« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.oeil de dieu
Il était au commencement avec Dieu.
Toutes choses furent faites par Lui et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui.
Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point saisie ».
L’univers à ses débuts, peut être vu comme un grand nuage, océan de lumière infinie, intense concentration de lumière spirituelle, emplie d’Amour et de Connaissance, les raisons d’être de l’Existence. Mais pas un souffle, pas une action dans ce monde sans mouvement, rien d’autre que l’Etre au sens plein du terme, c’est-à-dire une plénitude d’existence auto-suffisante. Ce nuage est un contenant, un contenant plein, possédant en son sein toute la puissance de la vie, de la vitalité, à la source de la notion des contraires, de l’opposition entre Bien et Mal, Blanc et Noir, contenant également les germes du gris, mais sans dualité aucune, car il Est, au sens plein du terme et contient toutes les propriétés de la Vie, de l’esprit et de la matière fondues dans un seul moule.
Il faut imaginer la notion d’unTout, qui sur le plan symbolique pourrait être confrontée au concept figuré par le nombre Zéro. Zéro n’est rien, mais sa représentation formelle est 0+-. Zéro figure le Néant. Il n’a besoin d’aucun mouvement, aucune énergie créatrice, car il Est le Tout. Sa non existence est évidente dans la mesure où il Est existence auto justifiée. Tout comme Zéro, l’univers à ses débuts a intégré toute l’échelle des valeurs positives, négatives et intermédiaires. Zéro est semblable aux trous noirs dans l’univers : ils existent réellement, bien qu’ils semblent être la négation de l’existence, mais figurent également son mystère, car ce qu’ils aspirent semble perdu à jamais pour le monde de formes dans lequel nous évoluons.
Ce qui est venu donner l’impulsion de la Création, nul ne le saura jamais, car entre la Création et le Néant il y a l’impulsion de la Vie, le temps étant une conséquence directe de cette impulsion. Et entre la Création et l’impulsion de la Création, figure la notion de Volonté, à la source du Verbe, sans laquelle rien ne se crée. L’Existence primordiale fut un jour soumise à l’impulsion de la Volonté. Elle vint lui donner un sens, un but et changea le potentiel en devenir. L’Existence primordiale devint alors Création, une lumière rayonnante, environnée d’Amour et de Connaissance. Et pour revenir à la notion de nombre, on peut alors dire que la volonté primordiale a changé Zéro en Un, point de départ de la Création des univers visibles et invisibles. Cette trinité lumineuse, faite d’Amour, de Connaissance et de Volonté se situe à la source de l’Un.
Le Verbe, divine volonté, Logos créateur était à la fois en Dieu et avec Dieu. Par l’action du logos créateur, l’énergie universelle s’est incarnée dans l’homme, qui tel une coupe porteuse de l’action créatrice, s’est fait vie. En recevant la vie l’homme a choisi d’assumer la responsabilité de l’étincelle divine qui lui était confiée.
La science du Verbe ne désigne-t-elle pas ce qui nommé, ce qui conduit à la Connaissance ? Une Co- Naissance grâce à laquelle le Verbe créateur, obéissant à l’injonction divine, « Que la lumière soit » a commencé, au travers d’Adam. Ceci est advenu lorsque le premier Homme a nommé les êtres pour leur donner vie. Nommer n’est-ce pas  faire venir à la conscience, faire acte de création ? Ce lien intime entre l’homme et la création, c’est le Verbe, qui par l’action, met le monde en mouvement, donnant naissance à l’univers et sa cohorte de créatures ayant reçu leur part de lumière en partage. Par sa faculté de nommer, l’homme, après avoir introduit le langage dans le monde, prend son indépendance.
Consubstantiel au Père, manifestation trinitaire de la volonté divine, le Verbe, grâce à la puissance de l’esprit anime le monde, préparant ainsi le difficile chemin de Celui qui vient, Verbe devenu chair.
A travers l’homme, Dieu s’est retiré pour laisser place à la vie, grâce au Tsimtsoum créateur… pour donner corps à la lumière, donner vie à un improbable ensemble de créations à l’image et à la ressemblance de l’harmonie universelle. Ain sof, lumière infinie a ainsi fait place à Ain Sof Aor, lumière des hommes. Notre chair qui conserve en son sein la mémoire du souffle originel, étincelle divine ayant donné corps à la création, travaille au retour à l’unité primordiale sous l’impulsion de la conscience.  S’ouvrir à la lumière c’est évacuer la part de ténèbres qui est en nous. Ceci nous fait considérer avec d’autant plus de responsabilité la part du travail symbolique, qui concourt à évacuer les ténèbres, rendre légère la partie la plus lumineuse de notre âme, en communion intime avec le divin.
Mais le chemin est semé d’embûches car dans un monde fait de dualité le Verbe, en tant que lumière est constamment confronté et opposé aux ténèbres de l’erreur. La lumière cependant dissipe les ténèbres. Pour s’orienter dans la nuit ne suffit-il pas de suivre la lueur qui brille derrière le voile ?
Les ténèbres, impitoyable jeu des apparences qui fait danser les ombres telles des spectres au fond de la caverne, prennent leurs racines dans la peur. Notre pauvre ego, se prend au jeu de la danse des spectres qu’il confond avec la finalité de son incarnation, construisant au fil des existences une identité illusoire, faite de voiles de souffrance qui puisent leur source au cœur des ténèbres. Lorsque la volonté entame le travail, la conscience, peu préparée, s’enferme dans les voiles du dogme. Cherchant à croître, elle finit par se prendre, telle l’ange déchu, pour l’origine de toute chose, plutôt que de choisir d’assumer le difficile bonheur d’être une parcelle en mouvement du grand tout. Pourtant, étant absence de lumière les ténèbres ne peuvent saisir la lumière. Elles se contentent alors d’obstruer la vision de celui qui a choisi de se perdre dans les épaisses volutes d’un monde sans espoir.
Rendu aveugle par son désir de perdurer, l’être éphémère ne voit pas la lumière, mais il ne peut pour autant l’empêcher d’exister. Dans un mouvement désespéré de son ego malade il tente de l’enserrer, de la prendre en tenaille au cœur de la matière. Surgit alors la partie noire du yang, qui renferme l’étincelle divine, au centre de sa construction. C’est aussi l’espoir infini que suscite le germe en croissance, car les ténèbres peuvent se montrer créatrices. Il ne s’agit alors pas des mêmes ténèbres. Elles deviennent graine en germination dans le creuset de l’élément terre. Le message d’espoir passe par la responsabilisation progressive de la créature, mise en face de son créateur et qui lui fait prendre progressivement conscience de sa liberté fondamentale : celle de suivre le chemin de la lumière ou de lui préférer l’endormissement de la conscience.Celui qui choisit le chemin de la facilité fait en réalité le choix de subir l’angoisse d’une mort programmée et des souffrances d’une éphémère vanité.
Les ténèbres de la terre sont partie prenante du processus alchimique, qui décompose la matière pour la transmuter en lumière. C’est l’amorce du travail symbolique, de cette difficile alchimie spirituelle dont la vocation est de transmuer les symboles en lumière, faisant gagner à l’âme sa part de liberté bien méritée. Les ténèbres de la caverne, elles, jouent un jeu inverse, un jeu d’involution qui décompose encore plus la matière pour en accroitre la densité au sein du monde matériel comme du monde immatériel, car la nuit se fait lorsque le jour s’en va.
Mais la chute d’Adam est-elle chute ou simple obéissance à la volonté d’un démiurge créateur qui, en suscitant la brisure des vases lui a ouvert la porte d’infinis sans cesse renouvelés, qui appellent l’homme à la responsabilité et au travail ?
L’union du verbe et de la matière, l’informe qui prend forme, s’anime de vie, signe le début d’un long chemin fait d’obstacles, de travail et du bonheur de participer consciemment au grand mouvement de la vie universelle. La Lumière originelle dont une parcelle brille en chacun de nous contient en germination l’équilibre et l’épanouissement de tous les possibles. L’Homme alors amorce un mouvement, se redresse et se met en marche. Il commence le travail de retour à l’unité en interrogeant les tréfonds de sa conscience et de sa mémoire collective, animé par l’action créatrice, sur le chemin du retour à  l’unité universelle.