OrphéeGuillaume Apollinaire

Il est l’inspirateur du courant de la “poésie narrative”, une poésie profonde, de la vie et de la mort.

Extrait de Zone

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m’a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m’a inondé à Montmartre
Je suis malade d’ouïr les paroles bienheureuses
L’amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l’image qui te possède te fait survivre dans l’insomnie et dans l’angoisse
C’est toujours près de toi cette image qui passe

 

Mauro Fabi

La conscience de la mort à venir – conscience de la vieillesse comme une promesse de mort-, a son pendant dans le retour aux origines, comme si le mystère de la vie, de la naissance, se dévoilait enfin. (Analyse du long poème “Poussière”)

Le domaine des morts / Il dominio dei morti

Extrait :

Les mots sont morts-nés ils sont l’ombre de l’homme
qui marche à leur côté faiblement fidèlement
ils ont une [vie] pleine de lascivité parce qu’ils
veulent séduire et en cela réside le fait qu’ils soient
morts
(comme nés d’une terre brûlée);

les mots font l’amour avec d’autres mots ils ont
leurs histoires à eux que nous ne pouvons pas comprendre
ils sont si fragiles ils ont besoin de soins
comme un nouveau-né agité par des convulsions
dans une couveuse.

Les mots savent que tout ce qu’ils représentent est feint
artificiel bloqué une sorte de parodie émouvante
un monde qui n’existe pas et donc
ils ont conscience du total manque de vie
qui les soutient les alimente

dans le jardin des vers.

Tous ces gens qui meurent / Tutta questa gente che muore
Extrait

La vieille maison au bord de la mer

Je rêve souvent à ma vieille maison au bord de la mer,
la maison aux murs orangés
toute pleine de vers et de blattes,
toute pleine de lumière.

Je rêve d’y habiter mais comme un intrus,
quelqu’un qui n’en a plus le droit,
parce que les années ont passé et que désormais
d’un moment à l’autre ils pourraient rentrer
les nouveaux locataires.

Je rêve même que c’est mon père qui l’habite,
l’homme aux manières gracieuses d’autrefois.
Je le vois qui s’assoit sur mon fauteuil
la télécommande à la main,
mais la télévision est éteinte et lui,
il regarde d’un autre côté.

Dans le rêve nous nous aimons
mais nous savons que nous sommes arrivés trop tard,
que la maison n’existe plus
et que nous aussi au fond nous sommes deux fantômes.