveau terrain de jeu. (…)

Porteur de tout le savoir du monde dans son petit baluchon de chair portant cuillère et suspendu au bâton hors polarités, Le Mat sait que la matière sublimée et ordonnancée peut désormais œuvrer seule selon le rythme qui lui a été donné. A l’éveil de sa virginité nouvelle, la matière se met à l’œuvre dans la nidification d’un nouveau champ d’expérience. (…)

Dans un moment de confiance absolue, du domaine de la folie pour le profane, en toute conscience pour le chercheur en Dieu s’abandonnant corps et âme au souffle de l’Esprit, le Bateleur s’engage sur le pont Cinvat, celui qui unit les deux univers, large pour les justes, étroit comme une lame de rasoir pour les impies, là où la rencontre de Daêna signifie le revirement du temps limité en Temps éternel, l’atteinte de la Destinée propre et la plénitude de la Lumière de Gloire.

Jusqu’à l’Être, dans l’alignement des trois plans et dans l’instant différencié, « Je suis » et déjà « Je serai ». »

Et encore :

« Le Mat est l’espace entre chaque fenêtre nous poussant vers la suivante, il pourrait symboliser le Bardo dans le livre des morts tibétain. Sans nombre, échappant à la succession ordonnancée des arcanes, il est la part de nous-même assez sage pour considérer avec effroi le mystère de la création, et assez fou pour se mettre à l’explorer. »

Science et art de l’intervalle, la folie contrôlée du Mat est indispensable à l’Eveil.

Le travail de Fabienne E. Esquivillon exige sans doute plusieurs lectures et une étude rigoureuse pour en exploiter toutes la richesse. Il intéressera, voir passionnera aussi bien le néophyte que le vieux compagnon des arcanes.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Le Livre de Chou. Traité égyptien de la lumière par André Fermat, collection Egypte ancienne, Maison de Vie Editeur

Spécialiste de l’Egypte antique, André Fermat nous propose d’étudier les Textes des sarcophages, chapitres 75 à 83, consacrés au dieu Chou, dieu de la lumière.

Les Textes des sarcophages apparurent après les textes des Pyramides. Gravés à l’intérieur des sarcophages (mot qui en langue égyptienne peut se traduire par « le possesseur de vie » ou « le maître de vie »), ils accompagnent et servent le défunt « pour qu’il franchisse une épreuve redoutable, la mort, mais surtout pour qu’il connaisse les règles de vie de l’autre monde et devienne un compagnon fidèle de la lumière, expression de la divinité cachée et mystérieuse. ».

André Fermat nous alerte sur divers points essentiels qui fondent l’opérativité de ces textes. Par exemple, à propos des noms des dieux :

« Les noms des dieux sont d’une importance capitale pour tenter de percevoir le message des scribes. Il s’agit de formules de connaissance, de symboles liés à un champ d’investigation mais qui ne s’enferment pas dans une définition et, au contraire, ouvrent des chemins de connaissance. Chaque nom divin est une idée clé qui permet de percevoir l’ensemble des puissances de vie, ici-bas et dans l’au-delà. »

Les textes rassemblés ne sont pas spécifiques à l’hermétisme égyptien. Ils présentent une dimension universelle. Ils indiquent une possibilité de « création par la lumière à laquelle une conscience, dotée de connaissance peut s’incorporer ».

L’auteur nous propose d’abord une lecture continue du texte qui permet d’en percevoir la portée alchimique et d’en goûter la poésie :

« J’ai éteint la flamme alors que je calmais le feu secret de la flamme qui ouvre le trône (la Brûlante).

« J’ai réduit au silence Celle qui est au cœur de sa colère, celle qui est enflammée et que les dieux séparent et réunissent.

« Je suis le brûlant et la flamme du feu.

« L’ardeur de sa bouche ne peut me brûler.

« Je fais naviguer le feu secret de la Flamme qui ouvre le trône (la Brûlante),

« et je fais que la flamme de celle qui est au cœur de sa colère s’adoucisse,

« Celle qui est enflammée et que les dieux séparent et réunissent.

« Vos coeurs, dieux, m’ont parlé avant que ce ne fut sorti de vos bouches… »

La dimension technique du texte s’allie à la beauté des représentations.

André Fermat propose ensuite au lecteur le texte hiéroglyphique avec sa translittération et la traduction littérale. Les notes permettent de préciser les choix de traduction ou de les interroger en énonçant des hypothèses diverses.

Le Livre de Chou contribue largement à la compréhension de l’Osiris ressuscité. Il intéressera tous ceux qui sont concernés par les voies osiriennes et plus largement par les alchimies internes.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.


La Voie hermétique de Françoise Bonardel, Dervy poche

Nous retrouvons en poche l’édition du presque classique et en tout cas nécessaire travail de Françoise Bonardel sur l’hermétisme. Si le livre obéit aux règles de l’académisme, le souffle d’Hermès n’en est pas absent comme en témoignent les dernières lignes du livre :

« Que ne fut pas en effet l’hermétisme ? Une révélation prophétique, une tradition magico-religieuse, une pratique de la transmutation, une Science intégrale supposée synthétique, un art de l’interprétation… Est-ce à dire que « le vieil Hermès, père de toutes les voies hérétiques détournées, a toujours raison »[1] ? Hermès ne serait qu’un génie pervers s’il s’était ingénié à conjuguer détournement hérétique et rationalité dogmatique ! C’est à sa manière qu’il a toujours « raison », par son art de dissoudre et de coaguler ; par sa maîtrise des pondérations et son habileté, en effet inimitable, à faire soudain renaître du sens, tel le Phénix émergeant de ses cendres. »

L’intuition poétique n’est pas absente de ce travail rigoureux qui vise à mettre un peu d’ordre et de rationalité dans l’empirisme hermétiste, d’abord en en précisant le langage et en évitant l’emphase souvent présente dans les écrits comme les réductions courantes à ce sujet.

La première partie de l’ouvrage est intitulée La révélation d’Hermès. Elle traite des origines, mythiques et historiques, de la révélation hermétique elle-même et de ses paradoxes, de la « compréhension » hermésienne. La seconde partie aborde la question de La tradition hermétique, la renaissance hermétiste, l’art d’Hermès, l’équivoque occulto-hermétiste, l’hermétisme et les herméneutiques. Médiation, révélation, occultation, sont au cœur de ce parcours.

La lecture de l’essai permet de se repérer dans le dédale des détours hermétistes, de s’appuyer sur des grands auteurs de référence, et d’appréhender peu à peu ce qui n’est pas un modèle du monde parmi d’autres mais une vision intemporelle qui se veut opérative, trouvant, entre deux phases  d’occultation, dans la situation même, matière à se renouveler. Hermès est frappant dans sa compétence à inclure ce qui se présente dans le jeu permanent des miroirs de l’être sans jamais hypothéquer la possibilité de l’Un.

Françoise Bonardel pose des jalons historiques sans jamais tomber dans l’historicité qui englue tant de chercheurs. Elle clarifie les concepts qui permettent de penser l’hermétisme et fait donc œuvre utile. La question d’une épistémologie de l’hermétisme reste posée. Elle le restera, ceux étant en mesure de l’établir n’en voyant pas l’intérêt.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

 

 

Livres : Christianisme

Et si vous écoutiez les vraies paroles du Christ ? de Johannes Brücke, Maison de Vie Editeur

C’est vraiment un excellent travail que celui proposé par Johannes Brücke, un retour à l’essentiel du christianisme, à sa dimension proprement initiatique. Le Christ, Roi-dieu, est avant tout initiateur. Et cette initiation n’est pas donnée, elle se conquiert.

« L’enseignement initiatique du Christ, insiste l’auteur, n’est pas destiné à la multitude et à la foule ; bien loin d’accueillir à bras ouverts les multiples candidats,, Jésus se présente lui-même comme une porte étroite que peu d’être parviennent à franchir, car il faut se dépouiller du « vieil homme », de tous les aspects profanes, pour se revêtir de l’ « homme nouveau ». Et c’est seulement au petit nombre d’adeptes jugés dignes d’accéder à ses mystères que le Christ dispensera son enseignement. »

Ce que Louis-Claude de Saint-Martin a si clairement identifié et développé dans son œuvre est ici condensé à travers une sélection d’enseignements brefs issus des Evangiles dits apocryphes, notamment ceux de Philippe et Thomas, mais aussi ceux de Marie, Marie-Madeleine, etc. sans laisser de côté les quatre Evangiles officiel et principalement celui de Jean. Le choix opéré est judicieux. Peu de mots pour induire un renversement. Quelques extraits :

« C’est par l’eau et par le feu que la totalité du lieu est purifiée, le visible par le visible, le caché par le caché.

Il y a des choses cachées par l’intermédiaire de celles qui sont visibles.

Il y a de l’eau dans l’eau, du feu dans l’huile sainte. » Evangile selon Philippe.

« Depuis toujours, les êtres authentiques assument leur vraie nature, et ce qui émane d’eux est l’authenticité, à savoir devenir l’être qu’on est. » Evangile selon Philippe.

« Quand vous ferez de deux un, vous deviendrez Fils de l’Homme. » Evangile selon Thomas.

« La vérité n’est pas venue dans le onde nue, mais sous la forme de symboles et d’images. Le monde ne pouvait pas la recevoir d’une autre manière. » Evangile selon Philippe.

« Lumière véritable, le Verbe a créé le monde. Et le monde ne l’a pas interrompue. » Evangile selon Jean.

« Là où se trouve l’esprit créateur,

Là se trouve le trésor. » Evangile selon Marie.

Nous avons bien là un christianisme comme voie d’éveil et non plus comme religion aliénante. L’auteur met en évidence l’axe primordial de la voie :

« Enseignement surprenant et essentiel : la véritable résurrection ne se produit pas après le décès, mais avant la mort, c’est-à-dire par l’initiation en conscience aux mystères ; et c’est ainsi que l’on vit de la vie divine (Evangile selon Philippe).

Un seul trésor, impérissable est à rechercher : le royaume de Dieu, qui consiste à faire ce qui est en haut comme ce qui est en bas, et à transformer la dualité en unité (Logia Agrapha). On s’éveille ainsi à l’authentique réalité qui n’ayant ni commencement ni fin, ne saurait mourir ; mais seuls les « fils de l’Homme accompli » ne meurent pas, puisqu’ils sont perpétuellement régénérés (Evangile selon Philippe). Et nul n’accède au ciel s’il ne provient du ciel (Evangile selon Jean). »

Les paroles du Christ, rassemblées dans ce livre, sont fondatrices d’une véritable démarche initiatique dans le cadre d’un christianisme rigoureux et non dogmatique. L’auteur fait non seulement œuvre utile mais s’inscrit dans un véritable travail d’éveil.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

 

Maître Eckhart

Les Traités et le Poème de Maître Eckhart, traduits et présentés par Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière, collection Spiritualités vivantes, Editions Albin Michel

L’édition en poche des quatre traités Discours du discernement, Liber « Benedictus » qui rassemble Le livre de la consolation divine et De l’homme noble, Du détachement auxquels s’ajoute le Poème est une opportunité de s’imprégner d’une œuvre majeure d’un grand mystique qui fut l’un aussi l’un des grands et rares penseurs non-dualistes en Occident. Pour cela, et pour d’autres traits, l’œuvre de Maître Eckhart demeure profondément originale et non-temporelle.

Dans leur présentation, Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière insistent sur la grande cohérence de ces écrits et sur l’harmonie, la résonance, la non-séparation entre l’intériorité et l’extériorité que ne cesse d’approcher et de célébrer Maître Eckhart. Ils notent aussi la permanence d’une « volonté droite » qui évoque l’éthique ou l’impeccabilité.

« Rien ne saurait être obstacle, disent-ils, à qui garde la rectitude du cœur – ni circonstances, ni sécheresse, ni facilité ni difficultés, et pas même les insuffisances propres durement ressenties. En vérité, « l’homme ne doit jamais d’aucune manière s’appréhender loin de Dieu, ni en raison de fragilités, ni en raison de faiblesses, ni en raison d’aucune chose ». Être gereht – comme il faut, comme il convient, accompli dans la justice et la droiture -, c’est vivre en liberté, sans être déterminé par ceci ou par cela, abondance ou disette : oui, « celui-là serait comme il doit être qui recevrait aussi bien dans la privation que dans la possession ». »

Nous avons déjà évoqué, à propos de la proximité des oeuvres de Maître Eckhart et d’Abhinavagupta, le grand penseur du shivaïsme non-duel, que le Thuringien est pleinement philosophe de l’éveil, non seulement en ses écrits mais en sa vie. Maître Eckhart s’affranchit de la morale et de la contingence tout en les respectant, il s’affranchit même de Dieu, pour découvrir ou se laisser découvrir par « Dieu au delà de Dieu », au-delà donc de tout concept et de toute dualité.

« Or, écrit Maître Eckhart, le détachement est à ce point proche du néant qu’aucune chose n’est si ténue qu’elle puisse se loger dans le détachement si ce n’est Dieu seul. C’est lui qui est si simple et si ténu qu’il peut certes se loger dans le cœur détaché. C’est pourquoi le détachement n’est réceptif rien qu’à dieu. »

Il renvoie à l’intériorité, supérieure au « sortir de soi-même » qui caractérise l’humilité :

« Or nulle sortie ne saurait jamais devenir si noble que ne soit bien plus noble de demeurer en soi-même. (…) Le détachement parfait n’a aucun regard vers aucune courbure sous aucune créature ni au-dessus d’aucune créature ; il ne veut être ni en dessous ni au-dessus, il veut se tenir de lui-même, par amour ou par souffrance de personne, et ne veut voir ni égalité ni inégalité avec aucune créature, ni ceci, ni cela : il ne veut rien qu’être. Mais qu’il veuille être ceci ou cela, il ne le veut pas. Car celui qui veut être ceci ou cela, celui-là veut être quelque chose, alors que le détachement ne veut être rien. »

On ne saurait être plus explicite. Là se trouve une clé majeure du chemin de Maître Eckhart que précise Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière dans l’une de leurs précieuses notes :

« A nouveau, la « sortie » dont il est ici question est celle qui « incline vers la créature », fût-ce dans une relation d’amour, d’humilité, de miséricorde, – ce qui ajouterait quelque chose à la pureté du rien. Pour autant, ce n’est pas de mépris à l’encontre de la créature qu’il est ici question, mais de faire saisir ce qu’est le détachement dans sa portée ontologique. En fait, toute autre vertu, par rapport au détachement, est dans la même relation qu’un attribut par rapport à l’être de Dieu. En somme, il n’est point de « sortie » qu’il faille pratiquer, puisqu’elle est dès toujours réalisée dans l’être. »

La sortie des identifications, des attributions, des adhérences, même « bonnes », de la comparaison, de l’imitation, implique la sortie de la mémoire et de la temporalité pour saisir la nature du détachement immobile de Dieu, de la plénitude de ce rien qui est aussi liberté.

L’essence des traités, exemplaires, se trouve condenser dans la puissance non-duelle du Poème. Ainsi :

 

« Des deux un flux

d’amour le feu

des deux le lien

des deux connu

flue le très doux Esprit

tout identique

inséparable.

Les trois sont un.

Sais-tu quoi ? Non.

Lui se sait lui-même mieux que tout. »

 

Ou encore :

 

« Deviens tel un enfant

deviens sourd, deviens aveugle !

Ton être même

faut que néant devienne,

tout être, tout néant, bannis là de tout sens !

Laisse lieu, laisse temps

et l’image également !

Prends sans chemin

le sentier étroit

ainsi viendras-tu à l’empreinte du désert. »

 

Maître Eckhart. A pratiquer.

 

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris

Livres : Judaïsme

 

Introduction à la prière juive par Adin Steinsaltz et Josy Eisenberg, collection Spiritualités Vivantes, Editions Albin Michel

Nous devons à Alain Steinsaltz le très bel ouvrage consacré à la kabbale intitulé La Rose aux treize pétales. Avec ce livre, traditionnel quant au fond, moderne en sa forme, il nous initie, en compagnie de Josy Eisenberg aux subtilités de la prière juive.

La prière juive est organisée autour du Chema, profession de foi juive, et de la Amida, littéralement « être debout » la prière. Il s’agit bien de se relever, se rectifier, s’axialiser par la prière.

La Amaida est un ensemble de dix-neuf prières, de natures différentes allant de la louange à la requête particulière individuelle, embrassant l’ensemble des croyances juives, des plus populaires au plus métaphysiques. Les dix-neuf prières véhiculent à la fois des références bibliques et des choix théologiques qui structurent la pratique de la spiritualité juive.

Dans son introduction Josy Eisenberg nous rappelle que longtemps il ne fut de prière que spontanée. Ce n’est qu’après la destruction du temple par Babylone en 586 que s’imposèrent les trois prières quotidiennes. Josy Eisenberg le dit en une très belle formule : « Ainsi naquit l’idée des trois prières quotidiennes destinées à remplacer par « le service du cœur » l’antique cérémonial du temple. ». Cette codification de l’acte de la prière donna naissance à un rituel précis en quatre parties, correspondant à quatre états différents : « la prise de conscience de soi, au réveil ; la glorification du monde extérieur, à travers une série de psaumes ; la profession de foi ; la prière au sens courant du terme : une série de demandes adressées à Dieu. ».

Cette dernière partie, la Amida, postule que le fidèle est debout, face à Dieu. La Amida est organisée avec précision en « trois grands paliers : une introduction de trois bénédictions, une série de requêtes –treize bénédictions – et une conclusion. L’ensemble forme un chemin ascensionnel vers la plénitude, aux multiples dimensions, psychologiques, sociologiques, philosophiques et théologiques, structuré rituellement.

Pour chacune de ses dix-neuf prières, bénédictions ou supplications, le lecteur bénéficie des commentaires approfondis de Josy Eisenberg et Alain Steinsaltz sous la forme de dialogies extraits d’une série d’émissions de télévision diffusée sur France 2. Ces dialogues vivants mais d’une grande profondeur visent à rendre accessible la complexité et la richesse d’une pratique essentielle.

La lecture attentive de ce livre est riche d’enseignement, d’abord sur le sens de la prière, sur la métaphysique de la prière, en général et pas seulement dans le contexte judaïque, sur le rapport de la tradition juive au monde, à Dieu et à elle-même, sur l’histoire du peuple juif dont nombre d’actes découlent de l’application de la Amida au quotidien.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

Livres : Soufisme

Moïse dans la tradition soufie de Faouzi Skali, collection Spiritualités Vivantes, Editions Albin Michel

Voici une contribution intéressante à la compréhension de la tradition mosaïque. Moïse, Moussa en arabe, Moché dans la tradition juive, a une place importante dans le Coran. Il est le prophète le plus cité dans le texte sacré, inscrit dans la chaîne essentielle des prophètes à la fois comme médiateur entre les trois grandes religions monothéistes, tout comme Abraham, et comme maître d’initiation à la voie dans la pure tradition soufie.

L’auteur reconstitue la vie de Moïse à partir du Coran mais aussi à partir d’un choix de textes d’In’Arabi, Rûmi ou encore Abd el-Kader, qui mettent en évidence la permanence du message mosaïque. Il note que « chacun des épisodes de l’histoire de Moïse constitue une histoire initiatique à part entière. Il s’agit toujours de situations où les tiraillements à l’intérieur de soi-même atteignent leur paroxysme et où diverses facettes de l’ego entrent en conflit avec la Volonté divine qui éclaire le chemin dès lors que les tendances égotiques renoncent à leur pouvoir tyrannique. »

Faouzi Skali a d’ailleurs choisi d’inaugurer son travail par cette citation de Rûmi :

« La mention de Moïse sert de paravent

mais la Lumière de Moïse est en fait

ce qui te concerne, ô mon ami.

Moïse et Pharaon sont dans ton propre être :

il te faut chercher ces deux adversaires en toi-même. »

Un chapitre particulièrement intéressant de l’ouvrage est consacré à Khadir, l’initié mystérieux, « l’homme vert », dont la fonction est proche de celle d’Elie, « initiateur des mystiques sans maître » : « Il s’agit de la rencontre de Moïse et du mystérieux et intemporel Khadir qui va lui enseigner certaines modalités particulières de la Connaissance divine. Cet épisode a souvent été médité par tous ceux qui abordent la religion à partir d’un questionnement intérieur profond, et notamment par les soufis, car la figure de Khadir incarne l’initiateur mystique par excellence. ».

Khadir incarne les voies directes, spontanées, immédiates, nécessairement non-duelles, présentes dans toutes les traditions.

Mais outre Khadir, le lecteur rencontrera dans ces pages nombres de marqueurs traditionnels dont l’interprétation ésotérique se révèle d’une grande richesse, le buisson ardent, l’illusion du veau d’or, la vision du Mont Sinaï. L’auteur insiste en conclusion sur le caractère universel de Moïse qui manifeste l’inconditionnalité de la queste spirituelle.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Albert : Chine

 

A hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste de Bernard Besret, Editions Albin Michel

C’est un très beau livre aux multiples visages, un témoignage élégant sur les paradoxes de la Chine d’aujourd’hui, une immersion progressive dans le rapport taoïste au monde, une aventure spirituelle originale à la fois traditionnelle et contemporaine.

Bernard Besret fait partie de « ceux qui disent non », ces rebelles qui savent préserver la liberté de l’esprit face aux conforts et aux conformismes. Ce questeur inconditionnel qui fut moine cistercien, prieur de l’abbaye de Boquen, incarne l’alternative nomade. C’est finalement en Chine, dans la fondation inattendue d’une auberge taoïste à flanc de montagne sacrée, que sa queste s’épanouit et livre tous ses fruits.

L’alternative nomade se caractérise par la succession des improbables, la surprise au cœur du quotidien. Elle exige une grande disponibilité à ce qui se présente. Le témoignage de Bernard Besret restitue à la présence sa dimension naturelle. Pas de forçage mais un non-agir qui permet de jouer avec le courant.

Au passage, il fait tomber nombre d’idées préconçues sur le taoïsme, l’immortalité, les dieux et autres thèmes traditionnels souvent déformés.

« Taoïsme, confucianisme et bouddhisme forment comme les trois côtés d’un triangle équilatéral. Plusieurs empereurs ont convoqué des sortes de concile pour les rapprocher et les unir dans un même enseignement : Sanjiao, yijiao, « Trois enseignements, un enseignement ». C’est ce que Zhu Ping, qui s’intéresse beaucoup à cet aspect de l’histoire chinoise appelle la tri-religion. On en trouve un témoignage étonnant pour des Occidentaux, sur une stèle, près du monastère de Zhongyue. Dans la partie supérieure de la stèle, Lao Zi est gravé de profil sur un côté de la pierre et le profil de Confucius sur l’autre côté de telle façon que les deux profils imbriqués l’un dans l’autre forment un visage de Bouddha ! On n’imagine guère chez nous un portrait de Moïse s’imbriquant dans un profil de Jésus pour présenter le visage de Mahomet… Plus bas sur la stèle, trois textes, l’un taoïste, le deuxième confucéen et le troisième bouddhiste, viennent sceller cette unité que personne ici n’a l’idée d’attaquer comme étant « syncrétiste ». »

La dissolution des concepts et représentations pour un accès direct et immédiat au Réel, caractéristique du taoïsme, et présente en toutes les traditions, une fois écartés les oripeaux des croyances, apparaît comme un fil conducteur dans l’écrit à la fois profond et léger de Bernard Besret, davantage une calligraphie qu’un écrit, tant les chapitres se présentent comme les traits successifs nés sous des coups de pinceau alertes et précis, ne se révélant réellement en leur harmonie que par l’ultime trait.

L’ouvrage s’achève par un commencement : Chronique d’outre-tombe. Recours au poétique pour dire l’indicible, à la fois récapitulation, dissolution, exaltation et libération.

« Luminosité.

Lumière.

Deiwos, la lumière qui brille.

Dies, la lumière du jour.

Deus, la lumière de Dieu.

Même étymologie.

La lumière est ce qui exprime le mieux

ce que je vis.

Elle inonde tout.

Elle transfigure tout.

Elle purifie tout.

Oui, vraiment,

la mort comme le jour illumine ! »

Mais le lecteur ne sera pas seulement happé par la profondeur, il découvrira aussi une Chine insoupçonnée, au quotidien, à travers les relations de l’auteur avec sa famille chinoise. Quelques repères historiques et géographiques mais là encore, non pas un survol, plutôt un « sous-vol ». Les gestes, les paroles, les hésitations et les certitudes du jour en disent davantage sur le kaléidoscope chinois que les analyses géostratégiques ou macro-économiques.

A hauteur des nuages fait partie de ces livres qui deviennent des amis. Ils peuvent passer inaperçus dans la multitude mais on est très heureux de les connaître.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Société et démocraties

Il convient toujours d’interroger la démocratie, de se souvenir que la démocratie reste une utopie, soit un idéal toujours à construire, un combat de chaque instant, un combat incessant.

Voici deux livres pour questionner nos expériences démocratiques aujourd’hui et la démocratie comme ensemble conceptuel et comme accomplissement. Le premier est écrit dans une terre qui aspire à la réalisation de la démocratie, la Tunisie, le second dans l’une des plus vieilles et puissantes démocraties du monde, l’Inde. Deux expériences, deux aspirations, deux déceptions, deux regards différents qui, croisés, sont riches d’enseignement sur la nécessaire vigilance des peuples face aux détournements et aux glissements de sens qui tendent à faire de la démocratie une « demon crazy », pour reprendre le slogan d’un manifestant indien, qui a frappé Arundhana Roy.

 

Printemps de Tunis, la métamorphose de l’histoire par Abdelwahab Meddeb, Editions Albin Michel

Sommes-nous à l’aube d’un monde nouveau ? interroge Abdelwahab Meddeb à propos du printemps des peuples arabes.

Son témoignage, au cœur de la première révolution arabe, veut nous faire vivre à la fois le quotidien de la chute d’une dictature qui semblait inamovible, et l’espoir meurtri et mesuré des acteurs d’un mouvement exceptionnel.

« C’est arrivé par surprise, commence-t-il. Personne ne s’y attendait. Pourquoi d’un coup un peuple décide-t-il d’en finir avec l’oppression ? Et avec la peur ? Il est facile de trouver a posteriori les raisons qui ont conduit à la fin d’un régime et d’une manière d’être. Et ces raisons, nous aurons à les exposer. Elles sont patentes. Mais l’énigme demeure : pourquoi la fin est-elle arrivée à ce moment ? Sans prévenir, la révolution tunisienne s’est concrétisée le vendredi 14 janvier 2011, jour où les événements se sont précipités. Lorsque le temps s’emballe, il se condense et crée une rupture qui réoriente l’histoire. »

Abdelwahab Meddeb enseigne la littérature comparée à l’université de ParisX-Nanterre. Il travaille aussi à France Culture et est producteur de l’émission « Cultures d’islam ». Il voit, il veut voir, acte de foi, dans cet événement majeur, un acte fondateur. Comme être de culture, il sait l’importance de transformer l’événement en un mythe créateur, une expérience de référence suffisamment irrésistible pour s’opposer au moins partiellement aux multiples récupérations et détournements dont les révolutions sont l’objet.

Il pose les jalons de ce processus à travers plusieurs points puissants : la ruine bienvenue des théories de la fin de l’histoire ; le réveil imprévisible, même tardif, des peuples qui dépassent leurs peurs, peurs légitimes face à la dictature ; l’aspiration irréductible à la liberté, avertissement qui vaut pour tous les régimes de la planète ; l’appui des intellectuels aux plus démunis, impensable en France aujourd’hui ; la parole et la présence déterminantes des femmes ; le rôle d’internet ; une révolution sans leader mais avec son symbole, l’immolé de trop ; l’islamisme, menace ou force parmi d’autres dans un processus démocratique ; une transition qui doit être pensée ; etc.

Après l’euphorie, vient l’inquiétude. Abdelwahab Meddeb sait comment les révolutions avortent dans le pragmatisme cynique de la diplomatie feutrée. Il espère que les dialectiques nouvelles, ou renouvelées, mises en œuvre par la révolution ne soient pas étouffées dans une autre pensée unique. Il écrit aussi pour cela, pour prendre date, pour rappeler que l’humanisme n’a pas su empêcher l’horreur et parfois même l’a cautionné. Il rend hommage à « la génération digitale », qui fait peu de cas des lettres mais a su conduire cette révolution. Il laisse au peuple sa victoire là où d’autres se l’approprie opportunément par l’aisance orale ou la plume facile.

Et il conclut par une prière qui vaut aussi avertissement :

« J’ai peur que s’ouvre sous nos pieds le gouffre de l’aventure. Je voudrais que chacun réinvente sa prière pour lui donner l’intensité qu’exige le péril à conjurer. Que cette révolution demeure fidèle à l’esprit qui a éclairé son commencement. Qu’elle s’assigne la modeste mais ô combien glorieuse tâche d’apporter la liberté à un peuple qui n’en a jamais humé la fragrance. Et qu’elle lui épargne la promesse des lendemains qui chantent. L’histoire nous montre que telle promesse ouvre les trappes de l’enfer. »

Abdelwahab Meddeb après avoir joui de l’ivresse de cette révolution semble en craindre des conséquences bouleversantes. Il préférerait un processus contrôlable. Mais la révolution gagne-t-elle à être mesurée ? Arundhati Roy lui ferait sans doute remarqué qu’il faut s’alerter quand les puissances de ce monde, qui ne perdent jamais de vie leurs intérêts mercantiles particuliers, se réjouissent d’une révolution, comme c’est le cas avec les révolutions des peuples arabes.

La démocratie : notes de campagne par Arundhati Roy, Essais Gallimard

Nous connaissons tous son roman Le Dieu des Petits Riens, prix Booker Price, nous ignorons beaucoup des combats d’Arundhati Roy, notamment contre le nucléaire, la politique désastreuse des grands barrages ou la privatisation de l’eau et de l’électricité.

Dans cet essai, Arundhati Roy nous pose cette question :

« Alors que nous débattons toujours pour savoir s’il y a une vie après la mort, pouvons-nous ajouter une autre question au panier ? Existe-t-il une vie après la démocratie ? De quoi sera-t-elle faite ? Par « démocratie », j’entends non pas un idéal ni une aspiration mais bien le modèle actuellement en place : la démocratie libérale des pays occidentaux, et ses variantes, telles que nous les connaissons.

Je repose donc ma question : existe-t-il une vie après la démocratie ?

Arundhati Roy écarte d’emblée les critiques de ceux qui comparent nos démocraties, ou prétendues telles aux nombreuses dictatures lourdes qui perdurent. Bien évidemment, les peuples soumis doivent aspirer à la démocratie comme  utopie. Elle pose cette question à ceux qui vivent, ou pensent vivre, dans une démocratie. Cette question « veut simplement dire que le système de démocratie représentative –trop de représentation, et trop peu de démocratie – a besoin de réaménagements structurels. »

Arundhati Roy développe sa question en une série d’interrogations redoutables, pour les décideurs, certes, mais également pour chaque citoyen : « Qu’avons-nous fait de la démocratie ? En quoi l’avons-nous transformée ? Que se passe-t-il quand le système est usé ? Evidé et privé de toute signification ? Que se passe-t-il quand chacune de ses institutions a dangereusement métastasé ? Que se passe-t-il maintenant que démocratie et économie de marché se sont liguées pour former un seul organisme prédateur doué d’une imagination pauvre et frileuse qui tourne presque entièrement autour de l’idée de profit maximal ? Est-il encore possible d’inverser le processus ? Un corps qui a muté peut-il revenir à un état antérieur ? »

Elle déplore, la pauvreté intellectuelle et, finalement, philosophique, des milieux politiques, financiers et économiques, leur absence de créativité, de vision globale et à long terme. « Se pourrait-il que la démocratie, cette réponse sacrée à nos espoirs et à nos prières pour demain, protectrice de nos libertés individuelles, nourricières de nos rêves cupides, se révèle être une fin de partie pour le genre humain ? »

Arundhati Roy ne cherche pas à répondre à ses questions, lucides et violentes pour nos illusions, par des démonstrations conceptuelles. Elle s’intéresse plutôt à rendre compte des conséquences terrifiantes des « petits riens » dramatiques qui font l’actualité avant de passer rapidement. Elle reprend, avec une certaine distance, ses interventions, faites dans l’urgence de moments critiques, souvent au sommet de sa juste et nécessaire colère comme le massacre de musulmans soutenu par l’Etat dans le Gujurat, l’attentat contre le parlement indien, scandales, injustices et manipulations divers, collusions toxiques des médias et du pouvoir politique et financier, médias qui surfent macabrement sur les audiences de « la mort en direct ».

Au fil de ses essais argumentés, brefs et tranchants, Arundhati Roy met en évidence des mécanismes auto-destructeurs de la démocratie. Elle démontre point par point les limites et les aliénations de la démocratie de représentation et désigne le premier antidote : une véritable démocratie participative, un autre étant peut-être l’art comme démultiplicateur de l’imagination : oser !

Son ouvrage se conclut par un appendice, un texte de fiction intitulé « Instructions », une métaphore subtile pour appeler à la subversion face à la forteresse de la bêtise au pouvoir, bêtise cristallisée ici dans « la guerre de la neige » : « Je me demande si cette forteresse bâtie pour résister aux assauts de l’artillerie lourde se défendra efficacement contre une armée de moustiques. »

Arundhati Roy conclut :

« Camarades, le lion de pierre de la montagne a commencé à faiblir, et la forteresse qui n’a jamais été attaquée a fait son propre siège. Le temps est venu pour nous d’entrer en scène, de remplacer les tirs bruyants et désordonnés des mitrailleuses par la froide précision des balles d’un tueur. Choisissez vos cibles avec soin.

Quand les os de pierre du lion de la montagne auront été enterrés dans cette terre, notre pauvre terre meurtrie et empoisonnée, quand la forteresse qui n’a jamais subi d’attaque sera réduite en cendres et que se sera dissipée la poussière des gravats, alors, qui sait, peut-être neigera-t-il à nouveau. »

Le livre laisse le lecteur assis entre pessimisme noir et optimisme de combat.

Pour nous, les moustiques, il est temps de passer à l’attaque des forteresses stupides. Il nous faudra beaucoup d’imagination.

 

Le souffle d’une vie de Guy Aurenche, Editions Albin Michel

Tous ceux qui ont eu l’opportunité de travailler avec Guy Aurenche reconnaissent la force et la permanence de son engagement dans le domaine des droits de l’homme, engagement sur le terrain mais aussi sa contribution à la pensée des droits de l’homme, leur évolution et leur application.

Dans ce livre, Guy Aurenche rend compte des modalités multiples de cet engagement comme avocat responsable de l’ACAT, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture ou aujourd’hui du CCFD-Terre solidaire, le Comité catholique contre la faim, ONG bien connue.

Si l’ouvrage apparaît comme un bilan, une mise en perspective, il introduit aussi au futur. S’appuyant sur sa longue expérience, Guy Aurenche offre une matière à ceux qui veulent s’engager aujourd’hui pour davantage de justice dans le monde.

Il dégage ainsi de la problématique des droits de l’homme quelques axes pédagogiques fondamentaux :

–         une « transcendance », non religieuse, découle des droits de l’homme et de la reconnaissance de la dignité et de la valeur de la personne humaine. Il voit là un « mystère », là encore non religieux, que l’éducateur ne doit avoir de cesse de faire approfondir. « Tout pouvoir, quel qu’il soit – politique, militaire, religieux, économique, culturel…-, est limité par le service qu’il rend au respect de la dignité humaine. »

–         Une redécouverte de la règle et de l’organisation juridique, de la parole donnée, comme contributions à une société équilibrée. La réciprocité entre droits et devoirs, indispensable pour faire des idéaux des droits de l’homme, « minimum vital de la politique », une réalité sociétale.

–         L’élaboration d’une pédagogie du choix, prenant en compte la complexité des droits de l’homme, les processus et les ajustements qu’ils impliquent. Si les droits de l’homme ne sont pas universels, ajoute-t-il, ils ont vocation à le devenir.

–         « Le respect effectif des droits de l’homme se fera sous le regard des autres, Etats ou partenaires, qui ont signé les mêmes textes. ceux-ci nous invitent à la pédagogie du droit de regard et du devoir d’interpellation, qui veut réagir contre une neutralité passive. »

Dans sa préface, Stéphane Hessel rappelle d’ailleurs, inlassablement :

« Voici mon appel au jeune : ayez la capacité d’indignation, voyez ce qui vous scandalise dans le monde, et utilisez votre jeunesse et votre dynamisme pour lutter. Ne soyez ni indifférents ni découragés, engagez-vous ! Dans cette exigence, l’action nécessaire se doit d’être en lien avec la pensée, l’analyse et les convictions. Nous devons comprendre ce monde pour justement dépasser ce qui, en lui, fait scandale. »

Guy Aurenche fait prendre conscience au lecteur que les droits de l’homme, ni utopie, ni vérité, sont un outil, juridique certes, mais aussi politique, social, économique et culturel dont le citoyen peut et doit s’emparer pour édifier le monde qu’il veut.

« Les droits de l’homme sont l’un des signaux d’alarme de l’humanité. Ils ont donné une ligne directrice aux peuples du monde en proclamant comme valeur commune les mots « partage » et « coopération » et en les appliquant sur le plan économique, politique, agricole, financier ; en montrant que l’interculturel n’était pas simplement une élucubration de quelques philosophes ou religieux en mal de publicité, mais une vraie occasion de découverte mutuelle et d’enrichissement. les textes des droits de l’homme, par-delà leur rigoureuse froideur juridique, nous invitent, individuellement et collectivement, à trouver le chemin de notre dignité, dans les mots de nos cultures. »

Si Guy Aurenche fonde son travail sur son expérience de chrétien, il en appelle, de manière fort judicieuse, à une grande alliance des sources, de ce qui pousse des êtres humains à tendre vers un monde meilleur.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Atlantide

L’Atlantide de Jacques Gossart, collection Les Aventuriers de l’Etrange, Editions Dervy

Nouveau titre de cette collection excellente, qui traite avec rigueur de sujets généralement maltraités (NDE, rêves prémonitoires, fantômes et apparitions, voyance, etc), L’Atlantide de Jacques Gossart fait le point de manière très synthétique sur l’état de la recherche scientifique sur l’un des sujets les plus difficiles qui soient.

« Parmi tous les sujets qui fâchent, remarque l’auteur, l’Atlantide est sans conteste un des plus délicats à traiter, et ce en raison des deux risques majeurs qui guettent tous ceux qui abordent le sujet, à quelque titre que ce soit. En premier vient le danger de verser dans une sorte de fondamentalisme car, au simple énoncé du mot « Atlantide », on passe très aisément, et presque inconsciemment, de la raison à la passion : soit on est résolument « pour », soit on est définitivement « contre ». Pour ou contre le récit de Platon ; pour ou contre telle localisation ici ou là-bas… Le deuxième risque est celui de l’amalgame toujours possible, le thème de l’Atlantide débouchant très facilement sur d’autres énigmes. »

Jacques Gossart réussit à cantonner son sujet et à présenter les diverses approches ou hypothèses encore possibles aujourd’hui quand on prend en compte les dernières découvertes scientifiques.

L’auteur commence son enquête par les dialogues platoniciens avant de s’intéresser aux modèles catastrophistes. Il développe ensuite les différentes hypothèses en cours, l’hypothèse Santorin, l’hypothèse atlantique et d’autres moins connues comme Heliogoland, Gibraltar, la mer Noire… Un chapitre est consacré aux « peuples vestiges » dont le peuple étonnant des Guanches aux Canaries. Il conclut en proposant « une troisième voie ». Remarquant l’évolution de la recherche archéologique depuis un demi-siècle, qui a considérablement fait évoluer nos représentations et nos connaissances sur la fin du Paléolithique, Jacques Gossart considère que « les cultures paléolithiques de l’aire atlantique (européennes, nord-africaines, et pourquoi ne pas l’envisager ?- américaines) entretenaient des relations plus ou moins régulières. ».

Il poursuit :

« Si Atlantide atlantique il y eut, elle fut de ce type qui prospéra à la fin du Paléolithique, organisée et hiérarchisée, avec ses savants, ses prêtres et prêtresses, ses voyageurs, ses artisans et ses artistes. Avec ses commerçants aussi, qui entretenaient des contacts avec « l’étranger ». (…) C’est en ce sens que l’Atlantide fut, comme le dit Platon, « une grande et admirable puissance ». »

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

Littérature

Paroles de Joie recueillies et présentées par Michel Piquemal, Editions Albin Michel

Michel Piquemal constate notre déficit de joie. Pris dans l’accident de vitesse permanant de notre monde, dans cette fuite en avant qui nous éloigne de nous-mêmes, nous devenons incapables de ce lâcher prise, de cet abandon, qui autorise la joie. Il nous invite à trouver joie et sérénité dans la vie telle qu’elle est.

« Voilà aussi pourquoi, précise-t-il, certain sauteurs parlent de la joie comme d’une soudaine révélation mystique, une évidence qui nous saisit d’un coup devant un paysage, un moment de vie…

Les penseurs de la chrétienté vont même jusqu’à la définir comme une présence en dieu, une forme de béatitude procurée par le divin… Mais, rassurons-nous, il n’est nul besoin de devenir un saint pour ressentir la joie ! »

Walt Whitman, Alain, Arthur Rimbaud, André Gide, Simone Weil, Confucius, Maltatuli, Henri Bergson, Pierre Benoit, Serge Carfantan, sont quelques-uns des auteurs inscrits dans ces pages pour rappeler à la joie. Les citations, portées par les magnifiques illustrations de Gianpaolo Pagni, forment comme une douce ascèse du quotidien :

 

La joie est en tout ; il suffit de savoir l’extraire. Confucius

 

Toute beauté est joie éternelle. John Keats

 

Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie.

Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service.

Je servis et je compris que le service est joie. Tagore

 

Exister et rien d’autre, cela suffit !

Respirer suffit !

Joie, joie ! Joie partout ! Walt Whitman

 

Paroles de marche, textes présentés par Denis Boulbès. Photographies de Joseph Rottner. Collection Carnets de Sagesse, Editions Albin Michel

La marche, nécessité, peut aussi se faire ascèse, quête, plaisir, sagesse. Denis Boulbès  rappelle qu’ « Après Rousseau, nombre de grands écrivains l’ont célébrée, sur tous les registres de la sensualité et de l’accomplissement de soi, allant jusqu’à en faire parfois la métaphore d’un cheminement vers la lumière, d’un itinéraire initiatique.

« C’est à ce titre, poursuit-il, que se détache la figure emblématique de la marche : le pèlerin. Sa pérégrination est non seulement une fin en soi, mais elle donne en outre un sens à la pérégrination de la communauté de croyants toute entière ; assignant un but à l’errance, elle transforme ainsi l’effort en recherche spirituelle. »

Les textes choisis, brefs ou plus développés, illustré de photographies elles-mêmes en chemin, sont nés sous la plume d’auteurs les plus divers, Jules Renard, Jean-Jacques Rousseau, Alvina Levesque, Yves Paccalet, Nicolas Bouvier, Louis Charpentier, Jean Jaurès, Arthur Rimbaud, Victor Segalen, Jason Goodwin, Alix de Saint-André, Jacques Roubaud, Victor Hugo, Julien Gracq, Jacques Lacarrière, Charles Péguy, Guy de Maupassant, Antonio Machado, François Pétrarque, André Dhôtel, Christian Bobin, Joseph Jean Lanza del Vasto, Pierre Sansot, Jacques Bénigne Bossuet, qui tous ont, à leur manière, en leur cœur et en leur corps, en leur plaisir et parfois leur souffrance, célébrer la marche.

 

Marcher dans la nature,

c’est comme se trouver

dans une immense bibliothèque

où chaque livre ne contiendrait

que des phrases essentielles.

[…]

L’homme qui marche est ce fou

qui pense que l’on peut goûter

à une vie si abondante

qu’elle avale même la mort.

Christian Bobin

 

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

La Porte Mystérieuse du Mon-Saint-Michel. Le sentier de Daath de Bertrand Leroy, Editions Alphée

Voici un livre original dans lequel la marche tient une place essentielle à tel point que l’auteur donne en fin d’ouvrage tous les éléments pratiques, conseils, matériel, cartes et autres, pour revivre physiquement, et spirituellement,  le périple, initiatique, de son personnage central, Pierre.

Arthur, le guide de Pierre, lui donne dès le début de l’aventure une indication majeure :

« – La marche est une forme d’hypnose, Pierre. Elle est selon moi l’outil le plus accessible et le plus puissant pour entreprendre une ascension sur le pilier de l’Equilibre. Tous les grands mystiques d’Hermès à Jésus en passant par Gandhi, ont commencé leur chemin par une marche. Ils ont tracé une ligne… Tu connais Gilles Deleuze et son concept de Lignes de Fuite ?

– De nom… Un philosophe ?

– Oui, un grand même, du XXème siècle. Avec Félix Guattari, un psychanalyste branché par la philosophie, ils distinguèrent  au sein de nos vies trois types de ligne : la ligne dure, la ligne souple et la ligne de fuite. Les lignes dures sont celles des dispositifs de pouvoir et d’enfermement où nous nous contentons de passer d’un segment à l’autre : de la famille à l’école, puis l’université, le salariat ou le chômage et en fin la retraite. Les lignes dures nous promettent un avenir, une carrière, une famille, une destinée à accomplir, une vocation à réaliser. »

Convoquer Gilles Deleuze dans un thriller initiatique est une indication sur ce que veut l’auteur avec son roman. L’intrigue n’est certes pas un simple prétexte, le lecteur est au cœur d’une véritable aventure. Toutefois, l’auteur ne perd jamais de vie, ce qu’il veut confier au lecteur à travers le jeu des personnages, une possibilité autre, un rapport différent à la situation, à ce qui est situé.

L’aventure proposée est une métaphore, un véhicule aussi, d’une voie directe, centrale, représentée dans l’arbre séphirotique par le pilier du milieu qui passe par une sphère invisible, Daath.

Le lecteur et Pierre, prototype de l’initiable englué dans la modernité, sont emportés dans une déambulation aléatoire, une errance qui n’en est pas une, qui se révèle le chemin le plus court.

Références traditionnelles nombreuses, de la kabbale au chamanisme, croisements symboliques, clés dissimulées dans le clair-obscur des mots, liens audacieuses, questions dérangeantes émergent aux articulations de l’action, de ce vagabondage initiatique et amoureux, construit à partir d’une histoire vécue.

La bibliographie jointe dans laquelle nous retrouvons aussi bien René Guénon, Agamben, Badiou, Böhme que Sloterdijk ou, agréable surprise, Michel Lancelot, vient confirmer tout l’intérêt de ce livre, roman, oui, et davantage.

www.editions-alphee.com

Mange Monde n°1, février 2011. Editions Rafael de Surtis.

Car le mouvement des revues poétiques et particulièrement des revues d’avant-gardes est vital pour la littérature et la pensée, voici Mange Monde.

Paul Sanda, après l’expérience réussie de Pris de Peur, travaillait à un nouveau concept, un autre renversement. Longue attente pour un étonnement renouvelé des mots, indispensables mots sans qui le silence ne serait qu’un rien insignifiant tandis que par les mots, ce rien là est un tout dévorant le monde, le dégustant plutôt, s’en délectant.

Mange Monde est une aventure de poètes, de passeurs, de rebelles, d’êtres qui défient les probabilités, de grands vivants, immortels peut-être :

L’entretien, Jean-Paul Auxemery – Un inédit, Jean-Paul Auxemery – L’écriture. dossiers jeunes auteurs : Pierre Causse – Mickaël Still – Nicolas de Larquier – yann Miralles – Remy Soual – Second entretien, Gérard Truilhé – Ils nous parlent de…Gérard Truilhé : Jong N. Woo, Fabio Scotto, Christian Hubin – Lectures – Chroniques de Jehan.

Regards croisés, méta-regards, regards obscurs, regards hyperlucides, regards réenchanteurs. Un premier numéro déjà riche de sa complexité et complexe par sa richesse. Des morcellements, des incantations, des cris, des chants. De la pensée, ce qui manque le plus aujourd’hui, les feux de l’esprit libre.

Mange Monde est une revue pour ceux qui ont faim, faim de beauté, noire ou blanche, ni noire ni blanche, faim de liberté, faim d’invention.

A découvrir, aimer et détester, à offrir à ses amis pour les relever comme à ses ennemis pour les terrasser !

Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel, France.

 

Poésie

Parler Feu de Danielle Thivolet, Editions Arma Artis

Très beau recueil de poèmes de Danielle Thivolet, artiste du trait et des mots, qui pose ici sa poésie épurée, cherchant l’essentiel dans le simple ou la juxtaposition inattendue.

 

Appel

le paysage se démembre

appel des chemins interdits

les rails incurvent la ligne d’avancée

rigueur d’un parcours sans but

le plus incertain pousse le portail

le seuil reconduit l’urgence

l’être se livre à la tornade

nul ne saurait être nommé

lèvres

lèvres scellées d’un sceau de terre

regard retourné geste de dérive

épinglé au revers du silence

il est entré dans l’aire du glissement

obstination du rameur à contre-courant

monnaies de jade rouleaux de soie

la voile se déploie

les rives s’estompent

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

 

AVEL IX n°25, poésie, art, littérature par Les Amis de la Tour du Vent

Belle livraison de cette revue bâtie autour de l’œuvre et de la personnalité exemplaires de Théophile Briant.

Sommaire : Le voyage intérieur de Christian Charrière – Chaque jour est un voyage par Béatrice Balteg – Il s’agit d’un voyage… à travers l’œuvre de Christian Charrière par Josée Geyres-Berthelet – Quelque spas avec Armand Robin par Jean-Louis Legros – Nomades et sédentaires, notes remarques et souvenirs par Lorand Gaspar – Le visible et l’invisible : 20 poèmes d’auteurs différentsLe voyage vu par Théophile Briant de Paul Cassard – Louise Vincent-Blandin par Louis Vincent – Du renouveau à Saint-Malo par Gérard Prémel – etc.

Il flotte bien entendu sur ces écrits l’air marin et l’envie de voyages lointains, intérieurs ou extérieurs, un appel sans concession à la liberté. Saisie au hasard, cette citation d’Armand Robin (1912-1961) qui rejette l’étiquette de « poète » pour y substituer celle de « travailleur anonyme » :

« Les poètes de ce siècle, on les reconnaîtra au fait qu’ils auront tout fait en toute circonstance pour être le plus mal possible avec tous les régimes successifs, avec toutes les polices, avec tous les partis (…). Sur tous les plans, une indépendance totale vis-à vis de tout. »

Lorand Gaspar poursuit, dans une étude tout à fait pertinente sur le nomadisme :

« Mais tandis que les derniers nomades (en compagnie de tous ceux qui n’arrivent pas à franchir le pas de la productivité industrielle) sont partout décimés par la faim, amputés de leurs étendues, de leur mobilité essentielles à leur survie, l’esprit nomade de l’homme est loin d’être mort.

Les errants, les migrateurs, les contestataires d’ordres et d’idées reçus, ont existé de tout temps à l’intérieur de toutes les grandes civilisations solidement organisées, contribuant, sans le savoir, à leur renouvellement.

Et tout à fait comme à l’époque à laquelle nous allons nous intéresser, il y eut et il y aura sans doute parmi eux des bandits, des assassins, des penseurs, des artistes, des savants et des saints.

L’esprit nomade peut se manifester dans la rapine et le crime, autant que dans la pensée et dans l’amour. »

Plus loin, il rappelle que « El Shaddaï, le Dieu du Père des Patriarches, n’a pas de sanctuaire fixe, il accompagne, oriente et protège la migration » avant de se souvenir de Dionysos :

« Réfléchissant à toute cette dynamique d’opposition et d’interaction entre nomades et sédentaires, désert et fertilité, de construction et de dévastation, de récompense et d’expiation, j’ai pensé tout à coup à Dionysos, divinité manifestement d’origine asiatique, faisant irruption dans la belle ordonnance et la clarté apollinienne.

N’est-ce pas un peu la turbulence de l’esprit nomade qui bouscule ainsi les rapports conformes, les lois de la proportion et de la lumière ? Les Olympiens avaient refoulé les Titans et autres divinités chtoniennes dans les profondeurs de la terre, Dionysos n’est-il pas un peu le retour de ce refoulé ? Tout en étant depuis les temps mycéniens un élément indispensable de la religion grecque, Dionysos n’est jamais entièrement intégré dans la Cité.

Ses sanctuaires sont plutôt devant que dedans, à la manière d’un campement nomade. Il a partie liée avec la nature non civilisée, il se meut parmi les forces sauvages. »

 

Il faut entretenir

un paradis perdu

dans son cœur et son âme,

s’en approcher sans cesse

sans l’atteindre jamais.

 

Ce début d’un poème de Gérard Le Gouic nous livre peut-être la clef de la quête poétique, nécessairement nomade. Et il conclut :

 

Notre nature est dans l’exil

du paradis perdu

il ne nous est pas plus

enviable situation.

Association des Amis de la Tour du Vent, 87 avenue Kennedy, 35400 Saint-Malo, France.

 

Poésie nordique

La rivière est un rai d’argent de Marie Takvam, édition bilingue, traduction du néo-norvégien par Eva Sauvegrain et Pierre Grouix, collection pour une Rivière de Vitrail, Editions Rafael de Surtis

Poétesse norvégienne s’exprimant en néo-norvégien, Marie Takvam (1926 – 2008) est une poétesse de l’amour. Dans ses poèmes l’homme et la femme sont l’un en face de l’autre. Le sentiment règne. Le monde féminin est dit comme rarement.

 

Pour moi tu es celui que tu es pour moi

Ne bouge pas.

laisse-moi m’emparer de tes traits, de ta bouche

avant que tu partes.

Laisse-moi bien te regarder, tel que tu es juste maintenant,

tel que tu te tiens encore.

Puis tu iras là où tu seras un autre

à la même seconde.

–         Dans une rue

entre mille rues

je puis peut-être rencontrer

un autre, celui que tu étais cette nuit. –

Mais celui que tu seras désormais

recevra tout mon poison dans sa coupe

Celui que tu seras désormais

Ne franchira jamais le seuil de ma maison.

L’amour mourra aussi de Inger Hagerup, édition bilingue, traduction du norvégien par Eva Sauvegrain et Pierre Grouix, collection pour une Rivière de Vitrail, Editions Rafael de Surtis

Inger Hagerup (1905 – 1985) est une poétesse norvégienne du XXème siècle. Depuis le recueil Je me suis perdue dans les bois (1939), sa poésie développe une recherche marquée par les thèmes de l’amour, du refus, de la lutte. Par la variété de son inspiration, elle est à l’image de son siècle dans son pays.

 

Deux langues

Mon cœur a deux langues.

Mon esprit a deux volontés.

Je t’aime sans cesse

et ne serai jamais tienne.

Loin dans l’obscurité rouge

la vie a pris forme double.

Ici roucoule un pigeon.

Là siffle un serpent.

Mon cœur a deux langues.

Entends-le quand même.

Reste avec moi, quitte-moi,

Libère-moi de moi-même.

Je suis le poème

Je suis le poème que personne n’a écrit.

Je suis la lettre qu’on brûle sans cesse.

Je suis le sentier jamais emprunté,

la note sans mélodie.

Je suis la prière de la lèvre muette.

Je suis le fils d’une femme non née,

Une corde qu’aucune main n’a encore tendue,

un brasier jamais encore allumé.

Réveille-moi ! Délivre-moi ! Soulève-moi

Des terres, des monts, de l’esprit et du corps !

Mais rien ne répond à mes prières.

Je suis les choses qui n’arrivent jamais.

 

Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel, France.

 

 

Les revues

 

Conoscenza, rivista delle’Accademia di Studi Gonstici, anno XLVIII – n°1, Gennaio – Marzo 2011

Sommaire : Catechismo Gnostico – L’uomo di Tau Johannes – Discorso iniziatico di Marc Haven – Individualità, unitàe conoscenza : l’essenza del simbolo, a cur di Emmanuel – La Sezione Aurea di Gioni Chiochetti – Realtà nascoste di Tau Johannes – La legge di Dio di Pietro Ubaldi – Sulla morte e sulla sopravvivenza di Loris Carlesi – Tavola di Smeraldo di Ermete Trismegisto.

Accademia di Studi Gonstici, via San Zanobi, 89 – 50129 Firenze, Italie.

Hiram 4/2010, Erasmo Editore

Le sommaire de cette livraison de la revue du Grande Oriente d’Italia est encore consacré au 150ème anniversaire de l’unité italienne : Pensiero e libertà, il Grande Oriente per i 150 anni dell’Unità d’Italia, Gustavo Raffi – « Libertà e Responsabilità » nel saluto dui Ravenna al Presidente della Repubblica Italiana, Sauro Mattarelli – Guanti bianchi per Ipazia, Moreno Neri – I massoni : da rei di Stato a legislatori. Le leggi post-unitarie degli uomini della Massoneria, Carlo Petrone – Le invasioni, le immigrazioni e la civiltà occidentale, europea, italiana, Pietro F. Bayeli – Laicità dello Stato in economia tra liberismo e dirigismo, Corrado Savasta – Le diverse concezioni della verità : filosofica, metafisica e iniziatica, Luciano Gajà.

Soc. Erasmo s.r.l., C.P. 5096, 00153 Roma Ostiense, Italia.

Il Risveglio Iniziatico, Anno XXIII, Maggio 2011

Sommaire de la publication du Grand Sanctuaire Adriatique : La Massoneria nei nostri Giorni, S :.G :.H :.G :. – Qualche considerazione in grdo di Appendista, Andrea – Alcune considerazioni sul cammino iniziatico (pauci sunt electi), Francesco – Desiderio di conoscenza, simboli ed azioni nel tempio (appunti/promemoria), Renato.

 

Mouvements Religieux n° 367-368, jan-fév 2011 et 369-370, mars-avril 2011

Au sommaire du n°367-368, nous trouvons une étude des mutations occidentales du bouddhisme avec le cas particulier du Vipassana.

Au sommaire du n°369-370, une étude de la nouvelle tradition Kadampa permet de s’interroger sur les motivations de certaines actions discrimantes du Dalaï Lama.

AEIMR, BP 70733, F-57207 Sarreguemines cedex.

 

 

 

Les sites préférés du Crocodile

 

Le blog du CIREM : http://www.cirem-martinisme.blogspot.com/

 

L’Institut Eléazar : http://www.institut-eleazar.fr/

 

La télévision de la Tradition : http://www.baglis.tv/

 

Le blog du Croco : http://lettreducrocodile.over-blog.net/

 

Surréalisme : http://www.arcane-17.com

 

Alchimie : http://perso.orange.fr/chrysopee/

 

Société incohériste : http://www.sgdl-auteurs.org/remi-boyer

 

Aimaproject : http://www.aimaproject.it/

 

Religions et Nouveaux Mouvements Religieux : http://www.cesnur.org//

 

AEIMR et Mouvements Religieux : http://www.interassociation.org/aeimr.html

 

Ken Wilber en français : http://www.integralworld.net/fr.html

 

Le blog de L’Oeil du Sphinx : http://lebibliothecaire.blogspot.com/

 

Parution en Italie de Conversazioni sul Sacro, Editions Bonanno, collection Tipheret, ouvrage collectif sous la direction du Dr Salvatore Masimo Stella avec la collaboration de Antonio D’Alonzo, Vittorio Vanni, Alessandro Bertirotti, Alberto Samonà, Sergio Piane, Riccardo Roni, Paola Pisani Paganelli, Rémi Boyer.
L’asse portante del testo è il concetto di sacro e il suo rapporto con la parte più intima e profonda dell’uomo: l’immaginario. L’uomo ha entro sé questa scintilla. Lo sviluppo di questa traccia è stato più che mai libero, abbracciati molteplici campi dello scibile (scienze umanistiche, filosofia, storia delle religioni, antropologia, letteratura, simbolismo, scienze tradizionali) tenendo sempre ferma e presente la centralità del tema: l’uomo contiene in sè il divino e la manifestazione di questo, le varie rappresentazioni del sacro, sono invariabilmente generate nell’ uomo per appagare necessità di vita sostanziali. La sete del sacer è quindi una pulsione, un archetipo primigenio che è scolpito nelle profondità del nostro genoma le cui potenzialità mitopoietiche sono infinite e la cui inibizione può provocare scompensi devastanti.
Vous pouvez télécharger gratuitement l’ouvrage de Gene Sharp, De la dictature à la démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération considéré par certains comme ayant contribué au printemps arabe sur le site de The Albert Einstein Institution, qu’il a fondé : http://www.aeinstein.org/fdtd_fr.html

Son approche pragmatique et non-violente est dans tous les cas intéressante pour les stratégies proposées qui ne sont pas réservées aux pays en voie de développement.

 

Pour ceux qui s’intéressent au sujet des NDE nous signalons aux Editions Alphée un livre de Jean Blum, intitulé La science devant la survie de l’âme. NDE Experience. Un livre personnel à la croisée de la spiritualité et de la science qui tente de croiser regards traditionnels et regards scientifiques sur ces expériences interprétées de bien des manières selon les modèles du monde.

 

En 2007, les Editions L’œil du Sphinx lançaient une nouvelle et remarquée collection intitulée Bibliothèque Heuvelmansienne du nom de Bernard Heuvelmans (1916 – 2001) l’un des pères d’une discipline aussi fascinante que méconnue, ou plutôt mal connue, la cryptozoologie.

A l’occasion de la sortie du 3ème tome de cette collection à ne pas manquer, eux livres, particulièrement soignés, nous rappelons ici les deux livres, particulièrement soignés qui ont inauguré ce projet éditorial aussi fou que courageux : Le premier est la biographie avisée de Jean-Jacques Barloy sur ce personnage hors du commun, intitulée Bernard Heuvelmans, un rebelle de la science. Le deuxième est un ouvrage passionnant de Bernard Heuvelmans, Les félins encore inconnus d’Afrique.

La collection-hommage comportera une quinzaine d’ouvrages et se terminera par un livre de souvenirs de sa compagne, Alika Lindbergh dont les peintures ornent les couvertures de la série.

Outre le sujet de la cryptozoologie, cette collection permettra au lecteur d’approcher un destin exceptionnel, celui d’un anticonformiste bouddhiste épris de liberté.

Célèbre zoologiste et principal penseur de la cryptozoologie, il fut reconnu et respecté de quelques-uns des plus grands scientifiques du siècle dernier, comme Bernard Monod, Rémy Chauvin, André Cabart, Phillip V. Tobias. Beaucoup d’autres.

Alika Lindbergh, dans la préface à cette biographie écrite par le disciple et l’ami de Bernard Heuvelmans, Jean-Jacques Barloy, tord le cou à une idée toute faite qui résiste aux faits :

« Une rumeur tenace, soigneusement entretenue de son vivant comme depuis sa mort, plutôt par des disciples affectant d’en être scandalisés que par des ennemis déclarés, veut que Bernard Heuvelmans et la Cryptozoologie aient été rejetés – ou du moins tenus à l’écart – par les pontifes de la science officielle. Non seulement cela fut – et cela reste – faux, mais la vérité est en faite surprenante. Tout au long de ces cinquante ans de recherches cryptozoologiques, Bernard fut encouragé et approuvé par de nombreux scientifiques de haut niveau, et en particulier par des hommes dont les compétences en zoologie ne faisaient aucun doute. Soutenu par quelques-uns des plus grands « mandarins » de son temps, il pouvait accepter avec philosophie l’inévitable hostilité que déclenche toute idée novatrice chez ceux qui, gelés dans leurs dogmes, craignent surtout de voir certaines découvertes cryptozoologiques leur infliger quelques démentis… »

La cryptozoologie ne souffrirait donc pas davantage que bien des domaines peu médiatiques et peu rentables commercialement de la science d’un certain isolement.

Mais revenons à l’homme. Il est bourré de talents. Artiste, scientifique, auteur, séducteur, amoureux de la Femme, et des femmes, bricoleur même. Il fait une rencontre déterminante, celle d’une femme exceptionnelle, Monique Watteau, artiste qui l’accompagnera sa vie durant, à tous les titres possibles, dans une aventure scientifique et amoureuse mouvementée, aux multiples facettes, qui est aussi une véritable quête initiatique.

Monique Watteau signera plus tard textes et peintures du nom d’Alika Lindbergh après son mariage avec Scott Lindbergh. Beaucoup de femmes jalonnent la vie agitée de Bernard Heuvelmans. Alika demeura toujours à ses côtés, d’abord comme amante, puis épouse, puis amie et collaboratrice, infirmière aussi. Elle lui tient la main quand il s’éteint en 2001.

Outre les femmes, Bernard Heuvelmans eut d’autres amours, les amis, les animaux et l’Ile du Levant.

C’est en 1955 que se scelle son destin scientifique. Il a déjà l’habitude de collectionner les articles consacrés à des curiosités zoologiques ou biologiques. En 1948, après un article d’un chercheur britannique de renom, Ivan T. Sanderson, qui envisage une possible survivance de dinosaure en Afrique, il décide de consacrer un ouvrage aux animaux inconnus de la science. Quatre années de travail pour publier Sur la piste des bêtes ignorées, deux volumes illustrés écrits dans un style vivant non dénué d’humour. La cryptozoologie était née, science des animaux cachés. C’est lui qui en forgea le nom. Suivirent des années de recherches historiques et scientifiques et de publications, toujours basées sur l’observation directe, d’émissions de télévision sur des sujets fort divers, non sans polémiques, allant du serpent-de-mer aux licornes en passant par les sirènes et l’abominable homme-des-neiges.

En 1967, il découvre l’Afrique, autre grand tournant de sa vie. Il y rencontra notamment deux grands chercheurs qui surent apprécier ses travaux, L.S.B. Leakey, anthropologue et J.L.B. Smith, découvreur du coelocanthe.

Il y eut ensuite une découverte bouleversante qui n’eut pas les conséquences scientifiques qu’elle aurait dû avoir, celle de l’homme pongoïde, découverte la plus importante de sa carrière boudée par les scientifiques car trop dérangeante pour le dogme établi.

Bernard Heuvelmans défendit aussi la thèse de la bipédie initiale, thèse qui soutient que l’homme se serait mis à quatre pattes pour donner le singe.

En 1982, est fondée autour de Bernard Heuvelmans une International Society of Cryptozoology qui le déçut par bien des aspects. Toutefois sa démarche fut reconnue. Des faits lui donnèrent raison en bien des points. De nouvelles formes animales furent ainsi découvertes. Des témoignages chimériques furent infirmés. Benoît Grison insiste sur la validité de la « procédure cyptozoologique canonique » définie par Heuvelmans, « collecte de témoignages de première main recoupés et d’indices matériels, définition progressive des zones de répartition les plus importantes, puis obtention d’un spécimen (vif, de préférence). »

Bien des questions demeurent toutefois. La cryptozoologie a un avenir.

 

Le troisième tome de la collection est justement consacré à la question si passionnante de l’homme pongoïde, sous le titre intrigant de L’homme de Néanderthal est toujours vivant. Il est signé de Bernard Heuvelmans & Boris F. Porchnev, grand chercheur qui accompagna Heuvelmans dans ses travaux, malgré des intérêts scientifiques différents. L’ouvrage est consacré aux hominoïdes velus signalés à travers les cinq continents. C’est en 1968 que Heuvelmans contemple aux Etats-Unis la dépouille congelée d’un hominoïde velu aux proportions étonnantes, tué récemment par balle. Il n’appartient pas à notre espèce ni à aucune espèce connue. Bernard Heuvelmans va débuter une enquête longue et difficile qui le conduira vers Boris Porchnev, historien russe qui postule que des hommes de Néanderthal survivent à travers l’Asie, du Caucase au Vietnam, en passant par le Pamir et la Mongolie. La thèse développée par Bernard Heuvelmans qui rattache cet être au type néanderthalien est tout à fait digne d’intérêt mais universités et académies s’empresseront de l’ignorer, ce serait remettre en question trop de préjugés scientifiques. Les recherches ne se limitent pas en effet à un « abominable homme des neiges », pour reprendre cette expression ridicule, sorte de monstruosité ou d’anomalie de la nature qui serait cantonné géographiquement. Les cas signalés, rares certes mais suffisants pour être pris en compte, concernent tous les continents.

Le lecteur découvrira avec passion la passion d’un autre, aventurier, scientifique épris de vérité, et pourra se forger sa propre idée sur l’une des plus grandes découvertes du XXème siècle.

 

LE VOYAGE EN INTELLIGENCE du CROCODILE

… ABELLIO, ANDRAU, AUBIER, AUGIÉRAS, BAKOUNINE, BASKINE, BATAILLE, BLAKE, BLOY, BRETON, BRAUNER, BRIANT, BURROUGHS, CERVANTES, CHAZAL, CRAVAN, DAUMAL, DEBORD, DE ROUX, DUCASSE, GOMBROWICZ, GURDJIEFF, DE ROUGEMONT, HELLO, KAZANTZAKI, KELEN, KLIMA, KROPOTKINE, MANSOUR, MARC, MARINETTI, PESSOA, PRATT, RABELAIS, SUARES… et les autres.

 

Chaque trimestre, le Crocodile rédige quelques pages incohéristes consacrées à des auteurs, penseurs, agitateurs, tous éveilleurs, qui n’ont qu’un point commun, celui d’appeler à l’intensité, à la verticalité, au réveil de l’être. Anciens ou contemporains, leurs écrits, leurs œuvres, leurs cris parfois, méritent d’être approchés, étudiés, médités, “imités” même, dans la perspective de l’Éveil. Dans le monde gris peuplé de robots et de zombis du “tout-correct” médiatique, le Crocodile veut vous proposer de l’Intelligence en intraveineuse!

 

Jacques Basse

 

La Courbe d’un Souffle de Jacques Basse, collection Pour une Terre Interdite, Editions Rafael de Surtis.

Très belle poésie que celle de Jacques Basse, à la fois classique et d’avant-garde, traditionnelle et décalée, délicatement nuancée, nacrée de mots. Ce recueil rassemble beaucoup de poèmes amoureux, amoureux de la femme, de la vie, de l’absence aussi.

 

parfum de femmes

fleur de sensualité

est ivresse qui inonde

 

effluve qui transporte

les ébats alanguis

et désaltère de l’amour

 

l’instant où tu sombres

la caresse convoitée

est l’amour réinventé

 

tu caresses la branche

et épanouis la fleur

 

celle désirée

et qui n’est plus

 

Nous connaissons Jacques Basse remarquable portraitiste (voir le site : http://www.jacques-basse.net/ ). Dans sa préface, Paul Sanda précise justement : « Dire alors que le trait de Jacques Basse poète est encore plus grand que celui de Jacques Basse artiste du portrait, car, après avoir décrit les visages, le voici qui explore le cœur. »

 

aux brumes de l’oubli

est destinée la vie

 

le plaisir de vivre

ne dure guère

 

où le pire et le meilleur

y sont partagés

 

s’abreuver de lambeaux

de plaisir

tant qu’il est temps

 

de peu d’ampleur est le sursis

les regrets les remords

s’accrochent aux souvenirs

tout s’effondre alors

qu’il est temps de partir

 

 

Ilarie Voronca et Christophe Dauphin

75 HP. C’est par cette audacieuse revue d’avant-garde qu’ Ilarie Voronca, déjà connu pour son premier recueil de poèmes, Restriti (1923), illustré par Victor Brauner, pénétra avec fracas sur la scène avant-gardiste roumaine. Il développa une approche intégrale remarquablement visionnaire et s’affirma ainsi comme un précurseur des précurseurs. En 1933, il s’installa avec Voronca, son épouse et muse, à Paris pour explorer un invisible où le désespoir et la joie sereine semblent inextricablement unis dans les profondeurs de l’esprit.

Christophe Dauphin, poète, critique littéraire, essayiste s’est déjà intéressé à nombre de figures comme James Douglas Morrison, Jean Breton, Verlaine, notre ami  regretté Sarane Alexandrian, et plus récemment Jacques Patin et Lucien Coutaud, peintre de l’éroticomagie.

La rencontre, hors temps, entre Ilarie Voronca et Christophe Dauphin semblait inévitable tant le livre du second sur le premier, Ilarie Voronca le poète intégral, publié chez Editinter et Rafael de Surtis, se révèle une alliance brillante. Davantage qu’un livre sur Voronca, Christophe Dauphin a laissé sa pensée jouer dans la pensée de Voronca, son art de la plume élégant et précis se marier avec la poésie tourmentée du roumain pour mieux la souligner, la libérer de représentations et de jugements trop rapides, trop vite satisfaits.

Christophe Dauphin nous révèle un grand poète, un grand aventurier de l’esprit, un être épris de liberté, qui veut inclure en lui la totalité de l’expérience humaine sans rien rejeter quitte à se détruire.

C’est peut-être dans son Petit Manuel du Parfait Bonheur (achevé en 1944) que Voronca livre la clé de son être, de sa sensibilité, de son mystère créatif.

Christophe Dauphin : « Le Petit Manuel que Voronca présente comme un essai de livre sur la félicité, un acte d’adhésion et de foi dans le bonheur de l’avenir, n’est pas une fiction mais  une prose éminemment poétique, un texte testamentaire, un manifeste qui pourrait très bien être celui de l’intégralisme. Partout l’air, le feu, la pierre, l’eau coopèrent. Ils ont peut-être l’air de se corroder, de s’attaquer mais au contraire, ils ne cherchent que la modalité de s’emboîter et s’intégrer les uns dans les autres. « Pourquoi les hommes n’en feraient-ils pas autant ? » interroge Voronca, avant d’en appeler à construire une harmonie et un bonheur en commun. « Je doute que le paradis terrestre ait jamais existé. Mais j’ai la conviction profonde qu’il est en train de s’édifier… Faisons donc un avec l’homme, dirent les choses, que l’outil s’intègre à l’homme tout comme la lyre prend racine dans la main du joueur. Le violon et celui qui en joue, font-ils deux choses distinctes ? (…) Ainsi selon Voronca, de chose en chose, la terre et l’univers entier font un avec l’homme qui gagne en immortalité : « Que m’importe donc que je disparaisse, puisque je sais maintenant que la flamme que m’a communiquée ton visage n’aura jamais de fin ? Peut-être aurais-je pu douter de la réalité du monde et de sa faculté de durer. Mais maintenant que j’ai la certitude que lorsque je ne serai plus, tu continueras de planer autour de ma non-existence comme un parfum autour de l’endroit où l’on a arraché une fleur, le monde m’apparaît tout entier réel, comme un arbre hors de son fourreau. Je sais qu’il me suffirait de tourner la tête pour te retrouver et reconstituer l’univers. »

Remarquable intuition du mécanisme de la conscience et du jeu de l’intervalle. Voronca perçoit la félicité de la totalité en même temps qu’il est déchiré par la séparation. La félicité semble l’emporter. Son suicide en 1946 voudrait démentir cette certitude mais il n’est pas certain qu’il en soit ainsi. Dans son infinie « annexion » de ce qui se présente comme de ce qui s’absente, cet acte a-t-il encore une signification désespérante ?

« Dans le vide universel, toute chose crie vers autre chose et cette autre chose reste sourde. Mai sil arrive aussi qu’elle réponde et que par d’invisibles antennes, elle rejoigne la chose qui l’appelle. La joie éclate à cette communion. Peut-être y a-t-il un désir (un désir fou, mais quel est le désir qui n’ait pas une nuance de folie) dans chaque chose aussi infime soit-elle de remplir, en union avec les autres choses, le vide, le néant de l’univers. Car toute chose prend en même temps conscience de sa propre existence et du gouffre sans limites qui l’entoure. »

Cet extrait du Petit Manuel du Parfait Bonheur exprime avec une grande justesse le jeu de la conscience se souvenant avec frémissement de sa nature non-duelle mais confrontée avec la dualité.

Le travail remarquable, hommage rigoureux et d’une grande lucidité, de Christophe Dauphin met en évidence la puissance ontologique et la dimension hautement philosophique de la poésie de Voronca.

La seconde partie de l’ouvrage propose un choix de textes et poèmes d’Ilarie Voronca s’étendant sur une longue période, 1924-1946, soit de sa naissance poétique à sa mort apparente. Mais la poésie persiste et aussi la force de sa pensée affranchie. Comme Voronca l’avait pressenti et annoncé, son parfum demeure.

 

 

Eric chassefière

Se rappeler pour être par Eric Chassefière, collection Pour une Terre Interdite, Editions Rafael de surtis

« Masque fauve de la tulipe

rouge griffé de jaune

se répand lumière d’ombre

roses grenats et noirs

pointe du sein soie d’abeille

vertiges de mes nuits

 

chaque pierre de l’ombre

qu’on enterre dans la couleur

est désir né de la bouche

ombre qui retourne à l’ombre

couleur effacée de la couleur

langue que les yeux oublient du corps

 

aveuglante pierre du soleil

le soir lancée dans l’arbre

et qui ne retombe pas

trace course du front

vierge lit de l’enjambée

poème écho du cri matinal »

 

C’est une symphonie sensorielle délicate qui porte le lecteur dans de puissantes perceptions de la vie. L’intensité n’émerge pas de la force mais de l’élégance. Le poème se fait corps, corps sans lourdeur, un corps plein des absences, en avance sur lui-même et par conséquent libre.

Il y a dans les textes d’Eric Chassefière comme une nostalgie d’un futur z absolument présent.

 

« il se peut que l’histoire s’arrête ici

d’un creusement de lumière oblique

dans la matière meuble de ce sol herbeux

qu’elle recouvre de la sensation de l’ocre

qu’il ne reste plus rien à écrire

que la litanie sans fin d’une absence

d’un désir incommensurable à soi

qu’on sent naître de l’arrachement futur »

 

Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel 81170 Cordes sur Ciel, France.

 

 

 


[1] C.G. Jung, « Ulysse », dans Problèmes de l’âme moderne, trad. Fr., Paris, Buchet-Chastel, 1976, p. 435.

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L’éclat des blés

Je marchais en direction des blés, le regard instinctivement attiré par l’azur. Juin chauffait la campagne, l’espace était rayonnant. Une colline devant moi rejoignait le ciel. Je la fixai tout en ralentissant légèrement le pas. Soudain un vent emporta mon esprit en direction de hauteurs inconnues.

Je fis un voyage extraordinaire, debout, pétrifié, les pieds bien posés sur le sol.

La tête ailleurs, je partis je ne sais où. Tout y brillait d’un éclat mystérieux. Un autre soleil pareil au soleil éclairait ce monde. Et je vis la colline, la même colline qui me faisait face. Mais avec une perception différente. La colline était vivante, je sentais en elle une essence vitale, une respiration intérieure. Elle échangeait des pensées supérieures avec l’azur qui lui aussi semblait imprégné de vie. Très vite je m’aperçus que toutes choses communiquaient avec l’ensemble du monde en se faisant passer entre elles un souffle universel plein de sagesse.

Les blés à côté de la colline formaient un choeur de millions de voix suaves, chaque tige ayant son chant propre, accordé avec tous les autres. La terre sous ces blés psalmodiait je ne sais quel étrange cantique. Le ciel avait pris un autre sens. Le bleu le définissait et je ne le nommais plus ciel mais le nommais Bleu. Les oiseaux dans les airs prenaient un prix infini. Créatures éternelles, rien ne pouvait les corrompre et leur vol se prolongeait dans des immensités sans fin.

Tout cela était à la fois tangible et impalpable, présent et invisible, proche et insaisissable.

Je redescendis aussi vite en moi que j’en étais sorti. Je me retrouvai les pieds toujours bien ancrés sur le sol, me réadaptant à la lumière du soleil habituel, qui me parut terne.

Dubitatif, perplexe et à la fois parfaitement convaincu de la réalité suprême de cette curieuse, inexprimable expérience que je venais de vivre, j’avançai vers le champ de blés comme si je devais poursuivre ma flânerie.

Poussé par une puissante intuition, je tendis la main vers une gerbe de blés pour la saisir.

Un éclair illumina ma main et la rendit transparente un bref, très bref instant. Si bref que l’oeil de la mouche l’a déjà oublié et que le soleil en doute encore.

Raphaël Zacharie de IZARRA

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Neige de minuit

Conte de Noël : un texte de Raphaël Zacharie de Izarra

En cette fin de journée du 24 décembre je quittai mon refuge de province et fonçai sur les petites routes de campagne en direction de la prochaine entrée d’autoroute menant vers la capitale. Comme tous les ans je partais assister à la messe de minuit à la cathédrale Notre Dame rejoindre mes pairs, gens distingués et importants de la scène parisienne. Je me faisais un devoir mondain de me mêler à cette assemblée hautaine en perpétuelle représentation. Il fallait qu’en belle société l’on me vît, que parmi les personnalités de mon espèce ma présence fût remarquée, applaudie.

Bref, imitant les notables de mon rang, le spectacle de ma vie ne devait jamais s’arrêter.

Tout à ces pensées futiles, je roulais dans la nuit. Une neige fine et abondante se mit à tomber. Très vite la campagne blanchit et je dus bientôt ralentir. La chute de la poudreuse redoubla d’intensité. Je ne reconnus pas ma route, fis demi tour, faillis choir avec mon véhicule dans le fossé avant de m’engager dans une fausse direction… Egaré en pleine campagne à trois cents kilomètres de Paris, seul dans ce paysage glacé, âpre et magnifique, loin des lumières et du tapage de la cité, imperceptiblement je sentis naître en moi une immense lassitude pour cette existence superficielle que depuis toujours je menais.

La roue de ma berline dérapa, puis s’enlisa dans l’écume. Bloqué au milieu de nulle part, je décidai de rejoindre à pied la première habitation venue pour y demander de l’aide. Une humble lumière attira mon regard. Elle émanait de l’église d’un hameau sans nom. J’entrais dans ce refuge, réconforté à l’idée d’y trouver secours et chaleur. Là, je fus saisi par un spectacle à la fois misérable et grandiose : à la lueur de quelques cierges cinq ou six fidèles aux crânes gris et aux épaules voûtées priaient avec ferveur avec le curé, et de cette rustique assistance s’élevait un chant. Le choeur chantait faux tout en grasseyant avec force… Devant cette scène navrante et sublime d’un autre siècle, j’oubliais tout : la voiture embourbée, les amis qui m’attendaient à Paris, mes devoirs mondains… On ne fit guère attention à ma présence. En me réchauffant les mains, je demeurai au fond de l’église à observer discrètement ces chanteurs maladroits et touchants.

Puis le chant prit des allures plus solennelles : un enfant dont je n’avais même pas remarqué la silhouette -si bien enfouie parmi ces vestes sombres et ces fronts ridés- mêla sa voix juvénile au morne concert. Sa voix cristalline domina peu à peu celles des vieillards qui l’une après l’autre finirent par se taire. Le chant solo du jeune garçon résonna dans la semi-clarté de l’église, pur. L’expérience de la Beauté me figea. De temps à autre on pouvait entendre dehors quelque rafale de vent faire trembler un vitrail. Certes l’enfant à la voix d’ange ne semblait pas maîtriser parfaitement les règles élémentaires de la prosodie, mais qu’importe, c’est son âme qui chantait.

Submergé par des sentiments inédits et suprêmes, j’assistai jusqu’au bout à cette messe des pauvres.

Paris et ses séductions frelatées, Paris et ses feux mensongers, Paris et ses hôtes vaniteux n’existaient plus : j’étais aux anges sous ce clocher sans fard. Asile de la piété simple et sincère, aux antipodes des ors de la capitale festive, on chantait faux près de cet autel, mais on chantait avec coeur.

Je passai la veillée de Noël dans l’église de ce hameau perdu dont j’ai oublié le nom, la plus belle de toutes mes nuits de Noël, en compagnie de ces âmes vives.

Après la messe un veilleur m’aida à sortir mon véhicule de son ornière, si bien que je rejoignis tardivement la capitale, définitivement désillusionné sur ses artifices vides de sens et de beauté.

C’était il y a plus de trente ans.

Certain de n’avoir pas rêvé, pendant longtemps j’ai essayé de retourner dans ce hameau, passant et repassant par tous les chemins possibles mais jamais, jamais je n’ai pu retrouver ce lieu qui depuis plus de trente ans me hante. Depuis, chaque soir du 24 décembre une mystérieuse nostalgie me gagne lorsque je me remémore ces vieillards, cet enfant, cette messe de Noël sous la nuée nivéenne, au milieu de nulle part, étrange et belle.

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Jessica et Léonie

Croisement des mondes, hasards de l’incarnation : un songe anonyme transmis par l’un de nos lecteurs

Jessica est une enfant calme, qui aime beaucoup ses parents. En cette fin d'après midi, elle est assise dans la voiture familiale, à la place du passager. C'est une voiture à double conduite, un peu comme dans les auto-écoles et qui roule lentement, sur une route de campagne. Au volant, le père de Jessica. Un homme calme, sans âge. Une barbe en collier et un air de notable de petite ville de province. Sur la droite un lac. Ils sont partis tous deux pour une après-midi de pêche dans une campagne calme et solitaire.

La voiture est arrêtée au milieu de la route. Jessica est seule dans la voiture. La voiture est arrêtée ? Non, pas vraiment. Au début, elle ne s'en était pas rendue compte. Son père, en train de pêcher la carpe au bord du lac l'avait laissée aller tout doucement, centimètre par centimètre, sachant que au moment de partir, la voiture finirait par le rejoindre, portée par l'inertie de la pente. Soudain, un virage. Papa n'avait pas prévu ça. Jessica, réalise que le véhicule est en mouvement. Sans s'affoler elle prend le second volant et doucement, fait tourner la voiture.

Ils sont partis tous deux ? Ah non. Pas vraiment. Sur la banquette arrière, à la place de l'enfant, une femme. C'est la mère de Jessica. Elle voulait que sa fille profite pleinement de cette après-midi de pêche en compagnie de son papa. Observatrice silencieuse et discrète, pleine de tendresse, elle observe la scène sans mot dire, sans se faire remarquer.

Papa rejoint la voiture à pied,  son matériel de pêche à la main. Il monte à l'avant de la voiture, fière de sa fille qui à dix ans a su prendre les commandes du véhicule sans s'affoler. Il décide donc de poursuivre l'expérience et remet le moteur en marche. Il n'a pas allumé les phares. C'est la fin de la journée. A cette heure entre chien et loup, sur le lac, une brume descend lentement. On y voit très peu sur la route. On devine à peine les virages qui se profilent et qui arrivent trop vite pour qu'on puisse anticiper. Cette fois, Jessica a peur. Elle parle fort, se contrôlant mal. "Papa, allume les phares". Le père réagit, met les feux de croisement... mal réglés, qui permettent à peine d'y voir à deux mètres au devant. "Papa, met les feux de route, je n'y vois rien", crie la petite qui perd le contrôle de son véhicule. Le papa réagit. Trop tard. A la faveur d'un mauvais virage, mal anticipé, la voiture finit dans le fossé, écrasée contre un arbre.

Précipitée dans un monde parallèle, virtuel presque, au moment du choc, Jessica n'a pas peur. Ses parents sont là. "Papa, maman, où sommes-nous ? Ce n'est plus la vie, n'est-ce pas" ? Ce n'est pas grave. Jessica n'est pas seule. Ses parents sont là. Ensemble, ils cheminent.

Dans un monde virtuel, parallèle, situé physiquement nettement au-dessus de celui qu'ils viennent de quitter, ils cherchent un lieu pour se reposer, recommencer ensemble une nouvelle vie. Ce n'est proprement pas ce qu'ils pourraient appeler le paradis, non. C'est réellement un monde parallèle, comme semi-matériel. Ni bon ni mauvais. Ici règne une atmosphère quelque peu mélancolique. Non, le vrai bonheur, ensemble, ils ne peuvent le trouver. Quelque chose manque à leur harmonie.

Errant dans une campagne grise et mélancolique de champs labourés à l'automne, Jessica pense à Léonie. Léonie, sa chérie, son amour, sa soeur, son double, sa jumelle adorée.

Sur terre, dans un appartement bourgeois triste et endeuillé, Léonie erre. Qu'adviendra-t-il de sa vie, elle qui a tout perdu ? Que fait-on à dix ans lorsqu'on a perdu ses parents ? Son père n'est pas inquiet. Juste un peu triste pour elle. Dans sa campagne mélancolique, sur le chemin de non retour sur lequel il s'est engagé, il pense à elle.  Il sait. Il savait qu'en cas de décès, ce couple d'amis la prendrait en charge. Lui, c'est un ancien militaire, un peu rigide. Elle une femme au foyer, un peu triste, stricte et rigide elle aussi. Bref, une femme de militaire pré-retraité.

Dans cette ambiance froide comme la pierre et en demi-teinte, Léonie grandit. Ce n'est pas que la vie soit particulièrement joyeuse pour elle, mais la force de sa jeunesse et la gaieté de son caractère aidant, elle devient rapidement une belle jeune-fille, équilibrée et sportive. Léonie a dix-neuf ans.

Isolée dans son monde parallèle, Jessica n'a pas grandi. Animée d'une perpétuelle mélancolie, elle pense à sa soeur, sa chère soeur, sa vie, son âme. Se promenant dans sa campagne endeuillée, elle va s'asseoir toute seule dans la grange, sur une botte foin, une de ces bottes en forme de hutte, comme savent les faire les paysans du nord de la Loire. C'est le seul lieu qu'elle a trouvé pour trainer derrière elle sa mélancolie, à pas apesantis. Neuf ans déjà. Mais le temps, ici, ne compte pas. C'est une espèce d'éternité sans forme qui s'étire à n'en plus finir, comme figée sur un une fausse note, celle qui a scellé la fin de sa vie. Tout cela finira-t-il enfin un jour ?

Léonie, elle, Jessica le sait, a grandi. Elle la voit d'ailleurs, de temps à autre, descendre les pistes de ski, comme si  finalement rien ne séparait sa campagne, dont elle est pourtant prisonnière, de ce monde de forme et de vie qui par moments défile sous ses yeux, sans qu'elle puisse jamais rien faire pour pouvoir le rejoindre. A quoi bon d'ailleurs ? Pour laisser papa et maman ? Certainement pas. La douleur d'une seule séparation suffit. Seule dans sa campagne mélancolique, Jessica ne rêve que d'une chose, d'un seul rayon de soleil qui saura égayer sa vie, le jour où ils seront enfin tous, réunis.

Les flashs qui l'emmènent vers la terre sont fréquents. Jessica voit Léonie. Superbe jeune-fille en tenue de montagne, lunettes intégrales, bonnet et visage bronzé, championne incontestée dans sa discipline, en ce mois de février, elle trône comme une reine en haut de la piste de ski. Face au paysage enneigé qui s'étend sous ses yeux à l'infini, Léonie contemple les forêts de sapin qui masquent le précipice. Sure de son art, elle s'élance, à pleine vitesse, sur la piste. Un virage manqué et tout est fini. Elle dévale le précipice à toute allure. Entrainée par la force centrifuge, presque rien ne la freine dans sa chute. Au bas de la montagne, elle atterit violemment, accueillie, qui plus est, par un couteau, qu'un campeur insouciant a inconsidérément abandonné là dans sa randonnée vers les sommets, l'été précédent et qui se plante dans son ventre. Léonie cependant n'est pas morte. Enfin pas tout-à-fait. On la retrouve là, inanimée. Elle est transférée d'urgence à l'hôpital.

Du haut de sa campagne mélancolique, Jessica a tout vu. Bien sûr, c'est un terrible accident. Bien sûr elle est inquiète pour sa soeur, qui ne se réveille pas. Mais animée d'un secret espoir, elle attend. La force de son amour, de ce secret espoir, de cette longue attente qui leur permettra enfin de se retrouver, la projette de façon plus réaliste qu'auparavant, vers ce monde qu'inopinément elle avait quitté, neuf ans plus tôt.

De sa campagne mélancolique située très nettement au-dessus de cette terre sans concession, dans la chambre d'hôpital, elle voit sa soeur allongée. La paroi du mur trop fine projette son regard dans la chambre d'à-côté.

Dans cette autre chambre, sur un grand lit double, une femme est allongée. Une femme belle, corpulente, sans âge. Nue. Nue sur ce grand lit de couple, sur ce grand lit d'amour, qui n'a rien à faire dans un chambre d'hôpital, cette femme, dans la semi pénombre, ondule sur le lit, animée d'un violent désir. A son désir, rien ne peut résister. Elle engloberait la terre entière au sein de son ventre en attente de la vie. Les genoux serrés s'écartent lentement. Au fur et à mesure que ses genoux s'écartent le désir grandit... à tel point que Jessica, attirée comme un aimant ne peut y résister.

Un éclair et tout est fini. Dans la chambre d'hôpital tout est fini. Dans la chambre d'amour, sur le grand lit, tout va commencer. Un rayon de part et d'autre traverse le ciel. Au centre de ce rayon deux boules de feu en un éclair, fusionnent, furtivement. Laissant derrière elles un rai de lumière semblable à un rayon laser, l'un partant du ciel, l'autre venant de la terre, Jessica et Léonie sont enfin réunies. Une seconde pourtant. Une pauvre seconde, une éternité, et tout est fini. Pour Jessica, à cet instant, commence une nouvelle vie. Pour Léonie, une longue attente, animée d'un profond désespoir, mue pourtant par le secret espoir de ces retrouvailles, dont le temps les autorisera certainement un jour à pouvoir profiter.. Mais le destin, farceur, se joue de leur amour. Une seconde d'espoir, pour une vie de désespoir.

Assise sur sa botte de foin, Léonie attend.

Quand le destin leur permettra-t-il d'être enfin, pour toujours, réunies ?

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L’éclair originel

A présent je sais.

Je sais sa puissance, sa violence, sa force, ses profondeurs, son radieux mystère.

Et son infinie légèreté.

C’est une énigme visible à l’oeil nu, un principe immatériel plus essentiel que la pensée, plus limpide que l’air, plus solide que le roc, plus durable que le temps. C’est une étincelle susceptible d’embraser une chambre, un champ, le globe terrestre, la galaxie, l’Univers : une intangible mais infaillible preuve de vie. C’est une onde qui fait rentrer le ver dans sa fange, sortir l’imbécile de son antre, frémir les ruisseaux, trembler les vivants, danser les morts, vibrer le monde entier.

Cette flamme voyageuse purement cosmique, quasi éthérique, certainement divine, miraculeuse, fragile, inextinguible, insaisissable, éternelle, magistrale, aussi éblouissante que dérisoire qui de l’atome à l’étoile fait disparaître toute zone d’ombre porte un nom.

Pour désigner cette essence universelle que l’on explique approximativement avec de savantes formules mathématiques, qui s’échappe toujours de nos éprouvettes pour fuir vers l’infini et qui pour cette raison précisément donne du prix à nos jours et une base inébranlable à nos certitudes, constatations ou théories scientifiques, religieuses, humaines, pour désigner cette chose née d’ailleurs, on prononce un mot humain, nécessairement humain.

LUMIERE

 

Raphaël Zacharie de Izarra

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La Lettre du Crocodile 2011/1

Vous trouverez ci-dessous la Lettre du Crocodile, revue ésotérique et littéraire que nous transmet le CIREM,
Centre International de Recherche et d’Etudes Martinistes

Cette revue de publications littéraires et initiatiques explore toutes les traditions, de la Franc-Maçonnerie au Martinisme,
en passant par le Rosicrucianisme, le Bouddhisme et les différentes voies d’éveil


La Lettre du Crocodile 2011

N°1/4

 

CIRER BP 8, 58130 GUERIGNY, FRANCE

La Lettre du Crocodile est gratuite

dans sa version électronique.

N’hésitez pas à la diffuser autour de vous !



 

 

 

Viennent de paraître chez Rafael de Surtis

 

Hymnaire à la Déesse

de

Rémi Boyer

Orné d’une peinture de Lima de Freitas

Hymnaire à la Déesse.

Hymnaire à la Liberté absolue.

Trente trois hymnes

Trente trois célébrations

Poèmes incantatoires

Invocations

De la Déesse Suprême

En ces divers aspects

 

L’hymnaire entrouvre trente-trois portes, poétiques, magiques ou alchimiques vers la Déesse Suprême, en qui nous avons la Vie, le Mouvement, la Joie et l’Être, sans qui Dieu n’est qu’un cadavre.

 

Hymne à la Déesse Innommable, Hymne à la Déesse des Arcanes, Hymne à la Déesse vraiment Noire, Hymne à la Déesse Empourprée, Hymne à la Déesse Serpentine, Hymne à la Déesse de l’Incréé, Hymne à la Déesse du Temps des Temps, Hymne à la Déesse des Luminaires, Hymne à la Déesse Couronnée, Hymne à la Déesse de la Joie, Hymne à la Déesse de la Passion, Hymne à la Déesse de la Puissance, Hymne à la Déesse des Tempêtes, Hymne à la Déesse Cardinale, Hymne à la Déesse du Souffle, Hymne à la Déesse de l’Extase, Hymne à la Déesse de la Mort, Hymne à la Déesse de la Mutation, Hymne à la Déesse de la Force, Hymne à la Déesse des Aurores, Hymne à la Déesse des Origines, Hymne à la Déesse des Anges, Hymne à la Déesse de l’Ajustement, Hymne à la Déesse de l’Entendement, Hymne à la Déesse des Arts, Hymne à la Déesse des Songes, Hymne à la Déesse de la Sagesse, Hymne à la Déesse des Esprits Libres, Hymne à la Déesse de la Grâce et quatre Grands Hymnes.

18 € port compris.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, F-81170 Cordes sur Ciel

 

Le Pacte bicéphale

Le Pacte bicéphale. Initiation et avant-gardes par Paul Sanda & Rémi Boyer, illustrations Aimaproject, Edition Rafael de Surtis.

« Initiation & Métaphysique. Initiation & Avant-gardes.

L’initiation ne se révèle jamais mieux que dans sa double dimension métaphysique et poétique. A la croisée des expériences extrêmes et de l’intense banalité du quotidien, les formes s’estompent pour laisser toute la place à l’Être.

Le métaphysicien et le poète disent l’indicible, Janus persuadé que des mots il ne reste rien qu’un parfum d’essence qui seul fait trace.

La fulgurance de l’éveil aime l’insaisissable et l’éphémère. »

Ce texte constitue un véritable manifeste qui renouvelle l’alliance entre Initiation et Avant-gardes, réaffirmée par André Breton, démontrée par Sarane Alexandrian, aujourd’hui pleinement mise en œuvre de manière expérimentale, intime et fugace.

20 € port compris.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, F-81170 Cordes sur Ciel

 

Les choix du Crocodile

Histoires étranges suivi de Fabliaux de colloques magiques de Malcom de Chazal, Editions Arma Artis.

Ce livre est précieux. Pour la première fois, sont rassemblés les contes de Malcom de Chazal. Histoires étranges rassemble douze contes, Fabliaux de colloques magiques, huit.

Nous retrouvons l’auteur de Sens-plastique et Sens magique mais dans une autre modalité, un autre inattendu. Malcom de Chazal est un maître de la communication autre que consciente à travers les mots. La venue au conte est par conséquent naturelle à ce « poète intégral » comme le qualifie Robert Furlong dans sa présentation de l’ouvrage.

En 1958, Malcom de Chazal confie ces textes au professeur Irving Weiss, qui introduit ce recueil.  Dès sa rencontre en 1952  avec les textes de Malcom de Chazal, Irving Weiss avait été frappé par leur puissance éveillante et en avait reconnu le caractère visionnaire et ultime :

« Je lisais le Malcom de Chazal qui peut être immédiatement reconnu à travers ses livres : des observations qui reviennent à des révélations (…)

La chose la plus importante concernant Malcom de Chazal l’artiste écrivain est que ses œuvres les plus importantes appartiennent autant à la littérature au sens propre qu’à l’écriture visionnaire. (…)

Chazal écrivait aphorismes et pensées par-delà notre monde, il écrivait un type de vers libres imagés de façon exotique, des dialogues spéculatifs sous forme théâtrale, et le genre de fantaisie scientifique qu’il appelait contes magiques. Ses contes qui sont publiés aujourd’hui représentent le fabuleux dans l’ordinaire. Mais, ceci dit, dans tous ses écrits, son objectif littéraire était d’exprimer des réalités ultimes avec des mots justes. »

Le théâtre de vie que nous propose Malcom de Chazal. L’Île Maurice devient théâtre du monde et des mondes, théâtre intérieur. Ce théâtre est voie d’éveil. Chaque conte, qui est aussi poème, est vivant au cœur du lecteur comme il fut vivant au cœur de l’auteur :

« Non les contes, nous dit Chazal, dans l’ordre de relation, mais le conte poétique, qui narre, au fond, l’invisible, domaine essentiel du poète. (…) le conte réduit à sa plus simple expression est un poème, le véritable poème réunissant toutes les formes du verbe. Ce que je n’aime pas avec le poème, c’est la recherche d’effet, alors que le conte est simple, naturel et vivant, il s’évade de la littérature et se veut histoire de vie. »

Les titres de ces deux recueils sont éloquents : Le salut est par les Juifs Pierre II – Le portier – Le doute – Hasard – Un génie – Le nouveau Faust – Le roi du monde – La nouvel Hermès pour Histoires étranges et Le sens de la vie – Les quatre chevaliers de l’Apocalypse – Voyage à travers la Terre en un rien de temps L’opium – Lunette d’approche – L’automate – Le sage – La révolution d’octobre pour Fabliaux de colloques magiques.

Toujours, il cherche à créer une fissure dans le « faux réel » s’inscrivant dans une tradition insaisissable mais terriblement vivante à laquelle appartiennent Blake, Poe, Mallarmé, Lautréamont, Nerval, Rimbaud et d’autres, tous unis par un universalisme de l’intervalle, le seul possible d’ailleurs. Il en appelle à une métaphysique non-duelle. « Ce qui nous attend, dit-il, est l’identification du PROFANE et du SACRE, sur les cendres desquels naîtra l’UNIVERS VIVANT ET REEL. »

D’une certaine manière, Malcom de Chazal réanime le quotidien, la situation, ce qui se présente. « Si l’espace n’était fait que de portes ! ». Il ne réenchante pas le monde, il révèle le monde comme enchantement :

« Il faut être fou et le savoir. Et « commander «  sa folie. Il n’y a pas d’autres formes de génie. »

« Copernic. Galilée. Newton. Pythagore. Aristote. Archimède. Einstein. Simples savants. La lumière n’est pas savante. Elle n’est jamais allée à l’école. Le poupon connaît tout en ouvrant les yeux à la vie. L’ange est l’homme qui réapprend ce qu’il connaît. Le maître d’école, c’est lui-même. Vivre. C’est se rappeler. »

Nous sommes dans le « Ressouvenir », la « Reconnaissance «  de soi-même, propres aux philosophies de l’éveil.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

 

Henri Corbin. Penseur de l’Islam spirituel par Daryush Shayegan, Editions Albin Michel.

Henri Corbin est une figure majeure de la philosophie et de la spiritualité ; Son œuvre exemplaire demeure insuffisamment connue et ce livre érudit, rédigé par l’un de ses élèves, est une brillante contribution au rayonnement d’une pensée qui éveille.

Henri Corbin (1903-1978), connu comme le premier traducteur de Heidegger en France, fut le grand révélateur de l’islam iranien en ses multiples et surprenantes dimensions. Il est bien sûr pour nous celui qui a introduit à la notion et à l’expérience de l’imaginal, ce fameux « huitième climat ». Plus généralement, il a ouvert les portes d’un courant majeur de la tradition d’une profondeur et d’une portée semblable, et proche en bien des aspects, du shivaïsme non-dualiste du Cachemire ou de l’oeuvre d’un Maître Eckhart. D’ailleurs, l’œuvre d’Henri Corbin est un joyau de la rencontre entre Orient et Occident.

Daryush Shayegan réussit le tour de force de réaliser une synthèse, unique en son genre, de l’œuvre immense de son maître et ami, sans se perdre et sans perdre le lecteur : métaphysique de l’imaginal, prophétisme, angélologie, théophanie, voie héroïque, tradition des fidèles d’amour, ismaélisme, shî’isme ésotérique, soufisme sont abordés à travers de grands penseurs comme Avicenne, Mollâ Sadrâ, Sohrawardî, Rûzbehân, Ibn’Arabî…

Esotérisme, amour, poésie, réalisation sont au cœur d’une œuvre exigeante, rigoureuse, mais d’une rare ouverture d’esprit. Ni hagiographe, ni biographe au sens habituel du terme, l’auteur parle de ce travail admirable comme d’une « biographie spirituelle » :

« Le livre que nous proposons aux lecteurs n’est pas la biographie d’un penseur, il n’est pas non plus la description plus ou moins détaillée de ses œuvres, encore moins l’étude critique d’une démarche philosophique. Il est avant toute chose, un effort personnel afin de poursuivre la trajectoire d’une expérience exceptionnelle dans sa quête de la spiritualité. Notre voie d’approche épouse, par conséquent, la courbe d’une aventure spirituelle qui reste d’emblée un pèlerinage dans un continent perdu. Il y a l’homme, sa quête et le monde auquel aboutit cette quête. (…)

Cette quête comporte donc plusieurs aspects dont l’ensemble constitue un parcours spirituel qui va des études médiévales restaurées par Etienne Gilson, à la gnose illuminative de Sohrawardî, en passant par les penseurs protestants comme Luther, Hamann et la philosophie existentialiste d’un Heidegger. On peut distinguer un Corbin qui est à la fois, comme le dit si bien Richard Stauffer, un « théologien protestant », un herméneute heideggerien, un orientaliste initié à la gnose et un historien des religions. Il n’y a pas de succession dans ce parcours, puisque les activités de Corbin furent en quelque sorte simultanées. De même qu’il s’était mis autrefois à apprendre l’arabe et le sanskrit en même temps, de même aussi il était déjà un orientaliste quand il s’initia à l’herméneutique de Heidegger. Le passage de Heidegger à Sohrawardî qui excita tant la curiosité n’a de sens que si on l’envisage dans le sens d’une rupture épistémologique où l’Être-là heideggerien se dépasse d’une certaine façon pour épouser la dimension eschatologique d’un Être-pour-au-delà-de-la-mort. Nous y reviendrons plus loin. »

Ce livre, que nous ne saurions assez conseiller pour l’étude et la méditation, s’inscrit donc dans la transmission, en gnose, d’une voie d’éveil à part entière.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris, France.

Galeries et passages de Paris. A la recherche du temps passé de Richard Khaitzine, Editions Le Mercure Dauphinois.

C’est un ouvrage délicieux, plein de souvenirs, d’échos littéraires et artistiques, d’indices alchimiques et mythologiques, de clins d’œil et de trompe-l’œil.

En 1850, Paris offre cent cinquante passages. Beaucoup furent détruits par les travaux du baron Haussmann. Il en reste aujourd’hui une vingtaine. Richard Khaitzine fait revivre pour nous ces passages disparus et nous emmènent avec bonheur dans ceux qui subsistent.

C’est un conte. Rigoureux sur le plan historique, mais plein de poésie, de symboles vivants, de révélations, de portes dissimulées, d’alcôves. L’érotisme côtoie l’alchimie. La grande histoire se mêle avec l’anecdote. Le lecteur croise des centaines de personnages, certains familiers, d’autres inconnus, de Francis Carco à Arsène Lupin et Chéri-Bibi, passant par Gérard de Nerval, Tzara, Balzac, Gainsbourg… personnages austères ou truculents, réels ou de fiction. Tout ceci dans un parfum légèrement nostalgique, une ambiance quelque peu gnostique, Richard Khaitzine laissant chaque fois qu’il le peut de précieuses indications au chercheur.

A travers ce livre, l’auteur fait revivre Paris, comme si ces passages étaient les centres vitaux d’un réseau occulte et vivifiant de la capitale culturelle et traditionnelle.

Quelque peu auto-biographique – Richard Khaitzine  nous livre, sans la moindre ostentation, des pensées personnelles qui viennent souligner la connaissance portée par les lieux –  l’ouvrage intéresse aussi bien l’historien qui sera comblé par les informations érudites de l’auteur, le poète qui se régalera des jeux de mots, du « jeu des perles de verre », que le passant amoureux de Paris, de ce Paris à la fois extravagant et secret, lumineux et obscur, qui fascine tant l’étranger que le vieux parisien de souche blasé qui ne peut pourtant encore que s’extasier devant les ressources de sa cité.

Plongée en littérature, plongée dans l’histoire, plongée dans le symbolisme, ce livre, très réussi, se veut un guide complet pour Le p’tit flâneur. Il est davantage encore : un vrai moment de bonheur pour le lecteur.

Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris 38000 Grenoble, France.

Au cœur de la Talvera par Alain Santacreu, Editions Arma Artis.

Alain Santacrteu a rassemblé et refondu dans ce volume les textes qui fondent et jalonnent l’expérience salutaire qu’il a nommé Contrelittérature, mot et concept qui, immédiatement, suscite le mouvement intellectuel, voire l’agitation. Il s’en explique :

« D’emblée ce néologisme écorche notre oreille littéraire. Pourtant le « contre «  de « contrelittérature » doit s’entendre à plus hault sens, tel le contre-ut en musique, comme une élévation d’octave de la note ; ou, encore, selon la langue héraldique, quand le blason se trouve qualifié par un nom ou un adjectif précédé de cette préposition – contre-hermine, contre-vair, contre-fascé – contre-chevronné, etc. – qui induit une élévation des composants internes, disposés de part et d’autre comme les marches et contremarches autour du limon d’un escalier. »

La contrelittérature veut rétablir la littérature. Ce rétablissement, cette restauration passent par les gens de l’Être :

« Le combat de la contrelittérature est celui des gens de l’Être, à la fois extérieur, dans l’ordre temporel, contre l’horizontalité carcérale du monde moderne, mais aussi intérieur, spirituel, celui d’une remontée allégorique, à contre courant, du fleuve des immondices de la modernité jusqu’aux sources les plus pures de la naissance du roman occidental, du roman de cette époque romane qui est la littérature que la contrelittérature doit rétablir, ou plutôt récapituler. Pour les gens de l’Être, la Parole est la racine du monde, l’Alpha et l’Oméga des êtres et des choses. Ils croient en une dimension eschatologique du langage : ils sont le « petit reste » qui s’ouvre à l’œuvre de Celui qui doit venir en consolateur, en défenseur, en justicier. Les gens de l’Être sont les sujets du Verbe. »

Et de s’expliquer sur le titre choisi :

«  Les Grecs disaient de certaines de leurs anciennes inscriptions qu’elles étaient écrites en boustrophédon, c’est-à-dire en tournant (strophé) comme un boeuf (bous) arrivé au bout du sillon et donc, alternativement, de gauche à droite et de droite à gauche. Les paysans du Midi appellent « talvera » cette partie du champ cultivé qui reste éternellement vierge – car c’est l’espace où tourne la charrue, à l’extrémité de chaque raie labourée. (…)

Cette notion de « talvera » représente une des virtualités métaphoriques les plus pures de la contrelittérature – qui est l’espace dialectique du renversement perpétuel du sens, de sa reprise infinie, de son éternel retournement. »

Ainsi nous voyons se dessiner la contrelittérature comme un mouvement serpentin en quête d’axialité. Il s’agit de faire de la littérature une voie d’éveil, que les lettres conduisent à l’Être. La contrelittérature apparaît dès lors comme une pratique qui engage la totalité de l’individu, dans une tension vers l’Esprit, non un jeu intellectuel pour satisfaire la personne.

Les gens de Tradition seront à l’aise dans les textes contrelittéraires qui appellent à une voie libertaire, cardiaque, amoureuse qui ne confond pas le symbole et la représentation, comme il est malheureusement convenu aujourd’hui, et qui sait la puissance de changement opératif de la métaphore. Si l’érudition évidente de l’auteur est bienvenue, ce n’est pas ce qui importe, sauf à se soumettre à la mondanité. De la « talvera » à « l’hostie féminine de Dieu », Alain Santacreu ne cède pas un pouce face aux exigences de la queste initiatique qui va du nom au Nom.

« La Germaneta de la Contrelittérature est la Dame qui nous transmet la Connaissance du Nom de Gloire. Elle déploie son tablier : ses deux mains tenant les pans représentent le bipôle de l’Esprit saint ( HH) ; puis, par le geste même de l’ouverture, de bas en haut, elle donne à voir le bipôle du Père-Fils (YW) ; enfin, les églantines au milieu du tablier dévoile le Fils incarné (Sh). Le Nom de Gloire s’inscrit sur le tablier dont la forme évoque le « circulus divin ». La gestuelle du miracle des roses est une mimographie sacrée du Nom divin : YHShWH. »

Un livre qui se pratique.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

Les livres

Franc-maçonnerie

Vade-mecum des Ordres de Sagesse du Rite Français de Claude Darche, collection petite Bibliothèque de la Franc-maçonnerie, Editions Dervy.

Claude Darche poursuit son excellent travail pédagogique. Après le Vade-mecum de l’Apprenti, le Vade-mecum du Compagnon, le Vade-mecum du Maître, le Vade-mecum des Hauts-Grades, voici le le Vade-mecum des Ordres de Sagesse du Rite français.

D’emblée, elle met l’accent sur un point négligé, ou ignoré, pourtant chargé de sens : « Les hauts grades du Rite français se distinguent tout d’abord par leur appellation : ce sont des ordres et, contrairement aux hauts grades du REAA, le terme de perfection n’est pas évoqué car, ici, nous allons vers la sagesse ».

Ordre plutôt que degrés ou grades. Sagesse plutôt que perfection.

Le paradigme diffère, la finalité demeure identique : « Au demeurant, explique l’auteur, tous les maçons de quelque rite qu’ils soient aspirent à cette sagesse, cette sagesse qui fait de nous des êtres libres et de bonnes mœurs, comprenant chaque jour un peu mieux le sens de leur vie et le pourquoi de leur existence, s’adonnant à respecter les valeurs morales, le Bien, le Beau, le Bon. Des chercheurs, des quêteurs, des êtres toujours en marche et toujours en partance vers un ailleurs, vers un présent qui est à revisiter chaque jour et à chaque instant. »

Liberté, ajustement, alternative nomade, présence. Nous sommes bien sur les fondamentaux de la quête.

Après un bref rappel historique du Rite Français et des Ordres de Sagesse, dans lequel il est rappelé le rôle essentiel joué par René Guilly, Claude Darche étudie  chacun des ordres du rite : premier Ordre de Sagesse, Elu Secret 4e grade – deuxième Ordre de Sagesse, Grand Elu Ecossais, 5e grade – troisième Ordre de Sagesse, Chevalier d’Orient 6e grade – quatrième Ordre de Sagesse, Souverain Prince des Rose-Croix, Parfait Maçon Libre, 7e grade. On passe de la justice, de la vengeance, de la morale du premier Ordre à la Liberté du dernier, philosophiquement et opérativement du duel au non-duel. Ce n’est pas par hasard, qu’en guise de conclusion à son travail, Claude Darche nous propose la Sourate du Vide extraite du beau livre de Jacques Lacarrière Sourates.

Pour chaque Ordre, elle distingue l’esprit de l’Ordre, ses symboles, ses procès, ses maximes et croyances qui véhiculent critères et valeurs et ses spécificités.

Une fois de plus, un livre utile, destiné à soutenir et penser la pratique maçonnique.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

Les cinq points parfaits de la maîtrise ou la résurrection symbolique de Percy John Harvey, Maison de Vie Editeur.

Nous retrouvons avec plaisir la pertinence et la pédagogie de Percy John Harvey sur un sujet central de l’opérativité maçonnique qui fonde le sens de la Chambre du Milieu qui est le redressement, l’axialité.

Les 5PPM pour Cinq Points Parfaits de la Maîtrise constituent une clé du grade de Maître, trop souvent négligée. Première mort et résurrection, le grade de Maître, qui prolonge le Cabinet de réflexion, est considéré comme le degré préliminaire du cycle de perfection.

Percy John Harvey porte un triple regard sur le symbolisme de ce grade à travers la conception classique, judéo-chrétienne, de la résurrection, le mythe d’Osiris et l’alchimie métallique. C’est ce croisement des regards qui lui permet d’identifier les points les plus importants de la cérémonie avant de se consacrer au symbolisme et à l’opérativité des 5PPM.

En faisant lien, et donc en laissant trace, entre les 5PPM et les cinq composantes de l’homme selon l’Egypte antique, Djed, Ka, ba, Akh et Shouyt (le Djed est le symbole de la maîtrise dans les rites maçonniques égyptiens), entre les 5PPM et le couple enlacé, le Rebis, la symbolique et le mouvement du Ki, le caducée d’Hermès, Percy John Harvey insiste sur l’opérativité effective à laquelle appelle le symbolisme du grade et indique la réalité du processus initiatique qui conduit du duel au non-duel.

Justement illustré, par l’iconographie et des schémas qui aident à penser, ce petit livre apparaît comme un indispensable outil pour l’instruction au grade de Maître. Mieux que de gros essais faits de compilations aussi hasardeuses qu’inutiles, il est moins une réponse qu’une invitation à approfondir la quête.

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

Vers une nouvelle Franc-maçonnerie de Gilbert Garibal, Bibliothèque de la Franc-maçonnerie, Editions Dervy.

Gilbert Garibal, dont nous avions signalé son intéressant Ombres et Lumières sur la franc-maçonnerie paru chez le même éditeur, revisite l’histoire, mythique et réelle, de la franc-maçonnerie pour une mise en perspective intéressante.

Prenant acte de l’évolution de nos sociétés, de la place grandissante de la science dans nos interrogations et nos réponses, des nouvelles demandes de ceux qui frappent à la porte du temple, demandes de pragmatisme, il pose les principes d’un nouveau défi lancé à la franc-maçonnerie.

Ce qui frappe d’emblée, c’est que ce défi n’est pas initiatique mais sociétal. L’initiation n’est pas ici entendue comme voie d’éveil mais plutôt comme développement personnel, ce qui rappelons-le avec insistance est radicalement différent. Ce n’est certes pas un hasard, Gilbert Garibal, docteur en philosophie et psychosociologue est spécialiste du développement personnel. Est-ce alors une simple projection de son modèle du monde sur l’institution maçonnique ? Ce serait mettre de côté la nature même de la Franc-maçonnerie. Celle-ci n’est pas initialement une société d’initiation au sens le plus axial du terme. La Franc-maçonnerie est porteuse d’un projet politique, sociétal et spirituel. Il ne s’agit nullement de se libérer de tout conditionnement et de toute mondanité au sens où l’entendent les traditions initiatiques mais de contribuer à une société meilleure par le perfectionnement de ses membres. C’est pourquoi les greffes initiatiques ne prennent jamais complètement et durablement sur la Franc-maçonnerie. Il faut cependant les défendre et les poursuivre.

Le propos de Gilbert Garibal est finalement très en phase avec la Franc-maçonnerie telle qu’elle est, une société de pensée, avec rites (ce qui n’en fait pas une société initiatique) dont les préoccupations sont finalement profanes. Il va comme d’autres chercher dans la psychanalyse ce qui est particulier à la Tradition : « Parce que, soulignons-le, si la méthode maçonnique n’est pas une thérapie, elle ne manque pas, en revanche, de bénéficier des raisonnements de la précieuse théorie psychanalytique ». Jung mis à part, membre lui-même de sociétés internes, les pères de la psychanalyse, si intéressants soient-ils traitent de la « personne » et non du soi, non du chemin de l’individuation. C’est par défaut de Tradition que la Franc-maçonnerie éprouve la tentation aujourd’hui de la psychanalyse ou plus généralement du développement personnel.

Pour ceux qui sont dans cette démarche, le livre de Gilbert Garibal sera bienvenu car le projet présenté, projet sociétal, est tout à fait intéressant, à la fois inscrit dans la continuité maçonnique et novateur. Souvent lucide, sur nos travers, optimiste, sur nos potentialités, il croit en la puissance de changement de la vénérable institution :

« Mais il est clair que, aujourd’hui, quelle que soit l’obédience qu’approchent les candidats à l’initiation, Dieu qu’on le nomme l’Être suprême ou le Grand Architecte de l’Univers (vu comme vérité révélée ou symbole) n’est plus le critère central évoqué pour donner réponse à tout ce qui « actionne » la nature. L’immanence et la transcendance, l’ontologie et la métaphysique – qui touchent à l’intime et non au commun – font davantage place chez les postulants, au pragmatisme, au concret, aux valeurs « groupales », dans les raisonnements. Mais, fait nouveau, ils se méfient de la notion de « bien » – valeur qui permet de tuer ! – à laquelle ils préfèrent  « la bonté » – vertu liée à l’intelligence – synonyme de don et d’écoute. Donc d’échange. Et si demain voyait le retour du dialogue, véritable lien social dans la cité ?! »

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Dictionnaire amoureux de la Franc-maçonnerie par Alain Bauer, Editions Plon.

Dommage d’avoir gâché ce si beau titre avec un dictionnaire dans lequel on cherchera en vain une dimension initiatique. Mais fallait-il espérer autre chose d’un auteur plus préoccupé de politique que de tradition ou d’éveil ? Malgré les entrées maçonniques obligées, Alain Bauer réalise surtout un catalogue de figures historiques. Quelques personnalités actuelles apparaissent. L’engagement maçonnique de Bertrand Delanoë, Xavier Bertrand et d’autres personnalités de la scène politique est également abordé. On ne sera pas étonné, l’auteur est spécialiste de « sécurité », de la présence d’une notice sur un soi-disant contre-espionnage maçonnique.

Le dictionnaire amoureux de la Franc-maçonnerie reste donc à écrire.

 

Cahiers d’Occitanie, nouvelle série n°47, décembre 2010, cercle Villard de Honnecourt, Grande Loge Nationale Française.

Dernière livraison de l’année 2010, les Cahiers terminent en beauté avec un ensemble de contributions qui allient avec bonheur, histoire, initiation et poésie.

Sommaire : Worshipful Masters grands Officers and Brethen par Mickaël Jacobson – Réflexions sur le Grand Architecte de l’Univers par Jean-Louis Ducoin – La couleur des chevaux de l’Apocalypse par Gérard Jarlan – Quelques Francs-maçons dispensés du Marc d’or par Alain Selle Lapierre – Les pliants du frère Séné par la Direction – Prosopopée de Pierre Paul Riquet par Henri Salvayre – Ramsay et l’Académie française par la direction – L’évanouissement des effigies par L – Le saint et le sacré par Gérard Jarlan – Du nouveau sur Louis-Sébastien Mercier par Ariel-Pelléas Serain – Kundalini et Franc-maçonnerie par Pierre Schiele – Toujours Mozart, Stendhal et Mark Twain par Peter-John Moother – Et un profond sommeil par André Liberati – Chetwood, le Maçon généreux par Georges Lamoine – les trois ordres de terre Sainte par la Direction – Le sacrifice d’Hiram par Pierre Schiele – Lyromancie par Paul Dermée.

Ce dernier texte reproduit en fac-similé rassemble des poèmes prophétiques tout à fait intéressants comme celui-ci :

 

Rose-Croix

Sur le grand autobus en fête

Estelle vous allez pleurer

Arles dansant la Tarentelle

L’écho va se désespérer

Les guêpes flammes au bûcher

Chanteront l’hymne d’épousailles

Un sourire viendra s’effeuiller

Au ciel des nuits occidentales

Equilibre l’unique loi

Des cristaux où naît la lumière

Symétrie aux pôles du froid

L’étoile des ferveurs trémières

Va s’empourprer entre vos doigts

Rose magique de la croix

Cahiers d’Occitanie, MCP, 17 ch. De la Plaine Andrau, 31140 Aucamville, France.

 

Martinisme

Nouveauté

L’Esprit des Choses, Nouvelle Série, en langue italienne, n°4.

L’Esprit des Choses est de nouveau disponible en langue italienne dans une formule totalement nouvelle, sous la direction de Giancarlo Tumiati et Ennio Junior Pedrini.

Sommaire du n°4 : Ce numéro est tout entier consacré à L’Homme-Dieu : Traité des deux natures, suivi de “Le Mystère de la Trinité” selon Louis-Claude de Saint-Martin de Jean-Baptiste Willermoz. Vous y trouverez la traduction intégrale du texte en italien, accompagné d’une présentation par le comité de rédaction.

Ass. Esprit des Choses, via Vittorio Emanuele 69, 11020 Bard (Ao) Italia.

Espritdeschoses@gmail.com

La SEPP propose à son catalogue le tapis du Maître Coën. Ce tapis en lin et imprimé intéressera ceux qui développent une pratique quotidienne.

Vous y trouverez également tous les décors coëns, martinistes et maçonniques. SEPP, 108 rue Truffaut, 75017 Paris.

 

Hermétisme

Anthologie alchimique du Dr Bacstrom F.R.C., traduit de l’anglais, annoté et introduit par les Frratres du Collegium Rosæ Crucis, Collectanea rosicruciana, Sesheta Publications.

Pour la première fois en Français, voici un ouvrage du Docteur S. Bacstrom. Ce dernier traite de la Voie Alchimique de l’Antimoine, à travers les phases du Grand-Œuvre, illustrées par les textes classiques des Alchimistes, et commentées par le Dr Bacstrom lui-même.

L’introduction de cette édition française nous fait voyager dans la vie du Dr Bacstrom. Un épisode important réside dans sa rencontre avec le Comte François de Chazal, ancêtre de Malcom, sur l’Ile Maurice, et son initiation au sein de la Société de la Rose-Croix (Societas Rosæ-Crucis) avec le fac-similé de son serment.

Bacsrom oeuvra à la fabrication de l’Élixir de Vie dans une perspectiveclassique des voies d’immortalité.

Sommaire : Introduction de l’Édition Anglaise par J.W. Hamilton-Jones – Introduction de l’Édition Française par Fred MacParthy – Préface du Dr Bacstrom – I. Du Soufre, le Soleil – II. De Notre Mercure, le Régule Martial d’Antimoine – III. Du Feu Secret, un Sublimé Mercuriel – IV. Du Rebis – V. Des 3 Principes – VI. Des Creusets & des Ballons- VII. De l’Œuvre – Termes Allégoriques, dans lesquels les Philosophes ont Occulté leur sens Caché – Liste des Manuscrits de la Collection Bacstrom.

Cette édition soignée d’un ensemble de textes importants ; La compilation du Dr Bacstrom est en effet rigoureuse et utile pour tous les pratiquants de la voie de l’antimoine.

Dans sa longue et excellente introduction, Fred Mac Parthy apporte des informations très intéressantes sur l’occultisme britannique qui fut si brillant et si agité, mais aussi sur la présence d’une Rose-croix hermétiste antérieure aux manifestes allemands du XVIIème siècle.

www.sesheta-publications.com

Symbolisme

Les grands symboles de l’humanité de Julien Behaeghel, Editions Alphée.

Julien Behaeghel, qui nous a quitté en 2007, a beaucoup écrit sur le symbole. Dans ce livre, il nous invite à « manger le symbole », faisant référence à Gilgamesh qui ne comprend pas qu’il doit manger la plante d’immortalité et l’eau de vie. Manger le symbole, l’ingérer, c’est être le symbole plutôt qu’avoir le symbole.

Les trente symboles étudiés dans ce livre ont tous une fonction particulière dans le grand jeu initiatique œuf cosmique – œil-miroir, point-rien, Père-Ciel et Mère-Terre, arbre, serpent, soleil double, lune quaternité, cercle, croix, spirale,labyrinthe, montagne sacrée, trinité et triangle, arc-en-ciel, cercle-carré zodiacal, dieu cornu, axe du monde et pôle, ange et androgyne, équerre et compas, Janus ou la dualité, nœud, cœur, étoile, coquille et conque, phallus-linga, roue…

Chaque étude, dense, précise et d’une grande richesse, révèle les possibilités de mouvement du symbole, sa potentialité opérative. Plutôt que des longs et inutiles développements, Julien Behaeghel préfère condenser l’essentiel dans une écriture où se mêle poésie et connaissance.

« Le symbole est « le dernier accès au sacré » selon Robert Triomphe, rappelle l’auteur. Et il développe :

« Qu’est-ce que le sacré, sinon l’incompréhensible verbe qui a prononcé notre forme, au commencement, lorsque tout était noirceur et inconscience. Le sacré est la parole perdue, celle qui a tout créé, qui a tout dit, lorsque rien n’avait jamais été dit. C’est la parole de vie, la parole de sang, de sève, d’eau et de lumière. Le sacré, c’est ce qui nous a pensés de toute éternité afin qu’un jour, dans le temps, nous puissions voir sa beauté et petit à petit deviner la couleur de son regard et, plus tard, bien plus tard, partager sa sagesse. »

Après avoir abordé ces symboles fondamentaux, il rappelle les bases du symbolisme géométrique, du symbolisme des nombres, du symbolisme des couleurs, du symbolisme des animaux, du symbolisme des métaux et du symbolisme des fleurs, les fleurs qui sont « dieux et déesses et dans de nombreux cas symboles d’immortalité. ».

Ce livre, dédié à C.G. Jung, ce qui n’est pas anodin, relève du tissage traditionnel. Il ne propose pas une juxtaposition de notices mais un voyage sur l’océan du symbole par des méditations imbriquées.

Utile à l’instruction de base, il nourrit aussi l’esprit des questeurs qui ici et là trouveront matière à nouer ou dénouer.

Julien Behaeghel puise dans le superbe symbolisme Dogon :

« La déesse nous tient en son nœud, giron cosmique dont le centre est chaleur solaire. Et c’est à sa chaleur que nous tisserons notre propre devenir en ajoutant quelques mailles à l’énorme grenier du monde, et lorsque notre travail d’amour sera terminé, la Nommo-déesse, Vierge du passage, nous donnera son fil, cordon ombilical de l’invisible, nous hissera dans le centre de conscience. Le fil de la Vierge deviendra alors l’axe du monde ; le nœud sera délié, le temps sera abrogé, la porte entre les deux mondes sera ouverte. L’homme alors n’aura plus qu’à tresser son âme au cœur même de l’âme universelle. »

www.editions-alphee.comm

 

Dictionnaire de la symbolique des couleurs de Georges Lanoë-Villène, Maison de Vie Editeur.

Georges Lanoë-Villène est déjà l’auteur d’un monumental Livre des symboles. Avec ce dictionnaire, il nous propose d’étudier particulièrement la symbolique des couleurs dont on sait l’importance tant en héraldique qu’en hermétisme.

Le langage des couleurs, d’une richesse incomparable, nécessite un long apprentissage pour obtenir une fluidité de mise en œuvre en quelque art que ce soit, de la peinture à la littérature.

L’auteur, à juste raison, a privilégié la qualité à la quantité. Il aurait pu multiplier les entrées, il a préféré se concentrer sur un nombre limité d’entrées afin d’approfondir chacune d’elles. Nous avons ainsi près de trente pages sur la couleur « jaune », près de quarante consacrées au « rouge » et des inattendus comme la couleur « cendre » ou le « caméléon ». Le regard hermétiste conduit l’organisation de ce dictionnaire et le choix des entrées par l’auteur.

L’auteur examine la place de la couleur dans les cosmogonies et mythologies de diverses traditions occidentales ou orientales. Il développe la symbolique de certains personnages clés. Il identifie les points les plus saillants dans les domaines de l’art, de la mystique, de l’alchimie, de la thérapie ou autres, rappelle quelques principes fondamentaux, suggère quelques liens pertinents pour le chercheur. Davantage qu’une juxtaposition d’informations, ce dictionnaire veut introduire à la quête, former la pensée à l’investigation du langage symbolique si particulière à l’hermétisme.

Voici ce qu’il nous dit du Nectar :

« Dans l’ésotérisme philosophique et religieux, le nectar représente les bonnes œuvres des héros accomplies au cours de leur vie terrestre, symbolisées par leur sang, qu’il sont d’ailleurs souvent versé pour la cause de Dieu. Le rouge hiéroglyphiant la sainteté, le nectar est toujours rouge, ou plutôt le rouge est la seule couleur qui lui soit attribuée. Les dieux le boivent avec délice, c’est-à-dire qu’ils se désaltèrent mystiquement avec les œuvres de justice et de paix. Dans la métaphysique commune, le nectar est comme la distillation magique opérée par les dieux du sang de la terre, c’est-à-dire des meilleurs vins et des meilleurs breuvages, des essences les plus parfumées et les plus suaves que produit notre globe ; les dieux le boivent avec joie pour l’entretien de leur jeunesse éternelle, et par conséquent pour la conservation du monde. »

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, France.

Le Miroir d’Isis n°17, année 2010.

Nous retrouvons avec grand plaisir cette revue sans équivalent dont le sommaire est, encore une fois, particulièrement riche, tant sur le plan culturel que sur le plan initiatique : Le Vagabond ou le Fils Perdu de Jérôme Bosch de Marc Penninck de Landas – L’Egypte de Clément Rosereau – La prophétie de Zacharie du Père Sanchez – Comme oscurité, comme lumière de Raimon Arola – La doctrine des Pères de la tradition (3) de Claude Froidebise – Dante et l’énigme du 515 par A.A. – Le paradoxe de la quête initiatique de Sliman Rezki – Le Livre des Théophanies d’Ibn Arabi de Catherine de Laveleye – In Memoriam Paul Vankimmenade de Clément Rosereau – Songe philosophique…

Vous serez particulièrement intéressés par la longue étude sur Dante et le 515, sujet qui nous fut rendu familier par notre ami disparu Lima de Freitas. Si l’auteur de cette étude, A.A., diverge par bien des points de l’approche de Lima de Freitas, il le rejoint sans doute sur l’essentiel, la référence métaphysique et opérative à l’Esprit et à son Royaume. L’originalité de cette étude réside dans son inspection des traditions islamiques pour chercher des interprétations du 515 porteuses de sens. Le 515, thème inépuisable, n’est pas objet de spéculation mais bien vecteur de réalisation opérative.

Ce numéro est, bien naturellement et heureusement, placé sous le sceau du Message Retrouvé de Louis Cattiaux, présent directement et indirectement en de nombreuses contributions pour nous rappeler l’importance de ce texte indispensable.

Contact : Clément Rosereau, 54 bis rue d’Angleterre, F-59870 Marchiennes.

 

Rose-Croix

Joséphin Péladan et la Rose+Croix. Etude historique sur les courants initiatiques rosicruciens de la Belle Epoque autour du Sâr Péladan par Arnaud de l’Estoile, Editions Arqa.

La personnalité de Joséphin Péladan (1858-1918) est difficile à cerner et continuera de nous échapper. Cependant, ce livre dresse un beau portrait de l’homme, de l’artiste, de l’initié dans une époque particulièrement riche pour l’occultisme et l’initiation.

Arnaud de l’Estoile rend compte des relations difficiles du Sâr avec ses pairs, on pense bien sûr à Stanislas de Guaita et la célèbre « guerre des deux roses » et met en évidence une influence certaine, culturelle mais aussi initiatique, qui lui a heureusement survécu.

Nous retrouvons dans ces pages cette Rose-Croix de Toulouse dont on sait si peu. Son frère, Adrien, en détenait la filiation et il initia Joséphin. C’est cette initiation que revendiqua Péladan pour constituer son Ordre de la Rose-Croix Catholique du Temple et du Graal. Quelques filiations hermétistes rosicruciennes se sont maintenues confidentiellement dans des cercles familiaux élargis. Il est possible que les Péladan se soient inscrits dans l’un de ces courants. Joséphin Péladan, catholique peu catholique et hermétiste peu hermétiste, n’en a pas moins laissé dans ses écrits des indices très intéressants sur la connaissance des arcanes.

L’auteur pose la question « de savoir si le Sâr fut un réel initié Rose-Croix ou s’il a mis ses acquis en occultisme uniquement au service de son épopée romanesque et de sa propre gloire. ». C’est évidemment un faux problème, nul ne saurait juger de ce qu’il en est et il faut rappeler qu’à toutes les époques, certains initiés choisissent le tapage pour mieux se cacher. Nous ne suivrons pas non plus l’auteur quand il affirme que « c’est actuellement l’AMORC qui perpétue de façon la plus visible l’héritage de Péladan ». Si l’AMORC a, par opportunisme, relancé des Salons de la Rose-Croix qui n’ont que peu à voir avec l’esprit magnifiquement quichottesque qui animait le Sâr, on ne saurait trouver dans l’AMORC une continuité traditionnelle avec la Rose-Croix de Péladan comme d’ailleurs avec tout autre courant rosicrucien traditionnel. Rappelons que l’AMORC fut une création ex nihilo de Spencer Lewis sans lien avec les courants hermétistes Rose-Croix.

Toutefois, ce livre est intéressant par la synthèse qu’il propose sur un personnage clef de l’occultisme européen et par les documents, notamment l’iconographie, qu’il met à notre disposition dans une belle présentation.

Editions Arqa 29 bd Lise, 13012 Marseille, France.

www.editions-arqa.com/

Christianisme

Le livre des œuvres divines de Hildegarde de Bingen, collection Spiritualités vivantes, Editions Albin Michel.

L’édition en poche du livre d’Hildegarde de Bingen permettra au plus grand nombre d’approcher l’œuvre de la grande mystique rhénane.

Ce texte relève d’abord de « la philosophie prophétique » relève dans sa présentation, excellente, Bernard Gorceix qui emprunte l’expression à Marie-Madeleine Davy.

« Au XIIème siècle, précise-t-il, de l’avis des plus grands, le charisme visionnaire est aussi bien guide spirituel que source de connaissance. Bernard l’écrit clairement à Hildegarde qui lui décrit en toute humilité les phénomènes pneumatiques qui la secouent : « Au reste, pourquoi instruire, ou exhorter, là où préexiste un enseignement intérieur, là où une onction instruit de tout ? » Cette évidence visionnaire, totalement consciente chez Hildegarde de Bingen, détermine la structure de tout le texte : aussi bien la structure d’ensemble, le plan visionnaire, que les articulations du discours, l’espace visionnaire. »

Le texte qui restitue par les mots l’indicible de dix visions confère le pressentiment de l’expérience. L’écriture d’Hildegarde relève plus de l’art que de la science bien que sa volonté de précision dans la description soit déterminée. Le luxe des détails pourrait tuer le symbole. Il n’en est rien. Chaque ensemble visionnaire demeure vivant. Sa maîtrise de l’allégorie et de la métaphore est telle qu’elle évite les pièges du langage qui fige par nominalisation. Elle œuvre à l’articulation du symbole et de l’énergie, là ou le silence des mots s’impose.

Ses représentations qui évoluent de manière pensée depuis son Scivias jusqu’au Livre des œuvres divines ont toujours une fonction bien précise. Hildegarde est conscience que l’image ne représente pas le réel mais peut faire vivre le réel en nous. L’œuvre d’Hildegarde est moins originale par son propos qui s’inscrit dans la tradition de son époque que par sa puissance à rendre vivant ce qui pour beaucoup n’est que spéculation théologique. Bernard Gorceix identifie clairement la moniale au poète. L’essai structuré est saturé d’intuitions poétiques qui l’irrigue totalement, faisant de cette œuvre un expérience véritable pour le lecteur méditant.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

La Bible, une parole moderne pour se reconstruire de Moussa Nabati, Editions Dervy.

La psychologie ou la psychanalyse ne font pas souvent bon ménage avec la Tradition. Trop souvent, la psychanalyse, qui a tendance à investir le temple maçonnique depuis quelques années, ne fait qu’appauvrir et réduire la fonction symbolique. Ou encore nous observons une distance méprisante envers le corpus biblique ou tout autre corpus traditionnel.

Le travail de Moussa Nabati évite ces deux écueils. Il reconnaît la valeur intrinsèque du corpus biblique. Il ne prétend pas traiter de la dimension strictement initiatique par une interprétation psychanalytique des écrits bibliques fondamentaux. Il voit dans la Bible et la psychanalyse une convergence d’intérêt et de finalité, à travers des regards et des concepts différents, pour une réconciliation de l’être humain avec lui-même. C’est là, très exactement, la fonction thérapeutique, pré-initiatique, présente dans la Bible. Il s’agit de la reconstruction nécessaire du sujet, victime d’atteintes diverses à son identité ou à sa singularité. L’initiation, elle, traite de la dissolution du sujet pour laisser toute la place à l’être. Une autre quête.

« Adam et Eve, Caïn et Abel, Abraham, Isaac et les autres n’apparaissent plus, nous dit l’auteur, comme des personnages antiques, appartenant à un monde depuis très longtemps disparu, ou des fictions n’ayant existé nulle part ailleurs que dans l’imagination des conteurs. Ils sont en nous. Ils représentent une part de nous-mêmes, nos désirs, espérances et peurs. Ils sont surtout détenteurs et transmetteurs d’une leçon, d’une sagesse, d’un message pertinent et salvateur pour nous, les femmes et les hommes d’aujourd’hui, en quête de valeurs. »

Moussa Nabati analyse le jeu du couple et le jeu familial, dans l’écho d’un androgynat primitif mais aussi la dualité de Caïn et Abel, présents en chacun.

« Il ne serait possible de vivre avec autrui en paix que si d’abord ces deux côtés, opposés mais complémentaires, présents en chaque être sans exception, se reconnaissent positivement et s’acceptent ; l’un « abélique », féminin, matriciel, miséricodieux, bon, clément, dévoué, généreux, inquiet pour son prochain, et l’autre, en revanche, « caïnique », paternel, volontaire, conquérant, égoïste et indifférent à la souffrance de ses frères.

Tout conflit avec l’autre reflète, en définitive, d’abord une guerre civile, une déchirure interne, puisque nous sommes portés, sans en avoir conscience, à rabaisser, à rejeter, à malmener ou parfois à idolâtrer, à l’inverse, celui qui incarne précisément la facette que nous avons refoulée et qui nous manque donc pour être enfin nous-même, vrai !

Il faudrait en résumé, pour se reconstruire, renouer avec son identité plurielle. »

Puis, Moussa Nabati poursuit avec cette interrogation : « La ville est-elle un fléau ? », Caïn étant le premier constructeur de ville. Il interroge en réalité la fonction d’imitation et la fonction d’invention ainsi que le besoin d’identification à l’objet qui ruine toute liberté et toute sagesse. L’autre grande interrogation porte sur la fonction des interdits, régulateurs de notre liberté, réelle ou supposée.

Tout au long de l’ouvrage, et encore avec le thème du sacrifice d’Isaac, l’auteur traite du triangle familial, de son équilibre fragile, de ses dérives, de sa créativité.

Le dernier chapitre, qui conclut, momentanément, la pensée de l’auteur, s’intitule « Aimer son prochain comme soi-même ? » Le point d’interrogation est d’importance bien sûr. Moussa Nabati en propose six interprétations. A la sixième, il introduit un élément essentiel :

« Le texte ne dit pas « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », mais plus exactement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis l’Eternel. ».

Pourquoi ce détail « Je suis l’Eternel », rappelé curieusement 14 fois dans le chapitre 19 du lévitique contenant notre commandement ? Cela signifie que les rapports intra-personnels, c’est-à-dire avec les autres, sont impossibles sans la médiation de la Loi. Cela signifie que l’amour de soi-même et celui du prochain sont inconcevables sans l’entremise de Dieu, le tiers symbolique transcendant. »

On voit tout l’intérêt de ce tiers au niveau psychologique. Mais nous en restons justement au psychologique, à l’horizontalité dualiste alors que nous sommes là à la porte de l’initiatique, non dualiste.

« Dieu n’est pas une personne ou un personnage, mais un symbole, disons très exactement une parole, sans doute conçue et élaborée par les hommes, au cours d’un cheminement très long, mais dont les humains ont indispensablement besoin, aujourd’hui plus que par le passé, pour se construire psychologiquement : sortir du tohu-bohu, de la matrice, pour se différencier et se mettre à distance de la pulsion. (…)

Dieu, c’est le non-moi, ce qui permet que je ne sois pas dieu, pour que je sois moi. »

Moussa Nabati, psychanalyste, psychologue et thérapeute, dessine, par interrogations et interprétations, une riche et dynamique représentation du chemin de l’individuation.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Templarisme

 

Templiers et Hospitaliers en Quercy. Commanderies et Prieurés sur le chemin de Notre-Dame de Rocamadour de Jacques Juillet, Editions Le Mercure Dauphinois.

Ce travail, d’une grande rigueur historique, intéresse, voire passionne, par bien des aspects. Le lecteur bénéficie tout d’abord de la précision, du discernement et du sens de la concision de l’auteur qui ne se perd pas en vaines suppositions comme c’est si souvent le cas avec le sujet de la Chevalerie.

Il commence par nous présenter, de manière très synthétique ce que furent les Hospitaliers et les Templiers, l’Ordre de l’Hôpital et l’Ordre du Temple, dont les deux histoires, les deux tragédies, se mêlent intimement. Il en éclaire la mission, les idéaux, identifie les contradictions entre une spiritualité affirmée et la réalité politique.

Mais c’est en Quercy que Jacques Juillet nous démontre la nature même de la Chevalerie. Aujourd’hui, où les chevaliers de pacotille sont légions, où la mondanité  et la lâcheté l’emportent sur l’éthique et le courage, le portrait au quotidien que dresse l’auteur d’un simple chevalier anonyme, soucieux des principes fondateurs de la Chevalerie, inspiré des sept œuvres de Miséricorde, est puissant. Au fil des pages, c’est la conception chevaleresque de la vie que Jacques Juillet nous propose. A travers l’histoire, et surtout l’histoire locale, éloignée des intrigues des « grands » de l’époque, c’est de spiritualité que nous entretient l’auteur.

Il conduit le lecteur dans les commanderies du Haut Quercy, la commanderie du Bastit de Causse, celle de Sainte-Marie de Cahors, celle de la Tronquière, celle d’Espédaillac. Il n’oublie pas non plus les petits Prieurés qu’il fait revivre pour nous.

Mais la partie de l’ouvrage la plus intéressante est celle consacrée aux oubliées de l’histoire officielle, les Dames de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les « Dames maltaises » et notamment ces Grandes Prieures, de Themines, de Castelnau, de Gourdon-genouillac-Vaillac, grandes figures de la spiritualité et de la bienfaisance, intransigeantes avec elles-mêmes, toutes entières à leur mission, bienveillantes avec autrui, incorruptibles devant la concupiscence des hommes d’Eglise ou d’Etat. Leurs vies sont une leçon d’éthique, d’hospitalité, et de spiritualité chrétienne.

Ce livre laisse une impression étrange et inattendue à sa lecture. Il se présente comme un ouvrage historique mais constitue un puissant rappel à soi-même, à son identité spirituelle, face à un monde qui n’est pas même décadent, ce qui laisserait entendre une créativité vivante, mais seulement au summum de la médiocrité.

Jacques Juillet, par ce livre, nous appelle au pèlerinage, tant géographique qu’intérieur :

« Les touristes du XXème siècle oublient, pour la plupart, qu’un pèlerinage se fait à pied ; la marche, la durée du trajet et ses péripéties, les gîtes d’étape, les chemins indiqués sont l’accompagnement nécessaire à l’exigence de l’âme.

Historiquement l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fut la première institution humanitaire internationale et durant huit siècles la seule, bien avant la Croix-Rouge, les Médecins sans frontières ou les Médecins du monde…

Il n’était pas un Etat et néanmoins était souverain,

Il n’’était pas une Eglise et néanmoins relevait du pape,

Il n’était pas une institution Française et néanmoins  fut poursuivi et dépouillé par les assemblées de la révolution de 1792-1793, au mépris du droit international envers une puissance étrangère souveraine.

Il était l’ami de la France par des traités, par son rôle de protection des convois français en Méditerranée, par les deux tiers de chevaliers français qui y servaient et il fut interdit de séjour en France.

Pendant neuf cent ans, ses chevaliers donnèrent l’exemple de la vaillance et de l’abnégation, en éducation, en agriculture, en médecine, dans les hôpitaux, en art militaire et sur mer. Ils formèrent nombre d’agriculteurs dans leurs commanderies et sur leurs bateaux la plupart des grands marins de notre ancien régime. L’empereur Napoléon s’en était rendu compte pour avoir dit : « Si mes amiraux avaient été formés à Malte, j’aurais pu vaincre l’Angleterre. »

Il est l’unique ordre de chevalerie du XIIème siècle à avoir survécu et à continuer sa mission originelle de soigner les pauvres, les malades, les blessés des catastrophes et des guerres à travers le monde.

Protéger, secourir, sans souci des risques, des blessures, d’avantages personnels, simplement pour satisfaire à un besoin d’absolu, et savoir mourir ou s’élever avec humilité, « non pas pour soi » (selon l’humble devise des chevaliers du Temple), « mais au service de Dieu et pour les autres », tel fut le devoir des moines-soldats qui ont laissé sur terre un sillon de courage et de conscience où quelques êtres trouveront leur chemin. »

Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris 38000 Grenoble, France.

Catharisme

Un Cathare au XXème siècle, Déodat Roché (1877-1978). Sa vie, son œuvre, sa pensée de José Dupré, Editions La Clavellerie.

Nous vous rappelons ce livre essentiel de l’excellent José Dupré, publié il y a juste dix ans, sur une personnalité exceptionnelle du catharisme, à qui nous devons non seulement le renouveau des études cathares, mais l’actuelle survivance d’un courant cathare, intellectuel et spirituel.

L’étude, très fouillée, et le témoignage de premier ordre  de José Dupré, qui a collaboré longuement avec Déodat Roché, sont un apport indispensable à la compréhension du catharisme du XXème siècle.

Le beau portrait qu’il fait de l’homme permet au lecteur d’approcher un esprit fort, inconditionnel, d’une rare lucidité et d’une bonté discrète. Déodat Roché eut un parcours spirituel, initiatique, d’une grande richesse, depuis Sédir et ses « Amitiés spirituelles » jusqu’à l’anthroposophie de Steiner, passant par l’Eglise gnostique et la Franc-maçonnerie. Mais, on perçoit très tôt chez Déodat Roché un regard fixé sur l’au-delà des formes initiatiques, ce qui apparaîtra nettement quand il va fonder et développer les « Etudes Cathares » et de concrétisera à la fin de sa vie dans le recueillement et la solitude. L’ermite cathare, présent dès le début du chemin, une fois sa mission accomplie malgré les vicissitudes inhérentes à l’humanité, s’épanouira finalement pour faire de sa vie une œuvre en soi.

Mais à travers ce portrait, José Dupré veut dire ce qu’est le catharisme et ce qu’il n’est pas. Il combat pour que l’œuvre de Déodat Roché qui a incarné le catharisme demeure vivante et libre :

« Ces pages, nous confie-t-il, ne sont pas nées d’un choix délibéré, mais de la nécessité qui s’en fit ressentir, peu à peu, lors de réunions ou de conversations m’amenant à répondre à des questions, ou à donner des informations, au sujet de Déodat Roché et des « Etudes Cathares » qu’il fonda sous une triple forme :

  1. Les Cahiers d’Eudes Cathares, revue trimestrielle, en janvier 1949.
  2. Les Editions des Cahiers d’Etudes Cathares, publiant les livres de D. Roché.
  3. La Société du Souvenir et des Etudes Cathares, fondée à Montségur en Ariège le dimanche 30 avril 1950. Elle donna naissance au Camp d’été de l’Estagnol en 1956.

Par ailleurs, l’oubli dans lequel, de divers côtés, on cherche à faire tomber l’œuvre de D. Roché dont les ouvrages, en cette fin de siècle, ont disparu des librairies, rend nécessaire de rappeler sa vie, ses épreuves et son œuvre, face à tous ceux qui veulent éliminer la compréhension spirituelle du Catharisme à laquelle il fit un apport essentiel. Cette occultation n’empêche pas, bien au contraire, d’exploiter sans le dire les fruits de son labeur. Obéissant au mot d’ordre d’un certain ministre « Nous devons faire de la culture une industrie rentable. » (Radio France-Inter, 4-10-1983), les agents de cette récupération travaillant à défigurer le Catharisme en un objet ambigu et curieux, ne dérangeant plus aucune institution, et réduit à n’être qu’un label utilisé pour la promotion commerciale.

En 2001, quarante ans se sont écoulés depuis que je fis la connaissance de Déodat Roché. Au fil de ces années, ma conviction s’est renforcée que l’essentiel du Catharisme n’est pas une doctrine, ni un folklore, à quoi nos contemporains tendent à le réduire mais, pour l’être humain, une manière de percevoir sa propre vie intérieure et l’univers sensible, une manière aussi de se comporter à l’égard de ces deux domaines, de concevoir leurs rapports et de reconnaître, avec respect qu’il sont des sources communes, avec lucidité qu’ils rencontrent des obstacles identiques. Il m’apparut aussi que cette manière d’être et de ressentir faisait tragiquement défaut aujourd’hui dans un monde où elle a été implacablement persécutée il y a plus de sept siècles, en Europe. »

Dix ans plus tard, l’urgence de rappeler l’œuvre, de porter loin et haut le message, de préserver le joyau traditionnel, n’a fait que grandir. Le travail de José Dupré, si nécessaire en 2001, se révèle indispensable en 2011.

La Clavellerie, 24650 Chancelade, Dordogne, France.

Christianisme

Quel devenir pour le christianisme ? par Mgr Philippe Barbarin et Luc Ferry, collection Espaces libres, Edition Albin Michel.

Le cardinal et le philosophe (plutôt que l’ancien ministre qu’il vaut mieux oublier). Voici une rencontre intéressante sur fonds de questionnement à la fois de la laïcité qui cherche à se renouveler sur la vague des bouleversements actuels et du christianisme. Mais de quel christianisme parle-t-on, de celui figé dans le dogme catholique ou de celui vécu au quotidien par le chrétien anonyme ?

Luc Ferry pointe trois aspects intéressants. « C’est, dit-il, par un même mouvement que nous nous éloignons des religions et que nous entrons dans la logique de l’amour. » Il remarque que l’émancipation a comme corollaire une moindre protection par les religions face aux grands questionnements dont celui de la mort et de la finitude. Ceci conduit à une quête spirituelle puissante, nourrie de l’amour de l’amour,  face au deuil de l’autre, surtout de l’être aimé. Luc Ferry annonce un retour de la philosophie au sens antique du terme : « une doctrine du salut, mais lucide, par la raison et par soi-même, plutôt que par Dieu et par la foi ».

Il précise : « La religion nous promet en quelque façon que nous pouvons être sauvés de la mort, et de la crainte qu’elle suscite, par un Autre qui est Dieu et par la foi. La philosophie nous promet qu’on peut être partiellement sauvé de cette peur non par un Autre qui serait Dieu, ni par la foi, mais par soi-même, par l’humain, avec les moyens du bord et par la lucidité de la raison. »

Pour Luc Ferry, le grand débat n’oppose pas morale et spiritualité mais spiritualité philosophique et spiritualité religieuse.

Philippe Barbarin nous rappelle, lui, que « le christianisme tranquille n’existe pas ». Corps, Psyché, Pneuma Le christianisme prend l’homme dans sa totalité. L’Eglise aussi. En tout cas elle le devrait et bien souvent c’est le cas malgré les manquements et les fautes historiques aujourd’hui connus de tous.

« La vie spirituelle, dit-il, est un élément essentiel d’équilibre pour « l’homme tout entier et c’est lui dont l’Eglise veut être la servante. Pour cela, elle a toujours à faire, et jamais elle ne sera en repos. (…)

Que l’amour de Dieu, l’amour d’un Père, atteigne enfin le cœur de tous ses enfants, voilà le but du christianisme. Nous avons donc devant nous un avenir extraordinaire. »

Le débat entre les deux hommes est riche même si, manifestement, ils ne parlent pas toujours de la même chose. Au fil des mots, le lecteur en conclura peut-être que même si tort et raison n’existent pas, il vaudrait mieux encore avoir tort avec Mgr Barbarin, qui réenchante le monde, qu’avec Luc Ferry qui le rend terne.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

Spiritualité

Une spiritualité d’enfant sous la direction de Lytta Basset, Collection Espaces libres, Editions Albin Michel.

Ce livre collectif aborde un sujet essentiel. Il est publié dans un pays, la France, qui a bien du mal à aimer ses enfants surtout quand ces derniers refusent de s’insérer dans le carcan de préjugés des adultes. Tous ceux qui ont eu la chance de conduire des ateliers philosophiques avec les enfants, ceci dès la maternelle, savent quelle profondeur les enfants peuvent révéler au grand étonnement de leurs parents et enseignants.

Lytta Basset, théologienne protestante, nous pose cette question : « La vie spirituelle des enfants est-elle nécessairement infantile et appelée à être remplacée par une spiritualité adulte et responsable ? ». Elle interroge ainsi le Simple et le Silence chez l’adulte et invite à découvrir une singularité particulièrement riche en évitant l’écueil de l’idéalisation de l’enfance.

Ce livre rassemble des personnalités qui travaillent avec les enfants ou sur le sujet de l’enfance : Nicole Fabre, psychothérapeute d’enfants – Michèle Trellu, médecin – Emmanuelle Rémond-Dalyac, journaliste – Serge Mollat, pasteur – Tania Zittoun, professeur en sciences de l’éducation – Madeleine Natanson, psychanalyste – Sylvie Barnay, historienne – Yves Bridel, professeur d elittérature – Anne-Marie Aitken, assistante générale de la Xavière. La pluralité des expériences et des regards fait la richesse du propos.

Un seul regret, si on entend bien, parfois, les enfants encore présents chez les adultes invités dans ce livre, il manque la parole des enfants eux-mêmes, qui sont sans doute les meilleurs experts de leur propre spiritualité.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris, France.

 

Non-dualisme

 

Corps de silence par Eric Baret, Editions Almora.

Plongée immédiate et totale dans le jeu multiforme et sans cesse renouvelé de la Conscience, ce livre est un événement dans la littérature des philosophies de l’éveil. Plus qu’un simple évènement, il s’agit d’un avènement en pleine lumière, celui de la Beauté, de la Poésie de la Vie, de la toute puissance et de la Liberté de la Conscience. Eric Baret y décline comment tout, dans la tradition du tantrisme cachemirien est prétexte à  reconnaissance de la Conscience : l’éveil de la sensibilité, l’émotion, l’exploration du corps subtil, l’espace, le sommeil, l’assise et la verticalité, la vie quotidienne…

Plongeant au cœur du cœur de la sagesse tantrique, l’auteur nous invite à reconnaître en chaque aspect de la vie quotidienne la nature essentielle, la présence vivante et inconditionnée de la Déesse.

Ce livre intéresse en bien des aspects :

– Son iconographie, constituée de nombreuses statues et objets peu connus, nous saisit par la force de son évidence et nous parle autant que les mots. En ces mots et images, expérience esthétique et compréhension métaphysique vibrent dans un même silence.

– L’écriture précise et vive, en chapitres courts, cerne immédiatement l’essentiel de chaque thème. Même l’utilisation de nombreux termes sanskrits ne nuit pas au texte. Au contraire, elle l’agrémente d’un parfum mystérieux et vivant.

– La sensibilité raffinée avec laquelle l’auteur pointe l’essentiel rend le lecteur sensible aux mystères de l’être et de la vie que nous sommes mais que seule notre opacité mentale voile.

– La preuve, avec nombre de citations à l’appui, que l’essence non dualiste de la Quête est une et partagée par les fers de lance les plus sûrs de la tradition (Tauler, Plotin, Maître Eckhart, Ibn Arabi…) et que les traditions initiatiques convergent seulement et toujours au plus haut sens, dans le plus simple.

– La variété et le caractère incontestable des sources anciennes évoquées par l’auteur.

– La dimension interne de cérémonies très anciennes comme le Teyamm dont le caractère provocateur et choquant pour un esprit aseptisé par la culture de masse, cache et dévoile des vérités essentielles à celui qui est en Quête de l’avènement de la Conscience…

 

«  La saveur de l’expérience esthétique est analogue à celle de la plus haute expérience spirituelle. »

 

« Dans un regard sans intention,

celui d’un enfant, la perception se révèle comme l’Ultime. »

 

«  La pratique consiste à reconnaître la vision claire de l’objet comme sujet,

de deux en un. »

 

« Voir une fleur pour la première fois est un événement extraordinaire,

la voir sans passé, sans lien psychologique, dévoile une intimité impensable. »

 

« Sans objet présent, le pseudo-sujet ne peut se maintenir.

Sans sujet ni objet,  reste la vibration reflet de la Conscience. »

 

Ce livre est à lire et à relire car ce foisonnement peut nous faire facilement passer à côté de ce qui, pour le cherchant, est peut-être tout aussi important, voire plus, que cette abondance. Il faut en effet beaucoup d’attention pour percevoir en filigranes l’invitation silencieuse à percer le secret de la conscience que l’auteur essaie d’éveiller en nous en creux. Cette percée repose sur divers éléments :

– L’approche simple, évidente et libertaire du jeu de la Conscience et de l’Energie s’accompagne du retournement nécessaire à toute voie directe. Contrairement aux voies progressives qui conditionnent et étalent l’émergence de la pure conscience dans le temps, l’expérience non duelle pose celle-ci comme préalable et fait de la Voie une célébration libre et gratuite. Cette approche accorde une importance première, primordiale à la vibration, à l’ouverture que cet écrit évoque avec clarté.

– La fonction essentielle, la dimension interne, mais aussi le caractère second et la finalité ultime de diverses techniques telles que les mantras,  le souffle, les rituels, la sexualité sont évoqués plus ou moins rapidement mais au plus profond. Tous les degrés de l’intégration des pratiques sont suggérés à travers l’articulation des divers plans. Ainsi, par exemple, des relations entre le rituel extérieur, le rituel interne, l’absence de rituel, la célébration gratuite. Au cœur, à la base de toute pratique est le Corps qui est bien autre chose que le corps senti….

– Enfin, la Voie de la célébration et de la spontanéité nécessite l’excellence, la profondeur  et le non attachement. Si la bonne nouvelle est que la joie et l’absolu naissent librement ici et maintenant en l’être non identifié, il ne faut pas croire pour autant, que son accès soit si facile à celui qui est vécu par le monde. L’auteur dénonce avec force toute approche commerciale, consumériste, arriviste, de la tradition car l’Art consiste avant tout à vivre totalement la beauté en soi, à la laisser vibrer et se déployer en son corps dans l’absence totale de soi dans l’expérience sensorielle, voie exigeante qui passe parfois par des moyens non conventionnels qui ont toujours une raison d’être technique (ainsi par exemple de certains aspects ultimes de la Déesse). Cette approche du centre par le centre  procède par désapprentissage, désactivation des nœuds énergétiques qui nous bloquent dans nos schémas corporels et psychiques. C’est pourquoi la manière d’appréhender ici les techniques telles que le yoga sont diamétralement opposées à la vulgarisation de masse actuelle. L’exploration du corps et la clarté des sens est d’abord expérience individuelle.

 

« L’émotion est psychologiquement neutre et tactilement infinie. »

 

« L’ouverture est sans cause et les questions pourquoi ? où ? et quand ? sont non appropriées …  L’ouverture ne peut être accomplie par la logique ni par l’exercice intellectuel. »

 

«  C’est dans l’expérience du Corps que l’Ultime va se dévoiler… Le corps d’extase est le corps de vibration. »

 

Un CD Rom accompagne l’écrit. Eric Baret aborde l’importance de l’approche fonctionnelle à travers d’autres aspects de la vie, de la Voie : la fausse approche de la présence, la résonance du corps, l’intensité d’être, le conditionnement extrême comme liberté totale, la capacité à  écouter, l’ouverture qui libère de la séparation, l’exploration de la gratuité, la fluidité de la perception l’éducation des enfants… Chaque chose pointe l’évidence, la beauté, la liberté de la vie sans intention.

Cet ouvrage est indispensable à toute personne qui veut saisir en quoi le vrai visage de la tradition tantrique est un espace de lumière inaltérable. Le lecteur comprendra en quoi cette tradition n’a rien à voir avec les contrefaçons modernes et pseudo-initiatiques si courantes mais surtout, il sentira vibrer en lui la liberté qui ré-éveille et qui ne dépend d’aucune coloration traditionnelle puisqu’elle est vie, beauté inconditionnée.

Une rencontre à ne pas manquer avec un disciple proche de celui qui a largement concouru à la diffusion d’une approche sans tache de la voie directe, Jean Klein. Par ce livre, Eric Baret rend un hommage appuyé à cet éveilleur si singulier et si beau que fut Jean Klein.

Editions Almora 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

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La lampe de la connaissance non-duelle, Advaita Bodha Deepika traduit de l’anglais par Anasuya, Editions Le Mercure Dauphinois.

Le non-dualisme n’est pas réservé au shivaïsme cachemirien. Toute tradition est, en son essence, non duelle et elle l’est également, ne serait-ce qu’ultimement, dans son expression. Le Vedanta propose un enseignement non-dualiste de haute tenue. On pense évidemment à Sankaracharya mais d’autres instructeurs ont écrit sur le processus, qui se révèle un non-processus, qui réalise le Soi. La forme en est différente que dans le shivaïsme non-duel, moins libertaire, moins directe. Le sujet en est identique.

Le Sri Advaita Bodha Deepika fut rédigé par Sri Karapatra Swami qui condensa en sanscrit l’enseignement des sages en douze chapitres dont huit seulement sont venus jusqu’à nous : Adhyaropa, la superposition – Apavada, la suppression de la superposition – Sadhana, les modes d’accomplissement – Sravana, écouter parler de Dieu, lire des textes consacrés à dieu et parler de Dieu – manana, méditer sur sravana –  Vasanakshaya, l’annihilation des tendances latentes – Sakshatkara, la réalisation directe – Manonasa, l’extinction du mental.

La lecture de ce sommaire pourrait laisser penser à une voie progressive allant du duel au non-duel. C’est là une vision dualiste. En réalité la réalisation directe est ici et maintenant, toujours, immédiate, évidente et inévitable. La réalisation de notre nature véritable, non-duelle, passe par la dissolution de deux ignorances concernant le Soi : « Il n’existe pas. », « Il ne rayonne pas. ».

L’un des points sur lesquels le texte insiste réside dans la nécessité d’acquérir la connaissance directe avant que les tendances latentes du mental ne puissent être effacées, permettant alors la réalisation de Brahman par la méditation.

L’identification du témoin avec Brahman est insuffisante. Le passage de « Tu es Cela » à « Je suis Brahman » n’efface pas l’ego.

« A moins de perdre complètement son identité, il n’est pas possible d’être Brahman. C’est pourquoi, pour réaliser Brahman, la perte de l’individualité est la condition sine qua non. »

« Il ne fait aucun doute que l’individualité dure aussi longtemps que le mental existe. Tout comme l’image reflétée disparaît lorsque l’on enlève le miroir, l’individualité peut être effacée en rendant le mental silencieux par la méditation. »

« Le jiva émergeant en tant que Brahman s’étonne que, ayant été tout du long Brahman et Brahman seulement, il ait pu errer comme un être impuissant imaginant un monde, un dieu et des individus ; il se demande ce qu’il est advenu de toutes  ces imaginations et, maintenant qu’il demeure entièrement seul en tant que l’Être-connaissance-béatitude libre de toute différenciation, interne ou externe, s’étonne de connaître la béatitude suprême de Brahman avec autant de certitude. C’est pourquoi la réalisation n’est possible pour le jiva qu’à la destruction complète du mental et non autrement. »

Ceci implique la disparition de toute causalité, de toute relation sujet-objet et de toute expérience.

« Seulement pour l’ignorant, le pur éther non-duel de la connaissance absolue se manifeste en tant que la variété des êtres, le monde, Dieu, différents noms et formes, moi, toi, lui, « ceci » et « cela ». (…) Le sage qui, par la pratique de la connaissance, a détruit l’ignorance et atteint la vraie connaissance, demeurera éternellement et uniquement en tant que la connaissance absolue, sans avoir conscience des plaisirs que procurent les fruits des actions ou des activités du monde. »

« Efface toutes les pensées, quelles qu’elles soient, celles des choses savourées, non savourées, ou autrement vécues. Comme le bois ou la pierre, demeure libre de toute pensée. »

L’investigation éclairée proposée par ce texte, alliée à la méditation, contribue à l’extinction du mental.

Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

Eveil

Une absence extraordinaire. La libération au milieu d’une vie ordinaire de Jeff Foster, Editions Almora.

L’éveil est une évidence masquée par la recherche de l’éveil, par l’enseignement sur l’éveil, par les pratiques méditatives et autres, par la quête elle-même en ses multiples dimensions. Jeff Foster constate l’absence extraordinaire, ici et maintenant, de tout individu. Cette prise de conscience, état permanent de la conscience elle-même, installe dans la félicité de l’instant.

Il n’y a aucun moyen, habile ou non, qui conduit à l’éveil. Jeff Foster rappelle l’arrogance du moi qui veut l’éveil.

« Avant « je », avant « je veux, j’ai besoin », il n’y a rien. Avant « je », il n’y a ni vouloir, ni besoin, c’est complet. Avant que la recherche naisse du vide, il n’y a pas de manque.

Dès l’instant où la recherche apparaît, le manque se révèle. Nous nous tournons alors vers le monde pour combler cette sensation d’incomplétude, et les enseignants apparaissent. Ils sont la projection de notre manque. »

La reconnaissance du jeu dualiste de l’apparaître, sans tomber dans l’identification au non-dualisme, sans se laisser happer par l’attachement au non-attachement. Juste ce qui est là.

« Ne plus avoir ni passé, ni futur est liberté. Etre entièrement seul, mais sans jamais se sentir isolé un seul instant. Faire face à la vie, admettre que vous êtes complètement épuisé par des années de  recherche, par la prétention, et les tentatives d’évitement de l’expérience brute. Voir la vie dans sa clarté absolue et réaliser que c’est toujours le miracle, que ça n’a jamais été « votre » vie. »

Au fil des mots, l’auteur met en garde contre ceux-ci. Il défait aussitôt ce qu’il a fait pour ne pas figer le miracle de la vie dans une expérience, pour ne pas stopper l’émerveillement dans une image. Aucune réponse mais des questions qui disparaissent d’elles-mêmes.

« Cette libération, cet amour, cette tendresse, cette innocence ne seront jamais mis en mots, jamais transmis ou capturés, et pourtant c’est tout ce qui est, apparaissant partout, étant toujours toute chose, ne rejetant rien, et vous embrassant – ou embrassant ce que vous considérerez être – à chaque instant.

La vie est l’unique miracle, il n’y en a pas d’autre. L’absence extraordinaire est la présence parfaite, le rien est tout, et en cela tout est résolu. »

Editions Almora 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

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Mal d’ego, bonheur d’être. Petit livre sur l’éveil ordinaire de François Malespine, Editions L’Originel Charles Antoni.

Ce livre aborde l’éveil ordinaire, le Rigpa tibétain ou petit satori du zen. A travers son cheminement, de ses expériences et ses multiples rencontres, l’auteur témoigne du jeu de la conscience entre dualité lourde et non-dualité. C’est aussi un hommage discret à tous ceux qui assumèrent pour lui une fonction d’éveilleur : Père jean, Marthe Robin, Lanza del Vasto, Arnaud et Denise Desjardins, Alain Bayod, Dudjom Rimpoche, Lama Guendun, Douglas Harding, Amma et d’autres.

« La conscience égotiste, nous dit l’auteur, nous apparaît en tant que non-conscience, conscience de « moi je suis ceci/cela », mais absente du réel et de ses manifestations car sur toutes ses perceptions, cette conscience ne fait que projeter diverses influences et conditionnements, résultant de l’éducation familiale, du système scolaire et de la culture propre au pays. Cela fait dire au maître indien swami Prajnanpad : « Vos pensées sont des citations, vos émotions sont des imitations, vos actions sont des caricatures. » Et si nous pensons que cela concerne les autres, c’est que le chemin, pour nous, n’a pas commencé.

En revanche, la conscience impersonnelle « Je Suis », est goûtée en tant que conscience-présence, non consciente d’Elle-même en tant que je suis ceci/cela, vide de références identitaires, sans aucune appropriation, et pour cette raison intensément aimante et présente au réel et à ses manifestations. Elle s’exprime ainsi à travers St. Jean de la Croix : « Vous direz que vraiment je me suis perdue. Qu’éprise d’un Amour ardent, je me trouvais en me perdant. ». »

Editions L’Originel Charles Antoni, 25 rue Saulnier, 75009 Paris.

 

Chine

Le Tao selon Matgioï ou comment gouverner votre vie ? de José Nogueira, Maison de Vie Editeur.

Albert Puyou, comte de Pouvourville, (1862-1939), fut initié dans le taoïsme sous le nom de Matgioï, « œil du jour ». Après avoir, comme rené Guénon, fréquenté les milieux occultistes (une filiation martiniste se réclame de lui encore aujourd’hui, il influença l’Eglise gnostique), il s’employa à introduire le taoïsme en France après son séjour en Indochine. Il fut un grand opposant au colonialisme.

Cet ouvrage nous propose une traduction des trois livres fondamentaux du taoïsme, le Tao ou Livre de la Voie, le Te ou Livre de la Vertu, le Kan-ing ou Livre des actions et réactions concordantes. Mais son intérêt réside surtout dans les commentaires de Matgioï qui accompagnent ces textes classiques déjà très accessibles.

Matgioï devait publier ses commentaires sur le taoïsme en trois volumes dont deux seulement furent édités, il s’agit de La Voie rationnelle et de La Voie métaphysique. Le troisième volume La Voie sociale s’intéressait à un projet sociétal basé sur la sagesse taoïste. L’ouvrage ne fut jamais publié. La lecture des commentaires rassemblés par José Nogueira permet toutefois d’identifier les grandes lignes de La Voie sociale. Une fois de plus, le lecteur sera étonné de la permanence du taoïsme et de sa pertinence actuelle.

« La menace de la mort n’est qu’un préservatif ; la mise à mort est un assassinat et est vengée par la mort de l’assassin. C’est une application de la doctrine du « choc en retour » des actions humaines qui fait l’objet du traité du Kan-ing. Chaque acte porte avec lui un germe de futur et la manifestation de l’acte déclenche nécessairement une sanction qui peut se produire immédiatement ou plus tard mais dont le résumé accompagne l’auteur de l’action le long de sa personnalité. C’est lorsque ce résumé est égal à zéro que le Nirvana est enfin atteint.

Seule la conduite non-conforme des grands peut rendre le peuple malheureux : et le malheur du peuple le conduit à se dégoûter de l’existence, à mépriser la mort, et à passer par suite une vie médiocre dans les révoltes. Les grands portent donc immédiatement la peine de leur erreur, parce que cette erreur, par juste contrecoup, leur fait perdre le seul moyen de gouvernement qu’ils puissent posséder vis-à-vis des hommes qui se sont écartés de la Voie. »

Il ne faudrait pas lire les commentaires de Matgioï à travers la vision courante, linéaire et réductrice du karma qui prévaut encore en Occident. Matgioï invite à appréhender l’acte comme un mouvement d’énergie, un effort psychique, qui vient co-influencer la complexité et la dynamique du tissu énergétique du monde.

« Or, dit-il, ce sont là précisément les phénomènes les plus importants que peut susciter l’action humaine ; ce sont les seuls qui demeurent, et qui, par un jeu de mouvements réciproques et parfaitement coordonnés, ont une existence perpétuelle ; ce sont eux seuls qui ont une résultante sur tous les plans, un écho dans tous les mondes et qui portent en eux ce caractère de pérennité que doit avoir tout ce qui dit, pense ou agit un homme, parcelle infinitésimale, mais certaine, de ce Tout indicible dont l’Eternité est une dimension. »

Il indique alors, en quelques mots, l’intérêt d’une alchimie particulière :

« C’est en ce monde énergétique que vont converger, sans se perdre ou s’annihiler, toutes les énergies partielles émises par les séries des actions humaines. Considérons-les jusqu’à leur entrée en ce monde mystérieux, athanor central où tout ce qui est une force s’élabore ; et tâchons de les saisir à leur sortie. »

Ce livre mérite une lecture très attentive. Les commentaires de Matgioï sont une opportunité d’approcher l’essence si subtile du taoïsme notamment à travers ses applications sociales.

Maison de Vie Editeur 16 bd Saint-Germain, 75005 Paris, France.

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Vietnam

Religions du Vietnam (XVIII-XXIe siècles), ésotérisme traditionnel et nouvel occultisme, numéro de Péninsule coordonné par Pascal Bourdeaux et Jérémy Jammes.

Nous vous conseillons le passionnant numéro 60 de l’excellente revue Péninsule consacrée aux Etudes interdisciplinaires sur l’Asie du Sud-Est péninsulaire, consacré tout spécialement au Vietnam et à ses formes religieuses très particulières au carrefour d’influences multiples.

Sommaire : I. Traces et rémanences des anciens réseaux ésotériques – François Thierry, Les allumettes ésotériques du Vietnam, écritures et protection – Georges Boudarel, Sociétés secrètes et/ou sociétés à secret, dynamiques de la dissidence et du conformisme dans le Vietnam traditionnel. – Paul Sorrentino, Maîtres et disciples dans le delta du Fleuve Rouge, note de terrain sur les thày cúng – II. Les nouveaux réseaux occultistes – Jean-Pierre Laurant, Pascal Bourdeaux & Jérémy Jammes (entretien) : Autour de ” Matgioi ” le passeur et l’empreinte des écrits occultistes du comte de Pouvourville en France et au Vietnam – Jérémy Jammes, Thông thiên hoc ou la société théosophique au Sud du Vietnam, rôle et impact d’une association occultiste internationale dans l’univers du croire vietnamien -Pascal Bourdeaux, La revue France-Asie (1946-1974), un regard post-colonial sur la ” synthèse culturelle ” – Janet Hoskins, Derrière le voile de l’Œil céleste : le rôle des apparitions dans l’expansion du caodaïsme – Markus Schlecker & Kirsten Endres, ” Psychics “, Science et Vérité dans le Vietnam d’après-guerre.

C’est un sommaire très riche qui permet de mieux appréhender la richesse protéiforme d’un ésotérisme vietnamien qui rencontra bien sûr l’ésotérisme francophone, même si l’ésotérisme profond du Vietnam, resté discret sinon secret à la croisée des grandes traditions de l’Orient, n’est pas ici pleinement identifié.

Ce numéro 60 de Péninsule est à commander à Numerilis – Anoux-la-Grange – 54800 Jouaville. 25 € + 5€ de port.

 

Bouddhisme

Les chemins du Dalaï-Lama. Portrait intime d’un homme et de son destin de Pico Iyer, Editions Albin Michel.

Pico Iyer dresse un beau « portrait » de l’actuel Dalaï-Lama à qui il est unit par une longue amitié. Homme au destin exceptionnel, personnalité complexe confrontée trop jeune à une réalité politique qui le dépasse, dont l’Occident a façonné une image idéalisée trompeuse, le Dalaï-Lama nous est à la fois familier et éloigné. L’homme de paix nous est proche, le bouddhiste, contrairement à ce que l’on peut croire, reste éloigné, masqué par la volonté du Dalaï-Lama à « n’apporter à autrui que ce qu’il pourra lui servir ».

Portrait du Dalaï-Lama ou portrait d’une amitié avec le Dalaï-Lama ? C’est plutôt cette amitié qui est restituée dans ce livre, la rencontre de deux regards qui se nourrissent l’un et l’autre de certitudes et d’incertitudes. Le lecteur en apprendra davantage peut-être sur l’expérience de l’auteur au côté du dalaï-Lama que sur le Dalaï-Lama lui-même. Mais justement, il est possible de mesurer le rayonnement du Dalaï-Lama à son influence sur l’un de ses proches qui ne manque pas d’esprit critique : « Quelque chose changeait en moi chaque fois que je le quittais, alors que je disais à mes amis, avec passion, que les humains ne changent jamais tout à fait. »

Le Dalaï-Lama est d’abord un méditant, un familier de la non-dualité confronté à la violence dualiste du monde, qui sait mettre de côté la haute métaphysique bouddhiste pour enseigner au quotidien à tous, chaque jour plus conscient du paradoxe de sa situation et d’une mission qui ne peut conduire qu’à l’insatisfaction.

« Le système même des lamas réincarnés ou, tulkus, reconnus grâce à des symboles secrets juste après leur naissance, pourrait presque constituer un savant mélange de logique ingénieuse et d’anti-logique tibétaine : après tout, ce qui fait toute sa beauté, c’est qu’il porte au pouvoir de petits garçons (et, parfois, des fillettes) qui n’ont eu aucune opportunité d’être corrompus par le monde et qui ne sont animés d’aucun arrivisme. Le revers de la médaille est qu’en y mettant des enfants de deux ans, cela revient, du moins pour quelques années, à mettre le vrai pouvoir entre les mains de régents et de tuteurs plus âgés, ou de proches de l’enfant, qui ne sont, eux, en aucun cas immunisés contre les tentations du pouvoir et les conflits politiques. J’ai été surpris d’apprendre que, pour les Tibétains, avoir un tulku né dans sa famille n’est pas une source de réjouissances ; ils ont tendance à croire que, du point de vue séculier (et par le biais, sans doute, d’une sorte de compensation complexe), le plus souvent cela porte malheur. »

Le Dalaï-Lama vient de connaître cinq décennies d’exil et ce n’est pas terminé. Le Tibet est en passe d’être détruit par la Chine dans une indifférence quasi générale. Mais sans l’invasion chinoise, le Tibet et son bouddhisme n’auraient pas rencontré le reste du monde avec une telle intensité. Malgré les doutes, les interrogations quant aux « bonnes » décisions qu’il aurait pu, ou dû selon certains, prendre, le Dalaï-lama reste confiant :

« Tout ce que nous pouvons faire, n’a-t-il cessé de dire, c’est de travailler sans relâche, afin d’être prêts quand une opportunité se présentera. Nous pouvons ne pas voir les fruits de nos actes de notre vivant, mais cela ne signifie pas que nos efforts auront été vains. Il est évident que, à un moment ou à un autre, la situation en Chine et au Tibet changera pour le meilleur. Tout ce que nous pouvons faire, c’est être prêts, avec de bonnes intentions et les mains tendues, quand cela arrivera, et tirer le meilleur parti de ce qui suivra. La vérité, aime-t-il à répéter, possède une force que rien ne peut effacer. »

Le quatorzième Dalaï-Lama est confronté à la conciliation de l’inconciliable, la vie intérieure, l’axialité silencieuse, et l’agitation violente du monde. Dans l’histoire du Tibet, pouvoir spirituel et pouvoir politique furent parfois séparés, parfois rassemblés. Le quatorzième Dalaï-Lama aura vécu de manière dramatique cette question de la séparation ou de l’union de ces deux pouvoirs. Il a su cependant, d’abord en lui, et dans la douleur, résoudre au moins en partie cette équation pour en faire une identité politique dans le monde, un futur vecteur de changement, pas seulement pour le Tibet mais pour tous les peuples, faire de ce paradoxe ou de cette impossibilité, une force tranquille.

« Le Tibet a autant besoin de la Chine que la Chine a besoin du Tibet, répétait-il à l’envi, et bien que la tolérance ne signifie pas qu’il faille accepter ce qui est mal, elle naît aussi de la compréhension que nous sommes tous liés dans un seul et même lieu, et que casser la fenêtre de votre voisin pou vous venger de ce qu’il a fait peut avoir des conséquences terribles et irréparables non seulement pour lui, non seulement pou vous, mais pour tout le voisinage. Le cycle mortel de la violence, si évident partout, du cachemire au Moyen-Orient, ne peut être arrêté que par la patience et la clairvoyance. »

Le Dalaï-Lama ne prétend pas avoir raison, il indique simplement que tous ensemble, nous avons manifestement tort. Il suffit d’observer le monde tel qu’il nous apparaît pour en prendre conscience. Et que ce n’est que tous ensemble que nous pouvons établir un autre monde, plus conforme à nos désirs profonds.

C’est peut-être plus un portrait de nous-mêmes et le portrait d’un monde à la dérive que propose l’auteur. Le Dalaï-Lama « penseur politique aussi réaliste et aussi révolutionnaire » mais avant tout éveilleur, se constitue en point de convergence, à la fois visible et invisible, des esprits vivants du monde entier, quelles que soient leurs croyances et appartenances. Ce livre, loin des témoignages surfaits et sucrés, des clichés courants sur le bouddhisme tibétain et son chef spirituel et politique, évoque la permanence de l’être au beau milieu de la complexité d’un homme à la fois ordinaire et exceptionnel dans une situation à la fois ordinaire et exceptionnelle.

A lire dans tous les cas.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

Arts martiaux

Taï-Chi-Chuan. Sagesse du corps selon le Tao de Charles Antoni, Editions L’Originel.

Ce livre sera utile aux pratiquants. Charles Antoni présente le répertoire de 108 mouvements, illustrés de photographies de lui-même réalisant chaque mouvement et de commentaires techniques.

Il prend soin d’insister sur le sens de la pratique et d’écarter les erreurs courantes des occidentaux, toujours dans la performance et la comparaison.

« Il s’agit, en tout premier lieu, pour l’adepte taoïste d’entrer dans la voie, ce qui ne pourra se faire que par une reconversion totale de tous les systèmes de valeurs sur lesquels on vivait jusque-là grâce à une perception directe d’un « quelque chose d’autre ».

Dès cet instant commence le long cheminement d’une recherche basée sur un travail de dépouillement, de purification, ou, comme l’appelle Plotin, ce « catharsis », vers la réalisation de l’œuvre la plus grandiose qui soit donnée à l’homme : lui-même.

Mais il nous faut totalement exclure, dans cette recherche, toute idée d’effort et de progrès, au sens où nous l’entendons habituellement. La nécessité première est un changement d’état de conscience évoquant plus l’idée de « mutation », et ceci par une sorte de lâcher-prise à tout ce qui nous enserre, nous limite dans notre personnalité (du latin persona : masque), pour un abandon à ce qui se manifeste en nous de plus authentique, dans une non-intervention (wu-wei) de toute action dirigée par l’ego.

Si, comme le dit le Yi-King, tout dans la nature est perpétuel mouvement, cela signifie que ce qui demeure identique ne peut que mourir. »

L’originel-Charles Antoni, 25 rue Saulnier, 75009 Paris, France.

 

Philosophie

Philosophie du rock par Roger Pouivet, collection L’interrogation philosophique, aux PUF.

Il n’ y a pas des objets philosophiques et des objets non philosophiques. L’ontologie et la métaphysique étant une part importante de la philosophie, et aussi étonnant que cela puisse nous paraître, il est légitime de proposer une étude ontologique et métaphysique d’objets aussi ordinaires que le CD ou le fichier MP3 de musique rock. L’objection la plus évidente, qui ne manqua pas d’être faite à l’auteur, tient dans cette simple question : A quoi ça sert ? L’auteur rappelle que ce qui intéresse la philosophie ne doit pas nécessairement présenter un intérêt hors de la philosophie.

Si des études sociologiques, politiques, économiques, artistiques du rock peuvent nous sembler plus judicieuses, entendons plus utiles, nous aurions tort de négliger le travail, certes inhabituel mais rigoureux de Roger Pouivet. L’auteur ne traite donc pas des rapports entre la production musicale populaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale avec la vie sociale et politique mais bien une analyse ontologique des enregistrements de rock, un nouveau mode d’existence des oeuvres musicales.

Cette métaphysique d’un objet ordinaire révèle l’enregistrement comme une nouvelle poétique. Roger Pouivet parle de « rupture ontologique nette dans l’histoire de la musique » et dans celle des « arts de masse ». « Les oeuvres de rock, précise-t-il, ne peuvent pas être caractérisées par des traits stylistiques ou sociologiques, mais par leur statut ontologique. Ils partagent avec une partie de la musique contemporaine le statut d’artefacts enregistrements. Ceux-ci ne sont pas des exécutions d’œuvres déjà existantes mais des entités musicales à part entières. »

S’appuyant sur la théorie de la constitution, l’auteur  développe quatre thèses. Il rejette l’antiréalisme artefactuel, phénoménologique ou analytique, aujourd’hui dominant dans l’approche de l’art. Il défend que les artefacts appartiennent à l’ameublement du monde et que les œuvres d’art forment une sorte d’artefacts. « Ce qui dépend ontologiquement d’autre chose, comme les artefacts et les œuvres d’art, n’en existe pas moins. »

Roger Pouivet se porte souvent un regard très aristotélicien sur son sujet. Son ontologie pratique semble parfois éloignée de la vie. Pourtant il nous aide à penser à « comprendre pourquoi nous pensons avoir affaire à certaines choses, qu’elles soient naturelle sou artefactuelles, pourquoi nous pensons qu’elles existent, restent les mêmes ou changent, entrent dans des relations causales, dont nous faisons quotidiennement l’expérience. »

Le chapitre le plus intéressant, aux yeux du lecteur, est peut-être celui consacré aux émotions. Roger Pouivet considère que si les œuvres rock n’ont pas une fonction cognitive importante, elles jouent, par leurs grandes accessibilité et disponibilité, un rôle important dans la régulation et la maîtrise de nos émotions.

Le mérite de ce livre est sans doute d’offrir une alternative, pas encore convaincante mais prometteuse, à l ‘analyse phénoménologique des œuvres de l’expérience esthétique et à l’analyse des pratiques artistiques. Cette approche métaphysique, conceptuelle, introduit d’autres rapports dans la philosophie des artefacts et de l’art.

Ajoutons que l’auteur, évidemment amateur de rock, ne semble pas avoir été dégoûté du rock par ses propres recherches, entre abstraction et sens commun. Le lecteur peut également sans risque d’écoeurement lire cette étude originale.

 

Société

Fiction, féminisme et modernité. Les voies subversives du roman contemporain à grand succès par Anne Larue, Editions Classique Garnier.

Le travail d’Anne Larue est passionnant, original et pertinent. En analysant les best-sellers, les grands succès populaires au cinéma ou les jeux à succès à la recherche de pointeurs annonçant un bouleversement social, la figure de la Wicca s’est imposée, héritière des mouvements contre-culturels des années 60 et permanence d’un féminisme en plein renouvellement souterrain.

Le mouvement Wicca est peu implanté en France et ne bénéficie pas de l’aura qu’il connaît aux USA grâce aux nombreuses sorcières qui hantent la télévision et l’édition depuis les années 80. Anne Larue note que la Wicca s’est particulièrement bien adaptée à l’ère des réseaux, internet permettant à chacun de « jouer » au sein de communautés Wicca. Anne Larue compare la Wicca du XXIème siècle à un gigantesque jeu de rôle, dans lequel la féminité serait valorisée.

L’image de la sorcière invite à la liberté et rompt avec le modèle patriarcal. Elle bouscule aussi l’image tordue par les hommes de la féministe des années 80 pour affaiblir le mouvement féministe.

En analysant les romans populaires très médiévalistes, Anne Larue démontre que derrière un New Age parfois caricatural et une nostalgie d’un Moyen Âge parfois idéalisé, se véhiculent de vrais valeurs qui s’organisent, underground, en une pensée véritable, restaurant l’image de la femme, même si, note-t-elle, ceci s’accompagne parfois d’un certain désespoir. Ces valeurs sont considérées comme féminines : la nature, la vie, la forêt, la santé, le bien-être… En profondeur, c’est notre rapport inconscient à la nature qui pourrait changer.

Anne Larue interroge aussi notre attrait pour les mondes perdus de l’imaginaire. Elle parle de « nostalgie folkloriste » mais ne serait-ce pas plutôt la continuité d’une pensée magique renouvelée par les premières générations de joueurs de Jeux de rôle, on pense à Donjons et Dragons, qui ont aujourd’hui 50 ou 60 ans et ont largement investis le numérique et l’édition dont ils restent des acteurs marquants. Cette liberté reconquise alors sur l’imaginaire serait visible aujourd’hui dans la culture.

La question, pourtant essentielle, que ne pose pas Anne Larue est de savoir si cette force de changement issue de l’imaginaire peut révéler l’imaginal de Gilbert Durand et engendrer un nouveau paradigme dans les rapports hommes-femmes plutôt que de simples et fragiles ajustements sociaux.

 

Littérature

 

Wendigo. Fantastique et horreur n°1, Editions L’Oeil du Sphinx.

L’Oeil du Sphinx renoue avec un genre oublié, la revue de fantastique et d’horreur. Ce n’est pas seulement par nostalgie, même si certains parfums d’autrefois bienvenus se font sentir dans ces pages, mais par nécessité d’un espace de culture réservée à un genre qui a eu son âge d’or et qui ne demande qu’à resurgir, d’abord dans nos imaginaires un peu trop à l’étroit dans l’édition normalisée du XXIème siècle, puis sur la page.

Une revue-livre donc, une revue de bibliothèque, au titre évocateur, que Richard D. Nolane, à l’origine de ce beau projet, présente en ces termes :

« Lorsque j’ai proposé à Philippe Marlin au début de l’été 2009, l’idée de faire une revue de bibliothèque pour L’Oeil du Sphinx axée sur la publication d enouvelles inédites ou de rééditions introuvables et s’attachant à retrouver l’atmosphère des pulps et autres revues de fiction populaire style Belle Epoque ou Entre-Deux-Guerres, il a tout de suite trouvé l’idée excitante. Qu’il en soit remercié ici vivement.

Baptisée peu après en hommage à une entité cauchemardesque du grand Nord américain récupérée par la suite par d’autres mythologies fictives comme celle de Cthulhu, Wendigo s’est vue dotée d’une ligne éditoriale finalement assez simple : pratiquement que de la fiction, un article au maximum par numéro, présentations des écrivains soignées mais pas dans un registre ultra spécialisé, et bibliographies françaises détaillées et, sauf indication contraire, complètes. Du côté des auteurs, Wendigo s’est donnée pour mission de faire connaître des écrivains injustement méconnus, essentiellement anglo-saxons, mais avec au moins un contributeur d’une autre origine linguistique par numéro. »

Ce premier numéro présente un bel ensemble de nouvelles frissonnantes qui croiseront certains de vos cauchemars de jeunesse ou d’aujourd’hui : Purification par Robert Barr – Le destin du Hollandais Volant par George Griffith – La femme de Jackson par Victor Rousseau – L’horreur des profondeurs par Morgan Robertson – Du Titanic de M. Robertson au Global conscousness Project, article de Yves Lignon – L’idole de Pierre par Seabury Quinn – Le médaillon par D.O. Marrama – L’étrange cas de Lemuel Jenkins par Philipp M. Fischer, Jr – Terreur par Achmed Abdullah.

Yves Lignon s’intéresse à la capacité prophétique de ce type de littérature. On se souviendra de Futility de Morgan Robertson et, plus récemment, de cet auteur quasi inconnu qui avait décrit l’attentat du 11 septembre quelques années auparavant.

« Existerait-il, se demande-t-il, à l’échelle de l’humanité, une possibilité de prise de conscience d’un événement concernant (d’une manière ou d’une autre) l’ensemble des êtres vivants sur Terre à une date donnée, prise de conscience pouvant être antérieure à la réalisation temporelle de l’événement en question ?  Les résultats, actuellement disponibles, d’un programme expérimental, initié en 1998 par Roger Nelson à l’université de Princeton et toujours en cours, incitent à répondre que oui… »

Pour le plaisir et un peu plus donc…

L’Oeil du Sphinx 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris, France.


Les revues

Hiram 4/2010, Erasmo Editore.

Le sommaire de cette livraison de la revue du Grande Oriente d’Italia est consacré principalement au 150ème anniversaire de l’unité italienne. Dans l’un des rares pays fédéralistes d’Europe, en pleine crise politique et du politique, le Grand Orient d’Italie entend rappeler les fondements de l’unité italienne et l’identité du peuple italien : Unità d’Italia. Dopo  Anni, per restare insiene, Gustavo Raffi – I massoni di fronte al divino, Antonio Panaino – “Une d’arme, di lingua, d’altare” : I cattolici, il Risorgimento, l’Italia unita, Massimo Teodori – 17 Marzo 2011 : 150e anniversario dell’Unità d’Italia : un bene o un male ?, Pietro F. Bayeli – L’identità nazionale degli Italiani. Contributo per una ricerca, Pierluigi Cascioli – Anticlericalismo e laicità in Garibaldi, Gian Biagio Furiozzi – Appunti per una biblioteca tradizionale, Fabrizio Alfieri – Duplice simbolismo della punta della squadra, Vincenzo Tartaglia – Dalla luce ai palondromi. Un percoso fisico-metafisico all’interno dell modello del numero otto del glifo indù, Mario Bulletti.

Soc. Erasmo s.r.l., C.P. 5096, 00153 Roma Ostiense, Italia.

Il Risveglio Iniziatico, Anno XXIII, Febbraio 2011.

Sommaire de la publication du Grand Sanctuaire Adriatique : La religione nel periodo attuale, S :.G :.H :.G :. – Problemi e Riflessioni, Bruno – I vangelo di S. Giovanni ; La sorgente unica, il corpo, l’anima, lo spirito, Fabiana – L’invidia, Roberto – Il martello lo scalpello e le due pietre (brevi appunti / promemomaria, Renato.

 

Mouvements Religieux n° 364-365, oct-nov 2010.

Au sommaire du n°364-365, vous trouverez notamment une étude fouillée sur les églises charismatiques Agape, origine, caractéristiques, activité et bien sûr la question inévitable en France, est-ce une secte ? Ces églises ne sont pas en but aux attaques des associations de défense contre les abus des sectes. Bernard Blandre remarque avec justesse que les églises Agape n’entrent pas dans les classifications sociologiques habituelles, secte, église, réseau mystique, et relèvent d’une catégorie à créer et étudier.

AEIMR, BP 70733, F-57207 Sarreguemines cedex.

 

 

Les sites préférés du Crocodile

Le blog du CIREM : http://www.cirem-martinisme.blogspot.com/

L’Institut Eléazar : http://www.institut-eleazar.fr/

La télévision de la Tradition : http://www.baglis.tv/

Le blog du Croco : http://lettreducrocodile.over-blog.net/

Astrologie : http://www.arcane-17.com

Alchimie : http://perso.orange.fr/chrysopee/

Société incohériste : www.incoherism.com

et http://www.sgdl-auteurs.org/remi-boyer

Aimaproject : http://www.aimaproject.it/

Religions et Nouveaux Mouvements Religieux : http://www.cesnur.org//

AEIMR et Mouvements Religieux : http://www.interassociation.org/aeimr.html

Ken Wilber en français : http://www.integralworld.net/fr.html

Le blog de L’Oeil du Sphinx : http://lebibliothecaire.blogspot.com/

 

Brêves

Parution aux Editions Jean-Cyrille Godefroy d’un superbe ouvrage Images des Compagnons du Tour de France de Laurent Bastard consacré à l’iconographie du compagnonnage.

Astrologie héliocentrique, astrologie de la conscience de Ji Piveteau, paru aux Editions Alphée, traite une approche inédite de l’astrologie en plaçant non la Terre comme centre de la vie de l’homme mais le Soleil. Il substitue à l’approche géocentrique courante une approche héliocentrique traitant de la dimension de la conscience.

 

LE VOYAGE EN INTELLIGENCE du CROCODILE

… ABELLIO, ANDRAU, AUBIER, AUGIÉRAS, BAKOUNINE, BASKINE, BATAILLE, BLAKE, BLOY, BRETON, BRAUNER, BRIANT, BURROUGHS, CERVANTES, CHAZAL, CRAVAN, DAUMAL, DEBORD, DE ROUX, DUCASSE, GOMBROWICZ, GURDJIEFF, DE ROUGEMONT, HELLO, KAZANTZAKI, KELEN, KLIMA, KROPOTKINE, MANSOUR, MARC, MARINETTI, PESSOA, PRATT, RABELAIS, SUARES… et les autres.

 

Chaque trimestre, le Crocodile rédige quelques pages incohéristes consacrées à des auteurs, penseurs, agitateurs, tous éveilleurs, qui n’ont qu’un point commun, celui d’appeler à l’intensité, à la verticalité, au réveil de l’être. Anciens ou contemporains, leurs écrits, leurs œuvres, leurs cris parfois, méritent d’être approchés, étudiés, médités, “imités” même, dans la perspective de l’Éveil. Dans le monde gris peuplé de robots et de zombis du “tout-correct” médiatique, le Crocodile veut vous proposer de l’Intelligence en intraveineuse!

 

Jean Rollin

Jean Rollin a tiré sa révérence le 15 décembre dernier à l’âge de 72 ans. Personnage inclassable, créateur inattendu, auteur et cinéaste, il a réalisé une quarantaine de longs métrages. Jean Rollin fut un pionnier du cinéma de genre français. Dès 1968, il signe un film culte Le viol du vampire. Nous nous rappellerons aussi de La vampire nue (1970), Lèvres de sang (1975), Les raisins de la mort (1978), La nuit des traquées (1980), La morte vivante (1982), Les deux orphelines vampires (1997), La fiancée de Dracula (2002), La nuit des horloges (2009)… Marginalisé par la pseudo-intelligentsia parisienne, Jean Rollin est connu et reconnu dans le monde entier pour son art décalé. Il était un ami de la Maison des Surréalistes de Cordes sur Ciel et des Editions Rafael de Surtis qui ont publié plusieurs de ses textes. Aventurier, libertaire et anticonformiste, ce funambule laisse une oeuvre qui n’a pas fini de nous étonner.

Thierry Emmanuel Garnier

Thierry Emmanuel Garnier nous offre un délicieux petit livre intitulé simplement Le Citron publié chez Arqa. Particulièrement soigné, avec une iconographie choisie, ce livre très court laisse une impression savoureuse et inattendue :

« Mais où est donc passé le citron ?

Oui, c’est une drôle de question…

« -J’aurais tendance à dire qu’il est parti en ballon vers la ville de Florence comme l’œil du Tigre à Bombay ou l’œuf de Jade à Pékin. »

Mais qu’était « le citron » à vrai dire ?

Un morcellement du peintre lui-même ou la représentation synthétique d’une part de divin sacré que tout être possède n chacun de lui, enfoui immobile et autiste, tel un résidu de soie, incandescent de braises du foyer, d’avant la guerre du feu, quand tombe la foudre sur un arbre mort. Une part de reliance certaine avec l’éternelle et apparente immobilité des anges de Lumière était évidemment à entrevoir, mais se pouvait-il qu’il en parlât ainsi, sans aucune protection. Un fil ténu, ombilic des limbes, unissait inconsidérément, par la force de l’amour, les silhouettes noires des hommes au grimoire secret de la vie et de la mort, là-bas, derrière les portes de la paix intérieur ? »

Un très beau texte dans un bel écrin.

http://www.editions-arqa.com/editions-arqa/

Rafael de Surtis

Rafael de Surtis est avant tout un éditeur non conformiste de poésie inscrit dans le torrent du surréalisme éternel. Il nous le rappelle avec quatre livres très différents, quatre puissances, imposantes ou suggestives, exhibitionnistes ou masquées, en guenilles ou élégantes, discrètes ou indiscrètes…

C’est un temps qui ne se ressemble plus de Jean-Louis Matharan, collection Pour une terre interdite. Jean-Louis Matharan est historien, professeur spécialiste de la révolution française et du discours politique. Il a notamment publié Les Républiques françaises chez Armand Collin et, récemment, Histoire du sentiment d’appartenance en France du XIIe siècle à nos jours chez L’Harmattan. Il étudie particulièrement les conditions dans lesquelles les communautés humaines s’assemblent ou se désunissent, les exigences réciproques qui lient l’individu et le groupe. Ce qui n’exclut pas la poésie, tout au contraire :

 

« De ce qui se dit, s’interrompt et s’affirme

Tu ne peux, au soir,

Assurer le détail,

Crois-moi.

 

C’était ton intuition

Et ce fut, au cœur de chacun,

une intrusion brutale

Qui vint pour dire à tous : le temps est fini qui pleurait

toutes choses,

Voici le jour permanent des fins.

 

Habillé de son corps de Romain Fustier, superbe, hommage aux corps qui s’aiment, à la femme et à l’art d’Eros, à l’amour de l’amour, à découvrir absolument et à offrir.

« … tu m’as fatiguée pour la journée, confie-t-elle, réveillant son corps avec le sien, découvrant, découvrant ses seins, séparant la peau de son enveloppe de coton, une main sur son sexe, ses lèvres sur sa bouche, basculant ses fesses qui lui ouvrent ses cuisses en guise de matin froissé, de draps épandus sur les épaules, de rituel de hanches & de sursaut, les persiennes encore fermées, ignorant le temps qu’il fait, l’heure qu’il est, si le réfrigérateur est plein ou vide, ainsi furent-ils, des corps malléables, des peaux déliées dans une superposition de dos, de seins, de mains sur la bouche, de lèvres sur le sexe, de fesses froissées, d’épaules matinales pour une journée déjà si lasse… »

 

Ultime Amer par Isabelle Lévesque, collection Pour une terre interdite. « Parfois un jour nous ignore » avertit l’auteur. Et de préciser : « Amer : Moulin, tour, clocher, bouée, balise, objet, enfin, fixe et remarquable, situé sur une côte ou en mer, et qu’il est convenu d’employer pour des relèvements, à l’effet de connaître la route à suivre près de terre. Les pilotes côtiers doivent être très-versés dans la connaissance des amers des lieux qui sont de leur ressort. »

Parfois d’une douceur infinie, parfois tranchant comme la lame du sabre, cette poésie de la vie exalte avec élégance une sensibilité accrue à ce qui se présente là. Le lecteur est pris par la vague des mots, guidé par l’auteur qui connaît ses amers, que cela soit ceux d’une mer de peau ou d’un océan de l’âme.

 

« Nous arrivons du ciel.

 

Pas de l’aube inscrit, il fallut

tout un siècle, vers brisés

pour renaître. Nous arrivons,

tout a disparu. Pas une ligne

à jouer sur la chair parcourue

d’ombre. Inventer porte nécessité.

 

Nous prenons quelques grains

(terre ou semence, levain).

Nous dispersons sur le corps

la certitude, chemin lisse

des promesses. Nous n’écoutons pas

l’arrêt des heures. Seul

commencement prévaut. Tu entends ma peau,

douceur pour ta main.

C’est secret.

»

 

Ou encore

 

« A deux : couteau du soir.

Menu haché de chair.

Cœur

A vif.

Pelé.

 

Toi proscrivant l’appel

 

Appel du vide. »

 

Du plus nu de nos Voix. Anthologie poétique de l’Ecole de Tarbes, collection Pour une terre interdite.

Parmi les auteurs de cette belle anthologie, nous retrouvons Jacqueline Saint-Jean, membre du comité de rédaction de la revue Encres Vives, et rédactrice de Rivaginaires, primée en 2007 pour l’ensemble de son œuvre par le prix Xavier Grall ; Eric Barbier, habitué des revues de poésie ; Cédric Le Penven « en quête d’une parole qui soit une incarnation privilégiée du vivre : incertaine et résolue. » ; Michel Lac, directeur de publication de la revue Rivaginaires et co-dirigeant des éditions Cadratins ; François Laur qui a enseigné la littérature sur deux continents et écrit en vers ou en prose des textes brefs et forts ; Serge Torri, inscrit dans une quête à la fois spirituelle et poétique ; Vincent Calvet, co-dirigeant de la revue Mange Monde ; Paul Sanda qui dirige la Maison des Surréalistes et Alain Raguet :

 

« Magma et poésie

la poésie ce corps acéré

déchiré un

gouffre à l’

invisible transparence

une lacération à lente maturation

magma premier éblouissement une

rose au rouge arraché un mot

dégluti une parole arrachée crachant

quelques scories superbes

quintessence de la vie primordiale

pierre imaginée la beauté du sens à

jamais refroidie braise

veilleuse en ce jour où

ma cendre pleure mon

illusion geste caressé

remué

ciel métallique scié coupé … »

 

Ce recueil est comme un rare bréviaire caché des secrets des cœurs et des chairs.

Précieuse école de Tarbes.

 

Editions Rafael de Surtis, 7 rue saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

 

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