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Françoise Bonardel : l’alchimie

Les Racines du Ciel : L’alchimie avec Françoise Bonardel 

image alchimiqueÉmission “Les racines du ciel” du 07.10.2012 sur France Culture présentée par Frédéric Lenoir et Leili Anvar

Françoise Bonardel : Philosophe, écrivain, Professeur à la Sorbonne, elle a écrit de nombreux ouvrages et articles sur les “orients” de la philosophie que sont gnose, mystique, poésie et surtout alchimie à laquelle elle consacre plusieurs études : “Philosophie de l’alchimie” ( PUF,1993), “Philosopher par le Feu” (réédition Almora, 2008) et “La Voie hermétique” ( Dervy, réédition 2011).

Qu’est-ce que l’alchimie ?

Le mot alchimie vient de l’arabe alchimia. La vraie difficulté vient lorsqu’on cherche à comprendre ce que signifie « chimia ». On a pris l’habitude de considérer que l’alchimie était la transmutation des métaux vils et tout particulièrement du plomb en or. Ceci a permis au XIXème siècle, de détruire en quelque sorte la tradition alchimique en considérant que l’alchimie était l’ancêtre de la chimie et qu’à partir du moment où la chimie scientifique avait fait des progrès suffisants, il n’y avait plus de raison de s’intéresser à cette science occulte, cet ésotérisme d’un autre âge, qu’on nomme alchimie.

Dans le corpus alchimique il apparaît très clairement que l’alchimie est une pratique dont la matière est la donnée première sur laquelle opèrent les alchimistes. Mais ce qu’ils visent est une voie de rédemption et de salut qui comporte des aspects religieux et initiatiques. Il y a donc d’un côté l’aspect profane et de l’autre l’aspect initiatique de l’alchimie.

Les grands alchimistes classiques, du 12ème au milieu du 17ème siècle, travaillent conjointement l’aspect matériel et l’aspect spirituel de l’alchimie. Car la spécificité de l’alchimie, par rapport à des voies spirituelles ou religieuses, consiste à prendre en compte la matière et à considérer que c’est à partir de la matière et de sa transmutation, qu’on accède à une voie de délivrance, de salut et de rédemption. La matière est donc partie prenante de ce processus. C’est ce qui fait la spécificité de l’alchimie et c’est la raison pour laquelle on parle d’elle comme d’une cosmologie. C’est une manière d’entraîner la création entière dans un processus de régénération et de rédemption.

Il y a à ce sujet deux interprétations différentes : soit on rattache l’alchimie à un courant chrétien… on considère alors que la matière est l’expression du pêché originel, et on opère une rédemption par la pratique alchimique ; dans d’autres textes, par contre on considère simplement que la matière est immature et que la Création est inachevée. Il appartient donc de ce fait à l’alchimiste de la parachever.

C’est donc dans ce cas le thème du parachèvement et de l’accomplissement qui prédomine sur celui d’une rédemption  par rapport à une chute. Ces deux scenarios sont plus ou moins exprimés selon les textes.

Qu’est-ce que le courant hermétique et qui est Hermès ?

Il y a une transmission qui s’est faite par le monde arabe, mais les alchimistes arabes s’étaient inspirés des alchimistes grecs et Egyptiens, puisque c’est dans ce fonds culturel du Moyen Orient Egyptien et Grec, que l’alchimie trouve son origine.

La personnalité d’Hermès est extrêmement complexe et il est important de ne pas confondre d’emblée hermétisme et alchimie. Il y a une tradition hermétique qui est née  entre le deuxième siècle avant JC et le deuxième ou troisième siècle après JC. Cette tradition constitue les Hermetica, c’est à dire l’ensemble des textes qui sont attribués à Hermès Trismegiste (trois fois très grand). C’est un personnage mythique qu’on a souvent assimilé à un sage oriental. C’est ainsi qu’il apparaît dans l’iconographie de la Renaissance et sur le fameux pavement de la cathédrale de Sienne en particulier. C’est à Hermès Trismegiste qu’on a donc attribué ces textes et en particulier le Corpus Hermeticum.

L’Alchimie, une Gnose ?

Il y a dans ces textes une philosophie de la nature, qui aussi une Gnose, mais une Gnose non dualiste. C’est donc une connaissance initiatique qui ne considère pas la matière comme mauvaise.

C’est une Gnose au sens d’une connaissance révélée et libératrice, mais ce n’est pas une Gnose dualiste, qui est incompatible avec l’esprit de l’alchimie.

De cette matrice philosophique et religieuse est issue (mais d’une manière assez mystérieuse) cette tradition spécifiquement alchimique. C’est comme les deux branches d’un même courant. Les alchimistes en effet se réfèrent presque constamment à un Hermès, mais dont on n’est pas tout à fait sûr qu’il soit exactement le même que cet Hermès Trismegiste.

Cela n’a pas tellement d’importance, cela dit, car Hermès est un personnage polymorphe, ayant connu des avatars successifs au cours des âges. Et ce qui importe en réalité, c’est l’esprit. Jung a parlé à ce sujet de l’esprit Mercure. Et ceci est très important. Car en fait peu importe l’identité exacte d’Hermès qui de toutes façons est un personnage mythique : ce qui importe, c’est l’esprit Mercure. C’est un messager, un médiateur et un transmetteur.

C’est surtout celui qui, sous quelque forme qu’il se présente – Hermès Trismegiste, le Mercure des alchimistes, ou bien l’Hermès Thot des Egyptiens, ou encore l’Hermès Mercure latin – est un personnage ayant l’accès au monde invisible. C’est le conducteur des morts, qui conduit les âmes dans l’au-delà chez les Grecs et chez les Egyptiens. C’est aussi l’inventeur des Sciences Occultes. Et en même temps, il est celui qui fait le lien entre le ciel et la Terre. De très nombreux textes le décrivent comme le médiateur, celui qui maintient l’unité entre le Haut et le Bas.

Hermès, une figure Christique ?

Oui, en effet. Et cela explique aussi pourquoi Saint Augustin, quand il récapitule les philosophies païennes, a pris la précaution de dire que certes, Hermès est un médiateur, mais qu’il n’est pas le vrai médiateur. C’est d’ailleurs la position dogmatique de nombre d’auteurs chrétiens.

Hermès serait aussi un Grand Réparateur ?

Ca ne se présente pas exactement de cette façon chez Hermès, dans la mesure où pour qu’il y ait réparation, il faut qu’il y ait eu endommagement. Le parallèle avec le Christ est d’autant plus légitime que nombre d’alchimistes ont associé la quête de la pierre philosophale avec la mort et la résurrection du Christ. Le thème du Lapis Christus, particulièrement mis en lumière par Karl Gustav Jung, est tout à fait pertinent.

La Pierre philosophale est l’une des formulations pour exprimer la finalité ultime de l’œuvre alchimique. On parle tantôt d’androgyne (rebis ou créature double), ou encore de pierre philosophale, ou d’or philosophal. Les formulations varient. Ce qui importe en réalité c’est de comprendre que dans tous les cas, ce produit ultime de la quête alchimique, est toujours le fruit d’une coïncidence des opposés, donc d’une union du Ciel et de la Terre.

Les textes antiques et la Tradition Hermétique

L’ensemble des textes alchimiques antiques ou Hermetica, sont des textes attribués à Hermès, parmi lesquels figure le Corpus Hermeticum. La première compilation ayant été faite de ces textes se situe aux alentours des sixième et septième siècles après JC.

Le texte qui incarne l’esprit même de l’hermétisme, La Table d’Emeraude, a été connu dans une première version arabe aux alentours du neuvième siècle. Il existe aussi un énorme corpus des alchimistes grecs qui a été traduit au dix-neuvième siècle par Marcellin Berthelot.

La Table d’Emeraude

« Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable que
Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose.
Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice.
Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre.
Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi.
C’est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde.
Ce que j’ai dit de l’opération du Soleil est accompli, et parachevé. »

L’Homme est un abrégé de l’Univers. Il existe des correspondances entre le Haut et le Bas, le Ciel et la Terre, dont le déchiffrement s’impose à l’alchimiste. Ces correspondances permettent un déchiffrement de l’unité qui existe entre ces deux dimensions, mais aussi de s’engager dans ce processus de purification. C’est une vision de l’homme qui sera remise en cause radicalement par la vision scientiste et matérialiste de l’univers. Or la philosophie alchimiste est une vision non matérialiste de la matière. Il ne s’agit pas de s’échapper du monde, mais de le transformer et de l’illuminer. La matière fait partie du processus global d’accomplissement et de régénération de la Création.

L’homéopathie réhabilite-t-elle la pensée alchimique ?

Ce point est important car on oublie un peu vite qu’il y a eu des alchimistes médecins, et des médecins alchimistes – dont Paracelse. Par exemple Pierre Jean Fabre, médecin célèbre qui exerçait à Montpellier. Il y a toute une tradition de la médecine alchimique en Occident et qui a des points communs avec l’homéopathie. Et cette tradition n’est donc pas sans rapports avec l’homéopathie certes, mais également avec certaines médecines asiatiques.

On retrouve cette tradition là un peu dans toutes les cultures du monde. C’est d’ailleurs un argument qui semble invalider les propos de ceux qui considèrent l’alchimie comme une folie qui a fait son temps et qui estiment que sa résurgence risquerait d’être la preuve d’un obscurantisme récurrent. Il semble au contraire que l’existence d’une alchimie Babylonienne, Grecque, Arabe, Occidentale, Asiatique (Indienne, Chinoise, Tibétaine etc.), tend à prouver qu’elle est sous-tendue par une sorte de modèle, d’archétype, de pratique, dont on ne peut pas faire l’économie sans supprimer une dimension de l’expérience humaine.

Alchimie interne et alchimie externe

Il existe ce qu’on appelle l’alchimie interne et l’alchimie externe. L’alchimie externe est la préparation d’un certain nombre de remèdes, selon des procédés qui s’inspirent des opérations alchimiques, avec des règles pouvant varier selon les cultures. Mais la médecine tibétaine, fabrique des remèdes alchimiques.

L’alchimie interne, quant à elle, est beaucoup plus développée en Asie qu’en Occident. La Loi d’analogie a connu des traitements différents en Occident et en Asie. L’alchimie interne est le fait de prendre au pied de la lettre, le rapport entre microcosme et macrocosme, à savoir que l’Homme est à l’image du macrocosme, cela signifie qu’on peut parvenir à pratiquer une alchimie sur le corps humain lui-même. Or, sur ce point, l’alchimie occidentale n’a pas la même richesse de pratique que l’alchimie asiatique, la pratique tantrique en particulier.

Ceci inclut dont les exercices psychocorporels qui font partie intégrante du yoga, de la méditation, notamment, ainsi que le Vajrayana Tibétain. La tradition asiatique a ainsi développé certains modes de transmutation des émotions négatives en émotions positives à partir d’un travail sur la psyché et sur les corps subtils. L’alchimie asiatique est allée de ce point de vue là plus loin que l’alchimie occidentale, parce qu’elle a élaboré un certain nombre de pratiques qui s’apparentent au yoga et à la méditation dans le cadre du Vajrayana Tantrique en particulier, et qui permettent la fabrication d’un corps de diamant. On peut donc parler d’une alchimie interne, en rapport avec ces pratiques.

L’ Œuvre au Noir

Cela fait référence à des couleurs (Noir, Blanc et Rouge) qui ponctuent le processus de transmutation de la matière. On a retenu ces trois couleurs. Les alchimistes, avec l’attention scrupuleuse qui est la leur, en détectent cependant de plus nombreuses.

Ces couleurs sont des stades décisifs de la transformation de la matière. L’œuvre au Noir fascine particulièrement les esprits, parce qu’on y voit soit une sorte de descente aux enfers, soit une sorte de pacte plus ou moins trouble avec des puissances des ténèbres, soit une confrontation à la mort, ce qui est le cas.

Donc effectivement l’œuvre au Noir est une phase décisive du processus de transmutation, parce que c’est une mise à mort symbolique et opératoire, de la matière. Les alchimistes la décrivent soit comme une décapitation, soit comme un démembrement, soit comme une décomposition. C’est la nuit, mais une nuit qui sera transfigurée par une aurore naissante, une re-naissance à partir de la nuit. C’est quelque chose comme l’expérience de la nuit obscure chez les mystiques.

Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une épreuve sacrificielle difficile, dangereuse et douloureuse. Mais il faut être conscient que cela n’a rien à voir avec une espèce de compromission malsaine avec les puissances des ténèbres. Donc il ne s’agit en aucun cas d’un pacte avec la puissance des ténèbres.

Bien au contraire, la plupart des traités alchimiques se terminent par l’expression Deo Concedente, c’est à dire : Si Dieu  Veut… à la Grâce de Dieu… avec l’aide de Dieu.

Déchiffrer les Lois de la Nature

Les vrais alchimistes placent leur œuvre sous le signe d’une soumission à Dieu. Ils mettent en œuvre la matière, mais considèrent que sans l’aide de Dieu ils ne peuvent parvenir à sa finalité. Il y a là une sorte de leçon d’humilité qui n’a absolument rien à voir avec ce fameux pacte de Faust, qui est une version moderne et prométhéenne, une vision décadente de la pensée alchimique, qui exprime la volonté de l’homme de devenir maître et possesseur de la nature. Or l’alchimiste est au contraire celui qui non seulement sollicite l’aide de Dieu, et qui met en œuvre un processus dans un total respect de la nature. Tous les traités insistent sur ce point. C’est la nature qui est le guide et l’inspiratrice. On parle d’ailleurs du Grand Livre de la Nature. C’est en apprenant à lire le Grand Livre de la Nature qu’on parviendra, si Dieu le veut, à cette réalisation.

L’alchimiste cherche à reproduire en vase clos l’acte créateur. Mais ce n’est pas dans une perspective démiurgique, mais dans une perspective de louange à la perfection de la Création. C’est la possibilité pour l’homme, d’imiter à sa manière cette perfection, pour poursuivre l’œuvre du Créateur et la porter à un point d’accomplissement et de rayonnement.

L’œuvre au Blanc et l’œuvre au Rouge

C’est une phase intermédiaire entre le Noir et le Rouge. C’est la partie de l’œuvre qui est dominée par la Lune et non par le Soleil. Si on considère qu’il n’y pas d’alchimie sans un mariage du Soleil et de la Lune, du Soufre et du Mercure, du Roi et de la Reine, hé bien dans l’œuvre au Blanc, c’est la première phase lunaire. C’est une première phase de purification et qui est associée à l’œuvre de la femme. Elle est dominée par la Lune, couleur argent, alors que l’œuvre au Rouge sera solaire et Royale.

L’alchimie fascinait les esprits curieux de la Renaissance

Un certain nombre de hauts dignitaires, religieux, princes, empereurs, rois, ont installé des laboratoires dans leurs palais. Leur motivation était sans doute un peu complexe, car il n’est pas exclus qu’ils aient souhaité s’attribuer les services d’un alchimiste, aussi pour fabriquer de l’or et renflouer les caisses de l’Etat.

Mais l’or alchimique existe-t-il ?

Ce n’est pas la possibilité de la transmutation qui est en cause, car il existe de l’or alchimique, notamment des médailles : c’est le coût. Aujourd’hui on considère que ce serait démentiel d’essayer de transmuter la matière de cette manière.

Bien sûr de hauts dignitaires s’y sont intéressés. Mais ce qu’il faut retenir c’est que l’alchimie a informé, au sens propre du mot, structuré toute une vision du monde, entre le Moyen-âge et la Renaissance. De ce point de vue là, l’alchimie a été d’une extraordinaire fécondité créatrice. Elle a en effet inspiré l’iconographie, la littérature. Elle a produit une œuvre considérable. On ne réalise pas en effet l’importance de la littérature alchimique. C’est énorme. Il existe des quantités de textes qui ne sont pas encore traduits et ne le seront probablement jamais d’ailleurs. Il y a donc une grande vitalité de l’esprit alchimique, et l’esprit alchimique a perduré au-delà de l’acte de décès officiel de cet art. Cet esprit a perduré notamment chez les artistes.

Un art des métamorphoses

Il faut prendre en compte le fait que l’alchimie a toujours été un art des métamorphoses et que les métamorphoses continuent. L’esprit de l’alchimie perdure. Il consiste comme l’a dit Olivier Clément, à sauver l’homme par les moyens qui causent ordinairement sa perte. L’alchimie est donc une méthode de retournement des actes. C’est cela en réalité le sens profond de l’œuvre au Noir. C’est qu’au moment même où l’homme est confronté à la désespérance et à la mort, il peut y avoir, si on a une disposition d’esprit qui le favorise, un retournement de ce qui devait causer la perte.

C’est cet état d’esprit qui est à la base de l’universalité de l’esprit alchimique et de son lien avec les grandes religions.

Dans le dogme chrétien on retrouve d’ailleurs cette idée que la croix, qui est une abomination est la cause du salut. C’est un retournement. Elle devient l’espérance de la résurrection et le salut est opéré par la croix. C’est quand même incroyable comme idée. Or, c’est une idée fondamentalement alchimique, à savoir que c’est par l’expérience de cette noirceur, qui une ascèse et un dépouillement, qu’on peut espérer un retournement, mais à condition de ne pas le faire dans la perspective d’obtenir quelque chose.

L’alchimie pousse jusque dans ses derniers retranchements cette expérience de la perte.

 

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Satan, Lucifer et le prince de ce monde par Jean-Pierre Bonnerot

Satan, Lucifer et le prince de ce monde, dans la Tradition par Jean-Pierre Bonnerot – Interview sur Baglis TV

La présence de Satan est l’occasion de manifester la Gloire de Dieu. Et le triomphe de Dieu en la deuxième personne de la Très Sainte Trinité, Jésus Christ, va nous renseigner sur la Chute, qui sera évitée grâce à sa résurrection.

J’évoquais tout-à-l’heure Lucifer. Lucifer, soit par amour, soit par orgueil, soit par envie en quelque sorte d’être comme Dieu, va chuter. Il va se trouver devenir, effectivement, le prince de ce monde. Alors bien sûr Lucifer c’est ce qui précède en quelque sorte les conséquences de la Chute. Et après les conséquences de la Chute, il devient, puisque le monde a chuté, le prince de ce monde. Et avec le prince de ce monde venant dans le monde, il y a le retrait de l’Esprit Saint.

A propos de la troisième tentative de tentation du Christ au Désert, le prince de monde est reconnu par le Christ comme étant Lucifer et comme étant, le prince de ce monde. Le monde lui appartient. Le Christ ne lui dit pas « non, ce royaume n’est pas à toi ». Il lui dit « Retire toi de moi Satan ». De même que, en Jean 14.v30, le Christ précise effectivement que le prince de ce monde vient, ajoutant, « mais il n’a aucun pouvoir sur moi ».

Les choses vont souvent par trois d’ailleurs, et c’est amusant, dans le cadre de la méthode exégétique. Et la troisième fois où cette notion de prince de ce monde va se manifester, dans le cadre du Nouveau Testament, ce sera lorsque le Christ dira lors de cette fausse, méchante et exécrable tentative de procès qui lui sera faite, « Mon royaume n’est pas de ce monde ».

Donc il n’y aucune contestation sur le fait que, il existe, effectivement, temporairement. Et ce sera la grande lutte, en fin de compte dans le cadre de l’histoire de la rédemption, sur laquelle les théologiens et les pères vont beaucoup écrire : comment est-ce que le prince de ce monde a cherché à duper le Christ, mais sans y parvenir et comment le Christ à chaque fois parvient à exorciser toujours les situations qui ne sont pas des situations de tentation, mais qui sont des tentatives, de la part du prince de ce monde, disons d’empêcher la rédemption de s’accomplir ?

Le prince de ce monde existe toujours. Il n’a pas disparu. Nous ne sommes pas dans l’apocalypse, même si l’apocalypse n’a pas à être lue d’une façon historique systématiquement, avec une chronologie du temps. Nous ne sommes pas encore dans cette situation, mais il est vrai que le prince de ce monde demeure. Il aura toujours le même pouvoir, tant que l’homme, à titre personnel, n’aura pas choisi.

 

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L’initiation selon Alain Pozarnik sur Baglis TV

Retranscription des propos d’Alain Pozarnik, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, sur Baglis TV

La grande question en maçonnerie ou en initiation d’une façon générale, c’est Pourquoi ? Pourquoi voulons-nous nous initier ? En fait je crois que l’homme a cette particularité de d’aspirer à une grandeur, à une noblesse, à des qualités de vie, à un bonheur qui est tout à fait légitime et qu’en fait il est absolument incapable de vivre.

Devenir un homme véritable

Il est incapable de vivre ce bonheur auquel il aspire, parce qu’il est toujours pris par une mécanique, la mécanique de ses pensées, de ses émotions, la mécanique de son corps physique. Il est toujours pris, comme tous les mammifères sont pris par leur vie. Et son intelligence, son esprit, qui pourrait faire la différence avec les autres mammifères, il les met au service de sa mécanicité animale, de ses désirs, de ses pulsions. Et il ne progresse pas de cette animalité vers son humanité véritable qu’il sent en lui. C’est une question que les hommes se sont posés, toujours. Comment réussir à vivre et à devenir un homme véritable ? Alors qu’est-ce que ça veut dire, devenir un homme véritable ?

L’initiation et Néandertal

En fait je crois que cette première question a été posée à la Préhistoire, par les néandertaliens. Les néandertaliens étaient les premiers à enterrer les morts dans des espèces de ventres de la terre, des tumulus. Ils mettaient leurs morts en position fœtale, orientés vers la sortie du tumulus, comme s’ils allaient renaître à quelque chose, et aussi quelque chose d’eux-mêmes allait renaître et poursuivre leur vie. C’est assez exceptionnel parce qu’on ne trouve jamais dans la nature, une renaissance, à part les cycles annuels. On ne retrouve pas de renaissance d’un corps d’un animal qui serait mort.

Alors est-ce que les néandertaliens étaient en contact, avaient une conscience qui leur permettait de ressentir ce qu’il y avait au-delà de la mort ? Et donc de ce fait ils ont poursuivi, enterré les morts et créé des rituels ?… C’est possible. En tous cas, ils ont vécu avec l’homo-sapiens pendant 35.000 ans. Et ils ont disparu de façon assez mystérieuse.

L’homo sapiens était un homme plus intelligent, plus souple, plus mentalement structuré. Et probablement l’homo-sapiens n’avait-il plus cette sensibilité de l’au-delà. Mais il avait appris des néandertaliens que cet au-delà pouvait exister… qu’il y avait une espèce de magie, une espèce de communication avec l’invisible. Et l’homo-sapiens a cherché comment entrer en communication avec cet invisible.

A partir de là il y a eu probablement deux branches :

  • Une branche religieuse, où il suffisait de croire en l’invisible,
  • Et une branche initiatique, où l’homme, tel qu’il était avec son incapacité d’avoir une conscience plus ouverte, apprenait comment acquérir cette connaissance.

L’initiation existe depuis toujours

Et ça c’est toute la voie initiatique que l’on retrouve à travers toute l’histoire de notre humanité. On la retrouve à Babylone, on la retrouve chez les Perses, on la retrouve chez les Egyptiens… on la retrouve chez les grecs bien sûr ou l’initiation était tout-à-fait officielle. Chaque ville-cité, chaque état-cité avait son initiation, qui formait les intellectuels, qui formait les magistrats, qui ouvrait l’esprit de ceux qui s’y intéressaient. A Rome, avec certaines déviances, on commençait à arriver à la croyance et à la superstition plus qu’à l’initiation. Et petit-à-petit avec le Moyen-âge nous avons sombré dans la superstition et dans la croyance pure.

Malgré tout, le chemin initiatique s’est propagé à travers les constructeurs de cathédrales qui étaient au service de cet invisible justement. Et les constructeurs de cathédrales, au moment où ils se sont éteints vers les 13ème, 14ème et 15ème siècles, ont retransmis leur savoir au reste de la population avec la maçonnerie moderne qui est née en 1717.

Donc il y a une filiation continuelle de cette connaissance initiatique. On pourra éventuellement revenir sur ce problème des initiations à travers l’histoire, car elles sont passionnantes. On les retrouve encore actuellement. Dans l’initiation mithriaque, Mithra est né d’une étincelle jaillie d’une pierre. Et on voit bien que  les franc-maçons recherchent la lumière et se considèrent eux-mêmes comme la pierre. Donc il ya vraiment cette continuité.

Dominer ses pulsions

Mais Mithra avait ceci d’extraordinaire, c’est qu’il était capable à mains nues, de maîtriser un taureau. Or on retrouve chez les Japonais et chez les Chinois, le désir de chevaucher le tigre ou de maîtriser l’animal. C’est bien sûr déjà un langage symbolique : ce qu’il convient de maîtriser, c’est notre animalité, le taureau qui est en nous, la force brute qui est en nous, pour laisser s’exprimer le fond de l’âme humaine, qui fait notre différence justement avec l’animal. Et pour arriver à devenir des hommes, il faut maîtriser notre animalité. Et on retrouve cela comme fondement de toutes les initiations. A tous les initiés, il proposé de commencer par maîtriser son animalité, ou tout au moins sa mécanique animale. Quand je dis maîtriser, c’est à dire qu’il ne s’agit pas de la détruire, ou de détruire l’ego. Il s’agit simplement d’en être conscient, et de ne pas suivre ses pulsions.

De l’orient à l’Occident !

On retrouve ça d’ailleurs dans le bouddhisme, on retrouve ça dans l’hindouisme, on retrouve ça dans le confucianisme. Il est partout et de tous temps, question de cette maîtrise et de se guider soi-même. Epictète disait très bien nous sommes responsables du choix que nous faisons. Tout le reste ne nous appartient pas. Tout le reste est neutre. Dans la nature il advient ce qu’il peut advenir. Par contre l’homme en tant que responsable et en tant que sage doit faire son choix. Et le bien et le mal dépendent de ce choix que nous faisons.

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Baglis TV : un média consacré à la spiritualité

Baglis TV est un media vidéo en ligne consacré à la spiritualité.Baglis

Les vidéos publiées par Baglis sont essentiellement des interviews ou conférences consacrés aux différents courants spirituels. Un grand nombre de vidéos réparties selon le tryptique « Corps » « Ame » « Esprit » si cher aux alchimistes, sont disponibles sur abonnement sur le site de Baglis TV.

Les contenus disponibles gratuitement sont les suivants :

  • Un point biographique sur chaque auteur
  • Une fiche de lecture des ouvrages intéressants

Dans le tryptique des rubriques on retrouve, de façon non exhaustive :

  • Pour le « Corps », la géobiologie, la naturopathie, l’ayurvéda ou encore les neurosciences ;
  • Pour l’âme : la Franc-maçonnerie, la Psychologie, le Monde imaginal, la Magie ou encore la symbolique des Tarots
  • Pour l’Esprit : l’Astroposophie, le Soufisme, l’Esotérisme, la Kabbale ou encore l’Alchimie

D’une façon générale, les vidéos et les intervenants filmés par Baglis sont de grande qualité. Les centres d’intérêt de Baglis rejoignent les nôtres et les sujets sont traités avec le même sérieux qu’en ces lieux. C’est pourquoi nous avons choisi de proposer une rubrique d’extraits de videos de Baglis TV. Il s’agit d’extraits des principales conférences réalisées par Baglis et disponibles aujourd’hui en accès libre, sur le compte Youtube de Baglis TV. Pour chaque extrait vidéo une retranscription intégrale sera effectuée. L’intégralité de chaque conférence est naturellement disponible sur le site de Baglis TV.

Des approfondissements sur chaque sujet seront disponibles sous forme d’articles, dans un nouveau media à paraître prochainement et dont nous vous dirons plus bientôt : Spiritualités Magazine.

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Leili Anvar, Bonheur et accomplissement de soi

Interview de Leili Anvar réalisée par Dominique Huret

Leili Anvar, Maître de conférences à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, chroniqueuse sur Radio France, évoque la notion de bonheur dans les traditions spirituelles occidentales et orientales, liée à la qualité d’être plutôt qu’au matérialisme. Leili Anvar évoque la proposition de vie du poète Ostad Elahi menant au vrai bonheur. 

Propos de Leili Anvar

Toute la tradition spirituelle, sur laquelle j’ai beaucoup travaillé, que ce soit d’ailleurs en Orient ou en Occident, nous dit très clairement que le bonheur ne peut exister que si c’est le bonheur dans une qualité d’être, que jamais la possession ou l’avoir ne peuvent créer les conditions du bonheur. Parce que, en réalité, tout ce qui est avoir ou bonheur matériel, ou plaisir de ce monde, est voué à disparaître, est par essence éphémère et par essence, n’est jamais satisfait. C’est à dire que c’est toujours plus. On est toujours dans le toujours plus, et au bout du compte on se vide de soi-même en essayant de se remplir de possessions matérielles.

Toute la tradition spirituelle nous dit que le seul bonheur possible est un bonheur qui vient de l’intérieur, d’une qualité d’être. C’est à dire être heureux chaque jour un peu plus, c’est s’approcher chaque jour un peu plus à la fois de la vérité, de sa propre essence et de la justice… justice dans le sens socratique du terme, ça veut dire dans le bien agir… bien agir avec les autres.

Et d’ailleurs il y a un penseur spirituel sur lequel j’ai beaucoup travaillé qui s’appelle Ostad Elahi, qui a vécu au XXème siècle, en Iran. Et lui synthétise au fond toute cette tradition spirituelle à la fois d’Orient et d’Occident, en créant une proposition de vie, dans laquelle il explique bien qu’il ne s’agit pas, pour être heureux spirituellement de se retirer du monde, mais de vivre dans le monde en maîtrisant ses pulsions et ses passions.

Vivre dans le monde en ayant un regard sur le monde qui soit juste, c’est à dire voir les choses exactement telles qu’elles sont et non pas telles que je les imagine ou telles que je voudrais qu’elles soient. Et enfin vivre au monde, parce que ce n’est que dans le monde que l’on peut donner aux autres. Donc les conditions du bonheur, le vrai bonheur, celui qui dure, celui qui accompagne l’âme dans son immortalité, c’est donc la maîtrise de soi et l’altruisme et les actes altruistes.

Et il n’aura de cesse, à la fois dans sa propre vie et dans son enseignement spirituel, de montrer comment le bonheur se construit… pas après pas, jour après jour. Dans quelque chose qui peut être parfois perçu comme une forme de souffrance, parce que c’est difficile de se faire violence, de se dépasser, d’aller au-delà finalement de nos aspirations ordinaires et de nos plaisirs éphémères. C’est difficile, mais en même temps, la félicité que cela produit c’est justement beaucoup plus que du bonheur. Parce que à ce moment là, l’être humain qui est en nous, cette étincelle divine qui fait que l’être humain est un humain et non pas une bête, irradie de ce bonheur d’avoir bien agi.

Il parlera d’ailleurs de la voix de la conscience en disant – c’est très intéressant car il y a plusieurs façons dont la voix de la conscience s’exprime, et l’une des façons qu’elle a de s’exprimer, au-delà du fait qu’elle nous dit quand on a mal fait, c’est au contraire qu’elle nous donne la certitude que ce qu’on a fait était bien, était juste, qu’on a accompli son devoir, et même plus : qu’on a accompli son humanité. Et je crois que ça c’est une chose extrêmement intéressante, de dire que finalement les conditions du vrai bonheur, c’est de devenir un être humain, c’est à dire d’aller vers soi-même. Et… aller vers soi-même est impossible sans aller vers les autres. Donc se fondre dans ce Tout que certains appelle Dieu, d’autres l’appellent la Nature, en réalité c’est arriver à soi-même. Parce que nous sommes tous les gouttelettes de cet océan infini. C’est pourquoi il dira finalement que l’Amour, c’est la racine de tout et qu’il s’agit de transformer sa nature jusqu’à avoir un goût sucré, dont on bénéficie soi-même mais dont bénéficient aussi les autres.

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