Le Soufisme est la dimension ésotérique et intérieure de l’islam. Il est le coeur de l’Islam. C’est une voie mystique et de prière. L’action du soufie consiste à faire tomber les voiles de notre monde phénoménal opaque, qui le séparent du monde spirituel lumineux. Le Soufisme en tant que voie n’est pas l’Islam tel que nous le voyons par le bout de la lorgnette déformée que vous renvoient les medias, à juste titre ou à tort, selon le cas.  Le Soufisme est une voie spirituelle et initiatique. Sans vouloir nous lancer dans des comparaisons outrancières et éventuellement injustifiées, le Soufisme est à l’Islam ce que l’Illuminisme est à la Chrétienneté. L’adepte soufie s’inscrit dans une démarche qui distingue le monde sensible (ou monde du témoignage) du monde du mystère. Peu soucieux des apparences et parfois montré du doigt par les pratiquants religieux  le Soufisme s’est imposé en Islam depuis des siècles comme la voie ésotérique et initiatique de l’exotérisme religieux.

L ‘adepte soufie considère sa vie comme un cheminement initiatique, ponctué de stations et d’états de conscience devant le conduire a la réalisation spirituelle, se résumant en trois phase : dépouillement, embellissement et dévoilement. Ce chemin est toutefois parsemé d’embûches ; et quelle que soit la distance parcourue, l’initié s’apercevra très vite que le chemin ne fait jamais que commencer. C’est pourquoi pour le parcourir, l’adepte doit être accompagné d’un maître, ou guide spirituel qui l’aide à s’affranchir des illusions et fait le lien entre le monde invisible et le monde de la manifestation. Même si le maître est à distance, l’esprit se passe de frontières et le lien peut reposer sur action de type chamanique, pendant le sommeil ou la prière. Vous l’aurez compris, le maître spirituel n’est pas quelqu’un qui commande de façon docte ni doctrinale, il faut plutôt le voir comme un compagnon privilégié, dépositaire d’une connaissance ésotérique profonde et d’une sagesse suffisante pour évaluer les besoins du disciple.

L’adepte soufie vit constamment sur le fil du rasoir. Son travail consiste à se détacher du jugement pour accéder à un état intérieur susceptible  de provoquer une expansion de conscience, destinée à le renvoyer à son intériorité et lui permettre de s’abstraire de la dualité comme du jugement. Il apprend à relativiser ses états d’esprit par rapport à un monde pluriel, à dominer ses émotions et s’abstraire du jugement, car Dieu est Un, et, au-delà du pluralisme du monde, il y a Unicité divine. Cette unicité a un sens qui se situe toujours en dehors de la dualité. Elle est la manifestation permanente d’une lumière cosmique, présente partout et en tous temps.

Dieu se révèle à chaque instant dans le monde et les être doués de l’intelligence du coeur et d’une perception spirituelle développée le perçoivent. Le soufie travaille constamment en pureté et en purification pour se rapprocher de la présence divine, approcher de plus en plus souvent et de façon de plus en plus prolongée le coeur de l’ineffable lumière, jusqu’à se retrouver en une constante présence à Dieu. Les coeurs sont susceptibles de rouiller, comme le fer ; et pour éviter cette corrosion, le coeur doit être constamment poli par l’invocation de Dieu et celle de ses quatre-vingt-dix-neuf noms divins.  Pour les soufies, il existe en effet autant de Noms de dieu que de manifestations dans le monde. Et ces Noms, en tant que source de la Manifestation, régissent le monde.C’est pourquoi l’un des rôles du maitre spirituel est de donner un ensemble d’invocations(wird) composé de Noms Divins, de prières ,pour un nombre et dans un ordre donné, seul le guide spirituel décide de la composition du wird pour l’aspirant soufi ,en fonction de la nature de l’ âme du disciple, que les connaissances ésotériques du maître lui permettent de percevoir.

Le Soufisme a souvent été la cible d’attaques de la part de réformistes musulmans qui l’estimaient dépassé. Toutefois, depuis les années 70 l’Islam, mais aussi l’Occident a connu un regain d’intérêt pour le Soufisme ; car dans le contexte de matérialisme dans lequel s’est ancré le développement du vingtième siècle,  provoquant un désenchantement du monde, le Soufisme s’est progressivement imposé comme une voie de lumière qui permet d’échapper au dualisme et de réintroduire du sens.

Pour les soufies, le Coran est là pour rappeler à l’humanité le message que Dieu a délivré à l’humanité. Et ce message sert de base à la pratique et au rappel du maître intérieur. Avant la création du monde, les hommes ont passé un pacte avec Dieu. Ce pacte consistait notamment à se souvenir constamment du Nom de Dieu. Selon ce pacte l’âme humaine une fois incarnée sur terre doit se remémorer ces Noms. Comme un antidote face à cette négligence de l’âme, le dhikr est mention de Dieu, souvenir de Dieu, et prise de conscience toujours plus profonde de sa Présence. Les soufies s’emploient à vivifier chez les adeptes, ce souvenir.

Le Soufisme a pour assise la voie et la morale exotériques de l’Islam, mais au-delà de cela il en est la voie spirituelle. Le travail mené dans les tariqah ou loges soufies, éclaire de l’intérieur le sens et la symbolique des rites religieux. Ainsi le Soufisme est-il le corps spirituel de l’Islam. Cette voie initiatique est vecteur de liberté, de paix et d’amour, de lien entre les cultures et les religions au sein desquelles elle réintroduit du sens.  En ce début de 21ème siècle tourmenté, les religions sont sur la sellette et les pratiques spirituelles apportent un souffle d’air frais, un vent de liberté qui favorise leur expansion. Dans ce contexte, le Soufisme peut être vu aujourd’hui comme la dynamique spirituelle et intérieure de l’Islam, ouverte aux hommes, comme aux femmes et essentielle à sa cohérence et sa survie.