Par Paul Quader

Comment s’effectue la rencontre avec l’alchimie ou « Art royal » ? Cela peut se produire de la façon suivante.
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alchimie/" target="_blank">Le N° complet de “La planche à tracer” sur l’Alchimie est téléchargeable ici
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Un soir, alors que vous êtes tranquillement chez vous, attablé avec votre famille et quelques amis, un alchimiste ou adepte, qui physiquement, vous ressemble et me ressemble, sonne à votre porte. Le rendez-vous était programmé. Vous conduisez l’alchimiste dans votre cuisine. Là, à l’aide d’ustensiles simples de la vie quotidienne, il vous demande de faire fondre sur le réchaud familial, quelques grammes de plomb. Il tire de sa poche un gousset qui renferme une poudre rouge, en prend une pincée, et l’insère dans une boule de cire. Lorsque le plomb est devenu liquide, il jette dedans cette préparation et aussitôt, celle-ci prend une couleur jaune. Une fois refroidie, l’adepte vous fait constater qu’il s’agit d’or. Puis, sans trop parler, il prend congé de la compagnie et retourne dans la nuit noire discrètement comme il est venu.

 

Voilà un premier contact avec l’alchimie, qui n’a rien d’original, car cela s’est produit de nombreuses fois.

C’est une aventure qui est arrivée au philosophe Baruch Spinoza, en février 1667. Il en rend compte dans une lettre du 25 mars 1667, lettre adressée à son ami d’Amsterdam, Jarig Jelles, L’expérience de transmutation de métaux s’est déroulée en présence d’Helvétius, médecin à Amsterdam et grand père du philosophe français Helvétius.

C’est loin d’être la seule expérience de ce type relatée par des philosophes du passé.

Ainsi Pascal a soit réalisé lui-même la transmutation, soit l’a vue s’accomplir sous ses yeux, dans le laboratoire d’un adepte. L’opération dura deux heures. C’est ce qui ressort d’un document rédigé sur papier que l’on trouva cousu dans son habit, lors de son enterrement. Le mot Chrysogone, dont se sert l’auteur pour désigner la transmutation est formé de deux mots grecs, chysos, or, et goné, génération.

Présentation générale de l’Alchimie :

La Pierre Philosophale

Le point clé pour réussir la transmutation des métaux, c’est cette fameuse poudre rouge, que nous appellerons la pierre philosophale, ou pierre des sages. Là, c’est une autre paire de manche, car tous les adeptes ont gardé un silence complet. C’est le règne du secret. Que pouvons-nous dire à propos de la fabrication de la pierre philosophale ?

La pierre qui est en réalité une poudre est en effet projetée au moment opportun sur le métal que l’on veut transformer en or.

L’objectif de l’alchimie est le Grand Œuvre, ou magistère, c’est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux « vils », comme le plomb, en métaux nobles comme l’argent et l’or. Un autre objectif est la recherche de la panacée ou médecine universelle, ou élixir de longue vie, et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie qui guérie le corps et prolonge la vie.

Le Grand Œuvre a pour but d’obtenir la pierre philosophale. L’alchimie opère sur une Materia prima, matière première, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c’est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Les outils :

Transportons-nous, par l’imagination, dans le laboratoire d’un alchimiste.

Le lieu : le laboratoire et l’oratoire : « Prie, Lis, Etudie ».

Derrière la pratique tout à fait réelle en laboratoire (laborare et oratore, œuvrer et prier) et le symbolisme des textes au sens vraiment caché au profane, les alchimistes se vouent à la transmutation de l’âme, à ce qu’on appelle l’éveil spirituel. C’est ce que nous venons faire en loge, qui s’identifie à une alchimie spirituelle.

L’ontologie de l’alchimiste repose sur la notion d’énergie, une énergie contradictoire, dynamique, une, unique, en métamorphoses. Il tire une morale de ses travaux, l’éloge du travail et de la prière : « Prie et travaille ». (« Ora et labora »).

Laboratoire et oratoire : en alchimie il est nécessaire d’allier toujours au laboratoire, un local consacré à la prière et aux exercices spirituels, autrement dit un oratoire.

Se purifier, au sens de se rendre un

Les alchimistes, du fait même d’ « œuvrer » sur la matière, cherchaient à travailler sur eux-mêmes aussi. Ils tentaient de projeter, d’enfermer dans l’athanor, ou le creuset leur propre esprit vital. En descendant au cœur de lui-même, l’alchimiste a pour quête une découverte introspective : celle du noyau intérieur divin, la conscience. D’où un travail pas seulement en laboratoire, mais aussi dans l’oratoire.

« Lege, lege, relege, ora, labora et invenies » : “Lis, lis, relis, prie (dans ton oratoire), travaille (au laboratoire) et tu trouveras (la pierre philosophale).

L’athanor :

Signifie « L’immortel ».  (a privatif et thanatos, la mort). Fourneau, qui sert à la préparation de la matière et à la coction. Le charbon, grâce à un dispositif spécial, brûle lentement.

L’œuf philosophique ou matras :

  • Récipient dans lequel, on chauffait, sur l’athanor, selon des règles très précises, la matière de la pierre philosophale. Il peut être de verre, de terre cuite, de cuivre ou de fer. Ses noms les plus fréquents sont : sphère, prison, sépulcre, fiole, cucurbite, maison du poulet, chambre nuptiale, matrice, ventre de la mère, mortier ou crible,…

La matière première

Cette matière est des plus communes, ignorée de chacun, mais connue de tous. Elle est de vil prix, n’est pas estimée, elle est méprisée, regardée avec dédain. Chacun peut la trouver, chacun peut la porter à la perfection, mais rares sont ceux pourtant qui y parviennent.

Le feu

L’invention du thermomètre date du XVIII° siècle. C’est dire que les références thermologiques sont vagues : chaleur d’un corps porté au rouge ou porté au blanc, chaleur d’un tas de fumier (chaleur douce) ou d’incubation des œufs.

En 1622, l’alchimiste allemand Mylius cite quatre degrés de température : celle du corps humain, du soleil de juin, du feu de calcination et du feu de fusion.

Les alchimistes connaissaient trois sortes de chaleurs de feux : le feu humide, ou bain marie, le feu surnaturel ou artificiel (augmentation de la température par l’addition d’un acide), et le feu naturel ou feu ordinaire.

Alors que l’Eglise rejette la matière déchue, honnie des chrétiens comme indigne de leur attention, l’alchimiste étudie la matière et lutte contre la mort. A l’abri d’un langage compliqué, fermé aux profanes, était poursuivi un travail concret, manuel et opératoire sur la matière.

Comment cette doctrine païenne, magique et hérétique a-t-elle pu échapper à la surveillance jalouse et implacable de l’Eglise officielle ? Ce ne fut possible que grâce au savant camouflage qui réussit à donner le change quant aux véritables buts de l’alchimie. De même que les secrets initiatiques du Tarot furent cachés sous l’apparence anodine et frivole d’un jeu de cartes, la forteresse de l’alchimie fut édifiée sur l’imprenable rocher de l’avarice humaine : les alchimistes prétendaient fabriquer de l’or.

Selon la légende, des prêtres égyptiens cherchèrent à cacher leur doctrine, de telle sorte que celle-ci puisse se perpétuer dans l’avenir. Après de nombreuses réflexions, ils pensèrent que le meilleur moyen, est de les cacher dans le vice humain : un jeu de cartes. Il en est de même de l’alchimie. Il s’agit non pas de l’or courant, mais de l’or spirituel, l’alchimie ayant pour but de guérir un monde déchu et malade.

Les alchimistes ne sont pas intéressés à faire de l’or. Le chimiste qui examine les ouvrages alchimiques éprouve la même impression qu’un maçon (constructeur de murs) qui voudrait tirer des informations pratiques d’un ouvrage de Franc-Maçonnerie.

Les véritables « artistes » ont un profond dédain à l’égard des hommes mus par des buts intéressés :

« Les faux alchimistes, écrit Beccher dans sa Physica subterranea , ne cherchent qu’à faire de l’or, les vrais alchimistes ne désirent que la science ; les premiers ne font que teintures, sophistications, inepties, las autres s’inquiètent des principes des choses. »

« Je méprise et je déteste avec raison, nous dit le mystérieux Philalethe, cette idolâtrie de l’or et de l’argent avec lesquels tout est jaugé et qui ne servent qu’à la pompe et aux vanités mondaines… »

Alchimie et chimie

Jusqu’au XVII° siècle, les termes de chimie et d’alchimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n’est qu’au XVIII° siècle que les deux se distinguent et que la chimie moderne s’impose avec les travaux de Lavoisier. (30 éléments, dont l’oxygène).

Différence essentielle entre l’alchimie et la chimie : l’alchimiste se transforme en même temps qu’il transforme la Nature. Il est aussi l’objet de son travail.

A l’inverse de la chimie moderne, l’alchimie constitue un savoir traditionnel, où l’idée de découvrir du « nouveau » n’a guère de sens. C’est aussi un savoir sacré, qui repose sur la transmission de secrets.

Alchimie et principe ou relation d’incertitude de Heisenberg

 Principe alchimique : l’esprit de l’adepte agit sur la transformation de la matière tout autant que la transformation de la matière agit sur l’esprit de l’adepte.

Principe du physicien Werner Karl Heisenberg défini en 1927 : le fait d’observer un objet dans le monde de l’infiniment petit peut modifier cet objet. En effet pour observer une particule atomique, par exemple un électron, il faut l’illuminer, c’est-à-dire la bombarder de photons (particules constitutives de la lumière, dont le flux constitue le rayonnement électromagnétique). Ces particules de lumière, en atteignant ces autres particules que sont les électrons, les dévient de leur trajectoire et en modifient la vitesse. Il en résulte que toute tentative de déterminer avec précision la position ou la vitesse d’une particule, en, l’occurrence un électron, contient une part d’incertitude.

L’alchimie est une méthode de transmutation de la matière alliée parallèlement à la transmutation de l’individu qui l’opère. Toute observation modifie l’objet observé. L’observateur n’est pas dissociable de ce qu’il observe tant sur le plan intellectuel, psychique, que sur le plan physique. C’est la loi du « tout est un et interdépendant ».

Sir Isaac Newton (1642-1727) :

Après sa mort en 1727, on découvrit dans sa bibliothèque bon nombre de documents écrits de sa main, témoignant de son grand intérêt pour la philosophie hermétique et l’expérimentation alchimique. Il a écrit : « J’ai vu le sel des philosophes » et « Il y a dans l’alchimie d’autres secrets à côté de la transmutation des métaux, et les grands maîtres sont seuls à les comprendre… »[1]

Tout au long de sa vie riche en événements et en découvertes, Newton se sentit concerné par le problème de la transmutation des formes de la matière universelle. Il tenta d’utiliser les techniques de l’alchimie pour mettre à l’épreuve du laboratoire la structure interne des particules, pour trouver ces « forces par lesquelles les particules des corps […] sont soit mutuellement poussées l’une vers l’autre, soit repoussées et qu’elles s’écartent l’une de l’autre », car, dit-il, telle était la « tâche de la philosophie ».

Alchimie et psychologie : Karl Gustav Jung.

Tel l’alchimiste, le psychanalyste observe du dehors, guidé par la confession du patient, les processus se déroulant dans son « œuf philosophique » (c’est-à-dire dans le patient se trouvant devant lui). Comme l’alchimiste, le psychanalyste prétend diriger les étapes d’une « purification » (catharsis).

Le Soi n’est-il pas l’union entre le ça, le sur-moi et le moi ? Fournir à l’adepte une véritable échelle psychique d’accession aux « eaux supérieures » (celles ou se meuvent les images – universelles pour toute l’espèce – de l’inconscient collectif de l’humanité), tel était le but de l’illumination intérieure, de révélation psychique poursuivie tout au long des étapes du grand œuvre.

Nous possédons en nous-mêmes toutes les capacités de transformer le plomb en or, comme sur un plan thérapeutique nous pouvons transformer un pôle particulier de notre personnalité en son opposé : la dépression en sérénité, la colère en patience, l’égoïsme en compassion. Les couples de contraires qui cohabitent en nous sont dynamiques et non statiques comme tout dans l’univers et portent en eux un réel potentiel de conversion.

Dans l’athanor, soumis au feu, les principes actifs et les forces souterraines de l’âme s’exaltent. L’ego, le « je » et ses fabrications qui se prennent pour les maîtres absolus de ce que nous sommes, commencent à se dissoudre, la fin du « je » est proche, et parce que sa fin est annoncée, une nouvelle naissance approche.

En faisant mourir l’ancien moi et toutes les structures anciennes et inhibitrices, un nouvel être dévoilé (aux voiles enlevés…) ; une union stable des contraires, apparaît.

L’alchimie et la franc-maçonnerie

Alchimie et Franc-Maçonnerie sont toutes deux désignées par le terme d’Art Royal.

Depuis l’initiation maçonnique jusqu’aux hauts grades, il y a des approches de l’alchimie.

  • Les couleurs : bleu, noir, blanc, rouge
  • Les quatre éléments : terre, eau, air, feu.
  • Des référence à Hermès trismégiste, le trois fois grand, à la fois roi, prêtre et soldat chevalier
  • La symbolique des animaux : l’aigle, le phénix, le pélican,….
  • Oswald Wirth nous dit que transformer le plomb en or, c’est transformer les métaux du profane, les défauts, en autant de qualités d’initié.

Alchimie, comme franc-maçonnerie, sont des démarches initiatiques, où l’homme ancien, le profane, meurt, pour donner naissance à l’homme nouveau, l’initié, ou l’adepte. Il y a une équivalence entre la pierre brute, qui par le travail, devient pierre cubique, et la matière première, qui, passant par le travail au sein de l’athanor, devient pierre philosophale.

VITRIOL

Visita Interiora Tera Rectificando Invenies Occultum Lapidem.

Visite l’intérieur de la terre, en redressant tu découvriras la pierre cachée

Il existe une variante : VITRIOLUM qui signifie visite l’intérieur de la terre et tu trouveras la pierre cachée et la médecine universelle.

Rectificando signifie distiller. Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée, c’est-à-dire la Pierre philosophale, prise dans le sens d’unité, de cohésion, de congruence. Visiter l’intérieur de la terre, à l’instar du travail alchimique, c’est examiner avec attention, aimer, respecter les pleines dimensions de notre âme, de notre esprit, de notre corps, puis par l’œuvre de soi, les révéler, les dévoiler, les affiner, les exalter.

La clé VITRIOL englobe tous les processus de transformation concernant le retour de l’être à son noyau le plus intime.

Cette clé signifie : Mon frère, descend en toi-même et retrouve la partie vivante, unique de ton existence, retrouve la source de ton être car c’est sur elle, en l’affinant, en la menant au plus subtil, à l’essentiel que tu pourras bâtir ta nouvelle personnalité, bâtir un être nouveau, un être réconcilié, en paix, en harmonie, en unité.

VITRIOLUM : Visita interorem terrae rectificando invenietis occultum lapidem veram medicinam, « Sois et descends à l’intérieur de la terre, et en distillant (c’est-à-dire en allant par degré successif au plus subtil) tu trouveras la pierre cachée, la vraie médecine »…

C’est la formulation du but alchimique. En effet, après avoir obtenu la pierre et avoir été capable de transformer le métal vil en or, l’alchimiste sait que son pouvoir est efficient, effectif. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’il peut obtenir l’Elixir de « longue vie », un élixir capable de guérir toutes les maladies, toutes les souffrances, une vraie médecine, l’éveil suprême. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste quitte le monde, mais il n’est plus du monde. Cela ne veut pas dire que l’alchimiste n’est pas atteint par la souffrance, la maladie, la vieillesse, la mort, mais il est « en dehors » de ces états. C’est un changement, non de ces états, mais du regard porté sur ces états.

La Loge maçonnique peut être considérée comme un athanor :

  • Une matière : les egos des maçons en tant qu’égrégore
  • Un feu : l’Amour (L’Art d’Amour). Qu’est-ce qui brûle ? La conscience.

Avant de commencer, après avoir mis la matière première dans le creuset, l’alchimiste doit luter (« fermer hermétiquement, de façon étanche ») celui-ci, c’est-à-dire le fermer hermétiquement. De même, avant de commencer la tenue, le Vénérable Maître doit faire contrôler par le couvreur si la Loge est « couverte », c’est-à-dire, hermétiquement close.

Ainsi les parallèles ne manquent pas entre l’alchimie et la franc-maçonnerie

Que ce soit pour l’alchimiste ou pour le maçon, il s’agit à la fois de bien vivre (si possible longtemps en bonne santé) et aussi de « vaincre »  la mort, de la domestiquer si possible, autrement dit de bien mourir.

En hébreu, le terme de lumière se traduit par « or ». Le symbole du soleil, de la lumière et de l’or est le même : un cercle avec un point en son centre. Si pour la science moderne, la matière est de l’énergie, pour les alchimistes, la matière est de la lumière qui s’est concrétisée.

La lumière et l’or sont considérés comme le feu à l’état concret : il ne s’agira plus que d’en condenser les atomes épars pour « matérialiser » cet or répandu à profusion à travers le monde. L’or n’est pas à proprement un métal, l’or EST la Lumière. « L’or, c’est le soleil : faire de l’or, c’est être Dieu ! » s’écrit le diacre Claude Frollo dans Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo.

Parallèle entre les phases du grand œuvre et la démarche maçonnique :

La préparation :

La préparation comprend deux opérations : la mortification et la séparation. La mortification, c’est le broyage de la materia prima. La séparation, c’est la mort de cette materia prima : l’esprit et l’âme de « l’être minéral » quittent le corps, c’est-à-dire, en terme alchimique, qu’un Sel et qu’un Mercure sont enfin séparés d’un Soufre. Sur la table du cabinet de réflexion, nous trouvons du mercure, du sel et du soufre séparés… un mercure, un sel, un soufre constitutif de qui nous sommes. La materia prima est donc préparée, le profane frappe à la porte du Temple. Le profane va être initié. Le Grand Œuvre est désormais en phase active…

Solve : dissolution… « mort »… L’apprenti 

Le profane est initié et passe par la purification des éléments eau, air et feu. Pour l’alchimie, c’est solve. Les matières vont se dissoudre. L’entité minérale perd son unité, et c’est de cette mort, que va naître et croître le germe d’une vie nouvelle. En franc-maçonnerie, le profane devient un néophyte, une nouvelle graine, qui après être mort à lui-même, renaît en tant qu’apprenti. Les deux outils qui symbolisent son grade, le maillet et le ciseau, lui servent à tailler sa pierre brute, c’est-à-dire à déconstruire sa personnalité profane, ses habitudes, ses constructions normées : il est bien dans une phase de dissolution (solve).  L’apprenti, en fin de parcours, aperçoit sa nature tripartite : corps, âme et esprit. Une fois le travail de l’apprenti accompli, il peut passer au grade de compagnon.

Coagula concentration, fixation : Le Compagnon

Cette phase est la construction et le perfectionnement de la phase précédente. La phase précédente est désormais nourrie au Sel philosophique. La pierre a commencé à être taillée, il s’agit donc maintenant de la parfaire. Cette perfection sera atteinte grâce à la Quintessence, au cinquième élément qui donnera la pierre au blanc, avant dernière étape du grand œuvre. C’est l’œuvre de compagnon. Solve et coagula, mourir et renaître, dissoudre la matière vile, le plomb, retrouver dans ce plomb le potentiel de transmutation et l’emmener vers un destin aurifère.

La pierre philosophale : Le maître

L’ultime transmutation, la dernière naissance ne pourra se faire, comme pour toutes les transformations, que par une nouvelle mort. Le but de la pratique alchimique est le fait de décomposer la matière puis d’isoler les deux principes premiers (un Soufre et un Mercure) afin de les associer à l’aide d’un Sel… pour obtenir la Pierre philosophale. En le transposant sur un plan humain, ce serait dissoudre notre structure de personnalité rigide pour y découvrir et l’esprit et l’âme qui, associés au corps, deviendraient enfin une véritable unité, UN avec l’univers, UN avec son Grand Architecte. Un devient deux, deux devient trois, et au moyen du troisième, le quatrième réalise l’unité, ainsi les deux ne forment plus qu’un. Ainsi le tétrachtys de Pythagore est-il un triangle formé de 10 points, un, puis deux, puis trois, puis quatre, le tout formant 10, soit 1+0, soit 1.

L’athanor de l’alchimiste est comparable à la loge. L’œuvre s’effectue dès lors que l’on ferme la préparation à l’extérieur comme le travail s’effectue en loge quand elle est couverte, c’est-à-dire fermée et uniquement composée d’initiés. Les composés peuvent être comparés à l’initié dans ses différents états et ses ressources intérieures comme autant de ferments.

Le maître a trouvé son point fixe. La pierre cubique à pointe est le support visible d’une pyramide inversée invisible, créée dès lors que nous poursuivons ses arêtes vers l’infini, une pyramide cachée, mais bien réelle… A ce degré, nous passons à une autre dimension de la connaissance. Nous avions des parts cachées en nous, le silence, la méditation nous les ont dévoilées. Le soleil n’y va pas par quatre chemins : il éclaire le monde de manière uniforme et le révèle. Nous sommes prêts à entrer dans le monde invisible, celui des symboles et de l’imaginaire. La hache qui surplombe la pierre cubique à pointe pourrait bien nous être fatale et nous plonger dans l’ultime dimension, que nous avons frôlée à chaque fois à l’Orient en étant reçu franc-maçon et compagnon.

CONCLUSION

Quel peut être l’objet de l’alchimie aujourd’hui ?

Elle fait partie de notre histoire, et c’est une forme de poésie.

L’alchimie n’est pas un désir de richesse. Mais c’est un désir d’immortalité et un désir de bonne santé, et d’absence de souffrance, de bien-être physique, mental et social.

Mais l’alchimie fait aussi partie du présent. Elle pose deux questions cruciales auxquelles sont confrontés chacun d’entre nous, à savoir, la maladie et la souffrance d’une part, et la mort d’autre part. Pour répondre à ces deux interrogations, l’alchimie pose la possibilité de la panacée universelle et de l’élixir de longue vie. C’est à la fois un désir de bonne santé et de jeunesse, ainsi qu’un désir d’immortalité.

[1] Betty J. Teeter Dobbs Les fondements de l’alchimie de Newton ou la chasse au lion vert Guy Trédaniel, 1981.