logo

La Franc-Maçonnerie´s archives ↓

La Franc-Maçonnerie et les femmes

France 2 découvre la Franc-Maçonnerie féminine ! Un étonnement bien étonnant… Mais un résumé intéressant. La franc-maçonnerie et les femmes

Vous pouvez en découvrir beaucoup plus (pour 2,50 €) avec un e-book des Editions du Désir :
Les femmes et la Franc-Maçonnerie

Et voici un extrait d’une Franc-Maçonne écrivain, qui nous a quittés il y a peu :

Femme de lumière de Claude Darche

Je rêve : une plaine aride, brûlée de soleil, une plaine à vents violents, dédiée aux bourrasques. Une plaine couverte d’oliviers aux troncs noueux et fiers, une plaine de vie où je pourrai voler. Une plaine sans fin, entre terre et ciel, une plaine semblable à l’immensité de l’espace sacré qu’est mon cœur. Je suis nue sous le soleil… l’oiseau de lumière veille, immobile, sur la grande pierre noire qui marque l’entrée de mon sanctuaire. Il me donne ce repos, il me protège des attaques extérieures, il me livre au vent et au soleil… Je le reconnais comme la part supérieure et divine de mon être. Doucement je murmure « Je t’aime, je t’aime à l’infini, je t’aime pour aujourd’hui, pour demain, je t’aime, je me donne à toi ». C’est comme une délivrance dans mon corps, un grand cri poussé par mon âme, une solitude rejetée et vaincue. L’oiseau de lumière vole au-dessus de moi, il se pose sur la pierre noire.

– Retourne à la caverne, retourne à cette grotte primordiale où le noir contient la lumière, où le silence est rempli de mots. Pour renaître, il est nécessaire de mourir ! Pour trouver l’harmonie, il est nécessaire de vivre le chaos !

Un bandeau sur les yeux, guidée par la main de je ne sais quel archonte souterrain, je descends dans des abîmes solitaires et glacés, seule dans un dédale de pièces, de couloirs sans fin, de murs noirs. J’avance à tâtons, décidée coûte que coûte à poursuivre l’aventure. Attendre, se laisser couler dans le silence, accepter l’épreuve.

Bientôt une faible lueur se profile au bout du couloir, et je me dirige presque en aveugle vers ce que je distingue comme la flamme d’une bougie. C’est en effet une bougie posée sur une table de bois. Aucun meuble, aucun objet, aucune vie apparente. J’attends. Je réfléchis, je médite. L’angoisse me prend par moments, s’apaise, enfle à nouveau. J’ai froid, j’ai soif, j’ai peur ! Je me recroqueville de plus en plus en apercevant un crâne posé dans l’angle droit de la pièce, alors que sur la gauche un sablier lui fait pendant ! Fuite du temps, fuite de la vie, qui nous conduisent inexorablement à la mort ! Qu’ai-je fait à perdre ainsi mon temps, qu’ai-je fait à ne pas réaliser ce à quoi je croyais plus que tout ? Qu’ai-je fait à ne pas vouloir écrire ?

Quel est ton plus profond désir ?

La voix de Maopi me fait sursauter, je la cherche des yeux mais je ne la vois pas et c’est d’une voix faible que je réponds :

Trouver le but de ma vie !

Le chemin de la Connaissance est étroit, il ne permet ni les détours ni la vanité des apparences. Pénètre dans le monde intérieur où demeurent les Mystères du Verbe : La Vérité est là depuis toujours, tandis que ton âme n’est incarnée que pour un temps, minuscule goutte d’eau dans le fleuve de l’Éternité : tu es venue pour prendre conscience de tout cela. Alors, baisse la tête et courbe-toi, car cette porte est extrêmement basse !

Deux mains solides me maintiennent. Elles me courbent, me poussent en avant. Vers où ? Goulot d’étranglement. Pliée sur moi-même, je ne respire plus. Sortir, en sortir ! Mais je bouge, j’avance. Je ne sais plus si c’est moi, ou ces mains… Et tout à coup : le calme. Sensation magnifique de lumière, une plaine baignée de soleil…

Alors je touche. De la terre. Un sable, qui glisse entre mes doigts. Une terre balayée par le vent, si fluide, si vivante pourtant, si mobile, si femme. Je joue avec sa texture, je sens son âpreté, son odeur qu’exhale la chaleur du midi. Je sens la brûlure, le feu sous mes paupières, le rouge inonde mon ventre. Le rouge glisse le long de mes cuisses, remonte jusqu’à ma gorge. Fusion du corps et de la matière. Maintenant mon corps s’ouvre et recouvre la terre : je suis femme ou déesse ? J’ai mis au monde… Oui, j’ai mis au monde toute chose ici bas et tous les hommes sont mes enfants. Je les regarde et je les aime. Je les sais miens. Issus de mon ventre, de mes reins. Ma vocation, donner. Toujours, partout. Transmettre. Je suis initiatrice !

Des éclairs roulent sous mes paupières, des éclairs roulent sur mes jours, le soleil me consume toute entière et je deviens la Terre. Une femme en noir apparait brusquement dans mon champ de vision

– Rassemble autour de toi les humains, tes enfants, rassemble autour de toi le monde. Sois belle et grande devant l’homme. C’est toi qui dois lui montrer la route, toutes les routes et non l’inverse. C’est par toi que l’homme changera. Parce que tu seras Femme, il pourra devenir Homme. Retiens bien mes paroles : aujourd’hui la femme se vend et ne sait plus se donner. La femme se brade et se dégrade, la femme a peur. Elle, la Mère de tous les Vivants ! Redeviens forte et invulnérable, redeviens celle qui sait.

De terribles éclairs lacèrent mon corps, le déchirent de part en part. Je le sens devenir lisse, souple, calme, offert et généreux, je le sens devenir libre.

Mon corps roule sous le soleil, joue, réapprend à vivre, à sentir, à crier, à respirer Je ne peux pas ouvrir les yeux, mais je sais qu’en face de l’oiseau de lumière, Maopi est assise sous un grand parapluie noir.

– Nue, tu es belle ; nue, tu redeviens toi-même. Redécouvre ton énergie et permets-lui de se déployer, elle est pour le moment totalement recentrée dans ton ventre, c’est une bonne chose, c’est là qu’elle doit être, elle doit pouvoir diffuser dans tout ton être et autour de ton être. La Femme est celle qui diffuse tout autour d’elle de l’amour, de la chaleur, de la Joie. N’oublie jamais cela, la Joie ! Toi qui es faite pour la couleur, tu t’habillais toujours de noir. Oublie le noir, vis dans les couleurs, elles sont les matérialisations de tes rêves, les tonalités de ton Esprit, elles sont le chant que tu donneras à l’Homme.

Écoute ce que je te dis : ne te presse jamais avec un homme, laisse le venir à toi, laisse le s’approcher ; l’homme est un chasseur et toi, tu es le gibier, un gibier différent des autres. Au début, ce qu’il veut, c’est t’avoir, te posséder, te prendre et il aime ce jeu. L’homme aime la poursuite, il aime le vent, la mer, les éléments, tout ce qui lui échappe. L’homme aime le risque, il aime avoir peur : ainsi il a l’impression que sa vie a un sens !

La chasse de la femme est d’une autre nature : la femme veut capturer l’homme pour qu’il la rende féconde, elle cherche un père pour ses enfants à venir, un complément à sa nature.

Elle la lune, Lui le soleil. Elle la coupe, Lui le bâton. Ainsi sont exprimés symboliquement les plus vieux mythes cosmogoniques.

Elle inspire, Lui réalise.

Tous deux sont différents mais complémentaires.

Observe les lois de la Nature, tu comprendras qu’elles sont identiques pour les humains : as-tu déjà vu la lune et le soleil ensemble ? Question idiote, n’est-ce pas ? Chacun se montre et chemine à son heure et en son temps, chacun a sa propre fonction, mais tous les deux sont nécessaires. La femme, vois-tu, est comme une racine, celle qui permet à l’homme de prendre souche, de passer de l’abstraction à la concrétisation, celle qui le tire vers la lumière, vers le soleil pour lequel il est fait.

Autrefois, nous disions que les rayons de la lune pénétraient dans le vagin des femmes pour les féconder, non pour œuvre de génération, mais pour œuvre spirituelle ! Les femmes s’imprégnaient ainsi des pouvoirs de l’astre cosmique qui leur correspondait, elles absorbaient sa magie et devenaient une avec leur nature profonde. La femme sait, sent d’instinct. Ce qui parait aux yeux des hommes irrationnel, illogique, n’est pour elle que l’ordonnancement mystérieux de l’univers ! Peu à peu, la femme prit toutes les caractéristiques de son double astral, elle devint celle qui gère et ordonne le temps, celle qui donne, dispense, nourrit, tout en étant celle qui tue, castre, châtie, mutile et juge.

Ainsi naquirent les Mères, magnifiques et cruelles, que les hommes clouent encore aujourd’hui au pilori de leurs souffrances et de leurs fantasmes. Les femmes de ton siècle ne sont pas encore sorties de ce clivage où l’homme les veut tour à tour mères et prostituées, vierges et soldates, nourricières et dévoreuses, séductrices et castratrices. Il est temps que la femme écoute sa propre voix et parte à la recherche de cette Ancêtre qui est en elle, de son âme éternelle, vieille de quelques millions d’années. Si la femme représente la matière, elle est aussi la grande force vivifiante, celle qui comme la lune permet le renouvellement.

Écoute les paroles sacrées que te livre l’Oiseau :

La loi universelle de mouvement, de vie, de mort et de régénération qu’exprime la Lune trouve un écho naturel dans l’âme humaine. Les couches profondes de l’Esprit se lèvent comme des vagues dont le bruit familier rappelle à l’homme des souvenirs lointains mais ineffacés. Aujourd’hui comme par le passé, il regarde la lune, et sans même en avoir conscience, il retrouve son âme ancestrale, celle qui le rattache au Principe Féminin.

Les femmes seront toujours des Mères et les hommes des Fils, telle est la leçon de la lune, telle est la complexité de ce pays merveilleux où se promènent encore l’esprit de l’homme et de la femme

Franc-Maçonnerie et Alchimie : un lien symbolique indéfectible

Par Paul Quader

Comment s’effectue la rencontre avec l’alchimie ou « Art royal » ? Cela peut se produire de la façon suivante.
—————————
alchimie/" target="_blank">Le N° complet de “La planche à tracer” sur l’Alchimie est téléchargeable ici
—————————

Un soir, alors que vous êtes tranquillement chez vous, attablé avec votre famille et quelques amis, un alchimiste ou adepte, qui physiquement, vous ressemble et me ressemble, sonne à votre porte. Le rendez-vous était programmé. Vous conduisez l’alchimiste dans votre cuisine. Là, à l’aide d’ustensiles simples de la vie quotidienne, il vous demande de faire fondre sur le réchaud familial, quelques grammes de plomb. Il tire de sa poche un gousset qui renferme une poudre rouge, en prend une pincée, et l’insère dans une boule de cire. Lorsque le plomb est devenu liquide, il jette dedans cette préparation et aussitôt, celle-ci prend une couleur jaune. Une fois refroidie, l’adepte vous fait constater qu’il s’agit d’or. Puis, sans trop parler, il prend congé de la compagnie et retourne dans la nuit noire discrètement comme il est venu.

 

Voilà un premier contact avec l’alchimie, qui n’a rien d’original, car cela s’est produit de nombreuses fois.

C’est une aventure qui est arrivée au philosophe Baruch Spinoza, en février 1667. Il en rend compte dans une lettre du 25 mars 1667, lettre adressée à son ami d’Amsterdam, Jarig Jelles, L’expérience de transmutation de métaux s’est déroulée en présence d’Helvétius, médecin à Amsterdam et grand père du philosophe français Helvétius.

C’est loin d’être la seule expérience de ce type relatée par des philosophes du passé.

Ainsi Pascal a soit réalisé lui-même la transmutation, soit l’a vue s’accomplir sous ses yeux, dans le laboratoire d’un adepte. L’opération dura deux heures. C’est ce qui ressort d’un document rédigé sur papier que l’on trouva cousu dans son habit, lors de son enterrement. Le mot Chrysogone, dont se sert l’auteur pour désigner la transmutation est formé de deux mots grecs, chysos, or, et goné, génération.

Présentation générale de l’Alchimie :

La Pierre Philosophale

Le point clé pour réussir la transmutation des métaux, c’est cette fameuse poudre rouge, que nous appellerons la pierre philosophale, ou pierre des sages. Là, c’est une autre paire de manche, car tous les adeptes ont gardé un silence complet. C’est le règne du secret. Que pouvons-nous dire à propos de la fabrication de la pierre philosophale ?

La pierre qui est en réalité une poudre est en effet projetée au moment opportun sur le métal que l’on veut transformer en or.

L’objectif de l’alchimie est le Grand Œuvre, ou magistère, c’est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux « vils », comme le plomb, en métaux nobles comme l’argent et l’or. Un autre objectif est la recherche de la panacée ou médecine universelle, ou élixir de longue vie, et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie qui guérie le corps et prolonge la vie.

Le Grand Œuvre a pour but d’obtenir la pierre philosophale. L’alchimie opère sur une Materia prima, matière première, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c’est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Les outils :

Transportons-nous, par l’imagination, dans le laboratoire d’un alchimiste.

Le lieu : le laboratoire et l’oratoire : « Prie, Lis, Etudie ».

Derrière la pratique tout à fait réelle en laboratoire (laborare et oratore, œuvrer et prier) et le symbolisme des textes au sens vraiment caché au profane, les alchimistes se vouent à la transmutation de l’âme, à ce qu’on appelle l’éveil spirituel. C’est ce que nous venons faire en loge, qui s’identifie à une alchimie spirituelle.

L’ontologie de l’alchimiste repose sur la notion d’énergie, une énergie contradictoire, dynamique, une, unique, en métamorphoses. Il tire une morale de ses travaux, l’éloge du travail et de la prière : « Prie et travaille ». (« Ora et labora »).

Laboratoire et oratoire : en alchimie il est nécessaire d’allier toujours au laboratoire, un local consacré à la prière et aux exercices spirituels, autrement dit un oratoire.

Se purifier, au sens de se rendre un

Les alchimistes, du fait même d’ « œuvrer » sur la matière, cherchaient à travailler sur eux-mêmes aussi. Ils tentaient de projeter, d’enfermer dans l’athanor, ou le creuset leur propre esprit vital. En descendant au cœur de lui-même, l’alchimiste a pour quête une découverte introspective : celle du noyau intérieur divin, la conscience. D’où un travail pas seulement en laboratoire, mais aussi dans l’oratoire.

« Lege, lege, relege, ora, labora et invenies » : “Lis, lis, relis, prie (dans ton oratoire), travaille (au laboratoire) et tu trouveras (la pierre philosophale).

L’athanor :

Signifie « L’immortel ».  (a privatif et thanatos, la mort). Fourneau, qui sert à la préparation de la matière et à la coction. Le charbon, grâce à un dispositif spécial, brûle lentement.

L’œuf philosophique ou matras :

  • Récipient dans lequel, on chauffait, sur l’athanor, selon des règles très précises, la matière de la pierre philosophale. Il peut être de verre, de terre cuite, de cuivre ou de fer. Ses noms les plus fréquents sont : sphère, prison, sépulcre, fiole, cucurbite, maison du poulet, chambre nuptiale, matrice, ventre de la mère, mortier ou crible,…

La matière première

Cette matière est des plus communes, ignorée de chacun, mais connue de tous. Elle est de vil prix, n’est pas estimée, elle est méprisée, regardée avec dédain. Chacun peut la trouver, chacun peut la porter à la perfection, mais rares sont ceux pourtant qui y parviennent.

Le feu

L’invention du thermomètre date du XVIII° siècle. C’est dire que les références thermologiques sont vagues : chaleur d’un corps porté au rouge ou porté au blanc, chaleur d’un tas de fumier (chaleur douce) ou d’incubation des œufs.

En 1622, l’alchimiste allemand Mylius cite quatre degrés de température : celle du corps humain, du soleil de juin, du feu de calcination et du feu de fusion.

Les alchimistes connaissaient trois sortes de chaleurs de feux : le feu humide, ou bain marie, le feu surnaturel ou artificiel (augmentation de la température par l’addition d’un acide), et le feu naturel ou feu ordinaire.

Alors que l’Eglise rejette la matière déchue, honnie des chrétiens comme indigne de leur attention, l’alchimiste étudie la matière et lutte contre la mort. A l’abri d’un langage compliqué, fermé aux profanes, était poursuivi un travail concret, manuel et opératoire sur la matière.

Comment cette doctrine païenne, magique et hérétique a-t-elle pu échapper à la surveillance jalouse et implacable de l’Eglise officielle ? Ce ne fut possible que grâce au savant camouflage qui réussit à donner le change quant aux véritables buts de l’alchimie. De même que les secrets initiatiques du Tarot furent cachés sous l’apparence anodine et frivole d’un jeu de cartes, la forteresse de l’alchimie fut édifiée sur l’imprenable rocher de l’avarice humaine : les alchimistes prétendaient fabriquer de l’or.

Selon la légende, des prêtres égyptiens cherchèrent à cacher leur doctrine, de telle sorte que celle-ci puisse se perpétuer dans l’avenir. Après de nombreuses réflexions, ils pensèrent que le meilleur moyen, est de les cacher dans le vice humain : un jeu de cartes. Il en est de même de l’alchimie. Il s’agit non pas de l’or courant, mais de l’or spirituel, l’alchimie ayant pour but de guérir un monde déchu et malade.

Les alchimistes ne sont pas intéressés à faire de l’or. Le chimiste qui examine les ouvrages alchimiques éprouve la même impression qu’un maçon (constructeur de murs) qui voudrait tirer des informations pratiques d’un ouvrage de Franc-Maçonnerie.

Les véritables « artistes » ont un profond dédain à l’égard des hommes mus par des buts intéressés :

« Les faux alchimistes, écrit Beccher dans sa Physica subterranea , ne cherchent qu’à faire de l’or, les vrais alchimistes ne désirent que la science ; les premiers ne font que teintures, sophistications, inepties, las autres s’inquiètent des principes des choses. »

« Je méprise et je déteste avec raison, nous dit le mystérieux Philalethe, cette idolâtrie de l’or et de l’argent avec lesquels tout est jaugé et qui ne servent qu’à la pompe et aux vanités mondaines… »

Alchimie et chimie

Jusqu’au XVII° siècle, les termes de chimie et d’alchimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n’est qu’au XVIII° siècle que les deux se distinguent et que la chimie moderne s’impose avec les travaux de Lavoisier. (30 éléments, dont l’oxygène).

Différence essentielle entre l’alchimie et la chimie : l’alchimiste se transforme en même temps qu’il transforme la Nature. Il est aussi l’objet de son travail.

A l’inverse de la chimie moderne, l’alchimie constitue un savoir traditionnel, où l’idée de découvrir du « nouveau » n’a guère de sens. C’est aussi un savoir sacré, qui repose sur la transmission de secrets.

Alchimie et principe ou relation d’incertitude de Heisenberg

 Principe alchimique : l’esprit de l’adepte agit sur la transformation de la matière tout autant que la transformation de la matière agit sur l’esprit de l’adepte.

Principe du physicien Werner Karl Heisenberg défini en 1927 : le fait d’observer un objet dans le monde de l’infiniment petit peut modifier cet objet. En effet pour observer une particule atomique, par exemple un électron, il faut l’illuminer, c’est-à-dire la bombarder de photons (particules constitutives de la lumière, dont le flux constitue le rayonnement électromagnétique). Ces particules de lumière, en atteignant ces autres particules que sont les électrons, les dévient de leur trajectoire et en modifient la vitesse. Il en résulte que toute tentative de déterminer avec précision la position ou la vitesse d’une particule, en, l’occurrence un électron, contient une part d’incertitude.

L’alchimie est une méthode de transmutation de la matière alliée parallèlement à la transmutation de l’individu qui l’opère. Toute observation modifie l’objet observé. L’observateur n’est pas dissociable de ce qu’il observe tant sur le plan intellectuel, psychique, que sur le plan physique. C’est la loi du « tout est un et interdépendant ».

Sir Isaac Newton (1642-1727) :

Après sa mort en 1727, on découvrit dans sa bibliothèque bon nombre de documents écrits de sa main, témoignant de son grand intérêt pour la philosophie hermétique et l’expérimentation alchimique. Il a écrit : « J’ai vu le sel des philosophes » et « Il y a dans l’alchimie d’autres secrets à côté de la transmutation des métaux, et les grands maîtres sont seuls à les comprendre… »[1]

Tout au long de sa vie riche en événements et en découvertes, Newton se sentit concerné par le problème de la transmutation des formes de la matière universelle. Il tenta d’utiliser les techniques de l’alchimie pour mettre à l’épreuve du laboratoire la structure interne des particules, pour trouver ces « forces par lesquelles les particules des corps […] sont soit mutuellement poussées l’une vers l’autre, soit repoussées et qu’elles s’écartent l’une de l’autre », car, dit-il, telle était la « tâche de la philosophie ».

Alchimie et psychologie : Karl Gustav Jung.

Tel l’alchimiste, le psychanalyste observe du dehors, guidé par la confession du patient, les processus se déroulant dans son « œuf philosophique » (c’est-à-dire dans le patient se trouvant devant lui). Comme l’alchimiste, le psychanalyste prétend diriger les étapes d’une « purification » (catharsis).

Le Soi n’est-il pas l’union entre le ça, le sur-moi et le moi ? Fournir à l’adepte une véritable échelle psychique d’accession aux « eaux supérieures » (celles ou se meuvent les images – universelles pour toute l’espèce – de l’inconscient collectif de l’humanité), tel était le but de l’illumination intérieure, de révélation psychique poursuivie tout au long des étapes du grand œuvre.

Nous possédons en nous-mêmes toutes les capacités de transformer le plomb en or, comme sur un plan thérapeutique nous pouvons transformer un pôle particulier de notre personnalité en son opposé : la dépression en sérénité, la colère en patience, l’égoïsme en compassion. Les couples de contraires qui cohabitent en nous sont dynamiques et non statiques comme tout dans l’univers et portent en eux un réel potentiel de conversion.

Dans l’athanor, soumis au feu, les principes actifs et les forces souterraines de l’âme s’exaltent. L’ego, le « je » et ses fabrications qui se prennent pour les maîtres absolus de ce que nous sommes, commencent à se dissoudre, la fin du « je » est proche, et parce que sa fin est annoncée, une nouvelle naissance approche.

En faisant mourir l’ancien moi et toutes les structures anciennes et inhibitrices, un nouvel être dévoilé (aux voiles enlevés…) ; une union stable des contraires, apparaît.

L’alchimie et la franc-maçonnerie

Alchimie et Franc-Maçonnerie sont toutes deux désignées par le terme d’Art Royal.

Depuis l’initiation maçonnique jusqu’aux hauts grades, il y a des approches de l’alchimie.

  • Les couleurs : bleu, noir, blanc, rouge
  • Les quatre éléments : terre, eau, air, feu.
  • Des référence à Hermès trismégiste, le trois fois grand, à la fois roi, prêtre et soldat chevalier
  • La symbolique des animaux : l’aigle, le phénix, le pélican,….
  • Oswald Wirth nous dit que transformer le plomb en or, c’est transformer les métaux du profane, les défauts, en autant de qualités d’initié.

Alchimie, comme franc-maçonnerie, sont des démarches initiatiques, où l’homme ancien, le profane, meurt, pour donner naissance à l’homme nouveau, l’initié, ou l’adepte. Il y a une équivalence entre la pierre brute, qui par le travail, devient pierre cubique, et la matière première, qui, passant par le travail au sein de l’athanor, devient pierre philosophale.

VITRIOL

Visita Interiora Tera Rectificando Invenies Occultum Lapidem.

Visite l’intérieur de la terre, en redressant tu découvriras la pierre cachée

Il existe une variante : VITRIOLUM qui signifie visite l’intérieur de la terre et tu trouveras la pierre cachée et la médecine universelle.

Rectificando signifie distiller. Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée, c’est-à-dire la Pierre philosophale, prise dans le sens d’unité, de cohésion, de congruence. Visiter l’intérieur de la terre, à l’instar du travail alchimique, c’est examiner avec attention, aimer, respecter les pleines dimensions de notre âme, de notre esprit, de notre corps, puis par l’œuvre de soi, les révéler, les dévoiler, les affiner, les exalter.

La clé VITRIOL englobe tous les processus de transformation concernant le retour de l’être à son noyau le plus intime.

Cette clé signifie : Mon frère, descend en toi-même et retrouve la partie vivante, unique de ton existence, retrouve la source de ton être car c’est sur elle, en l’affinant, en la menant au plus subtil, à l’essentiel que tu pourras bâtir ta nouvelle personnalité, bâtir un être nouveau, un être réconcilié, en paix, en harmonie, en unité.

VITRIOLUM : Visita interorem terrae rectificando invenietis occultum lapidem veram medicinam, « Sois et descends à l’intérieur de la terre, et en distillant (c’est-à-dire en allant par degré successif au plus subtil) tu trouveras la pierre cachée, la vraie médecine »…

C’est la formulation du but alchimique. En effet, après avoir obtenu la pierre et avoir été capable de transformer le métal vil en or, l’alchimiste sait que son pouvoir est efficient, effectif. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’il peut obtenir l’Elixir de « longue vie », un élixir capable de guérir toutes les maladies, toutes les souffrances, une vraie médecine, l’éveil suprême. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste quitte le monde, mais il n’est plus du monde. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste n’est pas atteint par la souffrance, la maladie, la vieillesse, la mort, mais il est « en dehors » de ces états. C’est un changement, non de ces états, mais du regard porté sur ces états.

La Loge maçonnique peut être considérée comme un athanor :

  • Une matière : les egos des maçons en tant qu’égrégore
  • Un feu : l’Amour (L’Art d’Amour). Qu’est-ce qui brûle ? La conscience.

Avant de commencer, après avoir mis la matière première dans le creuset, l’alchimiste doit luter (« fermer hermétiquement, de façon étanche ») celui-ci, c’est-à-dire le fermer hermétiquement. De même, avant de commencer la tenue, le Vénérable Maître doit faire contrôler par le couvreur si la Loge est « couverte », c’est-à-dire, hermétiquement close.

Ainsi les parallèles ne manquent pas entre l’alchimie et la franc-maçonnerie

Que ce soit pour l’alchimiste ou pour le maçon, il s’agit à la fois de bien vivre (si possible longtemps en bonne santé) et aussi de « vaincre »  la mort, de la domestiquer si possible, autrement dit de bien mourir.

En hébreu, le terme de lumière se traduit par « or ». Le symbole du soleil, de la lumière et de l’or est le même : un cercle avec un point en son centre. Si pour la science moderne, la matière est de l’énergie, pour les alchimistes, la matière est de la lumière qui s’est concrétisée.

La lumière et l’or sont considérés comme le feu à l’état concret : il ne s’agira plus que d’en condenser les atomes épars pour « matérialiser » cet or répandu à profusion à travers le monde. L’or n’est pas à proprement un métal, l’or EST la Lumière. « L’or, c’est le soleil : faire de l’or, c’est être Dieu ! » s’écrit le diacre Claude Frollo dans Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo.

Parallèle entre les phases du grand œuvre et la démarche maçonnique :

La préparation :

La préparation comprend deux opérations : la mortification et la séparation. La mortification, c’est le broyage de la materia prima. La séparation, c’est la mort de cette materia prima : l’esprit et l’âme de « l’être minéral » quittent le corps, c’est-à-dire, en terme alchimique, qu’un Sel et qu’un Mercure sont enfin séparés d’un Soufre. Sur la table du cabinet de réflexion, nous trouvons du mercure, du sel et du soufre séparés… un mercure, un sel, un soufre constitutif de qui nous sommes. La materia prima est donc préparée, le profane frappe à la porte du Temple. Le profane va être initié. Le Grand Œuvre est désormais en phase active…

Solve : dissolution… « mort »… L’apprenti 

Le profane est initié et passe par la purification des éléments eau, air et feu. Pour l’alchimie, c’est solve. Les matières vont se dissoudre. L’entité minérale perd son unité, et c’est de cette mort, que va naître et croître le germe d’une vie nouvelle. En franc-maçonnerie, le profane devient un néophyte, une nouvelle graine, qui après être mort à lui-même, renaît en tant qu’apprenti. Les deux outils qui symbolisent son grade, le maillet et le ciseau, lui servent à tailler sa pierre brute, c’est-à-dire à déconstruire sa personnalité profane, ses habitudes, ses constructions normées : il est bien dans une phase de dissolution (solve).  L’apprenti, en fin de parcours, aperçoit sa nature tripartite : corps, âme et esprit. Une fois le travail de l’apprenti accompli, il peut passer au grade de compagnon.

Coagula concentration, fixation : Le Compagnon

Cette phase est la construction et le perfectionnement de la phase précédente. La phase précédente est désormais nourrie au Sel philosophique. La pierre a commencé à être taillée, il s’agit donc maintenant de la parfaire. Cette perfection sera atteinte grâce à la Quintessence, au cinquième élément qui donnera la pierre au blanc, avant dernière étape du grand œuvre. C’est l’œuvre de compagnon. Solve et coagula, mourir et renaître, dissoudre la matière vile, le plomb, retrouver dans ce plomb le potentiel de transmutation et l’emmener vers un destin aurifère.

La pierre philosophale : Le maître

L’ultime transmutation, la dernière naissance ne pourra se faire, comme pour toutes les transformations, que par une nouvelle mort. Le but de la pratique alchimique est le fait de décomposer la matière puis d’isoler les deux principes premiers (un Soufre et un Mercure) afin de les associer à l’aide d’un Sel… pour obtenir la Pierre philosophale. En le transposant sur un plan humain, ce serait dissoudre notre structure de personnalité rigide pour y découvrir et l’esprit et l’âme qui, associés au corps, deviendraient enfin une véritable unité, UN avec l’univers, UN avec son Grand Architecte. Un devient deux, deux devient trois, et au moyen du troisième, le quatrième réalise l’unité, ainsi les deux ne forment plus qu’un. Ainsi le tétrachtys de Pythagore est-il un triangle formé de 10 points, un, puis deux, puis trois, puis quatre, le tout formant 10, soit 1+0, soit 1.

L’athanor de l’alchimiste est comparable à la loge. L’œuvre s’effectue dès lors que l’on ferme la préparation à l’extérieur comme le travail s’effectue en loge quand elle est couverte, c’est-à-dire fermée et uniquement composée d’initiés. Les composés peuvent être comparés à l’initié dans ses différents états et ses ressources intérieures comme autant de ferments.

Le maître a trouvé son point fixe. La pierre cubique à pointe est le support visible d’une pyramide inversée invisible, créée dès lors que nous poursuivons ses arêtes vers l’infini, une pyramide cachée, mais bien réelle… A ce degré, nous passons à une autre dimension de la connaissance. Nous avions des parts cachées en nous, le silence, la méditation nous les ont dévoilées. Le soleil n’y va pas par quatre chemins : il éclaire le monde de manière uniforme et le révèle. Nous sommes prêts à entrer dans le monde invisible, celui des symboles et de l’imaginaire. La hache qui surplombe la pierre cubique à pointe pourrait bien nous être fatale et nous plonger dans l’ultime dimension, que nous avons frôlée à chaque fois à l’Orient en étant reçu franc-maçon et compagnon.

CONCLUSION

Quel peut être l’objet de l’alchimie aujourd’hui ?

Elle fait partie de notre histoire, et c’est une forme de poésie.

L’alchimie n’est pas un désir de richesse. Mais c’est un désir d’immortalité et un désir de bonne santé, et d’absence de souffrance, de bien-être physique, mental et social.

Mais l’alchimie fait aussi partie du présent. Elle pose deux questions cruciales auxquelles sont confrontés chacun d’entre nous, à savoir, la maladie et la souffrance d’une part, et la mort d’autre part. Pour répondre à ces deux interrogations, l’alchimie pose la possibilité de la panacée universelle et de l’élixir de longue vie. C’est à la fois un désir de bonne santé et de jeunesse, ainsi qu’un désir d’immortalité.

[1] Betty J. Teeter Dobbs Les fondements de l’alchimie de Newton ou la chasse au lion vert Guy Trédaniel, 1981.

 

Le sacré

Couv ok pPar Gérard CASTAGNE – Extrait de son beau livre Méditations maçonniques   

Trouvez ici tous les articles sur le sacré de spiritualites.fr

Nous fonctionnons par résonnances et affinités. Ainsi, la thématique du sacré a ouvert pour moi un champ de réflexion et de résonnances qui pourrait constituer une sorte d’introduction à une étude plus approfondie du thème.
Elle vise, pour l’essentiel, à appréhender et circonscrire la notion de sacré, en soi, et par opposition à celle de profane ; à en saisir l’essence plutôt qu’en recenser les manifestations, à en explorer le périmètre sémantique – de sa définition à son dépassement – et à en définir le temps, les lieux, la fonction et le sens.
Le Sacré
« Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple ». Cette phrase du rituel d’ouverture de nos travaux de loges, atteste, de façon symbolique, du caractère sacré de nos tenues ; elles transfigurent le lieu, modifient le temps et tendent vers l’égrégore.
La notion de sacré se définit communément par opposition à celle de profane, et réciproquement. Ce qui conduit chacune d’entre elles à se définir par ce qu’elle n’est pas. Pour autant, si la réalité de l’une sous-entend l’existence de l’autre, il importe d’aller au-delà de cette dualité première, afin d’appréhender le sacré pour ce qu’il est, au travers des initiations successives qui en autorisent l’accès. En tout état de cause, la notion de sacré renvoie à celles de séparation et d’interdit. Ainsi, du Temple, en tant qu’espace séparé du monde, et de la Loi, qui fixe les limites de sa transgression.
Au sens premier du terme, le sacré exprime et défini la relation de l’homme avec le divin. C’est, dans cette perspective, notamment, que la démarche monastique prend son sens et sa dimension spirituelle ; d’assurer ce lien et de le faire perdurer. A l’opposé, la sacralisation de l’idéologie nazie, nourri de mythologie raciale, va permettre la création d’un univers mental, absurde et manichéen, visant à l’élimination du peuple élu, aux fins de s’y substituer ; c’est là le sens des lois sacrales de Nuremberg qui fondent l’Holocauste.
Dans les langues sémitiques ou indo-européennes, le sacré est désigné par les termes de : « qadosh » en hébreu, « hieros » en grec et « sacer » en latin, qui déterminent deux possibilités de sens : d’une part, la manifestation du divin en soi, à travers des signes surnaturels réservés aux seuls dieux (les hiérophanies ou le sacré institué par la divinité), d’autre part, l’institution humaine de lieux ou d’objets sacrés, par un acte de séparation (le sacré, séparé du profane par l’homme). La présence de signes surnaturels ou d’un acte de séparation impliquant une médiation, le sacré est toujours une représentation symbolique du religieux (au sens étymologique du terme) ou du divin. Ce caractère symbolique constitue l’essence du sacré, mais aussi sa profonde ambivalence.
Il faut noter par ailleurs, que le droit romain archaïque déclarait « sacer » le hors-la-loi dont les biens étaient confisqués, et dont l’intégrité physique n’était plus garantie ; chacun pouvant le tuer impunément. Paradoxe sémantique qui fait nommer le proscrit par un terme qui désigne ordinairement le sacré, et atteste de son ambiguïté structurelle.
Ainsi, au-delà de sa définition, la notion de sacré recouvre un large champ sémantique qui intègre et déborde le religieux, et dans lequel alternent la ferveur et la crainte, la soumission et la peur, la fascination et l’effroi.
Pour les adeptes de la Kabbale le mot est symbole et doit être interprété suivant quatre niveaux de lecture pour accéder à l’enseignement de la sagesse. Par analogie, les mots du langage ont des sens différents suivant les plans où ils se situent. Ainsi, du sacré qui, au sens commun, évoque le respect de l’autre ou le droit à la vie, exprime le transcendant, lorsqu’il accède au divin. De même, s’agissant de la foi ; croyance, au sens commun, révélation, au sens religieux, rencontre, au sens spirituel.
Pour autant, le langage des mots est structurellement dialectique, ce qui en fixe simultanément la capacité d’expression et la limite. D’où, l’importance du symbole dans l’approche du sacré, et de celle de l’art en général – de la musique en particulier – dans ses représentations. En effet, par leur essence symbolique et leur finalité médiatrice, ceux-ci en permettent une compréhension intuitive et immédiate.
S’il atteste du divin, le sacré se rapporte à la condition humaine dans ce qu’elle a d’inévitable et de coercitif, d’aléatoire et d’imprévisible. A l’origine, le sacré se fonde sur l’ignorance et la peur ; il vise à donner un sens au monde, une explication à ses phénomènes, une cohérence à son organisation. L’homme a peur de ce qu’il ne connait pas, de ce qu’il ne peut maîtriser. La nature qui l’entoure, et dont il participe, tout à la fois le menace et le nourrit, le rassure et l’effraie.
Ainsi, au plan anthropologique, le sacré s’apparente à la superstition, dont les rites, constitués pour l’essentiel, d’astreintes et de tabous, d’obligations et d’interdits, tendent à protéger l’espèce naissante des forces de la nature, d’en domestiquer les manifestations et d’en apprivoiser les mystères. Tout en lui conciliant la nature, la définition du sacré lui permet de surmonter la mort, d’éviter sa contagion et d’en circonscrire le champ ; d’où la permanence et l’universalité des rites funéraires.
En définissant comme sacré ce qu’il subit sans pouvoir ni l’empêcher, ni le comprendre, l’homme primitif exprime sa volonté de maîtriser ce qui lui échappe, de lui donner sens, de prendre possession du monde, de participer à son organisation. L’institution du sacré, c’est l’affirmation d’un ordre du monde connu, sinon maîtrisé, nommé et, par-là, circonscrit ; c’est, pour l’homme, la garantie de ne pas être jeté dans un espace incohérent et un temps illimité ; c’est, en ce sens, l’expression ultime et désespérée de sa nécessaire liberté.
Pour autant, lorsque le champ de la connaissance s’élargit, celui du sacré se retreint. L’homme s’affranchi peu à peu de ses superstitions, à mesure que se développe sa compréhension du monde. A travers la science, l’organisation du monde appartient désormais au profane ; seul, le sens nous échappe encore. Ainsi, le sacré prend racine dans les ténèbres de l’ignorance et, dans notre cheminement initiatique, nous conduit aux portes de la transcendance.
Du « templum » romain qui signifiait le secteur de ciel que l’augure délimitait avec son bâton, au « naus » dorien, qui signifie vaisseau ou nef et renvoie au chœur des cathédrales chrétiennes et au creuset des alchimistes, du « temenos » grec qui signifiait l’endroit réservé aux Dieux, au Temple de Jérusalem qui atteste de la présence réelle de la divinité, le Temple, en devenant maçonnique, symbolise le chemin de l’occident à l’orient, des ténèbres de l’esprit à la connaissance, de l’ombre à la lumière, et confirme sa vocation à la transcendance. Le Temple est le lieu symbolique de passage entre deux mondes : entre la terre et le ciel, entre l’humain et le divin, entre le profane et le sacré, entre le temps et l’éternité ; d’où, sa forme octogonale parfois.
Au-delà des mythes sur lesquels il se fonde, des dogmes sur lesquels il s’appui et des rites dans lesquels il s’incarne, la fonction du sacré est de tisser des liens entre les individus et de structurer les sociétés humaines ; de regrouper les membres d’une communauté autour d’une reconnaissance commune du sacré.

La suite du texte, dans le livre

La création selon la mystique juive

SephirotPar André ATTIA

Le chemin maçonnique est un chemin de vérité et de sincérité. Aussi ne puis-je commencer sans la “séquence émotion” qui m’étreint depuis longtemps.

Blanchi sous le harnais de l’école laïque et républicaine, temple de la Raison, je me souviens encore des sarcasmes avec lesquels j’accueillais ce que je qualifiais alors d’élucubrations que mon grand-père citait en toutes circonstances, issues, disait-il, d’un livre mystérieux, le Zohar. Par une curieuse ironie de l’Histoire, mes recherches maçonniques m’ont fait rencontrer et comprendre ces allégories poétiques et ésotériques.

Alors, ce soir, grand-père, le souffle mystique qui illuminait tant ton visage ne sera sans doute pas là…. Mais je vais tenter, sans trop te trahir j’espère, de faire connaître à nos Frères, avec des mots profanes, cette antique sagesse qui n’a jamais cessé d’éclairer les chemins de la connaissance. C’est ma façon à moi de te rendre hommage.

Pour vivre dans une relative sérénité et établir un rapport apaisé, sinon harmonieux, avec ce qui le dépasse, l’Homme a d’abord peint sur les parois des rochers puis il a inventé des divinités tutélaires. L’émergence du monothéisme n’a pas fait disparaître ses angoisses mais en les intériorisant, il a ouvert l’univers mental à un questionnement infini et donc a singulièrement compliqué les réponses. En effet, comment un seul Dieu, invisible de surcroît, innommable, inconnaissable dans son essence même, peut-il dissiper les ténèbres dans lesquelles vivent les Hommes et résumées dans la triple interrogation inscrite dans le célèbre tableau de Paul Gauguin : “Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?”.

La Kabbale est née de cette problématique : proposer un modèle cohérent et intelligible sur l’origine, penser le sens du monde et définir la place de l’Homme dans ce monde. La foi de Jérusalem et la Raison d’Athènes sont convoquées à la compréhension du monde.

La Kabbale a une origine mythique. Elle s’inscrit dans un récit imaginaire qui porte une vérité première fondatrice qui s’accomplit dans l’espace de l’Univers et le temps de l’Histoire. Cette vérité émerge dans cette idée fondamentale qu’au Sinaï, la parole divine ne s’est pas entièrement révélée, qu’il y a encore du caché à dévoiler sous cette parole : “Nous vivons sur l’écorce de la réalité”, dit le Zohar. Et sous le visible des apparences, des trésors restent à découvrir pour ceux qui veulent recevoir cette parole (Kabbale est un mot hébreu signifiant accueillir, recevoir, transmettre, c’est-à-dire les trois modalités de l’évolution).

“Dans l’acte même de réception, il y a un acte de création” dit encore le Zohar.

Moïse a donc reçu au Sinaï une loi mystique gravée dans le cristal représentant l’Arbre de Vie et conduisant directement au Ciel. Mais devant l’état de dépravation morale des Hébreux et les jugeant indignes de recevoir cette parole, il brise ces Tables et les remplace par d’autres, en pierre celles-ci, qui représentent l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal conduisant aux chemins du monde par la Loi. Mais la parole originelle n’est pas perdue… Moïse la confie à son neveu Josué qui la transmet oralement aux Prophètes et aux Sages, selon une longue chaine initiatique interrompue. La Kabbale est repérée pour la première fois dans l’Histoire en -500 ans de notre ère, dans cette période carrefour de l’Histoire de la pensée (le retour d’exil à Jérusalem ; le siècle de Périclès en Grèce ; l’exaltation de Bouddha en Inde). Au cours de cette période, le monde a fait la révolution du langage.

Comment mettre en adéquation l’être et le langage ? Comment, dans une réalité en mouvement, fixer le langage ? Platon propose d’arrêter le mouvement. Il instaure le monde des Idées où une vérité statique coexiste avec une réalité dynamique. Ezéchiel au contraire, propose de mettre le langage en mouvement dans une réalité en mouvement. A la logique de vérité de Platon, il substitue une logique de sens. Déconstruire les mots en animant la structure consonantique grâce aux voyelles et les reconstruire pour les resignifier. Les lettres, disent les kabbalistes, portent la mémoire d’une image ancienne.

Prenons deux exemples :

Le premier : ABRAHAM. Quand il est encore à Ur, il s’appelle ABRAM –père solitaire dans sa toute-puissance. Il obéit à l’injonction divine, casse les idoles de son père et fuit son pays, sa maison, sa famille. Par cette brisure, son nom reçoit une lettre nouvelle “HE” ( ה ) qui, dans le Tétragramme, élève à un autre niveau de conscience. “HE”, lettre éminemment féminine dans l’alphabet hébraïque, induit chez le patriarche, une concavité du cœur, du corps et de l’esprit. Il a changé de nom, d’identité et de vocation. C’est un autre homme, prêt pour un autre destin, ABRAHAM –père d’une multitude de nations.

Son épouse, SARAÏ, avec un. “IOD” ( י ), à la fois lettre masculine, phallique, symbole de virilité et de fécondité- est évidemment stérile, étrangère à elle-même. Dieu la visite et lui retire ce” IOD ” pour le remplacer par un “HE”. Elle s’appelle désormais SARAH : elle peut recevoir, se mettre en creux et devenir féconde. Elle a changé de nom, d’identité ; c’est une autre femme.

Le second repère historique se situe au 1er siècle de notre ère, dans le grand traumatisme qu’est la destruction du Temple. Les Sages d’Israël se réfugient en Haute-Galilée, à Safed où ils créent la 1ère école de Kabbale, -toujours en activité-, qui poursuit la quête du sens de la Révélation en interrogeant sans relâche le texte originel de la Parole divine.

Les enseignements de cette École connaitront un grand essor en Europe chrétienne, durant l’Age d’Or judéo-espagnol. Tous les éléments de la tradition ésotérique juive sont compilés et réunis dans l’ouvrage somme de la Kabbale, le ZOHAR. Après Thomas d’Aquin, tous les penseurs de la Renaissance puisent dans ce trésor d’innombrables intuitions. Les Sagesses nouvelles comme les “ROSE-CROIX”, l’HERMENEUTISME ou encore l’ALCHIMIE, s’inspirent directement de la Kabbale.

Dans le passage intellectuellement difficile entre Franc-Maçonnerie opérative médiévale et Franc-Maçonnerie symbolique moderne, la Kabbale agit comme un catalyseur. Un des pères fondateurs de la Franc-Maçonnerie, Isaac Newton, sera en même temps un grand savant et un grand kabbaliste.

Les XVIII et XIXème siècles, acquis à la toute puissance de la Raison triomphante, relègueront la Kabbale sur les étagères des vieux grimoires, à côté de la magie ou de la sorcellerie. La défaite de la pensée du XXème siècle, et le XXIème siècle naissant en mal de repères, la redécouvriront. Son charme suranné inspire aujourd’hui de nombreux cherchants de toute nature.

De nos jours, il coexiste trois courants -ou pratiques- de la Kabbale.

–              La Kabbale mystique des origines, réservée aux initiés qui consacrent leur vie à solliciter le Texte pour en exprimer les sucs et les saveurs et retrouver par là, le chemin du Ciel et la proximité divine.

–              La Kabbale philosophique, ouverte à tout esprit en recherche qui veut pénétrer le sens de la Création et la compréhension des choses de la vie.

–              La Kabbale dite magique ou pratique, version dévoyée à des fins mercantiles ou occultistes qui prétend posséder tous les mystères.

Vous avez certainement remarqué que les repères historiques dans lesquels s’ancre la Kabbale se situent tous dans les grandes fractures où l’humanité vacillante lève les yeux au ciel.

Avant Leibnitz, la Kabbale s’interroge sur la première angoisse existentielle ” Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Et ce rien, c’et quoi ? Et avant ce rien, il y a quoi ?”.

L’hébreu a un mot pour désigner cela “AÏN” ( ע ), rien, le néant, une totalité sans grandeur, innommable parce qu’indéfinissable.

Est-ce le Dieu sans nom du Tétragramme YHVH ((יהוה)) qui n’indique rien d’autre que l’éternité :

“J’ai été – Je suis – Je serai” ?

Quatre consonnes qu’aucune voyelle ne viendra jamais animer ou mettre en mouvement.

Or le plan humain est de s’ouvrir à une existence, donc aux trois modalités du temps : passé-présent-futur. Exister, c’est produire sans cesse un écart entre ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.

L’homme dès lors, ne peut être inscrit dans une quelconque éternité. Il deviendrait idole de sa propre identité : “L’exil précède l’être” dit le Zohar, c’est-à-dire que l’Homme n’EST pas, il a

A ÊTRE.

AÏN – RIEN : aleph-iod-noun déconstruit aleph-noun-iod : ANI, JE, en hébreu.

RIEN et JE sont liés par la même énergie sémantique.

Dire JE, c’est ne rien dire, c’est se figer dans un présent éternel, se fermer à toute aventure et mettre fin à toute possibilité d’évoluer. Il faut pouvoir être RIEN pour dire JE et devenir sujet de sa propre histoire.

Dans AÏN donc, tout est figé dans un infini absolu et pour l’éternité. Mais nous sommes là, nous existons ; alors, que s’est-il passé ?

De l’essence à l’existence et de l’existence à l’essence sont les deux chemins de la Kabbale

En un acte de pur amour, de volonté absolue ou d’une liberté totale (pourquoi, d’ailleurs, lui prêter une motivation ?) Dieu se retire de lui-même en lui-même : Dieu ne veut pas jouir entièrement du monde ; il se limite, il s’entame ; il s’exile pour laisser une place, un espace de création. Il ouvre le monde au désir d’Être. Il ne se révèle pas dans une apparition ou dans un miracle. Il se révèle en se cachant, en se dérobant au regard.

Ce mouvement est appelé TSIM-TSOUM.

La musique du mot laisse entrevoir la possibilité d’un processus dynamique, comme l’inspiration après l’expiration.

Cette contraction, qui met le monde en mouvement, a nourri de nombreux concepts philosophiques (castration symbolique, de Freud ; l’entame, de Lacan ; l’altérité, de Lévinas ; l’hospitalité, de Derrida.) Comme moteur de l’Histoire, elle libère l’Homme de l’angoisse existentielle devant le silence du Ciel et implique qu’ici-bas rien n’est éternel, infini ou absolu. Dès lors, l’Homme n’étant pas Dieu peut assumer son rôle dans la Création et témoigner de la “présence de l’absence” comme dit Edmond Jabès pour qui la foi ne serait que la brûlure de son effacement.

Mais, comme la vague en se retirant laisse encore son empreinte sur le sable, Dieu laisse une lumière résiduelle dans le monde. Sous le poids du flux divin, les vases qui ont recueilli la Lumière, se brisent : c’est la métaphore de la “brisure des vases” appelée “chevira” en hébreu. Le temps de l’humanité est venu.

Cette fracture fondatrice est à l’origine de tout commencement. Elle est maintes fois répétée dans l’Histoire.

ADAM casse les idoles de son père, part à l’aventure et fait entrer le monde dans l’ère du monothéisme.

La hanche brisée de JACOB après son combat avec l’Ange, fonde les douze tribus d’Israël

MOÏSE tue l’égyptien, fend la Mer Rouge, brise les Tables de la Loi et montre le chemin de la Terre promise.

JÉSUS renverse les étals des marchands, se sépare du Temple et inaugure un nouveau Testament.

Comme la chute d’eau, fracture géologique s’il en est, génère l’énergie, la “chevira” est l’acte fondateur du monde. Tout ce qui advient est l’expression de cette fracture. Elle signe l’autonomie de l’être mais, hélas, aussi, installe la nostalgie de l’unité perdue.

Réparer cette fracture pour s’unifier à lui-même, au monde et mettre fin à l’exil est la mission de l’Homme sur terre.

Ce troisième mouvement est appelé TIKKOUN. Il complète le schéma du mécanisme de la Création :

—– TSIM TSOUM : Retrait

—– CHEVIRA        : Fracture

—– TIKKOUN       : Réparation

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais vous raconter une rencontre authentique.

En 1933, exilé à Princeton, Einstein a des états d’âme sur les possibles applications militaires de ses découvertes. Il s’en ouvre aux kabbalistes de Brooklyn et tente de les convaincre, mais aussi de se convaincre lui-même, que physique et métaphysique sont incompatibles. N’en croyez rien, lui répondent les vieux Sages, la matière n’est pas seulement un assemblage de molécules. Il y a en elle autre chose, de l’ordre du langage et ce langage parle d’un but à atteindre, d’un projet à réaliser : les débris de lumière dispersés par la “chevira” sont cachés au plus profond de la matière comme autant d’étincelles prisonnières. Briser le noyau de l’atome pour les libérer c’est faire œuvre de réparation.

Avec les trois principes moteurs (tsim-tsoum, chevira, tikkoun), le modèle proposé par la Kabbale prend toute sa cohérence.

Du retrait nait l’Absence. De l’Absence se ressent le manque. Du manque nait le désir. Du désir se construit la volonté. Dans la volonté se prépare l’action.

L’œuvre de création est là, figurée par un schéma-diagramme en forme d’Arbre de Vie qui a inspiré de nombreuses représentations :

–              L. De Vinci en a donné une illustration célèbre dans son Traité d’ Anatomie avec l’Homme de Vitruve repris aujourd’hui par le logo de Manpower.

–              Pic de la Mirandole y voyait le Christ en Croix.

–              A. De Souzenelle y a repéré la symbolique du corps humain

–              L’astrologie ancienne le considérait comme une cartographie du système solaire

–              Aujourd’hui, nombreux sont les savants qui y voient une étrange ressemblance avec la molécule d’ADN et sa structure en double hélice.

“Un Arbre qui a ses racines au Ciel et ses fruits sur Terre” dit le Zohar, fonctionnel dans toutes les dimensions de l’espace, de haut en bas, de la matière vers l’esprit.

Cet Arbre décrit les différentes étapes de toute création et les mécanismes de transformation de la lumière venue de l’infini en matérialité concrète.

Cette création est structurée en dix tourbillons de vie que la Kabbale appelle SEPHIROT et la science d’aujourd’hui niveaux d’organisation formant un réseau d’entités ouvertes à l’énergie circulante.

L’Arbre séphirotique fonctionne comme un système cybernétique : chaque sephira reçoit de l’énergie de la sephira précédente, la travaille pour son propre compte puis la transmet à la sephira suivante jusqu’à la matérialité.

Esprit et Matière sont de même nature, deux manifestations de la Lumière à des modalités et des niveaux différents.

Au Commencement, donc, Aïn, Rien, le Néant.

La Kabbale développe une théorie séduisante de l’Infini. Ce n’est pas une singularité. Il n’est ni Un, ni Zéro, ni innombrable mais une complexité ternaire qui peut apparaître comme étant sa propre cause.

Analysons la structure sémantique du mot hébreu AÏN (aleph, iod, noun) :

– Aleph : le mystère à jamais inconnaissable

– Iod : la plus petite lettre de l’alphabet hébraïque, la première lettre du Tétragramme sacré, le point initial, la cellule-souche, la semence qui porte la potentialité

– Noun : la puissance qui projette cette semence pour féconder le monde.

Trois niveaux d’infini représentés (en haut du schéma) par trois voiles (le voile a le mérite de séparer et de laisser entrevoir) :

  • Premier voile : Aïn, le Néant, l’antérieur du monde. Dieu incréé tel qu’il est pour lui-même, au-delà de l’Être ou du Non-être. “Dieu n’était pas Dieu avant la Création” pense la Kabbale.

Cette idée que quelque chose a précédé la Création plait beaucoup aux esprits sceptiques et scientifiques, Max Planck en a même fixé la frontière : 10-43 seconde, 10-43 centimètre. Ce qui se passe derrière ce Mur restera dans l’ordre de l’essence inconnaissable car l’esprit humain n’en aura jamais les moyens, ni les lois.

– Entre le premier et le deuxième voile, EIN-SOF, littéralement “sans fin”. C’est certes un infini vertigineux mais on est déjà dans une dualité, un rapport qui put être un commencement : Créateur, Horloger, Géomètre ou Architecte, ici habite le Dieu si proche aux croyants et si lointain aux autres.

– Le troisième voile EIN SOF AUER, littéralement “lumière infinie” que Dieu nous a laissée quand il s’est retiré et que l’Homme reçoit (kabbala) pour parachever et réparer la Création.

Cette lumière infinie irrigue un arbre dont l’architecture est structurée en dix sephirot et vingt-deux sentiers qui forment, ensemble, les trente deux voies de la Sagesse selon le Zohar :

. 10, comme les dix commandements

. 10, comme le principe-tout, là où tout commence et tout finit. Le nombre parfait de Pythagore parce qu’il contient l’unité qui a tout fait et le zéro, symbole du chaos duquel tout est sorti. Il comprend donc le créé et l’incréé, la vie et le néant.

. 22, comme les vingt deux lettres de l’alphabet.

Le message est là, lumineux, sans aucune ambigüité : le monde est créé par la parole et fonctionne par la Loi. La parole introduit le monde dans l’ordre du symbolique par le langage, la nomination.

Toute chose créée doit être nommée pour parvenir à l’être et ainsi avoir une destinée singulière. Elle est à sa façon, un reflet de la Création tout entière.

L’alphabet est le pilier de cet édifice dont les lettres sont les briques fondamentales dont est faite la matière et qui, par le jeu des combinaisons et des séquences, constituent la multiplicité du Vivant.

La Kabbale utilise des procédés pour pénétrer le Texte et en faire jaillir les saveurs et les sucs cachés.

Tout comme les atomes et les molécules ont un poids, les lettres et les mots sont lourds de significations et permettent d’établir des correspondances, de mettre en évidence des parentés et de relier toutes les choses entre elles.

Mais les méthodes ne concernent pas seulement la valeur numérique d’un mot. Elles nous renseignent aussi sur la vérité qu’il porte.

Le sens littéral du mot, c’est son “enveloppe” dit le Zohar. Malheur à qui prend cette enveloppe pour la vérité de la parole !

Toute parole, dit la Kabbale a quatre niveaux de sens :

– Le PCHAT ou sens littéral, le premier degré, le vêtement de la parole

– Le REMEZ, ou sens allusif, symbolique, le deuxième degré qui se prête à l’allégorie, à la métaphore, à la représentation

– Le DRACH ou sens homilétique, le troisième degré qui ouvre à l’exégèse, à l’analyse, au commentaire

– Le SOD, le quatrième degré, le sens caché, ésotérique ou mystique qui perce le mystère, “l’âme de l’âme” dit le Zohar.

Appliquons le procédé NOTERIKA et, à partir des initiales des ces appellations -P.R.D.S.-, formons le mot PARDES (à l’origine du mot français PARADIS).

La symbolique est lumineuse : le paradis c’est quand on a tout compris en ayant traversé les quatre niveaux de sens. L’enfer, au contraire, c’est quand on n’a rien compris -ou rien entrepris- par paresse ou par impuissance.

L’Arbre de Vie tel qu’il est ici représenté, repose sur trois colonnes : deux latérales, visibles et une axiale, invisible parce qu’intériorisée, ne se réalisant qu’à l’intérieur de l’Homme.

  • La colonne de droite (2-4-7) est solaire, masculine, toute en extériorité. Le Yang chinois. Elle est dite colonne de la Grâce parce irriguée en premier par une énergie puissante mais indifférenciée. C’est la vie à l’état de nature.
  • La colonne de gauche (3-38) est lunaire, féminine, toute en intériorité. Le Ying chinois. Elle est dite colonne de la Rigueur parce qu’elle canalise, met en ordre, organise. C’est la vie à l’état de culture. Réduites à elles-mêmes, ces deux colonnes expriment deux absolus mortifères : Ordre et Désordre, Cristal et Fumée selon l’expression de Henri Atlan.
  • La colonne centrale à une fonction médiatrice. Elle est dite colonne d’Harmonie et d’Équilibre : de l’Infini au Fini, de l’Absolu au Relatif, du Ciel à la Terre, du projet à la réalisation, la Lumière, tel un éclair étincelant, va traverser l’Arbre, de la première à la dernière sephira.

La sephira KETER est le diadème qui coiffe la Création. Elle est l’énergie initiale, la force de l’Esprit, la volonté qui inspire et anime tout projet.

Elle jaillit dans la sephira 2 – HOKHMA qui manifeste la conscience spontanée, la perception immédiate qu’a l’être humain de sa propre existence, la “conscience de soi” en tant que sujet autonome et pensant.

Cette énergie débordante va se réguler sur la colonne de gauche, dans la sephira 3 – BINAH, intelligence au sens étymologique de lire-entre; discerner. BINAH manifeste la faculté d’analyse et de synthèse.

Ce triangle supérieur 1-2-3 constitue le monde de l’Émanation du principe de vie : Volonté-Conscience-Intelligence.

 

Les sept autres sephirot sont celles de la construction comme les sept jours de la création dans la Genèse.

Les sephirot 4-5-6 forment la triade des émotions supérieures qui accompagnent la pensée :

La sephira 4 – HESSED, manifeste les élans du cœur. Elle mesure la capacité à s’ouvrir, à se donner, à s’épancher. Mais, réduite à elle-même, elle s’égare dans le torrent compassionnel et se consume dans la passion.

Cette débauche trouve son équilibre dans la sephira 5 – GEVOURAH, dite de rigueur et raison. Elle mesure la capacité à la retenue, à l’intériorité, à la maitrise de soi. Mais là aussi, réduite à elle-même et coupée de sa source affective, elle assèche le flux vital, sclérose la circulation d’énergie et éteint la lumière.

HESSED et GEVOURAH convergent sur la colonne centrale dans la sephira 6 – TIPHERET, traduite par Beauté au sens grec d’esthétique et d’harmonie des formes ; au sens hébraïque, d’éthique. Au centre de l’Arbre, elle met en relation directe la première et la dernière sephira, comme le passage obligé entre Esprit et Matière.

La sephira 7- NETZAH, traduite par éternité sans doute parce qu’elle manifeste ce qui ne change pas en chaque Homme, ses fondamentaux. On dirait aujourd’hui son ADN mais aussi son cerveau reptilien, ses pulsions, ses instincts, en un mot tous ses processus involontaires. Mais là encore, réduite à elle-même, elle révèle la nature archaïque, sauvage de la vie. Quand elle s’ouvre à sa sœur de gauche, HOD, cette force brutale se métamorphose, se civilise et exprime alors le talent, le sens artistique créateur et inventif.

La sephira 9 – YESOD est traduite par Fondement parce que dans la symbolique du corps humain, elle assure la fonction de reproduction.

Avec les sephirot 7 et 8, elle constitue le monde la Formation, là où sont rassemblés et mis en forme tous les éléments constitutifs de la Création avant leur transmission à MALKHOUT -10ème et dernière sephira. A elle seule, elle constitue le monde de l’Action qui donne du sens à toute l’œuvre qui précède, participe à la réparation des vases brisés et ouvre le chemin du retour à l’Unité primordiale.

La Lumière infinie a délivré son énergie et fait son travail. Le projet initial s’est réalisé : l’Esprit est devenu Matière ; le désir, acte.

Les kabbalistes ont une expression : “KETER est dans MALKHOUT ; MALKHOUT est dans KETER”.

L’intention est dans l’acte. L’acte est dans l’intention comme un arbre en entier est contenu dans une graine.

J’ai laissé volontairement pour la fin la sephira DAAT, sur la colonne centrale, en pointillés, parce qu’occasionnelle. Elle n’apparaît que dans de rares moments de grâce, quand les sephirot sont en vibration entre elles et composent la symphonie de ce que Shakespeare appelait “la musique des sphères”.

L’égrégore maçonnique est sans doute un phénomène de même nature.

L’Arbre de Vie est une échelle cosmique par laquelle l’Homme effectue la liaison entre Ciel et Terre, entre Infini et Fini. Il peut le faire par la voie des mystiques -sur la colonne de gauche-, en complète adhésion, ou bien par la voie des poètes -sur la colonne de droite-, en totale liberté. Chacune de ses voies requérant effort et vigilance.

Le chemin le plus simple serait celui de l’harmonie et de l’équilibre sur la colonne centrale qui n’exige ni stricte obéissance, ni indépendance irresponsable. C’est, entre l’équerre et le compas, la voie de l’initiation maçonnique.

Le symbolisme maçonnique concorde avec l’Arbre de Vie de la Kabbale en ce qu’il a d’essentiel dans l’espace et le temps.

Il est intéressant d’établir un rapprochement entre l’Arbre des sephirot et la hiérarchie des officiers en Loge :

KETER (1) occupe la place du Vénérable Maître dirigeant les travaux que les branches de l’équerre relient à la Sagesse (2), la conscience raisonnable de l’Orateur et à l’Intelligence (3), qui discerne et met en ordre, le Secrétaire.

(4) et (5), la Compassion et la Rigueur correspondent au Frère Hospitalier et au Frère Trésorier.

(6) la Beauté, convient au Frère Maître des Cérémonies, ordonnateur de tout ce qui tient aux formes.

(7) et (8) s’associent aux Frères 1er et 2ème Surveillants alors que (9), la base, le Fondement se rapporte au Frère Expert, gardien de la tradition.

Enfin (10), le Royaume de la Création, le plus proche du monde profane est le domaine du Frère Couvreur qui veille à la sécurité des travaux.

Sagesse, Force et Beauté, les trois piliers qui soutiennent symboliquement le Temple résument la théorie des sephirot en la dégageant des subtilités métaphysiques : elle attribue à la 2ème sephira, la Sagesse, la conception du travail maçonnique ; à la 7ème sephira, la Force,

L’exécution de ce travail et à la 6ème, la Beauté, la mission d’orner, de décorer et de mettre la dernière touche à l’œuvre de création.

Arbre miniature complet mais non réalisé, l’Homme vit dans la tension permanente de garder à la fois un contact fort et fécond avec la réalité terrestre et de s’élever en esprit. Cette tension est l’essence même de la vie. Elle souligne la grandeur de l’Homme dans l’univers, sa responsabilité dans la réparation du monde et sa solitude aussi, depuis le retrait de Dieu. Il ne peut invoquer aucun déterminisme : hasard, fatum, karma ou mektoub sont des alibis mortifères.

L’Homme est libre et responsable.

Par la conscience de cette singularité, il se perçoit lui-même comme infini. Cette étrangeté laisse en lui un sentiment d’éternité que d’aucuns appelleront la part de divin et d’autres, la déchirure de son âme, en l’absence de Dieu, contre l’Histoire et dans la vérité du Mal.

Dans l’absence de Dieu : nul Homme ne peut parler ou agir en son nom.

Contre l’Histoire parce que ce temps-là est exil.

Dans la vérité du Mal parce que le Mal témoigne de la création du monde.

Si le but ultime de l’Homme est de se réunifier à lui-même et au monde, il y a autant de sainteté à le faire par la réalisation matérielle que par l’élévation spirituelle. Aucun de ces mouvements ne se suffit à lui-même. Le bon choix est d’apprendre à les concilier.

Rationalité et envolée prophétique, fidélité et questionnement permanent sont les deux voies escarpées de la mystique juive.

Dans la complexité du monde, nous dit-elle, nait une multitude de situations. Dans l’effort d’en dégager la cohérence apparait le sacré qui les dépasse et leur donne sens.

Le seul invariant, c’est la Lumière éternelle qui vient de l’Infini et qu’il faut “kabbalah”, recevoir en se laissant traverser pour, peut-être, par moments, retrouver en, soi et pour soi, l’unité perdue.

Femme de lumière de Claude Darche

Livres

Ce livre passionnant est un roman initiatique de Claude Darche, ancien Grand Maître de la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm et auteure de nombreux ouvrages sur l’ésotérisme et la Franc-Maçonnerie. Les aventures initiatiques de Claire, à la croisée des mondes font de cet ouvrage un concentré de repères initiatiques et références subtiles à la Franc-Maçonnerie en général et à la Tradition maçonnique Egyptienne en particulier.

Un ouvrage plein de rebondissements qui nous renvoie à l’identité profonde de l’être.

Vous trouverez “Femme de lumière” ici

EXTRAITS

– Et la femme, dauphin, qui est-elle ?

– A l’aube des temps, la femme était reine, elle portait le beau nom de Demeter,d’Isis ou de Cybèle. Les hommes étaient initiés aux Mystères de ces déesses qui symbolisaient la Nature dans son oeuvre de génération et de destruction. C’est au travers de leur culte et de leurs rites que les hommes apprirent l’ineffable secret : la mort n’existe pas. Elle n’existe que pour celui qui envisage l’existence sous l’angle de la dualité et seulement de la dualité,celle qui oppose et dresse les hommes les uns contre les autres, celle qui engendre l’anéantissement.

– Mais la dualité existe dauphin, tu ne peux la nier !

– La dualité existe comme une roue sans fin, les hommes continuent à tourner entraînés qu’ils sont par ce mouvement perpétuel, ils oublient le centre de la roue, le moyeu. Par ce centre, la dualité est transcendée et les hommes passent au nombre trois qui est aussi le retour à l’unité. L’homme et la femme, le yang et le yin de la Nature sont indispensables au bon fonctionnement de l’univers ; de leur union naîtra le troisième, le fils, celui qui reprèsente la synthèse de leurs deux personnalités. La vie, vois-tu, n’est qu’une suite de morts et de renaissances.La source divine, l’Un, ce que j’appellerai l’Esprit perdure, il n’y a que les formes qui évoluent, changent et se métamorphosent.

– Il n’y a donc pas de mort ?

– La mort n’existe que pour ceux qui n’entendent ni ne voient.La mort n’existe que pour ceux qui ne sentent pas le flot d’Amour couler en eux.

– Ils sont nombreux ?

– Ils sont des millions à préférer la mort, à aimer le néant.

– Mais pourquoi ?


 

Je sens que ma réponse est décisive, mais c’est d’une voix ferme que je m’entends dire :

– Oui, je vous fais confiance à jamais !

– Alors, vis l’éveil de ta face par le rituel des quatre ouvertures !

Me voici transportée de l’autre côté du lac sacré, près du gigantesque scarabée de granit élevé  par Aménophis III et consacré au dieu solaire Atoum-Khéperrê : d’après notre guide, ce scarabée est un symbole particulièrement bénéfique pour les femmes qui doivent en faire sept fois le tour pour être assurées de porter de beaux enfants et d’avoir une vie abondante et prospère! Juste à droite du scarabée, se tient un escalier qui semble-t-il s’enfonce sous les ruines. Lorsque nous sommes passés à cet endroit avec notre guide, l’escalier était condamné pour risque d’éboulement.


 

Je te souhaite la joie du silence, la prière du silence, celle qui monte de ton coeur et emplit le ciel de sa ferveur. De grandes choses peuvent être faites par la prière! N’as-tu jamais remarqué, amie, que la nuit venue, il fait bon se recueillir et veiller. C’est l’heure où les pensées viennent sans effort, où les problèmes trouvent une solution, où les hommes se confient plus facilement, c’est l’heure de l’écoute, c’est l’heure de la trêve.

Les temples invisibles

Les temples, ce ne sont pas seulement des lieux où se réunissent des communautés spirituelles. Ce sont des lieux du sacré dont les dimensions ne sont pas matérielles. Ils nous font accéder à l’invisible, qui est à la fois en nous-mêmes et dans le macrocosme.
Voici un témoignage qui vient d’un Franc-Maçon, mais des méditations sur d’autres temples que les temples maçonniques sont possibles…

Les franc-maçons se réunissent dans des temples. On pourrait croire que ces temples sont des édifices visibles. On y retrouve d’ailleurs, dans ces édifices, toujours le même ensemble de symboles. Et ces lieux et symboles, chacun peut les connaître : par les livres, Internet et la vidéo, au cours de journées portes ouvertes, ou encore au cours de “tenues blanches” accessibles aux “profanes” (profanum, qui reste devant le lieu sacré).

Mais la réalité, comme souvent en Maçonnerie, est plus subtile. Les temples sont invisibles et leurs symboles n’existent vraiment qu’au moment où Sœurs et Frères, ensemble, les font vivre, et engendrent un “égrégore”. C’est d’ailleurs une raison pour comprendre comment la maçonnerie reste “secrète”, invisible hors de ces moments où surgit la lumière et où circule la parole, une parole autre.

En réalité, le temple est ce lieu magique où le temps et l’espace épousent une autre courbe, où les corps et les esprits se disposent et se meuvent autrement, transforment ce site en un espace “sacré”, c’est-à-dire hors du commun.

Cet espace est orienté, mais là encore, de manière invisible, sur un plan symbolique et non pas matériel : d’occident en orient (d’ouest en est) sur sa longueur, du septentrion (nord) au midi sur sa largeur, du nadir au zénith sur sa hauteur. Il n’a pour limite visible vers le haut que la voute étoilée, ce qui signifie que la franc-maçonnerie est universelle et que le temple est l’image du cosmos ; pour certains maçons, le temple peut même figurer ou préparer la Jérusalem Céleste de l’Apocalypse de St Jean. Pour tous les maçons, le temple est le lieu de réunion, d’union, propice à un travail singulier, à l’expression d’une utopie et au surgissement d’un invisible : les énergies se réunissent au point de prendre forme, de prendre vie, d’agir en nous, et même au-delà, et répondre aux rythmes universels du cosmos.

Voici donc que le temple prend toutes les couleurs de l’arc en ciel ! Et il n’est même pas là où l’on croit pouvoir le saisir ! Car il s’agit en fait de le construire, de le reconstruire… Comme le Temple de Salomon, mais aussi dans la dimension de soi-même, de son être intime : le Franc-Maçon travaille sur lui-même, à son perfectionnement (il se sait toujours perfectible), dans son parcours d’initié. Tout ici est symbole, et tout devient une question de passage, de transmutation. Alchimie toujours en action. Ce qui est à l’œuvre dans l’athanor n’est pas visible. Et tout ce qui est conscience, travail et extension de conscience, est ouverture vers ce qui resterait autrement latent, insoupçonné, inexprimé, inconscient. Les mythes et les symboles nous besognent.

La première dimension du temple est le temple intérieur de chacun. Ton temple intérieur te représente toi-même, et tout ton mystère singulier. Il permet que s’instaure un dialogue de soi à soi, mais ouvert à l’univers, un espace pour que la petite voix intérieure ne résonne plus dans le vide, mais fasse écho au sens qui par la méthode symbolique se dévoile. Non pas un espace préfabriqué, un lieu tout équipé de symboles convenus, d’interprétations surgelées, une galerie de portraits savants que l’on exhiberait tout au long de l’escalier qui monte jusqu’au plus haut des grades maçonniques… non, le chemin est tout autre. C’est un chemin d’initié et d’initiation, de force ordonnée, de continuité dans la capacité à fonder. L’écoute active de soi, au travers de l’étrange présence fraternelle de l’autre, qui vous écoute vraiment, au travers d’une poétique symbolique ouverte, belle, généreuse, opulente, progressive, qui donne à découvrir ce qui était obscur, latent, dormant. L’éveil ! L’initiation maçonnique est une voie d’éveil. L’espace-temps singulier, sacré, du temple, est à la fois le reflet et le miroir d’un travail de soi à soi, le principe actif d’un travail sur l’être soi qui se transforme, et le principe passif, féminin, d’un lâcher-prise qui est renoncement à l’égo et ouverture absolue et confiante sur le grand tout.

Le temple est donc le temple intérieur, et aussi le temple de Salomon, le temple des hommes et le temple universel, macrocosme et microcosme. Le souffle qui parcourt cet espace-temps sacré a pour horizon l’humain, l’espérance et l’action de l’homme, la volonté d’un réel progrès de l’homme, de la société, de l’humanité, la perfectibilité humaine individuelle et collective… Car ici, on peut le penser, le progrès, et pas de manière dogmatique. On peut faire l’effort de le penser vraiment. Et de le construire dans un équilibre Yin et Yang, de recevoir et de donner, de potentiel et d’action… Nous sommes, dans le temple, dans une logique très extérieure à la vie profane, très éloignée de cette soi-disant réalité où on vous propose des représentations et des idées à consommer, pour le profit de quelques uns, puis on vous occupe, on vous crée des soucis qui s’accroissent au quotidien, des situations toujours plus complexes avec des moyens économiques toujours plus incertains, on vous sépare le plus possible de la liberté d’être. Quand il ne s’agit pas, aujourd’hui, à rebours de tout progrès, de vie encore pire, de survie pure et simple, et de terreur permanente, de patriarcat triomphant et barbare, de mort de toute culture, d’ignorance du temps de l’histoire, du temps et de l’altérité des autres, du temps lui-même, de ses bonheurs bigarrés et de son histoire qui ne s’écrit pas pour sa propre fin. La parole est honnie, chez les barbares d’aujourd’hui, et d’abord la parole intérieure, le flux de la pensée, le doute, l’évolution des idées, tout ce qui fait de vous une personne, ce qui offre les bases, la structure, l’ordonnancement construit mais non pas absolu, d’un temple intérieur et l’espérance d’un temple universel. Dans le temple, la parole circule… Elle est censée porter, à l’extérieur, des valeurs.

Les symboles, quels qu’ils soient, sont des passages étranges vers la pensée créatrice et le mystère. Le temple des hommes, le temple universel, comme le temple intérieur, comme le temple où se tiennent les Frères et les Sœurs, comme le temple mythique et tous les symboles de l’Art Royal, sont en correspondance et se soutiennent ; un soutien que manifestent les trois piliers de sagesse, force et beauté. L’invisible, c’est aussi ce bonheur de se mouvoir entre toutes ces dimensions du temple, entre toutes les “correspondances” qui font sens et vie. L’univers, la nature elle-même…

La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

Baudelaire aurait-il voulu nous faire la confidence d’un lien secret, d’un échange subtil entre nature et Franc-Maçonnerie ?

Si un jour, sur votre chemin, se trouve un temple, tournez votre regard vers l’invisible.

Franc-Maçons : hommage collectif à Charlie Hebdo

La Planche à Charlie

Edition spéciale de la Planche à Tracer

Après l’inqualifiable barbarie qui nous a touchés dans notre ADN de peuple libre, faisant de plus resurgir le spectre de l’antisémitisme, nous avons pris une décision : ajourner les publications prévues pour janvier pour publier un numéro spécial, en hommage aux victimes de la barbarie : La Planche à Charlie.

La Planche à CharlieAprès dix jours de travail acharné et sans relâche, voici le résultat.

L’appel immédiatement relayé par les blogs maçonniques, a libéré la parole. Immédiatement vous avez été très nombreux à nous envoyer une planche, un poème, un dessin… et nous vous remercions tous, avec la plus profonde gratitude. Tous, qui que vous soyez, avec sensibilité et raison vous avez exprimé ce qui devait être dit. Vous avez soulevé les questions fondamentales qui touchent à notre devenir collectif, à nos valeurs, à notre liberté.

Le résultat, c’est un numéro à coeur ouvert, sans concessions face à l’inqualifiable barbarie dont ont été victimes nos amis, nos Frères, avec ou sans tablier.Charlie Liberté

Ils ont voulu toucher à l’esprit libertaire, à la liberté d’être… juif, journaliste, policier… d’être Charlie ! Ils ont voulu fouler aux pieds notre droit à la différence et à vivre ensemble dans une société ouverte et fraternelle, fondée sur le respect de l’autre.

Ils ont obtenu le contraire de ce qu’ils recherchaient. Nous sommes plus de quatre millions à l’avoir prouvé lors d’une marche historique en descendant dans la rue pour défendre nos valeurs.

La Liberté d’être, la vie, la liberté de conscience, la laïcité, aujourd’hui, c’est notre devoir de les faire vivre et de leur donner corps.

Je peux dire avec bonheur et fierté que la Planche à Charlie, porte la voix, ou du moins l’une des voix des Franc-Maçons face au séisme criminel et liberticide qui a secoué la France au début de ce mois de janvier. Mais il fallait mettre ensemble, réunir ce qui autrement serait demeuré épars ou non exprimé, lui donner un sens commun, une âme… avec humour, avec amour, sans oublier la dérision, le lien symbolique et la raison. Ensemble nous sommes parvenus à réaliser cette merveilleuse alchimie, à réaliser cet espèce de miracle qui transmute la souffrance en action, donne un sens à l’action collective, et à notre rôle en tant que Franc-Maçons dans ces évènements.

Il nous appartient maintenant, à tous, de faire vivre et d’élargir le débat.

Charlie Hebdo dessinateurs

Page 1 of 4:1 2 3 4 »
©2017 Spiritualites.fr
Translate »