soleilQu’est-ce que la foi ? A l’heure actuelle il devient de plus en plus difficile d’évoquer ce délicat sujet. Difficile de l’évoquer certes, dans une société essentiellement matérialiste et tournée vers l’absence de foi et les acquis matériels, mais inévitable de la vivre en profondeur, lorsqu’elle est soutenue par un vécu profond. Ce vécu profond de la foi c’est d’abord un élan essentiel, un moteur de vie, le feu divin qui propulse vers la lumière.

Sur le plan initiatique, la foi est l’une des trois vertus théologales consécutives à la grâce. Les deux autres sont l’espérance et la charité. Elle est liée à la notion de révélation.

Dans une vie tournée vers le matériel, la foi est à la fois souffrance et déchirement, car la croyance consécutive à la grâce est passion. C’est alors comme une épine qu’on enfonce dans la peau. Un clou, qu’on enfonce dans le cœur. C’est la couronne d’épines, dont les pointes acérées se plantent partout dans votre corps, comme pour le mieux transpercer de leurs larmes amères. Avez-vous jamais cueilli une figue de barbarie ? L’expérience en vaut la chandelle. Une chandelle qui vous brûle par tous les pores de la peau, comme pour mieux vous sensibiliser à la nature profonde de la douleur, jusqu’à ce que le fruit explose enfin entre vos doigts pour épandre avec générosité son miel concentré entre vos chairs lacérées. C’est la dure loi des apparences de l’amour voué à être flagellé. Crucifié.

Est-il simplement possible de parler de la foi, de cerner ce sujet ? La foi, en effet, n’est pas le fait d’un travail sur soi, ni d’une quelconque réflexion d’ordre intellectuel. Elle EST, tout simplement ; comme une réalité ultime qui s’impose par la grâce à l’être en devenir, sur le chemin de la vie. Bien vécue, la foi est un engagement sur le chemin de dieu, le fil rouge qui relie à la lumière. Elle est aussi paradoxalement et malgré son aspect irréel, un principe de réalité, qui entraine l’être dans une transformation constante de la réalité, une co-naissance sans fin, comme le mouvement perpétuel de la vie. Elle cesse d’être souffrance lorsque le don de dieu est aussi don à dieu, lorsque l’être se met au service de sa lumière et accepte d’en être la manifestation sur terre.

La foi est intimement liée à l’expérience personnelle. Elle peut être une foi raisonnée, le résultat d’un pari, à la façon dont l’explique Pascal, qui engage sur un chemin. Mais il s’agit alors d’un chemin qui predispose éventuellement à la grâce, mais pas de la foi proprement dite.  Elle peut aussi être totale, la manifestation d’un don de dieu, d’une illumination qui ne laisse aucune place au doute. Lorsque l’être reçoit Dieu en recevant l’Amour, de façon directe, totale et sans l’ombre d’un doute ni d’une ambiguïté, il reçoit également la Foi en Dieu. Une Foi qui tout comme l’Amour, se passe des mots et exclut en effet toute forme de doute. Elle dispose l’être à accueillir Dieu dans sa plénitude.

Lorsque l’être a reçu Dieu, il n’est plus de retour en arrière possible. La foi en Dieu arrache alors l’être au monde matériel, l’obligeant presque malgré lui à se fondre dans la lumière. Mon Dieu, pourquoi m’as tu aimée crie alors l’âme en proie aux tourments de l’amour divin ? C’est le lot de cette passion qui brûle sans consumer. C’est le lot de cet amour, finalité ultime de l’existence, inestimable joyau remis à une virginale épousée et qui, faisant ressortir tout l’éclat de sa beauté, l’irradie de l’intérieur, pour enfin lui permettre d’exister, apaisée. C’est la loi de celui qui donne sans compter, qui offre sans jamais rien demander. C’est le lot de celui qui n’a pu qu’accepter, ayant reçu sans mot dire, sans parole prononcer, le feu sacré de l’amour divin crucifié, puis enfin, transcendé.

La foi ne se vit pleinement qu’à travers l’acte de prière, de méditation, de communion intime avec l’Eternel, qui seule confère à l’âme sa véritable identité. La passion du Christ, passion intime. C’est l’amour interdit. A la frontière entre l’enfer et la béatitude c’est le don ultime de l’Amour, voué aux turpitudes d’un univers de souffrance, qui sacrifie tout à l’insoutenable loi des apparences.  L’âme qui a vu la lumière est confrontée à un choix ultime entre lumière et matière, liée à son incontournable état d’incarnation. Elle sent également la compassion et la présence bienveillante de l’éternel en elle. C’est alors qu’intervient la nécessité du travail qui fera du croyant un initié, qui, parvenu à opérer en son être la nécessaire réconciliation entre l’esprit et la matière met volontairement sa force au service de la lumière et de la création.

“Je demande à Dieu que sa volonté soit faite. Je souhaite demeurer près de Dieu en tous moments de ma vie. Je ne demande rien à Dieu. J’éprouve simplement le désir, le besoin profond et de chaque instant de me retrouver en lui, de le retrouver en moi. Cette interpénétration, cet échange de pureté, le besoin total et absolu de me sentir pénétrée du flot de l’esprit sans limites temporelles ni physiques, à chaque instant de ma vie, s’est insinué en moi jusqu’à devenir partie intégrante de mon être. Je ne demande rien d’autre à la création que d’exister en moi et de me laisser exister en elle. Pour toucher à l’essentiel…

Toucher à l’essentiel… Est-ce là le sens de la prière ? simplement permettre à l’être d’être, d’exister en Dieu et à travers Dieu… en lui et à travers lui… Je ne demande rien d’autre à l’existence, rien d’autre à la création. Rien d’autre que cette plénitude de chaque instant. Pour maintenant et pour l’éternité. Je ne puis voir les choses autrement”.

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